‹ La maison John Bull & cie. [microforme]Chapitre 27 sur 54 · A RES · texte numérisé non relu

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tention complète. Ces derniers oublient que l'ivresse est rarement causée par le vin, et que les pays vignobles, tels que la France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie sont les pays du monde où l’on trouve le moins d'ivrognes.

Les Australiens passent la plus grande partie de leur temps à manger. A septheures du matin ils ont du thé au lit. A huit heures et demie, ils déjeunent de viande froide, de côtelettes ou de biftecks, d'œufs au lard et de thé. A onze heures, ils goûtent d’un biscuit sec et de bière. À une heure, ils dinent et boivent du thé. A trois heures, ils prennent le thé. À six heures, ils soupent et reprennent du thé. A neuf ou dix heures, ils font une collation de pain et de fromage.

La viande est servie, à tous les repas, rôtie ou bouillie et ne reparaît jamais sur la table sous forme de ragoût appétissant. La viande est si bon marché (environ quatre sous la livre) qu'on dédaigne le réchauffé ! Quant aux légumes, ils sont bouillis et sont servis, comme en Angleterre, sans aucune espèce de préparation. La laitue, le céleri, se mangent crus et sans assaisonnement. En fait de cuisine, les Anglo-Saxons sont à peu près aussi avancés que les lapins.

La plupart de ces petites villes australiennes sont enserrées par d'immenses propriétés, appartenant à

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des squalters dont les parents les ont acquises pour quelques livres sterling, et pouvant aujourd’hui réaliser des sommes fabuleuses. Bien souvent c’est là ce qui les empêche de se développer et de s'étendre. Eiics se consolent en songeant que ces squatters les font vivre.

Un squaiter est aussi fier de ses terres ! qu'un duc de Westminster, et il n’entend point les vendre. Ses revenus sont tellement supérieurs à ses dépenses qu'il ne saurait que faire du produit de pareille vente, et il préfère garder ses terres dont la valeur accroît tous les jours.

Quand la population de l'Australie augmentera plus qu'elle ne fait à présent, il incombera aux législateurs de faire passer une loi qui obligera ces moncvoleurs de se dessaisir, moyennant compensation, de propriétés aux dimensions absurdes, et de permettre ainsi au pays de se développer.

Mais la population n’augmente guère, par l’immigration du moins. Les Allemands, les Suédois, les Norvégiens et les pauvres Irlandais, qui forment la grande majorité des émigrants européens, vont en Amérique ou dans le nord-ouest du Canada. Le voyage leur coûte moins de cent francs, tandis que, pour aller dans l'Afrique du Sud ou dans les colo-

1. Il existe dans la colonie de Queensland un squafter, éleveur de moutons dont la propriété occupe une superficie égale à celle de l'Angleterre.

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nies australasiennes, cela leur coûterait de trois cent cinquante à quatre cent cinquante francs. Si un Irlandais possédait quatre cent cinquante francs, il pourrait vivre de ses rentes pour le reste de ses jours.

La population, voilà ce qui manque à l’Australie.

L'Angleterre lui envoie trop souvent des gens inutiles, des déclassés, des décavés, des paresseux et des ivrognes, ratés de toute sorte dont elle n’a que faire.

Quel avenir l'Australie aurait devant elle, si elle pouvait faire venir des campagnes de France, ces braves, sobres, honnêtes, économes travailleurs, élevés sur ce vieux sol, entêté et lent, dans ce pays de la sobriété, de la raison, du travail et de l’épargne! C’est là un vœu que j'ai bien souvent entendu exprimer par des Australiens qui avaient vu à l’œuvre les travailleurs de nos campagnes.

Malheureusement pour l'Australie, le Français n’émigre pas. Il est bien chez lui et il y reste.

Il faut parler des noms dont on a affublé toutes ces petites villes de l'Australie, de la Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande.

En voici une qui s'appelle Richmond, en voici une autre qui s'appelle Montpellier. La suivante s'appelle Jérusalem, puis Perth, Jéricho, Windsor, Taratatakirikiki, Berlin, Canrobert, Saint-Arnaud

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(villes fondées à l’époque de la campagne de Crimée), Wooroomgorra. Une station, située près de trois ou quatre cabanes, en bois porte le nom de Kensington, la suivante quelque chose qui ressemble à Tararaboomdeay. Un faubourg de Sydney s'appelle Woollaomooloo. Allez donc vous croire en pays civilisé à Wooroomgorra ou à Woolloomooloo!

Les Naturels de l'Australie. — Le dernier Tasmanien est au musée. — Un roi déchu accepte mon penny. — Diane me fait visite. — Les traqueurs. — Les naturels du Queensland. — Le Boomerang. — Rites curieux. — Ces dames refusent de faire la lessive des célibataires.

Les naturels de l'Australie n’ont jamais donné beaucoup de fil à retordre aux Anglais. L’humanité n’a pas de type plus abjeei, plus dégradé. Dénués d'intelligence et de courage, la race a disparu sans difficulté. Deux potions ont eu l'effet désiré : une d'évengile qui les a convertis, et une de whisky qui les a divertis du soin de leur territoire. La Nouvelle- Galles du Sud en possède très peu; la colonie de Victoria en compte encore environ cinq cents, et la Tasmanie possède dans le musée de Hobart le squelette du dernier. Le type est horrible, Le corps est mal formé, le front haut, étroit et fuyant, deux bras d'orang-outang, les jambes gréles, les veux éteints : 10,

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le menton existe à peine et se confond avec la mâchoire inférieure qui est fuyante et démesurée. La chevelure est floconneuse et longue, et ressemble à un nid de corbeau.

Ces sauvages sont les seuls habitants de la terre qui n’aient jamais eu l’idée de se construire d’habitations. Trois morceaux de bois fixés en terre et soutenant une écorce d’arbre, leur génie d'invention, en fait d'architecture, n’a jamais été plus loin.

On voit ces malheureux errer dans le voisinage des petites villes en se frottant le ventre pour vous faire comprendre qu’ils ont faim. Si vous leur donnez quelques sous, ils vont boire. Ce sont les seuls mendiants qui acceptent la monnaie de cuivre qu’un blanc vous jetterait à la figure. Le naturel lui-même commence à regarder le penny d'un air de mépris. Je tendis un jour un penny à quelque mendiant indigène. Il regarda la pièce, sourit, et me dit en anglais passable : « C’est une pièce de votre couleur que je voudrais, boss , pas de la mienne ». Au temps «dis ce pauvre diable était roi de sa tribu, me dit-on. Je donnai une pièce de six pence à ce souverain détrôné pour le dédommager de sa royauté perdue.

Si les hommes sont horribles, les femmes sont des êtres immondes avec des mamelles qui pendent Jusque sur ie ventre en forme de longues poires molles que l’on aurait aplaties avec un battoir.

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