Ensemble de 11 l. 1/2 de face sur 15 (22 m. 40 X
5. Le carton S 5063 renferme une descripUon avec inventaire de Thôtel et du parc, avec plan. Ce procès-verbal, de 47 pages, est daté de 1783.
de vue des habitations privées. Dans les derniers temps, il y avait un réel entassement de maisons et de boutiques; il fallut donner des noms à ce qui était devenu de vraies rues et attribuer des numéros aux maisons. Chaque groupe de maisons, y compris les cours intérieures, était compté pour un numéro. En 1783, il y en avait 77 *. L'inventaire de 1786 " inscrit 286 noms de locataires à petites redevances. Les hôtels à longs baux ne sont marqués que pour mémoire. Quant aux habitants de passage, aux ouvriers, apprentis, commis, travaillant sous un patron, et aux sous-locataires et hôtes de toute sorte, ils ne figurent pas sur les listes; aussi ne doit-on pas s'étonner de voir le chiffre de la population de TëdcIos atteindre 4000 âmes vers la fin du xvm^ siècle (avant la construction du marché de la Rotonde).
Ce calcul est sans doute un peu approximatif, mais Barillet le complète par un détail plus précis : il dit que de 1779 à 1789 on releva 782 naissances et 661 morts.
Nous dirons un mot, avant de terminer, sur la vie mondaine qu'on menait au Temple à cette époque.
Depuis longtemps rien ne rappelait plus Taustérité des religieux guerriers qui avaient fondé cette puissante Maison. A peine remarquait-on la présence de leurs successeurs, retirés dans leur couvent et appliqués au service de l'église, mais seuls propriétaires, en somme, de ces lieux que le plaisir et Tindustrie envahissaient de plus en plus.
Depuis le xvii"* siècle déjà, le grand prieur était un prince qui n'avait de religieux que son titre; son palais n'avait pas, pour ainsi dire, de communication avec le couvent; des dépendances nombreuses l'entouraient de toutes parts, dérobant aux yeux des invités qui se pressaient dans ses salons tout ce qui pouvait rappeler une idée sévère ou gênante.
Nous n'insisterons pas sur ce côté frivole et scandaleux de rhistoire du Temple, qui a été suffisamment décrit dans des
1. S 5566. L'hôtel de Guise portait le no 19, l'hôtel de Boufflers le n» 20, l'hôtel de Vernicourt le no 69. Dans d'autres inventaires on se sert simplement des lettres de Talphabet. La « Comédie », bâtiment situé au fond de la cour de la Corderie, est souvent désignée sous le nom de « Maison » (S 5103; S 5106, etc.).
études spéciales K On aurait tort d'ailleurs, croyons-nous, de trop étendre le cercle de cette société légère, seule connue parce que seule elle a fait parler d'elle. Les hôtes reçus dans TEnclos ne comprenaient pas uniquement les créatures affamées et les flatteurs corrompus de Tignoble prieur de Vendôme *.
Outre Chaulieu^ intendant des biens du grand prieur, personnage d'un crédit tout-puissant, et quelques autres que nous avons cités, on peut encore noter Duboulay, librettiste d'opéra, secrétaire du grand prieur; Palaprat, qui lui succéda dans cette charge et qui hébergeait Brueys; La Chapelle, etc. Et parmi les simples habitués, le poète La Fare; La Fontaine, qui recevait 600 livres de pension et demandait des acomptes à Chaulieu dans les épitres poétiques que Ton sait; les abbés Têtu, de Châteauneuf, Servien; Campislron, etc. Plus tard J.-B. Rousseau, Lainez, poète et improvisateur, et bien d'autres dont les noms sont moins connus : poètes, financiers, courtisans et « amuseurs » de toute sorte.
D'autres salons que celui du grand prieur attiraient encore le monde élégant et littéraire : Voltaire, en 1720, fréquentait ceux du chevalier de Sully ', et les réceptions ainsi que le beau parc de la comtesse de Boufflers étaient fort appréciés.
La plupart de ces noms ne sont pas mentionnés dans les livres de compte du Temple ; ce sont les historiens et les mémoires du temps qui nous les ont transmis. Barillet ajoute cette remarque facile à comprendre : c'est que « l'impossibilité d'acquérir et d'enrichir les hôtels fit peu à peu reprendre les hôtels de la ville ».
Il y avait cependant encore nombreuse et brillante société à l'époque du grand prieur prince de Gonti, qui aimait aussi les réceptions, mais sans le scandale de son prédécesseur. On connaît ses soupers dans le « salon des quatre glaces » et ses thés è l'anglaise *; celui de 1766 ', par exemple, où l'on put voirie
i. Voy. Desnoiresterres, les Cours galantes, 1860-1864, 4 vol. in-18. — CL t. I, p. 4..., 295...; t. II, p. 199..., etc.
2. Cf. ce qu*eii dit Saint-Simon, éd. Chéruelet Régnier, 1881, t. IV, p. 392