LE PA.LAI8 DU GRAND PRIEUR
chaque côté, de treize couples de oolonnes géminées sur unique : soit 52 colonnes en tout, soutenant une terrasse. C*est, en plus petit, la disposition monumentale de notre palais Soubise (Archives nationales).
Au fond de la cour s'élevait le palais. 11 présentait un corps de logis central de 25 toises 7 pieds de large (48 m. 75 sur 35 m. 40), flanqué de deux pavillons à angle droit, larges de 4 toises 4 pieds, et longs de 17 toises 7 pieds (9 m. 10 sur 35 m. 40), qui faisaient saillie sur la cour et sur le jardin. Le bâtiment central présentait trois parties égales, celle du milieu faisant légèrement saillie.
De la cour, on montait au rez-de-chaussée, élevé de cinq marches, par une porte qui s'ouvrait au milieu de la façade, entre deux couples de colonnes avec balcon au-dessus.
Chacune des trois divisions de cette façade était éclairée par trois grandes fenêtres à croisée double. Au second étage, les fenêtres, plus petites, n'avaient qu'une croi-ée simple. Celles du balcon étaient séparées par des pilastres. Au-dessus commençait le comble, avec un fronton cintré au centre.
Les deux ailes avaient des fenêtres sur le côté et deux en façade.
On remarque quelques différences du côté du jardin ; les ailes, plus longues, avaient trois fenêtres de côté. Le fronton central était triangulaire, et les combles percés de lucarnes en œil-debceuf. Un perron de 5 marches descendait dans le jardin.
En 1720, le grand prieur, chevalier d'Orléans, fit entreprendre divers changements, restaurations et agrandissements sous la direction de Gille-Marie Oppenord, premier architecte du régent. La belle colonnade de la cour, peut-êlre mal construite, fut remplacée par une vulgaire allée de tilleuls taillés en arcades, qui subsista jusqu'à la Révolution. Un grand bâtiment fut accolé au centre de l'aile droite et prolongé le long du mur de l'Ëuclos jusqu'au coin des rues du Temple et de la Corderie. Il ouvrait sur une cour dite du <c garde-meuble », séparée par un mor de la cour d'entrée du palais.
Beaucoup d'autres travaux de moindre importance, ayant surtout pour objet les dispositions et les embellissements intérieurs du Palais, nous sont signalés par de nombreuses quittances de 17i8, 1729, 1730. Quelques-uns des appartements furent
ornés de peintures par Nattier; mais Tartiste les enleva, parce qu'on ne le payait pas i.
En 1780 enfin, la plupart des bâtiments conventuels et religieux de TEncIos, y compris le palais prieural, furent plus ou moins retouchés.
Entrons maintenant dans ce palais si soigneusement embelli. Les visiteurs commissaires de l'Ordre en 1756 et surtout en 1783 * nous ont laissé des descriptions assez détaillées des derniers « améliorissements ». Pénétrons à leur suite, non plus parle perron central, qui a disparu, mais par l'un des deux perrons placés sur la façâSe des deux ailes, par exemple par celui de droite.
On se trouve d'abord dans un grand vestibule « carrelé en carreaux de pierres de lierre (liais) noir et blanc >. A droite, une petite chapelle; puis un grand escalier de pierre, montant au 1" étage, et occupant toute la partie ouest de Taile; à gauche, on pénètre successivement dans la chambre des Nobles (ou antichambre) et dans la salle de jeu, qui occupe le côté est de Taile donnant sur le jardin. Ces deux pièces sont de vrais salons, garnis « d*un lambris doré ».
Par la chambre des Nobles, où sans doute Ton faisait antichambre avant d'être reçu^ on entrait dans la chambre à coucher du grand prieur, « à alcôve dorée ainsi que la boiserie d'icelie ».
Cette pièce occupait la première partie du bâtiment annexé au sud; elle donnait sur un petit jardin spécial abrité entre le mur de TEnclos et l'aile du palais. A côté se trouvait le « cabinet turc », puis la bibliothèque, ayant une petite entrée à Tangle de la chambre à coucher, et vue sur la rue de la Corderie ; enfin un cabinet et une salle de bains.
Le reste des bâtiments qui ouvraient, comme nous l'avons dit, sur la cour du garde-meuble, étaient afîeclés au concierge et à un dépôt pour le mobilier du palais.
Revenons à la chambre des Nobles. En tournant à gauche, vers le corps de logis central, on passait successivement dans trois salons énormes qui occupaient toute la façade et avaient
1. Parmi les embeliissemenls fails au palais. Barillet cite sur la façade 8 bas-reliefs « représentant de diverses manières trois petits génies occupés à vaincre et enchaîner un monstre marin ».
2. S 5563, fo 30; S 5566. — Voy. aussi R « 409 (Papiers du comte d*Arloi«).