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Le diatde en habit noir et en cravate blanche

9. A la rescousse! sauvée, merci, mon Dieu ! Après le sermon, tahleaux vivants.

Tahleau I. Sauvages avant la conversion '(lu naturel).

T.viii.KAU II. Sauvages après la conversion {habillés).

TAiir.E.vr III. Pauvre fille, clic n'a rien sur le corps.

(Ce dernier tableau sugf^ère l'idée d'une jeune lille maori vi\ costume national, aussi rimpresario avail-il ajouté entre parentliès(> très dclical) .

La rei>résentation se terminera par un chœur d'anthropophai^M^s.

VAzun, bouiiiy 6oî^7?i, cntrrrrez, inessicurs et mesdames.

Le révérend, dont il est ici question, m'envoya un billet d'entrée pour assister à sa représentation.

Il crut sans doute me faire une politesse. Que le ciel la lui rende !

Sous le titre de Signes du temps, je lis l'entrefilet suivant dans la Gazette méthodiste de Sydney : « Il s'est formé dans notre ville une Association chrétienne de banquiers dont le président, un ministre méthodiste, est lui-même ancien gérant de banque. Les directeurs, les gérants et les commis se réunissent deux fois par semaine pour prier et étudier la bible, l'ne des principales banques de Sydney est si connue par les pieux sentiments de ses directeurs et de ses employés qu'elle est souvent mentionnée par le nom de Banque chrétienne. »

Et l'incorrigible Bulletin, pour qui rien n'est sacré, de s'écrier: « Oui, signes du temps! Nous ne désirons pas nommer la banque en question. Peut-être cependant la nommerons-nous un jour.

Alors on verra le public envahir celle banque pour en relircr son argent au plus vite. »

Le fait est que le banquier chrétien est connu pour diriger ses yeux vers le ciel, et ses pas vers la frontière.

Pauvres banquiers australiens ! Quinze jours après mon départ de l'Australie, toutes les banques, à l'exception de trois, sautaient l'une après l'autre. Jamais pareille panique ne s'était emparée du monde financier. La débâcle était prévue depuis longtemps, mais les plus pessimistes, même parmi les prophètes de malheur, ne s'attendaient à une dégringolade aussi rapide.

Les scènes les plus tragiques, chez les Anglo- Saxons, sont généralement accompagnées des scènes les plus comiques. Comme dans Shakespeare, le sublime et le ridicule, la haute tragédie et la farce, y marchent de pair.

C'est l'évêque anglican de Sydney, primat protestant de l'Australie qui se chargea de donner la note comique. On sait qu'à l'heure d'une calamité publique, en Angleterre ou dans une des colonies, c'est au primat qu'il incombe de rédiger une prière spéciale que les fidèles doivent répéter pour apaiser le courroux du ciel. Le Common p rayer /ioo/>-, dont se servent les protestants anglicans, contient déjà une infinité de .prières spéciales, pour la pluie, le beau temps, la paix, la récolte, la sanlé, que sais-je

encore? mais les rédacteurs de ces anciennes prières n'avaient pas prévu la fermeture des banques, et l'évoque de Sydney eut à inventer quoique chose de neuf et de bien senti pour la circonstance.

Voici la prière qu'il rédigea et qui fut débitée dans les églises et dans les familles en l'an de grâce 1893, c'est-à-dire à la fin du xix^ siècle :

« Dieu tout-puissant, dont la divine Providence ordonne tout ce qui se passe au ciel et sur la terre, nous te supplions d'avoir pitié de nous pendant la crise financière et commerciale que nous traversons en ce moment. Nous nous humilions devant le trône de Ta Majesté. Nous avouons que nous nous occupons trop des choses de ce monde et que le principal objet de notre existence n'est pas de songer à notre salut. De l'avarice, de l'égoïsme et de l'amour du gain et des richesses, délivre- nous. Répands parmi nous la justice qui exalte une nation. Accorde-nous cela, nous t'en supplions, pour la gloire de ton saint nom, par les mérites de Jésus-Christ notre Sauveur. Amen. »

Si la première phrase était omise, vous pourriez lire dans cette prière une invocation à Dieu pour lui demander qu'une crise financière vienne punir les Australiens de leur avarice, de leur égoïsme et de leur amour du gain. Telle qu'elle est, je ne puis lire cette édifiante prière que de la manière suivante :

« Dieu tout-puissant, dont la divine Providence

ordonne à son gré la hausse et la baisse, nous nous approchons humblement du trône de Ta Majesté pour le promettre que, si lu veux bien rétablir la confiance, faire que les banques ouvrent de nouveau leurs portes et que les actionnaires reçoivent de bons dividendes^ nous essayerons de nous guérir de l'avarice, de l'égoïsmc et de l'amour du gain. »

Quelle religion facile et commode que cette religion des Anglo-Saxons qui, satisfaits que Dieu n'ait autre chose à faire que de s'occuper d'eux, son peuple de prédilection, lui adressent des prières dans lesquelles ils lui font part de tous leurs désirs, de leurs besoins les plus futiles.

« Tout ce que je te demande, ô Seigneur, dit un jour un Anglais en public, c'est quelque chose, entre la richesse et la pauvreté. »

Mais, précisant il ajouta :

« Ce que je te demande, c'est quatre mille livres de rente, une petite maison et point d'impôts à payer. »

Pour un Anglo-Saxon, celui-ci n'était pas très exigeant.

Les Journaux de l'Australie. — Les grands journaux quotidiens. — Les éditions hebdomadaires. — L'Auslralasian. — Les journaux comiques. — Les journaux de société. — Le Bulletin.

De tous les hauts faits dont l'Australie peut se vanter avec droit, il n'en est pas qui surpasse ce qu'elle est parvenue à accomplir dans le journalisme.

Je ne coimais, ni en Europe ni en Amérique, de journaux qui aient plus de valeur que les journaux quotidiens publiés dans la colonie de Victoria et dans la Nouvelle-Galles du Sud: VAi^giis et VAge à Melbourne, le Morning Herald et le Daily Jelegraph à Sydney. Ces journaux de huit grandes pages, quelquefois de dix, se vendent pour la modique somme de dix centimes, et sont à tous les points de vue aussi bien rédigés et aussi bien renseignés que le

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Daily News^ le Daily Telegraph, le Slandard et le Daily Chronide de Londres. Ils n'ont peut-être pas la valeur littéraire du Journal des Débats ou du Figaro de Paris, mais ils sont beaucoup plus complets au point de vue des nouvelles qu'ils donnent . Ils tiennent un heureux milieu entre les meilleurs journaux quotidiens de l'Angleterre et des États- Unis, d'un style moins bruyant que ceux-ci, d'un style moins sec que ceux-là.

On se demande avec étonnement comment un pays aussi jeune peut faire vivre, voire même enrichir de pareils journaux, publiés tous les matins, indépendamment de nombreux et excellents journaux, publiés dans l'après-midi, tels que VEvening News, VEc/io, le Star à Sydney, le Standard et le Herald à Melbourne. VAge de Melbourne tirait à cent mille exemplaires quand j'étais en Australie, et lorsqu'un des associés se retira des afTaires, la part qu'on eut à lui payer fut une somme de cent cinquante mille livres sterling, soit trois millions huit cent mille francs. On ne saurait vraiment trop louer cet esprit d'activité qui a rendu de pareils journaux une nécessité absolue.

Adélaïde et Brisbane possèdent aussi de très bons journaux, le Register et VAdvertiser dans la première, le Courrier et le Telegraph dans la seconde.

En Nouvelle-Zélande vous trouvez aussi des journaux de premier ordre, en tête \q Herald d'Auckland,

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le Times ^ la Poste et la Presse de Wellington, la Presse et le Times de Christchiirh et VOttago Times de Dunedin.

La plupart de ces journaux publient une édition hebdomadaire spéciale qui atteint des proportions colossales, et il faut donner la palme à YAustralasian, publié tous les samedis par la compagnie de IMr^ws de Melbourne. Pour la rédaction, pour l'importance, l'intérêt et la quantité des matières, c'est un tour de force journalistique, ni plus ni moins. Le Toiim and Couiitrij Journal, le Mail, le Leader sont aussi des publications hebdomadaires des plus remarquables.

Journaux scientifiques et littéraires , journaux comiques parmi lesquels il faut citer le Melbourne Punch, journaux religieux, journaux agricoles, tous les intérêts de la vie sont représentés.

Pour les nouvelles locales, chaque faubourg, chaque petite ville a son journal. J'ai vu des journaux dans des petits trous de quelques centaines d'habitants. Chacun se fait un devoir de les acheter, et, mieux que cela, il se trouve des gens qui se font un devoir de les lire.

Je passe quantité de journaux, dits de société, qui m'intéressent peu. Cependant il faut faire mention du Bulletin (prononcez Boulletinc) de Sydney. C'est, dans le genre , le plus mordant, le plus effronté, le plus spirituel, le plus vulgaire et le

mieux rédigé que je connaisse. Je n'ai jamais vu rien de si audacieux, même en Amérique où se permettent toutes les audacités journalistiques.

Le ton, affecté par ce journal, est national, c'està-dire anti-anglais. Sa devise est « l'Australie pour les Australiens ». Toutes les marionnettes politiques, sociales et religieuses y sont traitées avec un sansgêne qui ne laisse pas que d'être souvent fort piquant. Le Bulletin est assez démocratique pour plaire aux masses qui le dévorent, et assez mondain pour plaire à la Société, qui y trouve les détails les plus minutieux sur les toilettes portées au bal du Gouverneur ou au garden-party de madame une Telle, et les potins les plus appétissants fournis par la chronique scandaleuse de la semaine.

La circulation de ce journal est énorme. Il est entre les mains de tout le monde, sur la table de tous les clubs et de tous les hôtels, non seulement dans la Nouvelle-Galles du Sud, mais dans toutes les colonies, y compris la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie, et si vous entrez daus la cabane du bushman, il est cent à parier contre un que vous y trouverez le dernier numéro arrivé.

Ce journal expose souvent bien des folies, bien des impostures, et les coups de verge qu'il administre, sans faire aucune acception de personnes, aux snobs, aux cafards, aux hypocrites et aux atïectés du pays, rendent service à la société australienne ; mais ce qui contrebalance le bien qu'il peut

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faire et tend à le rendre pernicieux, c'est qu'il alimente ce trait si caractéristique du peuple australien, l'irrévérence envers tout ce qui est respectable, et qu'il entretient l'afTectation chez une portion de la société en prêtant ses colonnes au rapport des moindres faits et gestes de ses membres. Ce journal est constamment lui-même coupable des travers qu'il prétend corriger chez les autres.

Les plaisirs aux antipodes. — L'Australien est plus gai que l'Anglais. — Melbourne. — La société.— Lord Hopctoun.— La passion des courses. — Le « Melbourne-Cup ». — Flemington comparé à Longchamp et à Epsom.

L'Australien est encore beaucoup trop jeune pour avoir des traits caractéristiques ; mais de tous les membres de la grande famille anglo-saxonne, je crois qu'il est destiné à être le plus insouciant, le plus sociable et peut-être même le plus gai .

11 n'est pas comme l'Américain de l'est, le Yankee, le descendant d'une race triste et austère. Ses ancêtres étaient des aventuriers à la recherche d'une position sociale, et non pas des puritains fanatiques, ennemis de la joie et du bonheur, à la recherche d'un coin de la terre où ils pussent se vouer librement à leur culte hargneux.

Vous ne trouverez pas chez l'Australien cette per-

sévérancc opiniâtre, acharnée, cette ténacité de bouledogue qui a fait faire aux Anglais tant de grandes ciioses et qui met encore l'Ecossais hors concours dans toutes les entreprises qui exigent des privations, des fatigues et une longue persévérance.

Pour lui l'existence a toujours été relativement facile. Il n'a eu ni formidables sauvages à combattre, ni bétes féroces à abattre. Les rigueurs de l'hiver lui sont inconnues. Le soleil l'éclairé et le chauffe toute l'année au milieu d'un ciel presque toujours sans nuages.

Le vagabond lui-même, qui vit de la générosité des fermiers, à la porte hospitalière desquels il frappe tous les soirs au coucher du soleil, n'a besoin pour toit que d'une couverture, et une petite marmite lui suflit comme ménage. Il vit en plein air. Alors même que de meilleurs jours ne sauraient luire en espérance, il mange, il respire l'air pur, il ne souffre ni de faim ni de froid, il est libre, il voit constamment le soleil , et la nuit des myriades d'étoiles lui sourient. Il peut presque être content de son sort, qui est incontestablement meilleur que celui du mineur et des ouvriers qui gagnent leur vie dans les usines. En Australie, il n'y a de véritable misère qu'à Melbourne et à ^Sydney. Et encore, je ne connais pas de sot métier qui ne permît, avec quelques mois d'économies, de quitter ces grandes villes et d'aller s'établir fermier-propriétaire dans un

coin du Buah à tout homme prêt à être son propre laboureur.

L'Australien a la passion du plaisir. Il n'y a pas de pays où le peuple fréquente en aussi grand nombre les théâtres, les concerts, les expositions, et tous les lieux où l'on s'amuse; il n'y a pas de peuple qui prenne autant de vacances et qui se livre avec autant d'entrain aux jeux nationaux ; il n'y a pas de société qui dîne et danse autant que la société australienne .

Les plaisirs du peuple sont bruyants et souvent grossiers ; mais l'Australien s'y livre avec plus de gaieté que l'Anglais dont la figure renfrognée, presque féroce, vous ferait croire, par exemple, que lorsqu'il joue au ballon ou au cricket, il défend l'honneur de son pays contre un ennemi qui a juré de l'anéantir. L'Anglais s'amuse tristement ; il entre au théâtre ou au bal avec la figure que nous faisons en France quand nous allons à l'enterrement d'un ami ou d'un oncle qui ne nous a pas mis sur son testament. Aux bals du Government' House, à Melbourne et à Sydney, les visages souriaient et respiraient le plaisir ; ce n'était pas un devoir, une fonction, comme disent les Anglais, qui se remplissait ; les hommes et les femmes dansaient avec entrain, jasaient gaiement. Ils s'amusaient vraiment.

Et comment ne pas s'amuser au Govemment- House de Melbourne quand l'hôte est le comte de

IIopetOLin? Ce jeune diplomale a treille ans environ, la figure souriante et gaie, le front intelligent, le nez fin, la bouche délicate. 11 est spirituel et aimable, plein d'entrain , grand seigneur jusqu'au bout des ongles, colossalement riche, et généreux en proportion. Non seulement tout son traitement passe en actes d'hospitalité et de générosité, mais tous ses énormes revenus. Quand il aura été cinq ans gouverneur et qu'il s'en retournera en Europe, les Victoriens feront bien de se mettre en deuil, ils n'auront jamais le pareil de Lord Hopetoun.

Mais de tous les plaisirs auxquels se livrent les Australiens il faut donner la palme aux courses de chevaux. C'est la passion dominante, c'est la rage.

L'instinct batailleur de l'Anglo-Saxon, l'amour de la concurrence, de la lutte, de la chance, de l'aventure, du gain facile, la passion du cheval qui, en Australie, est le compagnon de l'homme depuis sa première enfance, tout cela explique cette fièvre qui s'empare de l'Australien quand plusieurs chevaux, montés de jockeys aux blouses bariolées, sont là frémissants d'impatience sur le point de s'élancer sur la piste.

Ce n'est pas ici, comme en Europe, une partie de la société qui s'occupe de courses, c'est la population tout entière. Les hommes, les femmes, les enfants de la meilleure société coloniale ont engagé des paris: les négociants, les marchands, les commis^

les domestiques, les affamés, tous sont intéressés au résultat. Il n'est pas un coin du pays , du Bush, où la conversation ne roule sur l'événement du jour.

Le plus grand événement de l'année dans la vie coloniale, c'est le « Melbourne-Cup » . Le prix à gagner est de dix mille livres sterling, soit plus de deux cent cinquante mille francs. Les paris sont tels que, lorsque le cheval gagnant est connu, de douze à quinze millions changent de poche.

Les banques sont fermées, le commerce est arrêté, tout est suspendu, et la colonie est haletante d'impatience et de fièvre jusqu'à ce que dans tous les coins du pays soit arrivée la grande nouvelle : « C'est tel cheval qui a gagné le cup. » L'Amérique n'est pas plus surexcitée le jour où elle proclame le résultat de l'élection présidentielle.

J'ai assisté au Melbourne-Gup. Il faisait un temps épouvantable. Malgré la pluie battante, il y avait près de cent mille spectateurs, un dixième de la population entière de la colonie. S'il avait fait beau, le concours eût été beaucoup plus nombreux. Par un temps pareil, les Parisiens auraient hésité à se rendre à Auteuil ou à Longchamp; ici on était venu de la Nouvelle-Zélande, à cinq jours de voyage, de la Nouvelle-Galles du Sud, de la Tasmanie, de toutes les colonies.

Les gouverneurs de la Nouvelle-Galles du Sud, de l'Australie du Sud, et plusieurs autres encore

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étaient venus à Melbourne pour assister aux courses.

— Quelque importante affaire d'Ktat, dis-je à un ami, est, je suppose, la cause de ce rendez-vous.

— Certainement, répondit-il, la course du Cup est l'événement le plus iuiportant de l'année.

Les courses ont lieu à Flemington, village situé à quelques kilomètres de Melbourne. Le champ de courses est vaste, et l'installation des tribunes et de tout ce qui peut contribuer au bien-être et au plaisir du public est étudié avec un soin prodigieux. Sous ce rapport-là, on ne saurait comparer à Flemington ni Longchamp ni Epsom. Quant aux courses qui se tiennent respectivement dans ces trois endroits, c'est-à-dire le Melbourne-Cup, le Grand Prix de Paris et le Derby, si l'on faisait une comparaison entre elles, le résultat serait tout à l'avantage de la France.

A Flemington, vous avez une foule respectable composée pour la plupart de gens qui sont venus dans l'espoir de gagner de l'argent. A Epsom, vous avez le contrjsle britannique; le luxe effréné des riches et l'orgie immonde des gens de basse condition. A Longchamp, vous avez un rendez- vous pour la haute société, une fête de famille pour la petite bourgeoisie, et un joli sujet de promenade pour le peuple.

Le Théâtre aux colonies. — Madame Sarali Bernhardt en Australie. — Théâtres anglo-saxons comparés aux théâtres de Paris. — Théâtres de variétés. — Le pourvoyeur des plaisirs intellectuels. — Un important acteur. — Les théâtres des petites villes.

Les Australiens sont très amateurs de théâtre. Des troupes anglaises, composées de soixante à quatre-vingts artistes, ne regardent pas aux frais immenses d'un pareil voyage. Ils emportent leurs costumes et leurs décors et, après six mois de séjour, reviennent à Londres généralement enrichis.

Madame Sarah Bernhardt elle-même n'a pas eu à regretter sa visite aux colonies. A Sydney, à Melbourne et à Adélaïde, elle fît, il y a trois ans, une ample récolte d'applaudissements et de guinées. Je ne voudrais pas affu-mer que les spectateurs savaient assez de français pour comprendre et apprécier la finesse, la subtilité et la puissance de la grande tragé-

diemie française; mais ils se pressèrent en foule pour aller la voir, et la remercier en personne d'avoir bien voulu considérer les colonies comme un champ d'opération digne d'être exploité par la plus grande actrice des temps modernes.

Melbourne et Sydney possèdent des théâtres superbes tout aussi bien installés que ceux d'Angleterre et d'Amérique, et le bien-être du public y est étudié avec beaucoup plus de soin qu'à Paris. Quand vous avez acheté un billet, vous êtes au bout de vos peines et vous n'avez plus qu'à vous amuser. A PariS; quand vous avez acheté votre billet, qui n'est point numéroté, les ennuis commencent et ce billet ne sert qu'à vous faire passer de tyrannies en tyrannies : au monsieur du contrôle, en habit noir et cravate blanche, aux appointements de quatre francs cinquante centimes, qui vous traite du haut de sa grandeur; à la harpie, « dont la barbe fleurit et le nez trognonne », qui vous fourre où bon lui semble, si vous ne graissez pas sa patte de duègne, qui vous ennuie avec un pelit banc dont vous n'avez que faire, qui vous harcèle jusqu'à ce qu'il vous prenne des envies de lui dire : a Va-t'en au diable, toi et ton petit banc et tes minauderies de vieille-garde en retraite qui se rend toujours et ne meurt jamais. » Est-il au monde un public plus parfailement tyrannisé que ce bon public de Paris? Est-il une ville où l'on soit plus routinier? N'est-il donc pas possible d'avoir dans les théâtres de l*aris,

comme dans ceux de rAngleterre et des États-Unis, des billets numérotés qui permettent au spectateur d'aller s'asseoir en paix dans le fauteuil portant le numéro du billet qu'il a acheté, sans être obligé d'avoir à faire des bassesses pour obtenir la place qui lui appartient?

Dans les théâtres de tous les pays anglo-saxons, c'est-à-dire de tous les pays libres où règne le bon sens, où le public est le maître, un billet de théâtre acheté donne droit à une place marquée, à un programme qui est aussi indispensable au théâtre que la carte du jour au restaurant , et à un clou au vestiaire pour y pendre son pardessus, sans que le spectateur ait à être obsédé par une bande de mendiants abjects qui n'ont d'autre aiïaire au théâtre que d'être les serviteurs obligeants du public.

Les théâtres dont je parle font encore mieux que cela. Tous sont pourvus de buvettes , de fumoirs, de lavabos, de salons-vestiaires pour les dames, et enfin de toutes les commodités que l'administration du théâtre croit son devoir de mettre à la disposition du public qui lui apporte son argent.

Si les théâtres australiens sont confortables et luxueux, les plats qu'on y sert sont de tristes productions.

J'y ai vu quelques excellents acteurs, devenus pour ainsi dire Australiens, MM. Brough et Boucicault (ce dernier est fils du fameux acteur américain) , M. Tetheridge dans la bonne comédie, et M. Walter

Bcnlley clans le drame et la Iraj^édie; mais les pii^ces qui ont le plus de succès avec la masse du public sont des coq-à-l'àne idiots que le théâtre de Montmartre rejetterait avec dédain , des successions de chansons et de danses en costume, que les Anglais appellent Variety-S/tow : figurez-vous un programme de Folies-Bergère du dernier vulgaire et du dernier bêle. C'est un bonhomme au nez rouge, avec un crâne chauve de six pouces de hauteur surmonté d'un chapeau dérisoirement petit qui ne saurait rester en équilibre. Le bonhomme est saoul à rouler; il chante, danse et tombe : il se relève, rechante, redanse et retombe, et cela amuse les badauds pendant un quart d'heure. Ensuite arrivent une douzaines de filles, généralement jolies, et fort légèrement habillées. Elles chantent en dansant , puis font place à quelque autre cabotin qui lui aussi va danser. Un acteur australien qui ne sait pas danser une gigue est un meuble inutile dans l'étabhssement.

Pour ses plaisirs intellectuels l'xVustralie s'adresse à iMM. Smythe et fils qui ne lui font jamais faux bond. Ces fameux imprésarios lui font entendre les plus grands artistes et les conférenciers les plus connus de l'Europe. Sous sa direction ont paru madame Arabella (ioddard, la plus grande pianiste que rAnglcterrc ait produite ; M. Sanlley, le fameux baryton anglais; Sir Charles llallé, le pianiste , et madame iNeruda, la grande violoniste; M. Archibald

Forbes, le fameux correspondant dont les souvenirs de guerre ont fait courir l'Angleterre, l'Amérique et les colonies ; M. Georges-Auguste Sala, le plus spirituel des journalistes anglais ; M. Henry-M. Stanley, l'explorateur de l'Afrique centrale qui est allé raconter ses aventures et ses découvertes. J'en passe et des moins bons, parmi lesquels se trouve votre humble serviteur.

Rien n'est plus amusant, aux colonies, que d'entendre les discours que le public force le principal acteur de leur faire quand la représentation est finie. En Amérique, j'ai vu l'auditoire insister pour que l'acteur fit un discours à chaque entr'acte. A l'avant-dernier il dut s'excuser, « car, dit-il, j'ai à mettre pour le dernier acte un costume qui me prendra au moins dix minutes ».

Ces discours sont généralement des flatteries adressées aux spectateurs. L'acteur s'avance vers la rampe, remercie le public de vouloir bien l'honorer de sa confiance et promet que, à l'avenir, il continuera à faire tous ses efforts pour mériter l'approbation qu'on lui a accordée dans le passé. Puis il parle de son art, de ses recettes, de ses affaires privées.

J'ai un jour entendu à Melbourne un acteur, dont la réputation s'est faite à chanter des gaudrioles et à danser des gigues, faire les remarques suivantes:

« Mesdames et messieurs, j'ai lu dans un des journaux de la ville, que Dan G. (le nom d'un

confrère) et moi nous étions brouillés, .le désire donner à cette assertion le démenti le plus formel. Dan et moi nous avons toujours été les meilleurs amis. Nous avons tous les deux assez de succès pour n'être poinl jaloux l'un de l'autre, et je vous prie de bien croire que nos relations sont toujours des plus cordiales ».

Et le public d'applaudir.

l^ismarck, réfutant au parlement la rumeur qu'il s'était querellé avec l'empereur d'Allemagne, n'eût pas pris la chose plus au sérieux. C'était du dernier comique.

Mais ce qu'il faut voir ce sont les mélodrames qui se jouent dans les petites villes ; ce qu'il faut admirer, c'est la vaillance du public qui gobe ces pilules ; et ce qu'il faut plaindre, c'est le sort des pauvres cabotins roulant leur bosse de ville en ville, heureux quand les recettes leur permettent de payer la note d'hôtel et de prendre un billet de chemin de fer pour la destination suivante.

Ces pièces sont une succession de quinze, vingt tableaux dans chacun desquels l'héroïne est sur le point de succomber aux machinations infernales d'un misérable, le villain traditionnel, quand le lîéros , qui se trouve là par hasard arrive à son secours. La toile tombe et les quelques braves gens qui sont dans la salle reprennent haleine. Le rideau se lève de nouveau . Le villain a réussi à séduire la jeune fille. Il lui annonce qu'il va l'abandonner»

— Mais je l'aime ! s'écrie la malheureuse.

— Qu'est-ce que cela me fait ? répond le villain, crois- tu que je puisse continuer à avoir des relations avec une créature aussi dégradée que tu l'es ? Pars, ou je te tue.

Mais le héros est encore là, par hasard. Il saisit le villain qui, pour s'entetenir la main, a tué le père de la jeune fille. Le pauvre père ne lui avait rien fait, mais quand on est villain on a une réputation à soutenir. Le héros saisit donc le misérable , lui passe des cordes autour des bras et l'attache à une chaise. Le villain pourrait s'en aller emportant le meuble avec lui, mais il accepte sa position comme inévitable. Il ne bouge pas, il attend. Il n'attend pas en vain. A peine le héros est-il sorti pour aller chercher la police qu'un ami du villain , qui se trouve là par hasard, le délie et le met en liberté ; mais, au moment où il va sortir, un ami de la jeune fille, qui se trouve là par hasard, ressaisit le misérable, lui repasse les cordes autour des bras et le relie à la chaise. Il est très fort, cet ami de la jeune fille, aussi le villain et son complice se contentent-ils de surveiller l'opération sans broncher, et de regarder faire.

Dans le tableau suivant, la malheureuse jeune fille abandonnée erre à travers le pays à la recherche d'un asile. Elle tombe évanouie de défaillance. Arrive le villain qui la secoue.

— Toujours sur mes pas, dit-il ; il vaut mieux en finir.

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— Ne me tue pas! s'écrie-t-ellc.

Heureusement un ami qui se trouve là par hasard...

A la lui du vingtième Uibicau , le villain est empoigné. Personne ne se trouve là par hasard pour le délivrer, et la pièce est finie.

Ces fumisteries sont arrangées par l'acteur qui dirige la bande , sont annoncées comme faisant fureur aux colonies, et sont souvent signées des noms les plus célèbres du jour , surtout de ceux dont le public s'entretient au moment.

Ainsi la production dont je viens de faire mention était signée C.-H. Spurgeon. C'était au moment oii le grand prédicateur philanthrope anglais venait de mourir et que son nom était sur toutes les lèvres.

Quand M. Henry-M. Stanley retourna en Europe après avoir achevé sa brillante tournée de conférences en Australie, les pièces de ce genre furent signées Stanley pendant plusieurs mois.

Les Clioinins de fer aux colonies. — On part, mais on n'arrive pas. — Une femme pressée. — Trains mixtes. — Respect humain. — Curieux compagnons de voyage. — Ces dames sont traitées de poseuses.

Aujourd'hui , a dit je ne me rappelle plus quel écrivain français, on ne voyage plus, on part et l'on arrive.

Dans les colonies, on part mais on n'arrive pas.

A l'exception des trains express entre Sydney, Melbourne et Adélaïde, les convois ne font guère plus de dix milles à l'heure. Ce sont bien des convois, et j'en étais tellement convaincu que lorsque j'envoyaispasscr un,je me découvrais instinctivement.

Il n'y a point d'endroit au monde où vous vous sentiez plus en sécurité que dans un train aux colonies. Il n'y a qu'une voie et par conséquent aucune collision à craindre. Vous êtes sûr

d'arriver sain et sauf. Seulement, si vous êtes pressé, allez à pied ou en voiture.

C'est avec toutes les peines du monde ({ue le mécanicien parvient à ne pas arriver avant l'heure marquée sur l'indicateur. 11 fait ce qu'il peut. Il s'arrête à des stations où personne ne désire monter ou descendre ; il s'arrête devant chaque cabane qui se trouve sur la route dans l'espoir qu'on lui remettra une lettre ou un paquet ; s'il voit dans quelque champ plusieurs garçons faire une partie de ballon ou de cricket, je crois, ma parole d'honneur, qu'il arrête son train pour les regarder. Malgré tout son bon vouloir, il est rare qu'il n'arrive pas à sa destinalion avant son heure. J'ai vu des gens arrêter le train en route comme on arrête un omnibus dans la rue.

Les colons sont les premiers à prendre la chose de bonne humeur et à raconter d'amusantes histoires sur le sujet.

En voici une qui court les rues.

Le mécanicien d'un train aperçoit sur le petit chemin qui longe la voie une pauvre femme au pas lourd et fatigué. Frappé de compassion pour elle, il arrête le train et lui dit :

— Montez, ma brave femme, je vais vous mener jusqu'à la station voisine.

— Merci bien, répond-elle, ce serait avec plaisir, mais je suis pressée.

La chose, cc{)endant, s'explique facilement.

Les chemins de fer, aux colonies, sont construits

par le gouvernement et lui appartiennent. Par économie, on a fait les voies étroites et il y aurait du danger à faire courir un train à grande vitesse. En allant doucement, on économise aussi le charbon, et comme la population, en dehors des capitales , n'est pas assez importante pour se payer le luxe de trains express, le gouvernement se trouve obligé de n'avoir que des trains omnibus qui, une fois par jour seulement , desservent toutes les stations , y compris certaines localités inhabitées où l'on a placé une cabane, de manière à permettre ainsi à quelque squatter des environs de venir faire signe au mécanicien d'arrêter le train.

Indépendamment de ce train omnibus , il y a aussi un train, celui-là de marchandises, auquel on attache un wagon pour les voyageurs qui sont trop paresseux pour faire la route à pied. Ce genre de train s'appelle, aux colonies, train mixte. On le trouve aussi aux Etat-Unis. Les Américains, qui ont toujours le mot pour rire, lui ont donné le nom de trainaccommodation.

Donnez aux colonies le temps de se développer et je vous garantis qu'un de ces jours leurs chemins de fer feront honte à la Compagnie du Sud-Est de l'Angleterre. Les trains express qui desservent les capitales sont déjà aussi confortables et aussi rapides que les meilleurs de l'Europe.

Dans la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud, les

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chemins de feront des compartiments de troisième classe pour les indigènes. L'Australie n'a plus, pour ainsi dire, d'indigènes, et la société n'y est divisée qu'en deux classes, première et seconde. Cependant, dans un pays où chacun a peur de faire croire à l'autre qu'il ne vaut pas autant que lui, je n'étais pas étonné de voir les compartiments de seconde classe vides et ceux de première encombrés, malgré la stagnation des affaires et la crainte que les trois quarts des Australiens avaient de se trouver le lendemain en faillite.

Si, en Angleterre, vous demandez un billet sans nommer la classe, on vous donne un billet de troisième. En Australie, on vous donne un billet de première.

Bien souvent j'aurais voulu me faufiler dans une voiture de seconde pour éviter la foule et m'étaler à mon aise sur les coussins. Impossible, si jamais je m'étais permis pareil luxe et qu'on m'eût découvert en seconde, la nouvelle se serait répandue et toutes mes chances de succès se seraient évanouies. Les Australiens n'ont de respect que pour fort peu de choses, mais ils ont enraciné le respect humain.

Quels drôles de compagnons de voyage il vous faut souvent subir !

D'abord il y a l'animal qui vous réveillera d'un sommeil régénérateur pour vous donner le nom du squatter qui possède les terrains au milieu desquels

VOUS passez, vous expliquer comment le père est venu s'établir là, vous dire la fortune qu'il y a faite, vous raconter en détails l'histoire de la famille.

Ce que je craignais le plus, c'était celui qui me reconnaissait, et qui, ayant entendu une ou plusieurs de mes conférences, me les racontait en les entrelardant de commentaires et m'en expliquant les passages les plus subtils.

Un autre, un peu plus sans-gêne, mais dont j'admirais la franchise, m'éreintait à plate couture.

Plusieurs fois des chefs de gare obligeants réservèrent un compartiment pour mon imprésario et pour moi. A ceux-là je dois une reconnaissance éternelle.

Bien souvent, cependant, ces fâcheux avaient les meilleures intentions du monde ; mais, hélas ! l'enfer en est pavé et n'en est probablement pas plus agréable. On me tapait sur l'épaule :

— Allons, Max, me disait un brave garçon à l'allure franche et honnête, où est ton compartiment ? Je vais voyager avec toi. Allons donc boire un verre !

Ces braves gens m'offraient des cigares et faisaient de leur mieux pour me faire comprendre qu'ils éprouvaient du plaisir à faire compagnie avec moi. Il eût été de mauvais goût de faire le difficile. J'aurais voulu pouvoir dire à tous ces gens-là : « Un homme qui, pendant deux ans, voyage tous les jours, six, sept et huit heures^ et parle tous les soirs

deux heures, a besoin de repos et le silence lui est presque imposé. »

A l'époque des courses, la chose était intolérable. Les coni])artimcnts étaient bondés d'individus de toutes les classes possibles et de toutes les manières impossibles, qui faisaient de vingt à cinquante lieues pour aller voir une course. Et quel monde 1 ivres à rouler, jurant, crachant, hurlant.

Dans l'une de ces occasions, j'étais malheureusement accompagné de ces dames. A l'une des stations où, pendant vingt minutes d'arrêt, nous allâmes prendre un repas, au buffet; nous nous trouvâmes à table â côté de ces turfistes du Bush, Je vous fais grâce de la conversation. Entre le rôti et le fromage, un individu qui s'était enfourné son dîner dans la bouche avec son couteau, prit l'assiette au beurre, s'en servit un morceau avec son couteau et passa obligeamment l'assiette à ma femme. Ma femme, qui est voyageuse aguerrie et prête à tous les incidents qui peuvent survenir, remercia poliment son voisin, appela la fille de service et la pria de lui apporter du beurre... qui n'avait pas encore servi.

Le voisin comprit qu'on l'avait remis à sa place, aussi crut-il devoir prendre sa revanche. De manière à être entendu de tout le monde, il dit â ses compagnons :

— As-tu jamais vu ! En v'Ià t'y une poseuse 1

L'Esprit de nationalité et d'indépendance. — Patriotisme local. — Cliacun pour soi et les colonies pour les colons.

De toutes les colonies anglaises, je crois que c'est le Canada qui est la plus fidèle à l'Angleterre. La proximité des États-Unis en est la cause. Si le Canada était isolé ou situé aux antipodes, l'esprit d'indépendance nationale y serait aussi fort que chez la nouvelle génération de l'Australie ou de l'Afrique du Sud. La crainte d'être confondus avec les États- Unis conserve les Canadiens à l'Angleterre. S'ils doivent appartenir à quelqu'un, ils trouvent qu'il y a plus de prestige à appartenir à l'Angleterre qu'à l'Amérique. C'est ainsi du moins que pense la bonne société canadienne. Ceux qui ne songent qu'au traité de commerce avec les Etats-Unis, qui leur impose des droits d'entrée de trente pour cent sur toutes les marchandises passant la frontière

d'un coté ou de l'autre, ceux-là se feraient annexer séance tenante. Quant à la masse du peuple, je l'ai dit au deuxième chapitre, elle est divisée en quatre camps.

En Australie, les aspirations nationales sont très prononcées, surtout chez ceux qui, nés aux colonies, ne connaissent pas d'autre patrie. Certes, les Australiens sontaussi libres chez eux que les Anglais: ils se gouvernent comme ils l'entendent et n'ont aucun tribut à payer à l'Angleterre qui, au contraire, lui confie ses capitaux ; mais le gouverneur leur rappelle qu'ils ne sont pas nation, mais seulement dépendance, et cela agace les Anglo -Saxons qui, élevés dans la pépinière de la liberté, ne comprennent pas qu'on puisse dépendre de quelqu'un. Ce gouverneur gouverne beaucoup moins qu'un roi soliveau, mais enfin il est là, et pour bien des Australiens cela est de trop. Personne ne songe encore à demander l'autonomie des colonies australiennes, mais l'idée germe dans les esprits. Pour le moment les Australiens prient la mère patrie de vouloir bien les consulter sur le choix d'un gouverneur. lUentôtils l'exigeront. Ensuite ils le choisiront euxmêmes, puis ils s'en passeront.

Aux colonies de l'Afrique méridionale, où l'élément hollandais est hostile à l'Angleterre, ce sentiment est encore beaucoup plus fort.

L'amour de la liberté et de l'indépendance est

tellement enraciné chez l'Anglais que, lorsqu'il s'est établi aux colonies, il peut à peine comprendre que sa nouvelle patrie ne soit pas parfaitement libre et indépendante. Son patriotisme devient local, tous ses intérêts se concentrent sur le nouveau pays, et, c'est là un fait bien curieux, la génération suivante, née aux colonies, éprouve presque de la haine pour l'Angleterre qui a fondé sa patrie, mais qui, en lui envoyant un gouverneur, lui rappelle qu'elle n'appartient pas à une nation libre. Et la preuve de ce que j'avance, c'est que le pohticien de l'Australie ou de l'Afrique du Sud n'a aucune chance de succès à moins qu'il ne pose devant les électeurs pour le patriote qui saura défendre les intérêts de la colonie contre tout empiétement tenté par l'Angleterre.

L'Angleterre sera impuissante, le jour où les colonies seront décidées à proclamer leur indépendance. Ce sera sa faute de leur en avoir donné les raisons; mais ce sera sa gloire de leur en avoir donné les moyens.

En jetant des mondes nouveaux dans les océans lointains, et en apprenant à ses enfants à y fonder des nations libres, l'Angleterre mérite bien du genre humain. Il est plus glorieux d'avoir fondé les États- Unis que d'avoir conquis les Indes. Les États-Unis offrent l'existence à soixante-dix millions de créatures humaines, les Indes offrent des places à quelques milliers d'Anglais.

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Quand les colonies déclareront leur indépendance, le prestige de l'Anglclerre en souiïrira, mais le mal n'ira pas plus loin. John Bull est si peu chez lui dans ces colonies que ses produits y sont taxés comme s'ils entraient dans un pays étranger. Le service de paquebots entre Londres et Sydney, ou entre Londres et Cape-Town, ne sera point interrompu. La seule différence est qu'il y aura probablement plus de passagers à bord.

John Bull est si peu cliez lui dans l'Afrique du Sud que, lorsque la Chartered Company prit, il y a de cela quelques mois seulement, la résolution d'exterminer les Matabélés et de s'emparer de leur territoire, territoire dont la superficie est à peu près égale à celle de la France, les Anglais ne furent même point consultés. « Reste chez toi, dit la Compagnie à John Bull; nous sommes assez forts pour faire le coup nous-mêmes. »

Quelques Anglais protestèrent, et le gouvernement de Sa Majesté britannique ordonna au gouverneur de l'Afrique méridionale de demander desexplications M. Cecil Rhodes, premier ministre de la colonie, répondit dans les termes les plus clairs qu'il priai! les Anglais de vouloir bien se mêler de leurs affaires, que les siennes le regardaient, et qu'il n'avait de compte à rendre qu'aux habitants de la colonie. Le gouverneur empocha la réponse, la transmit cà John Bull qui, lui aussi, l'empocha, et se consola du coup de pied qu'il avait reçu eu ordonnant à ses fabri-

cants de cartes géographiques de marquer en rouge Malabeleland, la nouvelle possession acquise par la maison John Bull et C'^.

John Bull fit encore mieux.

Les journaux pubUèrent le nombre de Matabélés tués et le nombre de volontaires anglo-africains massacrés dans les divers engagements qui furent livrés sur le territoire de Lobengula. Et ce qui ajoute du piquant aux expressions choisies, c'est que les soldats de la Compagnie tuaient les Matabélés avec des mitrailleuses, alors que les pauvres sauvages n'avaient que des bâtons et des javelines pour massacrer les envahisseurs de leur patrie.

Si les Matabélés avaient été armés de mitrailleuses, de canons et de fusils, M. Rhodes aurait fait comprendre à John Bull la nécessité d'envoyer en Afrique plusieurs régiments d'habits rouges; mais comme ils ne l'étaient pas, M. Rhodes et le peuple qu'il gouverne par la grâce de Dieu et la bonne volonté de M. Hofmeyr S peuvent s'écrier que la gloire d'avoir exterminé les Matabélés leur revient à eux seuls. »

1. Chef du parti hollandais et de TUnion Africaine, Association dont l'ohjet est d'ohtenir l'indépendance de TAfrique méridionale.

La Tasmanie. — Le pays. — Les habitants d'autrefois et les habitants traiijourd'hui. — Visite aux dépôts. — Les survivants de l'ancien régime.'*— Une vieille Ecossaise récalcitrante. — Scène touchante. — Launceston et Hobart.

La Tasmanic a un cachet tout à fait européen. C'est un brin de Normandie ou de Devonshire avec ses bois, ses collines, ses fleurs et ses buissons de rosiers et d'églantiers sauvages. Rien n'est grandiose, mais tout est joli et pittoresque. C'est le paysage anglais dans le plus parfait climat qu'il soit possible d'imaginer.

Mais faut-il qu'un pays si privilégié par la nature soit habité par un peuple si peu intéressant ! Jamais je n'ai vu population plus paisible, plus ordinaire, plus respectable, plus arriérée, plus rococo. C'est le monde que l'on rencontre le dimanche à Brixton

et à Clapham ^ à l'heure des offices. Vous voyez en Tasmanie la vieille Anglaise aux longues papillotes, coitlée d'un chapeau en forme d'abat-jour, la vieille Anglaise classique telle que la dessinait Georges Cruikshank pour les illustrations des romans de Charles Dickens. Elle est là, longue et maigre, avec sa figure de carême, vivant de thé et de beurrées. Cependant, vous voyez aussi beaucoup de jolies femmes, d'une fraîcheur remarquable; mais l'absence d'activité intellectuelle est écrite sur les visages dont les yeux sont sans lustre et l'expression sans piquant.

Est-il possible que ce soit là ce pays tranquille, respirant partout la paix et la prospérité qui, naguère, résonnait du bruit de chaînes, d'imprécations et de cris de douleur? Est-ce bien ici que se passaient ces scènes d'enfer décrites avec tant de force dramatique par Marcus Clarke dans son fameux livre : Aux Travaux forcés à perpèluiié!

La Tasmanie était autrefois la Nouvelle-Calédonie de l'Angleterre, auprès de laquelle la Nouvelle-Calédonie moderne est un jardin d'Éden. L'Angleterre y châtiait ses forçats comme au temps du moyen âge ou de l'Inquisition. La plus petite infraction à la discipline était punie de cinquante coups de fouet

1. Quartiers de Londres habités par la petite bourgeoisie bien pensante et appartenant, pour la plupart, aux chapelles dissidentes.

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administrés à nu sur le dos des malheureux réfraciaires. Ce fouet se composait de neuf cordes serrées el nouées en plusieurs endroits. La punition allait souvent jusqu'à cent coups. Après les cinquante premiers coups, la chair se détachait du corps qui passait ensuite à l'état d'épongé ruisselante de sang. Un clergyman assistait au supplice pour exhorter la victime à la patience. Dieu merci, après cinquante coups, le malheureux prisonnier était sans connaissance. On peut encore voir à Port-Arthur la scène où se passaient ces atrocités légales, sanctionnées par une Chambre des lords, où siégeaient deux archevè(iues et vingt-quatre évèques qui jamais n'élevèrent la voix contre pareille infamie.

La première fournée de forçats arriva d'Angleterre en Tasmanie en 1817, la dernière en 1853. En tout soixante-six mille deux cent quarante-trois.

Curieux contraste. De tous les pays du monde, c'est en Tasmanie que, toutes proportions gardées, il se commet aujourd'hui le moins de crimes.

La Tasmanie a encore d'anciens forçats qu'elle entretient dans des dépôts où la vie leur est rendue aussi douce que possible. Le directeur, qui m'y a piloté, est pour ces pauvres diables d'une bonté à toute épreuve. Les souffrances ont rendu les uns idiots, les autres estropiés. Il y en a qui sont courbés en deux presque à angle droit. Cependant aucun visage ne respire la vengeance ou la rage. Aucun n'est empreint d'angoisse ou même de tristesse. Les yeux

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sont ciciiils, hagards, cl n'indiquent que la résignation et l'indiffé renée. Ils sont libres dans les dépôts, circulent librement dans leurs jardins qui sont publics, et sortent en ville quand bon leur semble. Ils sont bien nourris et bien logés, bien soignés. Les habitants viennent se promener dans leurs jardins et les enfants jouent autour d'eux. Ils ont même un théâtre où les bons cœurs de la ville viennent leur jouer la comédie ou leur donner des concerts.

Ces malheureux, avec lesquels je me suis entretenu, semblent, pour la plupart, avoir oublié d'où ils viennent, à qui ils appartiennent. Ils ne sont plus de ce monde. Il y en a même beaucoup qui ne se rappellent pas ce qu'ils ont fait pour avoir mérité la transportation. C'est l'oubli complet de l'existence, l'hébétude que créent les grandes souffrances. Il y en avait un, entre autres, connu sous le nom de Bill, qui était à Launceston depuis quarante-sept ans. Il est idiot et passe son temps à rire. Demandez-lui ce qui l'a amené en Tasmanie, il vous répondra en riant :

— Mouchoir, monsieur.

-- Volé?

— Oui, monsieur.

~ Où?

— Bethnal-Green.

Ne lui demandez pas autre chose. Mouchoir, volé, Bethnal-Gî-een, telle est la somme de son vocabulaire. Le voyage, l'arrivée en Tasmanie, les travaux, les punitions, les chaînes de cinquante-six livres

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qu'on lui a atlacliéos aux pieds, les coups de fouet, il ne se rappelle rien, pas môme ses parents : moiic/ioir, volé, Bethnal-Green ; quand il ne dit pas ces trois mois, il rit.

J'étais allé au Dépôt, numi de tabac pour les hommes et de bonbons pour les femmes.

J'avais fait diviser mon tabac en quatre-vingts paquets d'une once chacun. Je distribuai ces petites douceurs avec quelque menue monnaie à ces pauvres diables à mesure que je les rencontrais dans les bâtiments et les jardins. Sur un banc étaient assis deux hommes. J'allai prendre place à côté d'eux et j'offris à mon voisin la part qui lui revenait.

— Merci bien, monsieur, me dit-il; mais vous ne me reconnaissez pas. Vous m'avez déjà donné du tabac et de l'argent. Donnez cela à Jack, qui est à côté de moi, il n'a rien eu.

Où l'honnêteté va-t-elle se nicher? pensai-je. Ce brave homme avait une bonne figure bête, résignée. Je lui demandai quel crime il avait commis pour être où il était. Il n'en savait rien. Le directeur luimême ne put m'éclairer à ce sujet.

Ce qui me frappait le plus, en examinant tous les visages autour de moi, c'était l'absence d'intelligence. Peu défigures étaient mauvaises, mais toutes exprimaient la stupidité. Et je songeai à la fameuse phrase de notre grand jurisconsulte : « 11 n'y a que les imbéciles qui vont en prison. Les malfaiteurs intelligents sont rarement découverts. »

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Je quittai le Dépôt des hommes pour aller voir les femmes. Quel hideux spectacle! De vieilles femmes, véritables sorcières dignes de figurer dans Macbeth, la bouche démesurée , édentée , la figure bourgeonnée, le nez en trognon, l'air abject. Un vrai cauchemar. Je leur donnai des bonbons ; la plupart me demandèrent du tabac. Elles acceptèrent les bonbons en murmurant. « Les femmes, me dit le directeur, me donnent beaucoup plus d'ennuis que les hommes. Elles sont moins résignées , elles passent leur temps à se plaindre, et, quand elles sortent, elles vont se soûler avec les aumônes qu'on leur donne dans la ville ».

J'en vis une qui sonna la note comique dans ce concert de grognements et de murmures. C'était une vieille Écossaise à qui le magistrat venait de donner six mois de prison, ce qui signifiait pour elle que, pendant six mois, elle ne pourrait pas sortir et aller se soûler en ville. « Yes, sir, sax months for a ivee drap of drrrink, The hlackguard ! » (Oui, monsieur, six mois de prison pour avoir bu un petit coup. Oh, le gredin !) Celle-là, rien ne la subjugue. Quand ses six mois seront finis, elle ira rouler dans le ruisseau. En attendant, elle fait des harangues et des menaces.

Scène touchante. Dans la cour du Dépôt, je vois une jeune mère qui fait un mois de prison. Ses mioches sont avec elles. Les dames de la ville apportent des jouets et des bonbons et s'occupent

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des pauvres petits qui, ignorants de ce qui les entoure, ont l'air heureux et se portent comme de vrais petits charmes.

Détail curieux. Le directeur, en m'indiquant une des femmes, m'apprend que son mari et elle sont en Tasmanie depuis plus de quarante ans, et qu'ils se sont vus plusieurs fois sans jamais se reconnaître.

Je veux bien le croire ; mais, en regardant la femme, horrible mégère à la figure hargneuse et repoussante, je crois que son mari doit se louer de ce que les Dépôts soient comme les bains publics, côté des hommes, côté des dames. Quant à reconnaître sa femme, lui, pas si bête 1

La Tasmanie ne possède que deux villes importantes, Launceston et Hobart, la capitale. La première n'a de remarquable qu'une gorge superbe, située à l'entrée de la ville, et un bureau de poste, dont l'architecture grotesque , moitié flamande, moitié mauresque, devrait maintenir les habitants dans un état d'hilarité constante. La gorge, au fond de laquelle coule un torrent rapide, entre deux collines boisées des plus pittoresques, mérite qu'on s'arrête à Launceston.

Hobart est sans contredit une des plus jolies villes que j'aie vues. Sa rade est, selon moi, aussi belle que celle de Sydney à cause des montagnes qui l'entourent. Le jardin botanique sur le versant de

la colline est de toute beauté. Les environs sont des plus pittoresques. J'aurais facilement passé un mois à flâner à Hobart.

Sir Robert HamiUon, gouverneur de la Tasmanie, et son aimable femme lady Hamilton, venaient de rentrer en Europe. Je le regrettai d'autant plus que j'avais eu plusieurs fois l'occasion de rencontrer lady Hamilton en Angleterre et en Irlande , et que j'aurais été heureux de passer quelques instants dans la compagnie de cette dame aussi connue pour ses talents que pour son amabilité.

La Nouvelle-Zélande. — La Norvège et la Suisse aux antipodes. — Le point de la terre le plus éloigné de Paris. — Les villes. — Pas de serpents, mais beaucoui) d'Kcossais. Les petites villes. — Inscription curieuse.

De toutes les colonies anglaises la Nouvollc-Zélando est une des plus prospères et sans contredit la plus pittoresque.

Le paysage est superbe, une heureuse combinaison de ce que la Norvège et la Suisse ont de plus beau à montrer en fait de gorges, de lacs et de montagnes. Ajoutez à cela un climat tempéré, une contrée fertile, une population bien répartie, intelligente et laborieuse, une société distinguée, aimable et hospitalière , des naturels agréables , intelligents et artistes, et vous conviendrez que voilà un pays habité par des gens privilégiés qui devraient être contents de leur sort,

Ils le sont, du reste. On pourrait l'être à moins.

Le pittoresque ne se fait pas longtemps attendre en Nouvelle-Zélande, car avant de vous débarquer à Bluff, à la pointe méridionale de l'île, le vapeur, par pure amabilité, se détourne de la ligne directe pour entrer dans les deux plus beaux fiords de la côte occidentale, Mil ford- Sound et George-Sound.

L'entrée du Milford- Sound est juste assez large pour laisser passer à son aise le vaisseau qui, pendant près d'une heure, suit un étroit chenal entre des rochers à pic d'une hauteur prodigieuse. A chaque tournant le coup d'œil change comme par enchantement. A peine vous etes-vous mis à regarder des rochers arides et abrupts que vous avez devant les yeux une montagne gigantesque couverte de fougères aussi hautes que des palmiers et d'une verdure éclatante. Bientôt le passage s'élargit et devient une succession de petits lacs autour desquels la nature se surpasse, chaînes de montagnes couvertes de neiges éternelles, gorges, cascades ; puis le Bush, tel qu'on ne le voit qu'en Nouvelle-Zélande, d'une fraîcheur éblouissante, une impénétrable masse de fougères, de plantes grasses, le tout enfoui sous les lianes. Je n'avais jamais rien vu d'aussi sauvage, d'aussi pittoresque , d'aussi grandiose. J'aurais voulu être seul à contempler ce spectacle unique.

Le George-Sound , à quelques kilomètres plus au sud, est presque aussi beau que le Milford-Sound.

Détail intéressant. Si vous faites partir une ligne

droite au George-Sound, que vous fassiez passer cette ligne par le centre de la terre, et que vous la prolongiez jusqu'à la surface, elle sortira à quelques lieues de Paris. Il est donc impossible, sur terre, pour un Parisien d'être plus loin de sa chère ville qu'au George-Sound.

La Nouvelle-Zélande possède quatre villes importantes de trente-cinq à soixante mille habitants, Dunedin, Christ-Church, Wellington et Auckland. Avant peu l'énergique population d'Invercargill atteindra l'un de ces chiffres.

Les heureux habitants de ce joli pays ont tout en leur faveur pour réussir, climat parfait, sol fertile, point d'animaux féroces, point de serpents et beaucoup d'Écossais.

Dunedin, capitale de la province d'Otago, est une ville aussi écossaise qu'Edimbourg ^ et, toutes proportions gardées, plus écossaise que Glasgow. Les Chinois qui sont établis à Dunedin se voient même obligés, pour avoir chance de gagner leur vie, de s'appeler, non pas Li-Wang ou Chi-Wang, mais Mac- Wang.

Christchurch, au contraire, est une ville éminemment anglaise , une fondation angUcane. On y trouve une société des plus choisies. Ce n'est pas, comme Dunedin, un centre d'activité commerciale,

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