‹ La maison du temple de Paris, histoire et description: histoire et description, avec deux planchesChapitre 167 sur 184 · FRANCHISES ET MÉTIERS · texte numérisé non relu

FRANCHISES ET MÉTIERS

Le droit de franchise, que le Temple possédait en faveur des artisans et marchands établis sur son domaine et sous sa juridiction, était plus exceptionnel en lui-même que le simple asile, et fut aussi plus attaqué. Ce privilège, nous l'avons dit, exemptait de toute redevance à payer aux corporations, et aussi de tout contrôle des maîtres de métiers. Mais on ne sait trop dans quelles limites étaient renfermées les libertés des tenanciers du Temple, ni dans quels termes ceux-ci se trouvaient avec les confréries et les communautés de la ville.

Ces libertés étaient certainement moins restreintes dans les premiers siècles, et Ton conçoit que la présence de cette classe commerçante ait contribué plus que toute autre à peupler et enrichir le nouvel établissement des Templiers. Le seul registre de recettes qui nous reste de cette époque, celui de 1252 ^ présente les noms d'un grand nombre de métiers divers ; on peut même dire que tous les censitaires inscrits, sauf exception, sont des artisans ou de petits marchands '. Mais il est impossible de

1. MM 128. Le premier compte daté est de 1252, mais il y en a auparavant depuis 1247, comme l'indique une note postérieure. La plupart sont en français.

2. Il sera peut-être curieux, vu le caractère exceptionnel d'ancienneté de ce censier parisien, de trouver relevés ici les titres des divers métiers

savoir si tous jouissaient alors de la franchise. Plus tard, sans doute, les privilèges furent restreints au seul domaine de haute justice du Temple (comme pour Tasile), puis à TEnclos. Nous avons raconté plus haut, à propos de la justice de la Maison^ la série de restrictions que l'autorité royale y apporta peu à peu, et il y a lieu de croire que les privilèges spéciaux aux tenanciers de l'Ordre suivirent la fortune de ceux de l'Ordre même.

A. Lc9 boacheries.

Un des principaux métiers exercés dans le domaine du Temple mérite qu'on lui accorde une place à part. Les boucheries de la Maison du Temple ont toute une histoire, d'abord parce qu'elles durent se défendre contre la puissante corporation de Paris, puis parce qu*icî le Temple lui-même se trouvait en cause, ayant fait de cette industrie comme une dépendance immédiate du couvent et de l'Enclos.

dont sont suivis presque tous les noms des tenanciers du Temple. Ces titres sont ceux de :

Avcnier (march. d'avoine).

baaiier (fabricaDt de bAti»).

Barbier.

Bourrelier.

Buchier.

Buchiôro {Agni** I.a), qui a donné !»on nom à la rue même, aujourd'hui disparue).

BafTotior (march. do vin au détail).

Cavclier.

Cendrier (march. de cendre ou poussier).

Chapelier.

Chapelière.

Charpentier.

Charretier.

Charron.

Chasublier.

Chaocier (fab. de chausses).

Chaumeur (march. do paille, ou couvreur en chaume).

Cirier.

Cirière.

Cocheticr (constructeur de eocftets, de bateaux ou de coches d'eau).

Coffrier.

Cordier.

Cordoucnnier.

Cordouennière.

Cousturicr.

Couvreur.

Crieur.

Drapier.

Escrivein.

Espicier.

Faucheur.

Fennier (marchand de foin).

Ferpier (fripier).

Ferpière.

Kèvre (forgeron).

Floreteur (vendeur do fleurs,

de couronner, etc.).

Fondeur.

Foullon.

Fourbeur (fourbisseur).

Foumier.

Fournillon {id. que le four-

nier).

Fromajrier.

Fuiselicr (fab. de fuseaux).

Fuiselière.

Granchier (métayer).

Gueysnière (fab. de gaines).

Harcngicr (m<i de harengs).

Lennier.

Maçon.

Mareschal.

Mazel innier (fab. de vases de

madré, sorte d'alb&tre).

Megnien (chaudronnier).

Mercier.

Mire (médecin).

Moâtardier.

Mounier, munier.

Munière. moulniëre. Ohyer (rôtisseur).

Orfèvre.

Paonnier (chapelier de pla-

mos de paon).

Parcheminier.

Pastoière (p&tissière).

Paveur.

Pelelier.

Pennatyer.

Pescheùr.

Pignier (fab. de peignes).

PUtricr.

Poissonnier.

Porteur.

Portaar de sel.

Portier,

Potier.

PoulailUer (m^ de volailles).

Qoquillier ( pAtenôtrier en

coquilles).

Quarrier.

Queu (cuisinier).

Recouvreur (couvreur).

Saunier (marchand de sel).

Selier.

Sommelier. Sueur (cordonnier).

Tailleur de dras.

Tailleur de pierre.

Talemelier (boulanger).

Teinturier.

Tennenr (tanneur).

Tesserant.

Tonnelyer.

TresfiUière (Iréfileuse).

Tripier fcharcntier).

Uyssier (menuisier en portât).

Verrier.

La lutte commença le jour où l'Ordre, suivant l'exemple de plusieurs autres seigneuries religieuses de la ville, prétendit établir une boucherie franche à son usage dans son domaine hors les murs. La communauté des bouchers de Paris fît aussitôt opposition, alléguant ses statuts et ses droits qui primaient ceux de tous seigneurs, môme justiciers, et ne permettaient pas d'ouvrir dans les villes ou les faubourgs une boucherie qui né dépendit d'elle. Le roi fut appelé à intervenir et trancha la question en faveur des Templiers, mais avec des conditions qui garantissaient en partie les droits des maîtres bouchers. Cet acte important de Philippe III est de juillet 1282 * ; en voici les principaux passages.

« Nous avons concédé auxdits frères du Temple le droit de faire élever librement et en paix, dès à présent et sans aucune opposition, dans quelque partie de leur domaine qu'ils voudront, hors des murs de Paris, mais non pas dedans, deux étaux pour vendre chair de boucherie, de la longueur de 12 pieds seulement; et d'y installer deux bouchers quelconques, à leur choix, qui pourront, dans lesdits étaux, vendre, égorger, et découper viande de boucherie. Ces bouchers pourront avoir des serviteurs pour écorcher, saigner, flamber et préparer comme il convient lesdites viandes; mais non pour les débiter ou les vendre, excepté en l'absence des deux bouchers. Ou bien l'un d'eux pourra avoir un seul serviteur, qui vendra ses viandes et fera tout ce qui est accoutumé en pareil métier. Et ces deux bouchers seront exempts, francs et absolument libres de toutes les coutumes des susdits bouchers de Paris. »

Les boucheries étaient donc une vraie dépendance de la Maison, comme nous avons dit. L'Ordre avait fait élever les bâtiments, et le grand prieur les affermait à qui bon lui semblait.

1. Orig., K 3o, no 2. — Confirmation par Charles, régent, en 1358 : Ordonnances des rois de France^ 111, p. 260 (elle reproduit la pièce de 1282). Il esl curieux que presque tous les érudits et les historiens de Paris (même jusqu'à nos jours) qui ont eu Toccasion de faire allusion & cette pièce importante, l'aient donnée comme de 1182 (voy. Dubreul, Félibien, et tous leurs copistes; Du Cange, etc.); seul Delamare ne s'y est pas trompé, et de nos jours Depping (Livre des métiers) et G. Fagniez (l'Industrie à Paris ^ 1877). Cette confusion vient de ce qu'il y a eu en 1182 une conflrmation des statuts des bouchers de Paris, mais sans aucun rapport avec le Temple, qui n'a jamais eu de boucheries avant Tacte ci-joint de

On remarquera ici que ces boucheries furent toujours placées en dehors de TEnclos, qui ne posséda jamais de boucherie dans ses murs. C'est évidemment par une raison de salubrité, de même que la ville avait d'abord repoussé hors de son enceinte rétablissement des boucheries. A cette époque, les étaux avaient toujours avec eux leur abattoir et leur charnier. Mais ce sjrstème pouvait avoir parfois des inconvénients : ainsi le jour où le peuple soulevé assiégea Philippe le Bel, alors logé dans i*Enclo8 K C'est cette disposition qui explique comment on put lui couper les vivresy et comment les viandes furent jetées dans la boue par la foule au moment où elles étaient apportées au Temple. Autrement il paraîtrait difficile d'admettre cette famine à si bref délai, à laquelle TEnclos fut alors réduit.

Grâce à ses privilèges, la boucherie du Temple devint bientôt florissante. S'il faut en croire le Ménagier de Paris ' (vers 1393), elle aurait vendu chaque semaine, « par estimation commune, 200 moutons, 24 bœufs, 28 veaux, 32 porcs », tandis que les treize bouchers de la boucherie de Saint-Germain des Prés ne vendaient que 26 bêtes de plus.

Son premier emplacement fut dans la rue de Braque, à laquelle on donna dès lors le nom de rue des Bouchers, ou rue des Bouchers-de-Braque ; elle se trouvait à cette époque hors des murs de Paris. Mais elle était étroite, et , quand tout le quartier eut été englobé dans la nouvelle enceinte et que la population commença d'y affluer, il fallut changer de place. Une sentence de police du prévôt de Paris, en date du 28 septembre 1559 ', ordonna la démolition des étaux, et les bouchers se transportèrent alors un peu plus loin, rue du Temple *. Au dire de Sauvai ', « la tuerie et Técorcherie » seraient cependant restées rue de Braque.

La nouvelle boucherie de la rue du Temple possédait deux étaux comme la première, selon les anciennes prescriptions; mcds elle ne paraît pas avoir conservé longtemps l'honneur d'appartenir en propre à l'Ordre. A une époque qu'on ne peut déterminer, mais probablement au commencement du xvii* siècle,

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