‹ La maison du temple de Paris, histoire et description: histoire et description, avec deux planchesChapitre 42 sur 184 · L*ABSIDE · texte numérisé non relu

L*ABSIDE

L*abside qui termine le chœur n^est certainement pas Tœuvre du premier travail d'agrandissement de Téglise entrepris à cette époque. Nous n'avons malheureusement que des détails très insuffisants sur son élévation. Mais, en tout cas, elle présente un contraste frappant avec les travées qui la précèdent, où les percements sont rares, et les surfaces pleines fort nues. Cette abside est polygonale, à sept pans étroits, tout ajourée de fenêtres, et flanquée de minces contreforts. La voûte est établie sur un faisceau de huit ogives rayonnant vers une clef centrale et reposant sur des colonnettes qui paraissent avoir été coupées du bas pour l'installation des stalles. — Plus tard on ajouta au fond une petite chapelle en saillie dont nous reparlerons plus loin : réduit des plus étroits, pratiqué entre deux contreforts et les dépassant à peine, elle était à peu près ovale à l'intérieur, mais se terminait carrément au dehors. Cette adjonction est la dernière de toutes celles que subit l'église, par conséquent peu antérieure à Tannée 1664.

Quant à l'abside même, nous lui attribuerions volontiers la même date que le porche, dont nous allons parler. Mais est-elle l'agrandissement d'une abside antérieure plus petite et circulaire? ou bien, ce qui est plus probable, le chœur ne se terminaitil pas d'abord carrément comme dans quelques églises où il a été agrandi après coup pour l'usage des religieux, par exemple dans la cathédrale de Laon? — C'est ce qu'il est impossible de décider.

Le porgue.

Le grand porche qui précédait la rotonde était, sans contredit, la plus précieuse partie de l'église au point de vue de l'architecture. Ses dispositions sont d'ailleurs toutes particulières et assez rares pour être remarquées. Malgré son étroitesse, il était aussi élevé, peut-être même plus élevé que la nef, dont

L' EGLISE DVTMTWlE Dr PARIS vciie defaprihnpalle port*.

l'église 79

il rejoignait le grand comble par-dessus la coupole de la rotonde, ainsi englobée dans sa partie centrale. En outre, il comprenait deux étages : le rez-de-chaussée aussi bas que le collatéral de la rotonde sur lequel il s'ouvrait, puis un premier étage montant jusqu'à la hauteur de la coupole.

L'architecte avait certainement sous les yeux la merveilleuse Sainte-Chapelle de Louis IX, car ce porche est Gnement travaillé et sculpté comme elle, et complètement à jour, du sol au comble *.

Trois élégants contreforts, à trois ressauts et coiffés d'un toit en bâtière, marquent les travées, qui sont au nombre de deux au rez-de-chaussée, voûtées sur croisées d'ogives, et éclairées par deux grandes baies ouvertes depuis le sol; ces baies permettaient sans doute de pénétrer latéralement sous le porche, car, autant qu'on en peut juger sur les dessins, elles n'étaient pas vitrées. Leur remplage, divisé par une colonnette médiane, comprend — sous un grand arc brisé supporté par deux colonnettes — deux arcs trilobés surmontés d'une rose à six redents. Le tout repose sur un bahut très bas.

L'étage supérieur, encore plus ajouré, comporte trois travées, la troisième étant au-dessus du bas côté de la rotonde et en partie cachée par le comble. Chaque travée est éclairée par une large et haute fenêtre à quatre panneaux, comprenant deux jumelles surmontées chacune d'un trèfle, et toutes deux dominées par une grande rose à six ou sept lobes, contenue dans le tympan de l'arc brisé. — Le tout porte, comme d'habitude, sur cinq flnes colonnettes. Au-dessus, immédiatement, est la corniche du comble.

N'oublions pas d'ajouter que la paroi intérieure de cet étage est percée sur la rotonde d'une fenêtre semblable aux autres. C'est sur cette large baie que se détachaient les orgues. Au-dessous s'ouvrait la porte de l'église, dont la baie était carrée.

La façade du porche présentait un aspect analogue à celui des côtés. Une large baie en arc brisé s'ouvrait sous plusieurs archivoltes toriques finement sculptées et décorées de divers ornements dont les piédroits étaient de minces colonnettes. —

1. Les dimensions sont de 3 toises en largeur, sur 5 de longueur jusqu*à la rotonde (soit 5 m. 85 sur 9 m. 75).

Au-dessus, la haute fenêtre du premier étage, du même modèle que les précédentes, puis une corniche importante et un pignon percé d'un large quatre-feuiiles et surmonté d*une petite croix.

La façade était flanquée, en guise de contreforts, de deux massifs polygonaux coiffés d'un tourillon avec pyramidion. L*un des deux, celui de droite, paraît avoir renfermé un petit escalier en vis, montant au premier étage *.

Gomme il arrive presque toujours, le sol qui entourait l'église s'était un peu exhaussé avec le temps, de sorte que le porche se trouvait légèrement en contre-bas; c'est ce qui résulte de la note suivante, insérée dans le procès-verbal de la visite de 1756 : « En passant sous le porche, nous avons remarqué que Teau de la pluye y séjourne et est assez abondante pour que Ton ne puisse pas entrer dans l'église ; même, lorsque les pluyes sont fortes, Teau reflue dans l'église, le terrain au pourtour étant plus élevé. »

ËnOn mentionnons, puisque nous en sommes aux issues de l'église, deux petites portes de la nef dont Barillet parle comme étant précédées d'un petit porche, un simple ébrasement peutêtre. L'une était au nord, l'autre en face, au sud, à l'angle du clocher et de la rotonde.

Les toitures.

Un mot sur les toitures de l'église : nous avons parlé de celle de la rotonde. Étant établie sur les reins mêmes de la voûte, elle se trouva, dans la suite, comme enclavée dans les combles beaucoup plus élevés du porche et de la nef, qui se rejoignaient en passant par-dessus, mais sans se confondre.

De même que dans tout l'Enclos en général, la couverture était en tuiles. Une corniche avec chéneau en pierres de taille, soutenue par des modillons, la bordait partout. C'est tout ce que nous pouvons en dire sur l'inspection des gravures contemporaines *.

1. Mais nous ne pouvons décider si Tenlrée était intérieure ou extérieure, les documents manuscrits ou graphiques ne donnant là-dessus aucune indication. Peut-être était-elle pratiquée dans l'ébrasement môme de la porte.

2. Diaprés les relevés de la visite de 1733 (S 5562, p. 24), la couverture du porche seul comprenait jusqu'à 56 toises de tuiles.

l'éguse 81

La division fictive de la nef et du chœur était marquée sur la toiture par une petite flèche aiguë, dont nous connaissons l'existence par les textes formels des comptes du Temple, et aussi par les plans de Paris à vol d'oiseau, mais dont il est difficile de déterminer la forme. La flèche était octogone ', mais la base, le beffroi, est toujours représenté carré et éclairé, sur chaque face, de deux petites baies plein cintre. — On y pénétrait par les combles.

La sonnerie de ce petit campanile servait surtout pour le couvent, les grosses cloches du clocher étant réservées pour la paroisse; dans les derniers temps, ces grosses cloches étant fêlées, on n'employait plus que les « deux petites cloches servantes pour les heures canonialles ».

Lk clocher.

Le clocher fut d'abord isolé, mais tout près de la rotonde, selon une habitude très répandue à cette époque; puis il se trouva collé à la nef nouvelle, qui prit appui sur lui, et enfin enclavé dans les diverses constructions annexes. C'est certainement un des monuments les plus anciens de l'Enclos, et il est resté probablement à peu près intact jusqu'à la Révolution. De tous les éléments qui composent les églises du moyen âge, c'est toujours celui qui a le plus longtemps résisté, et aujourd'hui encore la plupart de nos clochers romans ont conservé tout leur caractère primitif.

Voici donc comment il est représenté au xvu« siècle, dans les gravures de Sylvestre et de Marot : une assez large tour carrée, amortie en pyramide à quatre faces, et appuyée, jusqu'à la base de la flèche, par huit contreforts étroits à quatre ressauts. Au-dessus d'une base sans percements, un befl*roi de deux étages, dont le premier comporte une très haute et large baie en plein cintre^ et le second deux baies semblables, géminées, plus étroites et moins élevées.

Nous n'avons aucune description ancienne — car ici par malheur les visites sont muettes — et il est impossible de rien

1. Une note de la visite de n33 indique une réparation à faire dans cette flèche, « au ceintre des 8 bayes de croisées ». r- Elle était placée, dit la visite de 1664, « sur la séparation du chœur et de la nef ».

afGrmer; mais, si les dessins de celte époqoe moderne sont parfaitement exacts, noos admettrions volontiers Tidée d'an remaniement, an moins d'un agrandissement des baies, dans le premier étage du beffroi, à Tépoqae du xvu* siècle : et ceci, à cause de l*autorité que Ton ne peut pas refuser absolument aux anciens plans de Paris. En effet, dans les plans à vol d'oiseau du XYi* siècle, il y a une différence très caractéristique avec les gravures dont nous venons de parler. Dans celui de Bâle, par exemple (1552?), toute la partie inférieure delà tour consiste en un massif épais, percé seulement, très haut au-dessus du sol, d*une baie plein cintre assez courte et peu large. Un ressaut important le sépare alors du beffroi supérieur, qui n'a qu'un seul étage de deux baies géminées. — Ainsi il y aurait eu là une différence de construction bien tranchée entre TétagQ supérieur qui porte la flèche, et tout le massif inférieur; et cela était si marqué que le plan de tapisserie^ qui est antérieur au précédent, (1512-4547?), figure le beffroi — probablement par erreur — comme étant de forme circulaire et surmonté d'une flèche conique semblable à celles du donjon.

Un tel caractère architectural répondrait bien mieux que tout autre à l'analogie qu'on remarquait anciennement, et que Barillet lui-même rappelle, entre le clocher du Temple et celui de Saint-Germain des Prés.

Quant aux plans de Paris, postérieurs au xvi" siècle, ils sont d'accord avec les gravures de Marol et de Sylvestre. La tour est divisée en trois étages à peu près égaux et sans ressaut.

La flèche était couverte en ardoises ainsi que la petite flèche de la nef-chœur, et terminée par une boule de plomb surmontée d'une croix*.

Un escalier extérieur, de pierre, conduisait à l'étage des cloches ' : c'est une adjonction des derniers siècles. Ces cloches étaient au nombre de six : quatre grosses et deux petites *. La plus grande, di Barillet, avait été donnée, en 1480, par Emeri d'Amboise, d'abord grand prieur de France et plus tard grand mattre de l'Ordre. C'était une des plus anciennes cloches de

Page 1