‹ La maison du temple de Paris, histoire et description: histoire et description, avec deux planchesChapitre 43 sur 184 · Visite de 1664 (S · texte numérisé non relu

Visite de 1664 (S

L*É6LISB 83

Paris. — Les autres furent données beaucoup plus tard par divers grands prieurs : Philippe de Vendôme, le chevalier d'Orléans et le prince de Conti.

On désignait souvent le clocher sous le nom de Tour de Vhorloge, à cause d*un cadran qu'on y avait placé au premier étage. On pouvait passer de là dans les combles et sur les voûtes de l'église ^ L*horloge était, dit la visite de 1664, « conduite par le clerc de l'église ». — Elle disparut en 1780 au rapport de Barillet, mais pour être remplacée par une autre que Ton établit à la façade du porche de Téglise : celle-ci était renfermée « dans un cabinet de menuiserie » placé sous le comble, et transmettait l'heure à deux cadrans fixés sur le pignon.

Dates et comparaisons.

Nous avons vu maintenant toutes les parties anciennes de l'église du Temple : essayons tout de suite d'établir les dates approximatives de leur construction. En même temps, il pourra n'être pas sans intérêt de comparer le monument de Paris avec les édifices analogues qui subsistent encore aujourd'hui et peuvent nous en retracer quelques éléments.

On se souvient que rétablissement des Templiers auprès de Paris remonte probablement à une époque peu antérieure à l'année 1140. Il y a tout lieu de croire que l'église primitive, la rotonde^ date de cette époque ; mais elle est si pauvre de décoration que les caractères architecturaux tout seuls ne permettent pas d affirmer le fait avec une certitude absolue. Le style de cette nef circulaire est, en tout cas, purement roman : les voûtes d'arêtes du collatéral ne laissent aucun doute à cet égard, mais la disposition de la voûte centrale est la marque d'un art déjà avancé. C'est que l'église a subi deux influences bien nettement marquées : l'imitation traditionnelle du Saint-Sépulcre de Jérusalem, et les usages de l'école romane de l'Ile-de-France.

L'imitation du Saint-Sépulcre se fait voir dans le plan, qui diffère de ceux de toutes nos églises; en effet, le petit nombre de

1. Le passage était pratiqué n dans Teodroit où est l'horloge ». On trouve riodication d'une réparation à faire « à la baye qui sort de la tour da clocher pour entrer sous les voûtes de ladite église ». (S 5360, p. 24; S 5562, p. 22, 29.) 1664 et 1733.

8i LA MAISON DU TEMPLE

celles encore connues qui ont adopté un plan analogue, Tont toutes pris directement du Saint-Sépulcre, ou indirectement des églises des Templiers, pour qui c'était une tradition. Ge type n'a nulle part été plus fidèlement reproduit, croyons-nous, que dans les grandes églises de TOrdre, à Paris et à Londres. Les autres Font suivi plus librement, et ont souvent adopté la forme polygonale, bien plus aisée à construire.

A l'influence orientale il faut encore rattacher Temploî des colonnettes pour piédroits. Yiollet-le-Duc, ignorant la véritable élévation intérieure de Téglise, voulait pousser la ressemblance plus loin encore, et il a supposé au Temple de Paris une galerie de premier étage, comme à la crypte de Sainte-Bénigne de Dijon, ou mieux encore à Neuvy- Saint-Sépulcre. C'est cette dernière église qui se rapproche le plus en effet du type des Templiers; seulement les arcades sont en plein cintre et la voûte n'existe pas.

Ceci nous amène à la seconde grande influence, celle de Técole romane de llle-de-France. Cette école, bien caractérisée par des édiflces tels que Poissy, Saint-Étienne de Beauvais, Saint-Germer, Saint-Martin de Laon, présente, dans les dernières années de son influence, des arcades brisées et des croisées d'ogives, et cela à une époque où la plupart des autres écoles de France conservaient encore rigoureusement Tamorlissement en plein cintre et les voûtes en berceau.

Nous n'avons pas à faire ici l'histoire de la construction des voûtes à l'époque romane. Nous rappellerons seulement que, si la voûte d'arêtes était déjà un grand progrès sur le berceau plein cintre ou brisé, parce qu'elle allégeait l'édiflce en permettant de percer des ouvertures dans ses murs, la voûte sur croisées d'ogives, qui n'en est qu'un dérivé, l'emportait de beaucoup encore, puisque seule, à l'aide de ses puissantes nervures dites ogives, elle offrait assez de résistance pour être employée aux grandes voûtes de nef.

On vit donc longtemps, simultanément, une nef voûtée sur croisées d'ogives, et des bas côtés voûtés d'arêtes simples. Ainsi en est-il au Temple de Paris; car, il ne faut pas s'y tromper, la pseudo-coupole qui couvre la nef n'est qu'une voûte composée selon le système employée plus tard pour toutes les absides : des arêtes soutenues par des ogives rayonnant autour d'une clef cen-

traie. C'est un peu ce que M. de Caumonl a appelé « voûte domicale », à propos d*une certaine école dont la cathédrale de Poitiers est le type : voûte qui n*est qu'un compromis entre la franche coupole et la simple croisée d'ogives, entre le style de rOrient et celui de TOecident.

Cependant Texistence certaine de ces deux inOuences ne doit pas nous faire négliger le côté vraiment original de l'église du Temple : l'agencement des piédroits, des six colonnes centrales et des douze demi-colonnes sur lesquelles reposent les arêtes des bas côtés.

Yiollet-le-Duc a fait remarquer fort justement cette disposition particulière présentant deux triangles équilatéraux qui se pénètrent : figure qui, à elle seule, comprend tout le plan de la rotonde, et marque les places de tous ses soutiens K Mais il se trompe sur la forme des piles de la voûte et sur leur disposition.

Il résulte de ce plan de construction que les voûtes du collatéral ne portent pas sur des compartiments d*arêtes séparés par des doubleaux ainsi qu'à Neuvy, mais que ces arêtes forment comme une suite de petits triangles en passant d'une colonne à l'autre.

On a coupé les deux sommets des grands triangles sur lesquels était construit le plan, et qui sont dans l'axe, celui de l'ouest pour faire place à la porte d'entrée *, celui de l'est pour l'ouverture de la nef et du chœur.

Toute cette disposition est évidemment très originale; on ne la retrouve ailleurs que dans des déambulatoires absidiaux ', et jamais du reste elle ne se présente dans des conditions semblables.

Le clocher, nous l'avons vu, remonte certainement à l'époque romane, dont il a tous les caractères, et il a très probablement été construit en même temps que la rotonde.

Nous serions plus embarrassé d'assigner une date à la nef-chœur si nous n'avions eu la bonne fortune de mettre la main sur un texte qui nous semble décisif: c*est une bulle du pape Honorlus III,

i. Il y cherche trop légèrement, toutefois, un sens symbolique et en quelque sorte maçonnique.

2. Et alors, en cet endroit, par exception, il y a une croisée d'arêtes.

3. On peut en rapprocher l'exemple, rare aussi, que présente le premier collatéral du chœur à Notre-Dame; seulement ce sont des arcs doubleaux diagonaux, et non des arêtes. (Cette construction est de 1165 env.)

engageant les fidèles à visiter Téglise du Temple le jour de sa dédicace, et à y déposer de pieuses aumônes pour couvrir les frais du récent agrandissement de Téglise. Voici le texte : « Cum fratres miiitiae Templi Parisiensis, propter bonorum virorum frequentiam, ecclesiam suam quasi necessitate cogente duxermt ampliandanij et ob hoc ipsam de novo fecerini dedicari ^.. » Or cette pièce étant du il janvier 1217, la construction de la nefchœur ne peut guère être postérieure aux premières années du siècle. Cette date répond du reste parfaitement au style gothique lancéolé de cette partie de l'église •.

Quant au porche, le style des baies indique certainement le milieu du xiiP siècle. Il est identique à celui des fenêtres de la Sainte-Chapelle de Paris, de la cathédrale d'Amiens, de Saint- Denis, etc., c'est-à-dire de la belle époque de saint Louis.

On peut admettre aussi, comme nous l'avons dit plus haut, que l'abside avait été élevée en même temps que ce porche. Les vitraux dont elle était décorée, et dont plusieurs auteurs ont parlé, paraissent bien s'accorder avec cette date.

ËGLISES DÉRIVÉKS DU SaINT-SÉPULCRE.

La rotonde du <S'(im^-5^/>u/cre de Jérusalem ' présentait en plan un cercle de quatorze colonnes et quatre piles rectangulaires formant un bas côté, limité par une muraille demi-circulaire, et donnant accès à trois absidioles. Les bas côtés étaient surmontés d'une galerie de même largeur, arcature analogue à celle du rez-dechaussée. Au-dessus était encore une petite galerie, mais aveugle. Le tout en plein cintre, bien entendu. La rotonde, fort large, était voûtée d'un cône tronqué, en charpente, et par conséquent à ciel ouvert. Ce type a donné lieu en France à plusieurs imitations plus ou moins lointaines. La plus exacte est celle que pré-

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