‹ La maison du temple de Paris, histoire et description: histoire et description, avec deux planchesChapitre 1 sur 184 · DÉVOUÉES · texte numérisé non relu

DÉVOUÉES

LA

L'établissement religieux et seigneurial dont nous nous proposons de faire l'histoire dans ce volume, n'est plus aujourd'hui qu'un souvenir. Après avoir, pendant près de sept siècles, depuis le second quart du xii* siècle jusqu'à la Révolution, possédé tout un quartier de notre vieux Paris, exercé autour d'elle une véritable influence et joui de droits qui tenaient en échec les cours souveraines elles-mêmes, la Maison du Temple a disparu tout d'un coup, comme tant d'autres institutions vieillies et affaiblies, sans laisser aucune trace. De l'imposant ensemble de ses monuments, église, donjon, cloître et bâtiments conventuels, et des constructions de toute sorte, hôtels et maisons commerçantes, qu'environnaient et abritaient les fortes Riurailles de son vaste Enclosy il ne reste plus pierre sur pierre. — Seules les Archives du Temple sont toujours là, pour nous dire ce qu'il a été : recueillies aux Archives Nationales, elles forment encore, malgré des pertes nombreuses, un ensemble considérable et bien homogène.

Notre ambition a été de faire revivre, par une étude appro-^ yv *

fondie de ces documents et à l'aide des renseignements précieux que nous avons eu le bonheur d'y découvrir, tout ce que Thistoire de la Maison peut présenter d'intéressant, et surtout de restituer et de décrire les principaux édifices qui la composaient ^ Cette dernière partie de notre travail est celle que nous avions le plus à cœur d'élucider; c'est aussi la plus neuve, car jusqu'ici le côté archéologique de la question était resté à peu près inexploré. — Mais l'étude des monuments exigeait, comme complément nécessaire, celle de la vie intérieure du couvent et de ses rapports avec le monde ; celle de son organisation religieuse, administrative et fmancière, sous les deux ordres, du Temple et de l'Hôpital, qui l'ont tour à tour occupé.

Pour ne pas nous laisser entraîner trop loin dans un sujet si vaste et si complexe, nous avons dû nous renfermer presque exclusivement dans les limites tracées par les annales mêmes de la Maison, c'est-à-dire par ses titres et ses papiers, sources originales de son histoire. La chronique générale des deux ordres dont le Temple de Paris faisait partie a été racontée dans des ouvrages spéciaux; leurs règles organiques sont faciles à consulter; et beaucoup de leurs privilèges, ayant été communément partagés^ au moyen âge, par diverses puissances laïques ou ecclésiastiques, sont assez connus pour qu*il soit superflu de s*y arrêter longuement.

Voici, pour plus de clarté, comment nous avons cru devoir distribuer les éléments variés que comportait notre plan.

Une première partie est consacrée au personnel religieux et laïque et aux édifîces conventuels, dont l'ensemble constitue proprement la Maison, Le Temple de Paris ne renfermait pas seulement, comme la plupart des maisons de l'Ordre, une com-

1. Il nous sera peul^tre permis de dire ici que le sujet du présent travail nous a été proposé par notre illustre maître et ami Jules Quichcral. L*idée Pavait séduil depuis longtemps, et il eût voulu la réaliser luimême, si les travaux et les occupations pénibles qui le pressaient de tous cêtés n'avaient rempli malgré lui les dernières années de sa vie. A peine avons-nous pu lui faire part des premiers résultais de nos recherches, auxquelles il avait la bonté de slntéresscr vivement. Combien notre livre ne vaudrait-il pas mieux, si cet incomparable guide, ce critique si sûr et si difficile, avait pu nous éclairer de ses conseils!

munauté de religieux desservant une église, administrant une commanderie et exerçant les droits de l'Ordre, à Taide de serviteurs, d'ofliciers, de légistes et d'hoonmes d'armes : en qualité de chef-lieu — d'une province, sous les Templiers; d'un grand prieuré, sous les Hospitaliers, — il abritait un personnel spécial de hauts dignitaires et d'administrateurs délégués par le grand maître, et, à certaines époques, des assemblées générales, appelées à délibérer sur les questions intéressant toute la province, y réunissaient les commandeurs des maisons environnantes.

Dans une seconde partie, nous étudions les privilèges accordés par les papes et les rois, les droits de justice et de voirie, le domaine urbain et rural, et les finances de la Maison.

Enfin nous avons réservé une dernière partie à l'examen des relations que le Temple de Paris a eues avec le monde extérieur, et sous ce titre nous avons compris les séjours des rois dans ses murs, le trésor royal et les dépôts des particuliers au Temple, la prison d'État, les habitants et les hôtels de l'Enclos, l'asile et le commerce franc.

Des rapports de la Maison de Paris avec l'ordre dont elle faisait partie, c'est-à dire avec le grand maître et le conseil suprême, nous n'aurons que peu de choses à dire. En dehors des affaires purement administratives, on ne voit pas que l'influence des faits extérieurs se soit fait sentir au Temple. Fort éloignée du siège de l'autorité centrale dont elle ne dépendait pas directement (nous parlons ici de l'époque des Hospitaliers), cette maison ressentait peu le contre-coup de ces événements politiques, de ces luttes et de ces catastrophes qui occupent la première place dans la chronique des ordres militaires. Aussi les archives du grand prieuré ne renferment-elles aucun document de nature historique.

Toutefois, il convient de résumer les événements généraux qui marquent l'histoire des deux grands ordres guerriers du

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moyen âge, et de rappeler quelques dates indispensables à la monographie que nous entreprenons.

Templiers. — En 1118, le patriarche de Jérusalem admettait quelques chevaliers français, compagnons de Godefroi de Bouillon, à se consacrer d'une façon spéciale à la défense de la Terre sainte, et sanctionnait le projet d'un nouvel ordre militaire, plus sévère et plus complètement dévoué à la lutte contre les païens que celui de THôpital, fondé vingt ans plus tôt ^ On cite parmi ces premiers Templiers : Hugues de Payns (en Champagne), leur chef, Godefroi de Saint-Omer, Païen de Montdidier, Archambaud de Saint-Amand '. Faute d'une règle particulière, ces religieux guerriers suivirent d'abord, en partie, celle de saint Augustin, adoptée déjà par les Hospitaliers; mais, dès 1128, ils vinrent à Rome, solliciter du pape Honorius II une constitution spéciale. Hugues de Payns plaida leur cause au concile tenu cetle annéelà à Troyes, et saint Bernard, présent aux délibérations, eut une grande part à la rédaction de leur première règle ; ce fut alors qu'ils reçurent déflnitivement le nom de chevaliers du Temple ou Templiers '. Le pape attribua un vêtement blanc aux nouveaux religieux, voulant qu'ils pussent être aperçus de loin, pour ranimer Tespoir des pèlerins et inspirer plus de crainte à l'ennemi.

Dès lors, le Temple prend place dans l'histoire. Autour des premiers fondateurs se groupent rapidement un grand nombre de nouveaux membres : des chevaliers et des sergents pour la

1. Guillaume deTyr, 7. — Math, de Paris, Hist, an(/l., éd. Madden, 1866. I, p. 222. — Chron. wa/., éd. Luard, 1874, II, p. 14i. ci Prima eorum professio erat ut, in remissionem peccatorum suorum, vias et itinera ad salutem peregrinorum contra latronnm insidias pro viribus conscrvarent. »

2. Régie du Temple, 7; et Guili. de Tyr. — Les historiens ajoutent les noms de André, oncle maternel de saint Bernard (Maarique, Ann. Cisterciens, 1642, a. 1153, c. 1), Hugues comte de Champagne, le donateur de Clairvaux, et un certain Gondemart.

3. Règle, 1-8. — Conciles, éd. Labbe, X, 922. — Cf. Manrique, Ann. Cisterc., 1, a. 1128. — La première règle, rédigée à cette époque et dans les années suivantes, est ce qu'on appelle la règle en 72 articles; elle est latine. C'est le point de départ des établissements et de la règle française qui fut drossée dans la suite pour Tusage de l'Ordre. — Voy. sur tout ceci notre édit. (Soc. de VUùt, de France, 1886).

guerre, des chapelains pour le culte. En même temps, ils prennent à leur service et à leurs gages des prêtres et des clercs, des écuyerSy et surtout dlmportantes troupes auxiliaires. Bientôt, le pape Eugène III ajoute à leur vêt^ement une croix rouge *, symbole des périls qu'ils affrontent et du sang qu^ils versent comme soldats du Christ pour la défense des chrétiens.

A cette époque de croisades audacieuses et de luttes ardentes et hasardeuses pour la cause sainte, les Templiers étaient exposés à des dangers continuels et trop souvent stériles. Ils protégeaient les croisés « comme une mère son enfant », dira plus tard Molay *. « Ces auxiliaires passagers des Templiers, dit Michelet, reconnaissaient assez mal ce dévouement. Orgueilleux et fervents à leur arrivée, bien sûrs qu'un miracle allait se faire exprès pour eux, ils ne manquaient pas de rompre les trêves; ils entraînaient les chevaliers dans des périls inutiles, se faisaient batlre, et partaient, leur laissant le poids de la guerre et les accusant de les avoir mal soutenus. » — Ce tableau n'est pas exagéré et ces réflexions sont très justes; sans cesse on rencontre dans l'histoire des croisades les prouesses des chevaliers du Temple et leurs glorieux désastres; souvent aussi, les récriminations des croisés contre eux.

Les victoires des Turcs et la ruine de Tinfluence chrétienne en Orient vinrent changer la situation des Templiers, déjà très compromise par la perte de toutes leurs places. L'héroïque siège d'Acre anéantit, en 1291, presque tout le personnel qui restait dans les maisons de Terre sainte. Ceux qui échappèrent à la mort se réfugièrent en Chypre auprès des Hospitaliers, et essayèrent encore en Palestine quelques descentes qui ne furent pas couronnées de succès.

Dès ce moment, la mission des chevaliers du Temple était terminée, et Favenir se fermait à jamais pour eux. En Orient,

1. Guill. de Tyr, XII, 7. — Math, de Paris, Hist, AngL, I, 222 : - Postmodum tempore Eiigenii papae cruces de pauno rubeo suis assuerunt mantellis a parte sinistra, ut esset eis tam triumphale signum pro clipeo, ne fugerent pro aliquo iofideli. n

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