im, éd. Beugnot [Documents inédits), II, p
5. Publ. par J. Havet, Biôi. de l'école des Chartes, 1884, p. 241, 249.
6. Comme les rois, nous Tavons vu, déposaient une partie de leur trésor mi Clidtelel, aiusi les parliculiers pouvaient aussi conQer des sommes à celte adminislralion, et faire des assignations dessus. Ainsi le montre an acte du !•' mai 1319, par lequel un certain Simon Marcel fait donation aux religieuses de Longchamp d'une rente de 40 livres sur le Ghâtelet <K 40, n*»27).
au Temple de Paris, mais que, en temps de croisade, la sécurité inspirée par les Templiers qui accompagnaient nos armées était telle que les soldats croisés leur confiaient leurs biens. Le fait se trouve dans les mémoires de Joinville.
C'était en 1250, àDamiette, au moment où Ton payait la rançon du roi. 30 000 livres manquaient encore; le sire de Joinville proposa au roi de les emprunter aux chevaliers du Temple, et le roi fit venir devant lui le commandeur Etienne d'Otricourt et le maréchal Renaud de Yichiers, auxquels Joinville exposa le désir du roi. Mais laissons maintenant la parole au chroniqueur :
«... Quand je le leur eus dit, frère Etienne d*Otricourf, qui était commandeur du Temple, me dit ainsi : « Sire de Joinville, ce conseil que vous donnez au roi n'est ni bon, ni raisonnable ; car vous savez que nous recevons les dépôts en telle manière que par nos serments nous ne les pouvons délivrer, excepté à ceux qui nous les baillent. » Il y eut assez de dures paroles entre moi et lui.
a Et alors frère Renaud de Yichiers, qui était maréchal du Temple, prit la parole et dit ainsi : « Sire, laissez làla dispute du seigneur de Joinville et de notre commandeur; car, ainsi que notre commandeur le dit, nous ne pourrions rien bailler que nous ne fussions parjures. Et quant à ce que le sénéchal vous conseille que, si nous ne vous en voulons prêter, vous en preniez, il ne dit pas là bien grande merveille, et vous en ferez à votre volonté; et si vous prenez du nôtre, nous en avons bien assez du vôtre en Acre pour que vous nous dédommagiez bien. »
u Je dis au roi quejUrais, s'il le voulait; et il me le commanda. Je m'en allai à une des galères du Temple, la maîtresse galère, et quand je voulus descendre dans la sentine de la galère, là où le trésor était, je demandai au commandeur du Temple qu'il vînt voir ce que je prendrais ; et il n'y daigna pas venir. Le maréchal dit qu'il viendrait voir la violence que je lui ferais.
« Sitôt que je fus descendu là où le trésor était, je demandai au trésorier du Temple, qui était là, qu'il me baillât les clefs d'une huche qui était devant moi ; et lui, qui me vit maigre et décharné de la maladie, et avec l'habit que j'avais en prison, dit qu'il ne m'en baillerait pas. Et j'aperçus une cognée qui était là à terre; alors je la pris, et je dis que j'en ferais la clef du roi. Quand le maréchal vit cela, alors il me prit par le poing et me
dit : « Sire, nous voyons bien que c'est violence que vous nous faites, et nous vous ferons bailler les clefs. » Alors il cooimanda au trésorier qu'on me les baillât, ce qu'il fit. Et quand le maréchal eut dit au trésorier qui j'étais, il en fut tout ébahi.
« Je trouvai que cette huche que j'ouvris était à Nicolas de Choisi, un sergent du roi * »
Nous avons tenu à citer entièrement ce long passage, parce qu'il a été quelquefois injustement allégué comme une preuve de la rapacité des Templiers, qui auraient refusé de secourir le roi de France dans un cas si pressant. On voit que leur résistance, toute naturelle, venait de ce qu'ils ne voulaient pas livrer Jes trésors à eux confiés; ils ne cèdent qu'à une violence légalement constatée, et parce que le trésor laissé par le roi, à Acre, entre leurs mains, répond de la somme enlevée par Joinville ^.
Les Templiers avaient une si grande renommée d'intégrité et de compétence, en matières fiscales, qu'on les prenait pour arbitres quand une difficulté s'élevait dans un débat au sujet du taux ou de la valeur de Targent monnayé. C'est ainsi que le 7 juillet 1253, une enquête ayant été faite à Rouen pour déterminer à qui, du roi ou du maire, devait appartenir le jugement des contraventions relatives au poids de la ville, un des témoins, « Guillaume le peseor », déclare que « il demanda frère Jehan de Milli, trésorier do Tanple de Paris, et fu fête et amesurée la livre de Ruan à celé livre do Tanple de Paris; et dit cel Guillaume que il étet peseor de parle roi à celui tans ' ».
Il nous faut aussi dire un mot des prêts faits par le Temple aux rois et probablement aux particuliers.
1. Joinville, chap. lxxv. Traduction de M. de Wailly, 1814, in-4», p. 209.
2. Toutes les maisons importantes du Temple avaient leur caisse réservée aux dépôts des particuliers, comme les trésors des rois. C'était une grande responsabilité pour l'Ordre, car la violence ou la dilapidation s'attaquait surtout à ce dépôt dont on ne redoutait pas les possesseurs. Gervase of Canterbury raconte dans ses écrits (Coll. brit.,Lond.,éd.Stabbs,t.lI, p. 222) que, le 26 juin 1263, « Edwardus, primogenitus domini régis Angliae..., venit Londonias, babitoque consilio malignantium, die sanctorum Johannis et Pauli in vespera, ad novura Templum, et invitis Tempiariis, intravit eorum thesaurarium, et fractis archis multis, asportavit circa X millia librorum sterlingorum de thesauro multorum magoatam terne et mercatorum.
3. Parlement, inventaire de Boutaric, t. I, p. cccxxiu, n» 35*'. (Cf. J 1030, 12 bis.)
L'habitude des rois d'emprunter de l'argent aux Templiers date des premières années de leur établissement à Paris. Louis le Jeune y eut souvent recours pour les frais de ses croisades, comme on le voit dans sa correspondance avec Suger *.
En 1148, il écrit à Suger, à Samson, archevêque de Reims, et à Raoul, comte de Péronne, d'avoir soin de faire rembourser au grand maître du Temple la somme par lui prêtée. La même année il écrit encore à Suger de restituer sans retard aux chevaliers du Temple les 2000 marcs d'argent qu'ils lui ont prêtés, un délai pouvant les exposer à une banqueroute.
En 1^83, Philippe III, le Hardi, ayant obtenu du pape quelque argent sur les décimes de la croisade, pour être employé dans l'affaire d'Aragon, reconnaît avoir reçu 40000 livres tournois par les mains du trésorier du Temple, et s'engage à les rendre '.
Philippe le Bel, plus que tout autre, profita de ce moyen commode de se procurer de l'argent, mais il se montra moins scrupuleux pour les remboursements.
Le 29 mai 1297 on le voit emprunter 2500 livres ^, dont il s'engage à répondre pour les Templiers. Plus tard, selon un récit de Francesco Amadi ^, il obtint du trésorier du Temple la somme de 200 000 florins. Ce prêt ayant été fait à l'insu du grand maître, Jacques de Molay, le trésorier fut chassé de l'Ordre, et les instances du roi ne purent lui obtenir son pardon.
Quelques historiens modernes ont conclu de tous ces faits que le Temple de Paris et les autres principales maisons des Templiers étaient de véritables banques de prêts et commissions, faisant des opérations dont les récépissés rappelaient nos lettres de change, et qui rendaient ainsi de grands services au commerce*
Nous ne possédons pas de documents qui puissent éclairer cette question d'une manière précise, les registres de comptes qui nous restent n'en faisant pas plus mention que du trésor
i. Voy. Téd. des œuvres de Suger donnée par M. Lecoy de la Marche pour la Soc. de THist. de France, 1867, p. 294, 298.
2. MM 3 et S 5544, ch. iv. Le pape Martin IV venait d'excommunier Pierre III d'Aragon, couronné roi de Palerme, après les Vêpres siciliennes, et d'offrir la couronne d'Aragon à Charles de Valois, deuxième ûls de Philippe le Hardi (1282).
4. yioB-lAirie^ 'Preuves de son histoire de Chypre, III, p. 690. — Cf. Boutaric, Philippe le Bel, p. 144.
CORZOIf. 17
2S8 LA mjuson du temple
royal. On remarquera que les exemples que nous avons pa recueillir ne prouvent qu'une chose : c'est que le Temple recevait des dépôts d'argent, tantôt pour les garder en sûreté, tantôt pour en faire tel usage qui lui était indiqué par le dépositaire; il prêtait aussi des sommes d'argent, aux rois surtout ; mais rien ne montre qu'il fît valoir les sommes à lui confiées, ni qu il prit ou servît des intérêts.
Pour ce qui concerne les prêts, il est impossible de savoir d'une manière absolue si les Hospitaliers suivirent ou noo Texemple de leurs prédécesseurs. Un des rares documents que que nous ayons rencontrés en ce genre parle d'un prêt fait le 6 août 1358, par le grand prieur, « de mille moutons d'or »aa prévôt des marchands de Paris. Acte en fut dressé par Simon Cligne t, receveur du Temple *.
On s'est demandé dans quels bâtiments les Templiers déposaient leurs trésors et ceux qu'on leur confiait, et Ton a supposé que c'était dans leurs tours et leurs donjons; c'est là, en effet, qu'ils pouvaient être le plus en sûreté. Mais, lorsqu'on a voulu en conclure que ces puissantes forteresses n'avaient dû être construites que dans ce but *, on a été trop loin. L'Ordre était militaire, il était seigneur féodal, et son principal objectif était d'assurer sa sécurité et celle de ses vassaux.
Si la question du trésor public au Tetnple n'est pas absolument claire pour nous, et laisse des doutes, les documents font encore bien plus défaut pour la prison d'Ëtat ou de ville, — dont l'intérêt historique est du reste beaucoup moindre. Ici nous n'avons, comme source de renseignements, que les quelques allusions faites par les chroniqueurs ou par les mémoires-journaux do temps : les archives de la Maison ne font mention d'aucune autre prison que celle de la justice ordinaire du bailliage, dont noos avons parlé plus haut.