Secrétaire de la mairie
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— Bien certainement, me répondit-il, que voulezvous qu'elles fassent les femmes qui n'ont pas le moyen d'acheter de vrais diamants ?
IL faut dire, cependant, que le musée contient des tableaux de valeur et que j'ai vu plus d'œuvres d'art à Ballarat que dans aucune ville de la même importance.
Bendigo, l’autre ville aux mines d’or, est plus active que Ballarat, mais moins jolie. Cependant elle possède une grande place entourée de monuments qui feraient honneur à une ville encore plus importante. Elle possède, de plus, un labyrinthe de fougères que je recommande aux amoureux à la recherche d’un lieu tranquille, frais et invitant. Du reste, Dieu sait si l’on y soupire |
Geelong est une petite ville endormie, consacrée à la bigoterie la plus étroite, qui se trouve, comme Melbourne, sur les bords de Phillips-Bay.
C'est dans cette ville de saints (chaque colonie peut se vanter d'en avoir une pareille) qu'un des notables, vieux fossile antédiluvien, alla au bureau de location pour demander, avant de prendre des billets pour ma causerie, s’il n’était pas dangereux de mener des dames entendre « ce Français » faire des conférences. C’est aussi dans cette intéressante ville qu’un farceur anonyme m'’envoya un portrait du général Wellington en me conseillant de le placer
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> voulez- | de manière à ce que je ne le perde jamais de vue. t pas le \f N'eût-il pas été plus chrétien et plus convenable
d'envoyer à « ce Français » qui se trouvait de passage à Geelong, un portrait du général Bosquet qui, à la bataille d’Inkermann, sauva la vie à toute une divi-
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e impor- sion anglaise qui allait être massacrée jusqu’au dernier par les Russes”?
- Oh! l'amour des bigots!
est plus Geelong était destinée, à sa fondation, à devenir ependant la capitale de l'Australie et, qui sait, peut-être la le monu- plus importante ville du monde; mais — comment core plus cela est il arrivé, je n’en sais rien — c’est Melbourne rinthe de qui est la capitale de la colonie, et Geelong, après eux à la
avoir cru tenir en main le pivot de l'univers, est itant. Du restée Geelong.
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dl La Société coloniale. — Les cliques. — Les journaux de société. È 1 — Gens à la mode. — « Étes-vous du Set! ». — Les femmes LE de société. — Les Australiennes sont très belles. — Le vieux PE monde singé. — Un « Snob » colonial. — Les Australiens (1) (| n’ont pas mis assez de soin à se choisir des ancêtres. — UE L'endroit fashionable et l'endroit sensible. Darling Point et fil Sore Point.
Depuis des siècles ie vieux monde tolère une société
oisive en considération des quelques petits services qu’elle rend aux beaux-urts qu’elle protège, au commerce qu'elle aide, à l'élégance qu’elle entretient, aux bonnes manières qu'elle perpétue; mais les mondes nouveaux ne devraient avoir d’admiration que pour le courage, l'abnégation, le travail, la fierté du devoir accompli, et ne tolérer d'autre société que celle qui peut se vanter avec droit de contribuer au progrès du pays.
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Cependant, vous trouvez en Australie, qui doit son existence et son avenir à de vaillants pionniers au visage ridé par la fatigue et les souffrances, aux bras brûlés par le soleil, dés gens qui se vantent déjà de ne faire œuvre de leurs dix doigts, des parasites qui singent tous les inutiles du vieux monde, et qui semblent n'avoir dans la vie d'autre but que d'arriver à appartenir à un certain monde, à un certain set.
Ces gens, qui ont hérité de fortunes gagnées par un travail opiniâtre et une vie d’abnégation complète, dénigrent déjà les colonies et se croiraient déshonorés en buvant un verre de l'excellent vin que produit l’Australie. Ils ont refusé d'écouter madame Melba tant qu’elle. était des leurs, et aujourd’hui ils payeraient volontiers cent francs un fauteuil d'orchestre si la diva voulait bien aller se faire entendre à Melbourne ou à Sydney.
La société coloniale n'a absolument rien d'original. Elle se contente de copier toutes les impostures, toutes les folies du vieux monde britannique. Vous trouverez dans l'hémisphère du sud la vénalité, l’adoration du veau d’or, l'hypocrisie et le cant encore plus rampants que dans la vieill: Angleterre, et je puis vous garantir qu'un habit nl coupé vous y fermera beaucoup plus de portes qu’une réputation douteuse, et qu'on vous pardonnera mille billevesées si vous serrez la main de l’hôtesse en levant le coude à la hauteur du menton,
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Et les femmes de ce monde-là, sublimes avec | leurs sets!
Je me rappelle deux dames que j'avais rencontrées à Melbourne ct que je revis plus tard à Adelaïde où elles étaient allées demeurer.
— Eh bien, leur dis-je, comment vous plaisez-vous à Adelaïde ?
— Oh, firent-elles, nous ne sommes pas complètement installées et nous n'avons encore reçu que fort peu de visites, mais il est évident que nous pourrons fréquenter le meilleur monde. L'essentiel dans la vie c’est d’être reçu dans la société de choix, in the proper set.
Cette farce ridicule se joue jusque dans les plus petites villes. Là aussi ils ont leurs sets.
Dans un petit trou de deux mille âmes, fourré au cœur du Bush, je rencontrai un jour une dame avec laquelle j'entrai en conversation en lui disant que je m'étais une fois trouvé à Sydney avec une habitante de sa ville, et j’ajoutai en la nommant :
— Vous la connaissez sans doute ?
— Oui, fit-elle, comme si elle cherchait à fouiller dans ses souvenirs, je la connais... de nom, mais elle et moi nous ne fréquentons pas le même monde.
— Parfaitement, dis-je, pas le même set, eh?
— Voilà.
Cette selecte coloniale était la femme d'un quincailler de la petite ville en question.
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donné à tout le monde d’être la femme d'un quincailler.
Je connais une femme de Melbourne qui s'est vantée d'avoir été obligée de cesser de voir une femme charmante et des plus distinguées, « parce que, le jour de ses réceptions, elle ne pouvait pas tolérer à sa porte une voiture de louage ».
J'en connais une autre qui me disait un jour : « Voyez-vous, les boutiquiers deviennent intoltrables, aujourd’hui ils se faufilent partout ». Le père de cette haulte dame est maraîcher dans un des faubourgs de Melbourne.
Les femmes de cette curieuse société font de la réclame comme les plus audacieux marchands de pommade pour faire repousser les cheveux. Quand elles donnent un diner, une soirée ou un bal, elles envoient des invitations aux journaux afin que des reporters puissent venir prendre des notes et raconter en détail ce qui se passe chez elles. C’est ainsi que leurs toilettes se trouvent décrites dans les journaux, leurs invités nommés et le menu de leurs dîners donné en détail.
Leurs portraits en robes décolletées sont affichés à la vitrine des photographes avec leurs noms. Pourquoi pas leur adresse? dirait un Français, si pareille chose se voyait à Paris.
Il existe dans les grandes villes de l'Australie de six à dix Journaux, dits Journaux de société, qui vivent de ce vilain travers anglais, le snobbery. La
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langue française ne fournit point de mot qui exprime la chose, et je crois que nos ennemis les plus acharnés seraient les premiers à reconnaître que la raison en est que nous n'avons pas ce travers-là, Dieu nous pardonne, nous en avons d’autres; mais si je me sens quelquefois fier d’être Français, c’est que, entre cent autres raisons, nous n'avons pas en France ac journaux de société. Cela nous importerait peu de savoir que « Miss Jones a pris le thé lundi avec Miss Robinson », ou que « Miss Brown a dansé mardi chez madame Smith ». Nous ne tenons nullement à savoir que « madame A... était superbe en rose au bal de madame B... », el que « madame C... a reçu ses invités à l'entrée du salon avec beaucoup de grâce », ou encore que « mademoiselle D... était belle à faire tressaillir en bleu électrique ».
Nos femmes, Dieu merci, sont plus modestes et plus sérieuses que cela. Non seulement elles ne permettent pas aux photographes d'afficher leurs portraits à leurs vitrines; mais si vous allez au Salon pour y voir les portraits de nos femmes peintes par des Bonnat, des Carolus Duran, je vous assure que vous ne verrez sur le catalogue le nom d’aucun original. Sur les boulevards, il est vrai, sont exposées les photographies de nos actrices, avec le nom au bas de chaque portrait, mais c’est là une autre affaire : la profession du théâtre exige de ceux et de celles qui la suivent qu’ils fassent constamment de la publicité.
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Le snobbery n’est pas un trait caractéristique des Australiens, c’est un trait caractéristique de l’Anglo- Saxon, développé à outrance aux colonies, que l’on trouve en Angleterre, au Canada, aux Etats-Unis et partout où se parle la langue anglaise. Dans tous ces pays-là les journaux de société foisonnent,.
En Australie, ce n’est pas seulement Melbourne, Sydney et Adelaïde qui se payent ce luxe. Il n’est pas jusqu'à tel ou tel petit faubourg de la ville qui n'ait, lui aussi, son society-journal. Voyez d'ici la Gazette des Batignolles, rapportant les faits et gestes des habitants de ce respectable quartier de Paris, et tâchez de vous imaginer que vous pourriez lire pareille feuille avec intérêt.
Ce qu’il y a de plus curieux et de plus amusant, c'est que tous ces journaux de société anglo-saxons adoptent le ton de censores morum; et il n’en est pas un qui ne se pose en Juvénal hebdomadaire, tout en flattant ses abonnées par des comptes rendus de ce qui se passe chez elles, accompagnés de détails qui devraient faire rougir de honte une maîtresse de maison qui se respecte.
Laissez-moi vous avouer que je commence à être fatigué d'entendre constamment porter aux nues la modestie des femmes anglo-saxonnes. J'en ai les orelles rebattues. À des bazars, tenus en Angleterre et aux colonies, dans le but d'acheter un orgue pour l'église ou d’obtenir assez d'argent pour achever le clocher, j'ai vu des femmes et des jeunes filles se
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conduire comme de vraies farceuses pour remplir la caisse du pasteur.
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J'ai vu, dans la société des grandes villes australiennes, des femmes de toute beauté, de jolies figures admirablement plantées sur des épaules superbes, fi plantureuses sans être exagérées ; mais j'y ai ren- f contré les femmes les plus frivoles qu’il se puisse | imaginer. Bals, diners, soirées, visites de conve-
nance, garden et lawn-lennis parties, voilà le seul
but, l'unique occupation de la vie. Ces fermes sont (4 sans originalité. Leur conversation est sans maté- Ë riaux, sans intérêt et sans naturel. La vie sociale n’a ni l'élégance recherchée ni la vivacité spirituelle de | Paris; elle n’a ni l’entrain ni l’animation intellec- À tuelle de New-York ou de Boston. C'est l'ennui déguisé en gaieté. Les hommes parlent finance, laine et moutons ; les femmes parlent scandale, débinenit leurs connaissances, et discutent la question de savoir si madame une Telle appartient ou non à tel ou tel se.
Comme snob, voici qui est assez réussi.
Il s’est trouvé à Hobart (Tasmanie) un torchon hebdomadaire qui, ayant appris que j'avais été pen- | dant quelques années professeur à la Grande École | de Saint-Paul à Londres, crut m'insulter en m’appelant « ancien pion ». Je dois dire que je ne m'en suis pas moins bien porté : il est de ces « insultes »
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qui font plus de mal à ceux qui les bavent qu’à ceux qui les reçoivent. C’est là la seule note désagréable qui me soit venue aux oreilles, la seule éclaboussure que j'aie reçue aux colonies et celle n'a pas fait tache. M. Alphonse Daudet, dans ses Trente ans. de Paris, s'est vanté d’avoir été pion, je pourrais donc, moi, en être très fier... si je l’avais été!
Pauvre idiot, bête de Snob !
Placez deux Anglais sur une île déserte et, au bout de peu de temps, l’un des deux aura découvert que son grand-père valait mieux que le grand-père de l’autre et il aura inauguré une aristocratie dans l’île,
-et peut-être même lancé un society-journal pour y
faire rapporter ses faits et gestes.
La plupart des gens de société, dans les pays anglo-saxons surtout, passeni une grande partie de leur temps à retrouver leurs ancêtres et à se fabriquer des arbres généalogiques dont le tronc prend racine au moyen âge. Les Australiens ne font rien de la sorte. Comme le reste du genre humain ils ont des ancêtres, mais beaucoup d'entre eux préféreraient n’en point avoir. Leur origine, dans la Nouvelle-Galles du Sud et la Tasmanie, est un endroit sensible sur lequel il ne faut pas mettre le doigt.
Voltaire a dit qu'un homme ne saurait prendre trop de soin à choisir ses ancêtres. Bien des Australiens n’ont tenu aucun compte de cette sage
recommandation. On sait, en effet, que les premiers colons de la Nouvelle-Galles du Sud et de la Tasmanie étaient des galériens. Aussi les Australiens de ces colonies ne s’intéressent-ils guère qu'aux deux générations qui les ont précédés. Et, cependant, il faut se rappeler que l’Angleterre d'il y a soixante et soixante-dix ans transportait en Australie de braves gens dont les crimes seraient aujourd'hui punis de quelques jours d'emprisonnement ou même simplement d’une amende de quelques schellings. Malgré cela le fait n’en reste pas moins là.
L’aristocratie de Sydney est allée s'établir aux environs de la ville, sur de jolis promontoires d’où l'on domine la plus belle rade du monde. Ces faubourgs élégants s'appellent Darling Point, Pott’s Point, etc. Darling Point (la Pointe Chérie), voilà l'endroit fashionable.
Juste en face se trouve l’île des Kakatoës, où logeaient les galériens au temps jadis, voilà l’endroit sensible.
Botany-Bay n'existe plus depuis longtemps. On voit maintenant Elisabeth-Bay, Rose-Bay et plusieurs autres quartiers recherchés par des gens que j'ai trouvés pour la plupart d’une amabilité, d’une hospitalité que je ne saurai jamais oublier.
Disons aonc au plus vite que les Australiens n’ont point d’ancêtres. Nous touchons d’ailleurs à un siècle où les gens seront jugés d’après leur mérite, et non d’après leurs ancêtres, même en Angleterre.
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Quand j'aurai dit que j'ai rencontré dans les colonies des gens charmants, des gens aussi aimables et aussi distingués qu'on puisse le désirer dans la meilleure société européenne, cela sera suffisant, je l'espère, pour que ce chapitre ne soit pas interprété en mauvaise part. Ainsi donc chère madame, qui me faites l'honneur de me lire à Sydney ou à Melbourne, veuillez ne rien voir dans ce chapitre qui soit à votre adresse, car bien certainement ce n’est pas de vous qu’il s’agit. La société dont je parle n’est pas la vôtre, qui est de bon aloi, mais l’autre, celle que l’on place entre deux guillemets. Voilà qui est bien compris, n’est-ce pas?
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L'hospitalité des colonies. — Les gens chez eux et chez les autres. — Extrême obligeance de l'Australien. — Enfantillage. — Visite aux quatre éternels bâtiments des villes coloniales. —
Impressions, — Dépenses folles. — Donnez-nous une prison. — Qui est Bismarck ? — Connais pas. — Au temps jadis,
Les habitants des colonies anglaises sont, comme les Anglais chez eux, les gens les plus aimables et les plus hospitaliers qui soient au monde. Je dis et répète emphatiquement, « comme les Anglais chez eux », car ce serait à tort qu'on jugerait les Anglais d’après les échantillons que l’on rencontre souvent en voyageant sur le continent.
Et, ici, nous pourrions peut-être poser une question. Comment se fait-il que les Anglais, qui sont si aimables chez eux, soient souvent si désagréables en voyage ? Et nous pourrions, en réponse, répéter la question que Labiche nous pose dans le Voyage de
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M. Perrichon : « Comment se fait-il que les Français, qui sont si spirituels chez eux, soient si bêtes chez les autres ? »
Si l’on veut juger un homme, il faut l’étudier chez lui, au naturel, alors qu’il est bien lui. L'ignorance de la langue et des us et coutumes du pays étranger où il se trouve le rend gauche, A l'étranger, il joue un rôle qu'il sait plus ou moins mal. A part le gentilhomme parfait, qui est et reste partout gentilhbomme parfait, l’homme hors de son pays est plus ou moins comme un poisson hors de l’eau. Il n’est pas dans son élément. Il ne respire pas librement, il vit mal. Il n’est pas dans son cadre, encore moins dans son assiette. Ce n’est pas lui. Je crois que Dieu, en créant l’homme, lui a dit : «Tu resteras chez toi. »
L’Anglais chez lui me plaît et je fais de mon mieux pour lui plaire; mais qu'un Anglais à Paris m'arrête pour me demander sans même toucher son chapeau : Où est le roue de Révolé? il m'ennuie et me déplaît, et je lui réponds invariablement : « Roue de Révolé? Connais pas. » Voilà.
Ma parole d'honneur, je crois même qu'on change le physique de l'Anglais qui voyage. J'avoue n'avoir jamais rencontré en Angleterre l'Anglais aux favoris rouges ! et les Anglaises aux longs crocs qui font les délices de nos journaux comiques ; mais je dois
1. Voilà vingt ans que les Anglais ne portent plus de favoris.
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dire, pour être juste envers mes confrères de Paris, que, en France, en Suisse, et partout où l’on rencontre les touristes, j'ai compté ces types-là par douzaines, et, ce qu'il y a de plus joli, c’est que les nombreux amis que j'ai en Angleterre sont, à ce sujet, du même avis que moi. Allez donc expliquer ce phénomène-là, vous qui vous y entendez.
Comme les Anglais chez eux, j'ai trouvé les Australiens — et, pour comprendre les habitants de la Nouvelle-Zélande et de la Tasmanie, je dirai les Australasiens — d'une hospitalité charmante. Je ne me rappelle pas, par exemple, une seule ville où, le jour de mon arrivée, je n’aie pas été fait membre honoraire du club de l’endroit. C'était à qui m'offrirait une promenade en voiture ou à cheval, un piquenique, une partie de chasse. Les invitations les plus empressées pleuvaient de toutes parts. Dans les campagnes, la maison était ouverte. J'y entrais. J'aurais pu m'y installer.
Si les habitants des colonies ont tous les petits travers des peuples vivant dans une société nouvelle, ils en ont, sans exception, toutes les qualités. En cela ils ressemblent aux Américains.
Et qu'est-ce que l'Australie sinon une Amérique en herbe ?
Mais n’anticipons point. Le fait est, cependant — on peut le dire dès le début de ce récit — que l’Australien commence à ne plus aimer s'entendre appeler