‹ La maison John Bull & cie. [microforme]Chapitre 13 sur 54 · Remplacé aujourd'hui par un autre Écossais · texte numérisé non relu

Remplacé aujourd'hui par un autre Écossais

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se trouve la plus riche mine d'argent du monde, vous y verrez cinq grandes bures conduisant aux trésors de la terre; ces cinq grandes bures portent les noms suivants : Drew, Mac-Intyre, Mac-Gregor, Jamieson, et Mac-Cullock, cinq Ecossais. Et c'est partout la même chose.

Melbourne, l'active et l’intelligente, ferme ses musées le dimanche. Une députation se présenta un jour devant sir Graham Berry, premier ministre de la colonie, pour lui demander de faire fermer les tavernes le dimanche. La députation se composuit principalement de pasteurs appartenant à toutes sortes de sectes dissidentes. « Je veux bien, répondit le ministre, user de mon influence pour faire fermer les tavernes, si vous voulez bien, vous, me laisser user de cette influence pour faire ouvrir les musées. » Les clergymen n'entendaient pas de cette oreille-là, et comme ils n'insistèrent pas davantage, il faut en conclure qu'ils préféraient pour le peuple la taverne au musée. C’est sir Graham Berry lui-même qui me raconta un jour l'incident, En Angleterre, toute la population intelligente fait des pieds et des mains pour obtenir l'ouverture des musées publics le dimanche, et elle arrivera à ses fins, mais cela prendra du temps, car elle doit lutter contre toutes les forces alliées de la Sainte Cagoterie. Et cependant, c'est le premier et le plus grand des protestants, Martin Luther, qui a dit: « Ne vous soumettez à aucune forme de despotisme, et si jamais on vous

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ordonne. de sanctifier le dimanche parce que c'est dimanche, moi je vous ordonne de travailler, de vous promener, de danser, et de résister à tout ce qui cherche à empiéter sur la liberté chrétienne, » Les Allemands sont protestants ; mais le dimanche, en sortant de l’église, ils se rendent en foule aux musées avant de rentrer chez eux, Le sabbalarianisme étroit n'est ni protestant ni chrétien, c’est une institution juive. Luther, il n'en faut pas en Angleterre, en Ecosse, et aux colonies! Ce qu'il leur faut, c’est Calvin, John Knox, et tous ces ennemis de la joie pure et des récréations innocentes,

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La population de Melbourne est, je le répète, de plus de cinq cent mille âmes; mais, comme Sydney, elle pourrait en céder au Bush ! une centaine de mille sans se trouver plus mal de la purgation. Je ne connais pas de grande ville au monde ayant plus de parasites, d’ivrognes et de fainéants qui font racine sans jamais rien produire. Ces gens préfèrent l’oisiveté et la misère au travail et au bien-être qu'ils pourraient trouver loin de la ville. Quand j'étais à Melbourne, le gouvernement avait ouvert un bureau pour procurer du travail aux gens sans emploi. Un jour ce bureau annonça qu’il lui fallait dix ouvriers terrassiers pour commencer le percement d’une voie à soixante kilomètres de Melbourne. Les ouvriers se

1. Men quisignifie « Bois », donné à la campagne australienne:

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présentèrent au bureau et les noms furent appelés selon la date d'inscription. Le secrétaire eut à appeler les noms de plus de quatre cents ouvriers avant d’en trouver dix qui purent se décider à quitter la ville pour aller travailler à la campagne. Sydney et Melbourne se peuplent au détriment du pays qui se plaint de n'avoir pas assez de bras pour se développer. On se demande comment, dans un pays où le gouvernement dispose de la terre à cinq schellings l’hectare (six pence ou soixante centimes comptant, le reste au petit bonheur), on se demande comment le désir de tout émigrant, de tout ouvrier des villes, n'est pas de mettre quelques sous de côté et de devenir par son travail indépendant et propriétaire. C'est ce que font les Allemands, les Italiens, les Suédois et les Écossais ; mais les Anglais et les Irlandais préfèrent tirer la langue et se serrer le ventre, adossés contre la devanture des tavernes de Sydney et de Melbourne.

Je ne saurais quitter Melbourne sans exprimer ma reconnaissance à notre sympathique consul général, M. Léon Dejardin, qui a bien voulu me faire le plus bienveillant accueil, m'aider de ses bons conseils, et me donner sur l'Australie des renseignements précieux.

Le voyage de Melbourne à Adélaïde est le même que le voyage de Sydney à Melbourne : dix-huit heures de paysage monctone à l’eucalyptus. Cepen-

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dant, une heure avant d'arriver à Adélaïde, le terrain devient plus accidenté, la forêt plus épaisse, et quand, de la dernière hauteur, vous dominez Adélaïde, le coup d'œil est magnifique.

Adélaïde, ville d'environ cent mille habitants, n'a pas encore l'importance de Sydney ou de Melbourne, mais elle fait des pas de géant et, grâce aux céréales, aux vignobles et aux mines, elle est destinée à devenir l'égale de ces grandes cités. Selon moi, c'est la plus jolie des trois. Adélaïde est bâtie à l'américaine ; un carré divisé en blocs, le tout entouré de parcs superbes, et autour de tout cela un cadre de montagnes bleues ; mais cette ville est si proprette, si coquette, si blanche, d'apparence si gaie que vous oubliez le paysage pour ne songer qu'au bien-être que l’on doit trouver dans toutes ces jolies maisons si bien entretenues. Tout aux alentours semble fertile, prospère ; ces champs d’or, ces vignes, ces orangers cédant sous le poids des fruits, ces épais pâturages, les mines d'or, d'argent et de cuivre, presque dans le voisinage, voilà ce qui nous fait admirer Adélaïde bien plus que son Hôtel de Ville et sa Poste.

J'ai passé huit jours bien agréablement dans cette jolie ville, grâce aussi, il faut bien le dire, au bon accueil qu'ont bien voulu me faire le gouverneur et la comtesse de Kintore, le lieutenant-gouverneur (Chief-J'ustice Way), et bien d’autres qu’il me serait impossible de nommer.

Si Melbourne se vante de ses tramways, Sydney de sa rade et Adelaïde de ses parcs, je crois que Brisbane, la capitale du Queensland, se vante de sa rivière. À Brisbane, nous touchons au Capricorne ; l'eucalyptus est toujours là, mais la végétation des tropiques rompt enfin la monotomie du paysage, et l'œil s'arrête avec délice sur cette verdure luxuriante,

La ville ne présente rien qui puisse intéresser un Européen. Le Parlement est un joli bâtiment et le Jardin botanique est de toute beauté.

Parmi les villes d'importance secondaire, villes de vingt à cinquante mille habitants, nous n'avons qu'à citer Newcastle, dans la Nouvelle-Galles du Sud, autrefois prospère grâce à ses mines de houille, mais aujourd'hui, grâce aux grèves, triste, morne et pauvre; Bendigo, Ballarat et Geelong, dans la colonie de Victoria. Bendigo et Ballarat, d’où l’on a extrait plus de trois milliards d’or en une trentaine d'années, ont conservé quelques traces de leur grandeur passée. Elles possèdent de superbes jardins publics, quelques beaux monuments et de jolies statues. La principale rue de Ballarat, d’une largeur extraordinaire, est la plus belle des colonies.

Les villes australiennes n'ont généralement pas d'histoire. Ballarat fait exception, C’est là que les mineurs, conduits par Peter Lalor, soutinrent un siège sanglant contre les troupes anglaises en 1854. Ils furent battus, mais leurs droits furent reconnus

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et leur défaite se changea ainsi en victoire. Peter Lalor, blessé à l'épaule, se réfugia dans le Bush. Sa tête fut mise à prix, mais il sut échapper aux poursuites de ses vainqueurs, et, après l'amnistie générale, devint successivement membre du Parlement, ministre et président de l'Assemblée législative. Ballarat vient de lui élever une statue sortie de l'atelier de mon ami Nelson Mac Lean, le fameux sculpteur anglais. Aujourd'hui, Ballarat est triste comme une douairière, c’est-à-dire comme une femme qui a été.

A l'Hôtel de Ville, vous verrez les murs de la grande salle ornés d’oléographes représentant la reine, le prince de Galles, tels que les épiciers en envoient à leurs pratiques au jour de lan. C'est pathétique.

— Comment pouvez-vous mettre de pareilles horreurs sur les murs d’une salle aussi belle ? dis-je au Town Clerk' qui m'accompagnait.

— Que voulez-vous ? me dit-il, nous n'avons pas le moyen d'acheter de tableaux. Cela vaut mieux que rien, n'est-il pas vrai ?

Et je me rappelai alor: la réponse que me fit un jour un individu Gui vendait, en Amérique, des bagues et des pender's d'oreilles en verres de CalTEAUX.

— Est-ce que vraiment on achète ces choses-là ? lui demandai-je,

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