L*ASILE
On en prenait du reste fort à son aise pour mettre ordre à ses affaires. La gaieté et l'insouciance de ces hôtes à l'humeur remuante et légère remplissaient les jeux et les cabarets de l'Enclos. Les poètes et les gens d*esprit n'y faisaient jamais défaut. Marmontel * parle d'un poète de l'ancien Opéra-Comique, Gallet, « vaurien » hydropique, qui, s*étant réfugié au Temple comme insolvable, et y recevant tous les jours des mémoires de ses créanciers, s*écriait toujours joyeux : « Me voilà logé au Temple des Mémoires. » Il y mourut.
Il ne faudrait cependant pas croire trop sur parole les anecdotes racontées par les auteurs du temps et les tableaux par eux crayonnés de ce monde un peu interlope du Temple. Ainsi, on aimait à exagérer le nombre des réfugiés. Ce privilège d'asile paraissait trop exorbitant, surtout dans les derniers temps, pour ne pas exciter les jalousies et les récriminations de tous les officiers de justice, exempts, huissiers, gens de bas étage qui voyaient avec peine leur proie échapper. C'est là encore un de ces cas où la justice du Temple était poursuivie par d'incessantes tracasseries et revendications, comme nous Pavons vu si souvent. Des plaintes étaient portées jusqu'aux cours royales, de faux bruits répandus. On publiait partout, par exemple, à la fin du xviie siècle, que l'Enclos renfermait de cent à cent vingt réfugiés, tandis qu'il n'y en avait que vingt-cînq à trente '. Ëcoutons à ce sujet la défense présentée par le grand prieur Philippe de Vendôme dans le mémoire du 3 novembre 1701, auquel nous avons déjà emprunté un passage : « Il est très véritable qu'il ne s'y en est jamais trouvé dans les temps les plus fâcheux plus de vingtcinq ou trente, lequel fait est aisé à approfondir par gens désintéressés. L'on peut donc dire qu'une telle exagération ainsi outrée de leur part (les exempts, huissiers et archers de Paris) ne tend à autre fin qu'à s'ouvrir, s'ils pouvaient, des moyens de pouvoir entrer librement dans ledit Enclos pour y faire des captures à leur gré et en violer l'immunité sans s*embarrasser beaucoup des conséquences. »
 son mémoire, qui s'étendait non seulement sur les droits