Bourgeois, patron, maître
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Une de ces créatures, Dieu merci vêtue sinon habillée, vint un matin me trouver au Western Hotel à Warrnambool (Victoria).
Diane — c’est ainsi qu’elle est connue dans la ville où elle vit d'aumônes — se présenta à ma porte soûle comme une grive. Elle trébucha en murmurant quelques mots inintelligibles.
— Que voulez-vous ? lui dis-je en mettant la main à la poche.
— Je viens prier pour vous, dit-elle.
Et, séance tenante, elle se mit à genoux et se mit à marmotter quelque prière.
Le spectacle de cette horrible guenon, soùûle, essayant d’éjaculer une prière, m'écœura, me révolta. J'avais l'intention de lui donner de l'argent, je me contentai de la prendre par le bras et de la mettre à la porte.
À peine sortie de mon parloir, Diane se mit à lancer des jurons formidables, en m'’appelant par tous les noms que son ignoble vocabulaire put mettre à sa disposition.
Allons, me dis-je, voilà encore une convertie dont les Anglais peuvent être fiers !
Les naturels ne sont d'aucune utilité. En Afrique, on recrute parmi eux les ouvriers de toutes sortes et les femmes font d'excellentes domestiques. Mais ici, le «peuple souverain » n’entendrait pas de cette oreille-là : l'Australie est à lui, et gare au gouverpement qui se permettrait de trouver de l'ouvrage
aux indigènes, ou aux particuliers qui pousseraient la philanthropie jusqu'à les employer chez eux. On les regarde comme des animaux et on les traite comme tels, bien qu’on ne les tue plus comme des bêtes fauves.
Quand nous serons dans la Nouvelle-Zélande, ce sera une autre histoire.
L'Australie emploie les naturels les plus alertes et les plus intelligents pour traquer les malfaiteurs qui se réfugient dans le Bush. Ils font d'excellents policiers. Ils ont l'instinct du chien de chasse, et sont au plus vite sur la trace du fugitif qu'ils manquent rarement de dénicher.
Dans le nord du Queensland on trouve des indigènes d’une laideur horrible, mais vigoureux et bien bâtis. Ils sont habiles à la chasse et aux exercices du corps. Si jamais l’Hippodrome était à la recherche d’une attraction, la direction n'aurait, pour faire salle comble, qu’à engager une troupe de North-Queenslanders à venir lancer. le boomerang. Les représentations feraient courir tout Paris.
Le boomerang est un morceau de bois plat, arqué, de deux pieds et demi de longueur. Le Queenslander vise un objet placé sur le terrain à quelque distance de lui. Le boomerang, après avoir touché cet objet (si c'est un être vivant, son affaire est faite), remonte droit en l’air comme une alouette et décrit en sifflant, à une hauteur de soixante à quatre-vingts mètres, des cercles immenses, puis, s’il a été habilement lancé,
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revient tomber au pied du Queenslander, C'est gracieux au possible et d’une adresse merveilleuse ; mais n'essayez pas, le jeu est dangereux.
Parmi ces North-Queenslanders on trouve des tribus dont les rites sont des plus curieux. Quand l'enfant mâle ne promet pas de faire honneur à sa race, on lui fait subir une opération qui l’'empêchera de contribuer à l'augmentation de la population.
Que n’en fait-on autant en Europe!
Les femmes méprisent les célibataires, ce qui n'est pas surprenant quand on songe à la cause possible du célibat. Quand les hommes sont mariés, les femmes les servent en esclaves dévouées et sont fières de les servir. Mais, me disait un jour M. Meston, l’ethnologiste bien connu de Brisbane à qui
je dois ces renseignements, si l'homme est célibataire,
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la femme refuse même de faire sa lessive.
Si je ne portais que ce qui couvre le Queenslander, ce n’est pas cela qui me gènerait, j'aurais vite fait ma lessive moi-même.
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La politique et les politiciens. -— Le prix de la Liberté. — Les chambres législatives. — Les gouverneurs. — Comparaison entre les institutions américaines et les institutions britanniques. — Le politicien et l’ordre de Saint-Michel et Saint- Georges. — Un éloquent candidat. — Les honorables. — La pairie coloniale. — Sir Henry Parkes. — Un mot à Sa Majesté la reine d’Angleterre.
Élevés dans les idées démocratiques de la mèrepatrie, les Australiens sont, comme les Anglais, les Français et les Américains, persuadés qu'il n’existe pas parmi eux un seul homme qui ne soit capable et digne d’être premier ministre, et ils ne sont impitoyables que pour ceux qui, par leur talent ou leur adresse, sont arrivés à dépasser le niveau. Il n’y à pas un seul politicien (on me pardonnera
facilement de ne pas dire homme d'État), en Aus-
tralie, que je n’ae vu traîner dans la boue ou traiter
De 2
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d’incapable, de farceur, de voleur, ou pour le moins, d'homme taré.
La liberté est un bien si grand qu’on ne saurait la payer trop cher; cependant, le prix est exorbitant quand il faut que l’amour de l'égalité soit doublé d’une jalousie féroce contre tous ceux qui s'élèvent.
Quoi qu’il en soit, le gouvernement (j'entends la forme) de l'Australie est bon. Ce jeune pays règle ses affaires comme il l'entend. C’est lui qui nomme ses députés à l’Assemblée législative ou Chambre basse ; c’est lui qui élit les membres du Conseil législatif ou Chambre haute !. C'est lui qui non seulement fait ses propres lois, lève ses propres impôts, mais c’est lui qui change sa constitution si bon lui semble. Si les parlements des colonies proclamaicnt aujourd’hui leur indépendance, il pourrait en résulter une guerre civile, c'est-à-dire une guerre entre Australiens et Australiens ; mais il est probable que l'Angleterre ne se mêlerait pas de la querelle et qu’elle accepterait la décision de la majorité ou du parti australien le plus fort.
L'Australie ne paye aucun tribut à l'Angleterre si ce n’est l'intérêt de l'argent qu’elle lui emprunte. Elle a sa flotte, sa milice, et l’Angleterrc ne lui envoie ni fonctionnaires ni soldats. Le gouverneur
1. La Nouvelle-Galles du Sud et la Nouvelle-Zélande font exception. Dans ces deux colonies c'est le Gouverneur qui nomme les membres du Conseil législatif; mais il le fait toujours de manière à donner satisfaction au peuple.
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seul, nommé par la reine sur la recommandation de ses ministres, lui rappelle qu'elle est succursale de la maison John Bull et Cie.
Le gérant de cette succursale est donc fourni par la maison-mère, mais il n'a pas plus de pouvoir dans la colonie que la reine n’en a dans l'Angleterre. Ce sont les ministres, responsables devant les chambres, c’est-à-dire envers le peuple, qui le font parler et agir. Ses fonctions consistent à se rendre agréable au peuple, à concilier les jalousies, à empêcher qu'il y ait friction entre les partis politiques ou entre les relations de la colonie avec l’Angleterre, mais surtout à faire avec grâce les honneurs du Government House. C'est le leader de la société coloniale, aussi le choisit-on généralement parmi les membres les plus aimables de laristocratie anglaise.
En somme, l'Australie est une reproduction politique de l’Angleterre. Sa constitution est taillée d’après le modèle anglais et ne ressemble en rien à la constitution américaine.
L’Angleterre est une république avec un président héréditaire purement constitutionnel.
L'Amérique est une autocratie avec un monarque élu, que le peuple revêt d’un pouvoir presque aussi absolu que celui de l’empereur de toutes les Russies.
Les ministres de l'Angleterre et de toutes les colonies angiaises sont responsables de leurs actes envers le peuple.
Les ministres des États-Unis ne sont responsables qu’envers le président, qui les nomme sans même se donner la peine de les choisir parmi les représentants du peuple.
Si la Chambre des communes déclare, en Angleterre, que les ministres n'ont point sa confiance, les ministres ont à se retirer immédiatement.
Si la Chambre du peuple, en Amérique, fait la même déclaration, les ministres n’ont à en tenir aucun compte et restent au pouvoir tant qu'il plaît au président de les garder.
Ni la reine d'Angleterre ni aucun gouverneur des colonies ne saurait s’arroger le droit de nommer ou de congédier un simple douanier ou policeman.
Le président des États-Unis nomme et congédie tous les serviteurs de l’État, depuis les ministres jusqu'aux facteurs, sans que personne puisse y trouver à redire, ou du moins puisse y mettre obstacle.
Tout cela est bien certainement en faveur du système anglais, et quand les Américains me disaient : « Le Canada est destiné à faire partie des États-Unis, et ce qui rendra l’annexion facile c’est que la constitution de chaque État américain est la même que celle de chaque province canadienne, » je répondais : « Vous vous trompez. Il est vrai que ce sont les mêmes noms, mais ce ne sont pas les mêmes choses. Dans les deux pays le pouvoir législatif est démocratique, mais, tandis que le
; pouvoir exécutif est autocratique aux États-Unis, ce
LE même pouvoir est démocratique au Canada. Si
14 l'annexion se fait, les Canadiens perdront au 4 | change. »
J'ai voyagé dans tous les coins de la terre; j'ai vécu en Angleterre, j'ai demeuré dans les deux ft grandes républiques du monde, en France et en | : Amérique, et j'ai aujourd'hui la conviction qu’il n'existe, sur la surface de notre planète, qu’un seul peuple parfaitement libre, aux points de vue social et politique, et ce peuple-là c’est le peuple anglais.
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La forme du gouvernement des colonies laisse donc peu à désirer, et si l'on pouvait persuader 1 aux hommes les plus capables et les plus intègres A 14 de la bonne société coloniale de regaräer comme 14 | un honneur de représenter leurs concitoyens au par- | lement, tout irait pour le mieux ; mais ces hommeslà sont, comme en Amérique, les derniers à vouloir mettre le pied dans cette galère, et la politique est entre les mains de farceurs, de braillards et d’incapables qui reçoivent sept mille cinq cents francs pour siéger à l’Assemblée législative, et de vingt- | À cinq à quarante mille francs pour faire partie du 4 ministère. |
2: Les politiciens des démocralies européennes jouent, . À pour me servir d’une expression anglaise, avec les classes et les masses, c'est-à-dire avec les classes
les ses
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dirigeantes et le peuple. Les politiciens des démocraties coloniales jouent avec les sentiments de loyauté à la mère-patrie d’une section de la communauté et les aspirations nationales de l’autre. Rien n’est plus triste que de voir un ministre australien chercher à se lenir en équilibre et à satisfaire son ambition en faisant des courbettes devant le trône de la reine et des bassesses devant la populace. Devant celle-ci, c’est l’humble serviteur du peuple dont la devise est : « l’Australie pour les Australiens » ; devant le trône, c’est le courtisan que la reine va faire chevalier de l’ordre de Saint- Michel et Saint-George, ce qui lui donnera le titre de sir et à sa femme celui de Zady : c’est l’homme loyal dévoué avant tout à la couronne.
A la Convention fédérale australienne, tenue en 1891, le premier ministre de la Nouvelle-Galles du Sud s’écria: « Il existe en Australie un instinct de liberté qui forcera sous peu le peuple de ces colonies à se déclarer nation indépendante. » Ce même ministre, fait chevalier à Londres l’année suivante, s’écria devant les Anglais: « J'espère que d'ici longtemps il ne se trouvera pas aux colonies de ministre qui cherche à briser les liens qui nous unissent à l'Angleterre. »
De retour aux colonies, le chevalier de Saint- Michel et Saint-George reprit son rôle de patriote australien; aussi des paroles, en veux-tu en voilà ; des actes, va-t'en voir s'ils viennent. C’est l’histoire
de toutes les démocraties. L'âne du commun est toujours le plus mal bâté.
Voulez-vous un échantillon de politicien australien ?
La scène se passe à unc réunion électorale. Le candidat, d’une voix avinée, fait un speech violent dans lequel il dénonce son concurrent dans les termes les plus véhéments. Je vous fais grâce du discours. Quand le candidat a terminé ses éjaculations oraloires, un de ses partisans se lève et propose un vote de confiance. Personne ne se lève pour appuyer la proposition. Le candidat, indigné, s’avance au bord de l’estrade et crie d’une voix de stentor :
Je propose que nous ajournions la séance et que nous allions tous boire un coup.
Toutes les mains se lèvent.
— Ah! s’écrie l’honorable candidat, je savais bien que chaque s... n... d... D... d’électeur appuierail cette proposition-là.
Les politiciens des colonies, comme ceux d’Amérique, j'entends les membres des deux chambres législatives, reçoivent le titre d’honorables, non pas seulement pendant les débats, mais dans la vie privée. On sait que les fils de lords portent aussi ce titre qui, en Angleterre, est un titre de noblesse. Or, quand les politiciens coloniaux vont en Angleterre, ils se font annoncer avec leur titre ct insistent pour qu’on les appelle honorables. La noblesse angiaise
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Aménbres n pas > prissi Ce e. Or, terre, pour giaise
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crut un jour devoir se fâcher. Elle protesta et déclara que les honorables coloniaux auraient à l'avenir à laisser leur honorabilité au vestiaire en débarquant. Grand fut l’émoi aux colonies quand arriva la nouvelle de l’affront fait à leurs représentants. On tint sur le champ des meetings d’indignation, ct l’on déclara que si l'Angleterre persistait à ne pas vouloir reconnaître les honorables des colonies, les colonies refuseraient à l'avenir de reconnaître les honorables de l'Angleterre. Ah ! tu ne veux pas de nos honorables, eh bien, ni moi non plus des tiens.
En 1853, on était allé plus loin que l’honorabilité. Un projet de loi fut présenté à Sydney le 28 juillet 1853, ayant pour but de créer une pairie coloniale. Le hon sens du peuple australien fit prompte justice de cette mauvaise plaisanterie. Cependant il eût été piquant d'entendre annoncer, dans les salons de la vicille aristocratie anglaise, le duc et la duchesse de Wooloomooloo, le marquis et la marquise de Parramatta, et le comte et la comtesse de l’île des Kacatoès.
Parmi les politiciens des colonies il en est quelquesuns qui se sont élevés au-dessus du niveau et qui méritent le nom d'hommes d’État. Il faut citer sir John Macdonald, premier ministre du Canada, mort il ya trois ans, sir Henry Parkes, ancien premier ministre de la Nouvelles-Galles du Sud, aujourd’'hui dans sa soixante-dix-neuvième année, el,
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M. Cecil Rhodes, premier ministre de la colonie du Cap de Bonne-Espérance, que je pourrais appeler roi sans couronne de l’Afrique du Sud, et dont je parlerai plus tard.
Sir Henry Parkes est une personnalité des plus intéressantes. Il est impossible de l’oublier : une tête énorme couverte d’une forêt de cheveux blancs, le regard fin et pénétrant, la voix lente et onctueuse; on donnerait le bon Dieu sans confession à ce vieux finaud de diplomate. Sir Henry Parkes est le champion de la liberté fiscale et de l'unité australienne. Son rêve est de voir les sept colonies de l’Australasie mettre de côté leurs jalousies ridicules et ne faire qu'une seule et même famille.
Il y a quatre immenses provinces dans l’Amérique du Nord qui ne forment qu’un Canada et qui s'en trouvent très bien, pourquoi les sept colonies de l’Australasie (ce qui comprend la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande) ne se fondraient-elles pas en une puissante confédération ? Mais les jalousies sont telles que, pour apaiser à l’avance Melbourne et Sydney, on a déjà résolu que, si jamais la confédération australienne est décidée, ce sera Albury, une petite ville de trois mille âmessituée sur la frontière, qui sera la capitale de l'Australie.
Sir Henry Parkes mourra sans voir son rêve se réaliser. Ce n’est pas une confédération que le peuple des colonies demande, mais encore plus de séparation. Le Queensland remue ciel et terre en ce
justes réclamations des dignes patriotes du Queensies
land.
Ma commission est faite.
He moment pour qu'on le divise en deux colonies ; il y si a même des Queenslanders qui vont jusqu’à deman- Je der qu'on divise leur colonie en trois.
Pendant mon séjour à Rockampton je reçus un
es jour une députation de notables qui étaient venus sis m'exposer leurs griefs et qui poussèrent l’enfantilvisa lage jusqu’à me faire promettre que, à mon retour en | ) Europe, j'userais de toute mon influence pour obtenir | Fe que la colonie du Queensland fût divisée en deux | sac colonies indépendantes l’une de l'autre. | né Je reçus ces messieurs avec tout le sérieux dont 14 ar je suis capable, et je promis. Maintenant j'ai tenu \k . parole, et je ne doute pas un instant que la reine |
; d'Angleterre et les ministres de Sa Majesté britan- LA ae nique ne lisent mon livre et ne fassent droit aux 4 ue ;
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Les ressources de l'Australie, — Les mines. — Deux mille cinq cents de dividendes. — La laine. — La viticulture. — La richesse de l'Australie comparée à la richesse des principaux pays du monde. — Pourquoi la France est plus riche que les autres nations.
A l'exception de quelques parties qui sont plus ou moins stériles, l'Australie est un vaste continent de sept millions six cent cinquante mille kilomètres carrés!, dont les entrailles sont remplies de métaux précieux et dont lasurface peut être exploitée à l'élevage des bestiaux, à l’agriculture et à la culture de tous les fruits imaginables. Si l'Australie avait plus de rivières, ce serait une Amérique en herbe ; malheureusement elle manque d’eau et de bras; ses rivières sont en été, pour la plupart, des filets d’eau ou des fossés desséchés, et les bras ne sont pas là pour
1. L'étendue de l'Australie est un peu plus des quatre cinquièmes de l’Europe. |
mille iculdes plus
s ou it de carpréage (ous de euères des Jour
cin-
vaincre la difficulté par des travaux d'irrigation,
L'or, l'argént et la laine ont été jusqu'ici la principale richesse des Australiens.
La ville de Bendigo a produit, en quelques années, un milliard sept cent millions de francs d'or. Ballarat à touché ce chiffre de fort près. Broken Hill produit plus de trois cent mille onces d'argent par semaine. Le mont Morgan, dans la colonie du Queensland, est une montagne d’or. Pour y chercher le métal précieux, on n’a pas à creuser, on coupe à même comme on se servirait une tranche de fromage.
Inutile de dire que des fortunes fabuleuses ont été faites en quelques jours. |
Quand la mine d'argent de Broken-Hill fut découverte il y a neuf ans, une Compagnie se forma qui émit des actions à vingt-cinq francs.
Que devinrent ces actions? Voici une petite histoire véridique qui va vous le dire.
Un négociant d’Adélaïde acheta cent de ces actions et en fit présent à sa femme. « Prends cela, ma bonne amie, lui dit-il, je crains bien que ce ne soit deux mille cinq cents francs de perdus; mais, qui sait? l'affaire réussira peut-être, et, si jamais il arrive des dividendes, tu les mettras dans ta poche, » Il venait de se retirer des affaires. Après avoir vendu son fonds, il quitta l’Australie et partit en Angleterre avec l'intention d'y vivre de ses rentes. En débarquant à Londres, il apprend que la banque 11,
où il avait placé son capital venait de sauter. Non seulement il avait perdu la valeur de ses actions, mais, comme actionnaire, il était appelé à payer une somme qui le ruinait de fond en comble. Il était jeune encore. Il se promet de rentrer dans le comrnerce et, sans même prendre le temps de défaire ses malles, il repart en Australie. Arrivé à Adélaïde, il apprend que les actions de Broken-Hill qu’il avait payés vingt-cinq francs valent douze mille francs. Sa femme, à qui il avait donné cent actions de vingt-cinq francs, se trouvait donc à la tête d'une fortune d’un million deux cent mille francs. Il réalisa cette fortune, la placa en fonds sur l’État, et ne rougit point aujourd'hui de se faire entretenir par sa femme.
La mine d’or du mont Morgan a produit des résultals aussi fabuleux. L'histoire de Bendigo et de Ballarat abonde en anecdotes de ce genre, et l’A ique du Sud nous en réserve de meilleures eacor Et cependant, si j'ai un conseil salutaire à vous doi 1er, achetez du trois pour cent garanti par l’État : il est enfoui dans les mines encore plus d’or qu’il ne ‘en est extrait. Aussi les Australiens ne comptent-ils Lus sur les mines pour vivre. Ce sont les moutons, dont la laine se vend sur tous les marchés du monde, qui font la fortune des Australiens.
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La viticulture fait des progrès énormes. Les vins de l’Austialie, généralement trop chargés en alcool,
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ressemblent à nos vins du Roussillon. Ils manquent encore de délicatesse. Mais les vignerons commencent à comprendre que l’art de faire du bon vin, qui se perfectionne en France depuis des siècles, ne s’apprend pas en un jour, et l’un après l’autre ils font venir de France des viticulteurs experts qu'ils placent à la tête de leurs vignobles.
Jusqu'à présent, il s’est consommé peu de vin australien.
Les buveurs d’eau, les fanatiques de toutes les couleurs aux colonies prêchent la tempérance (mot qui, en anglais, signifie abstinence totale et non pas modération); le gouvernement impose des droits énormes !; les maîtres d'hôtels vendent le vin du pays le plus ordinaire de quatre à sept francs la bouteille, tout cela fait que le peuple boit de l’eau, du thé ou du whisky, et les riches boivent les vins de France.
L ne se produit encore en Australie qu’un trentième de la quantité de vin consommé à Londres seulement. Je prédis que, dans vingt ans, l’Australie enverra des vins aux quatre coins du monde. Quand tous les habitants du globe en boiront, peutêtre les Australiens se décideront-ils à y goûter.
La fortune privée en Amérique est de mille
1. Pour entrer de Victoria dans la colonie voisine de la Nouvelle-Galles du Sud, une bouteille de vin évaluée à trois francs doit payer trois francs d'entrée, et réciproquement.
francs par habitant; en Angleterre, de neuf cent vingt francs; en France, de six cent cinquante francs; en Allemagne, de quatre cent soixante francs, et en Autriche, de quatre cent huit francs. En Australie, la fortune est de douze cents francs par habitant.
L’Australien est donc l’homme le plus riche du monde.
Pas du tout.
Si deux individus vivant ensemble possèdent l’un deux cent mille francs et l’autre rien, ils possèdent en moyenne cent mille francs. Voilà ce que nous enseigne la statistique. C’est cela qui fait une belle jambe au second! L'Australie, comme l’Amérique et l'Angleterre, possèdent des squatters et des propriétaires de mines qui ont, en quelques années, amassé des millions, et, dans les grandes villes, une population de près de cent mille individus dont l'existence, chaque matin, au réveil, estun problème impossible à résoudre.
L'Amérique et l'Angleterre sont les pays où les fortunes sont le plus disproportionnées. D'un côté, des billionnaires, vivant dans un luxe effréné; de l’autre, de pauvres gens morfondus, affamés, vivant dans une fange inouïe, et dans l’hébétude causée par les maux irrémédiables.
L’Angleterre et l'Amérique sont aussi les deux pays où l’on spécule le plus. Or, ce n’est pas la spéculation qui enrichit un peuple, c’est la production.
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La spéculation enrichit quelques individus au détriment de quelques autres individus. L’argent passe d’une poche dans une autre sans que le pays profite aucunement de ja transaction. Les produits de la terre ct de l’industrie sont les seules ressources de la richesse d’un pays. Les spéculateurs sont ses ennemis en encourageant un gain facile qui ne saurait s’obtenir que par la ruine d’un semblable. Le jour de la grande réforme sociale, qui arrive à pas de géant. verra, je l'espère, l’extermination du spéculateur.Chaque chose a une valeur réelle, et je n’admets pas la valeur factice imaginée au gré des spéculateurs. Je suis peut-être bien innocent; maisje me demande encore pourquoi la rente varie parce que un souverain ou un homme d’État a fait un discours plus ou moins aimable. En travaillant, j'ai gagné cent francs ; ces cent francs je les ai mis de côté, puis je les ai prêtés au gouvernement à la condition qu'il me donne trois francs cinquante centimes par an; avec la meilleure volonté du monde, je ne vois pas pourquoi ces cent francs ne vaudraient plus que quatre vingt-dix-huit francs, parce que le roi d'Italie a un rhume de cerveau ou l’empereur d'Allemagne une indigestion, ou pourquoi ils vaudraient cent deux francs parce que l’empereur de Russie a souhaité une bonne année au sultan de Turquic. Ce sont là des choses qui me surpassenti.
Les spéculateurs étaient inconnus, il y a cent cinquante ans. Quand rentreront-ils dans le néant ?
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Ce sont eux qui sont la cause des crises financières et commerciales qui placent l'Amérique et l'Australie à deux doigts de la banqueroute tous les cinq ou six ans, et qui, un de ces jours, pourront bien mettre l'Angleterre dans la même position.
L'Australie est rongée de spéculateurs, de bookmakers, quand elle ne devrait avoir que des agriculteurs, des industriels, des commerçants, des. ouvriers et des laboureurs. Les bookmakers, ou agents de courses, font jusqu’à cinq cent mille francs par an, et tous les ans il arrive d'Angleterre les centaines d'individus qui comrptent vivre en Australie de spéculations, de mines et de courses,
Je souhaite à l’Australie qu'elle puisse bientôt balayer de son territoire tout ce monde parasite.
Le jour où elle aura le courage d'envoyer le surplus des villes défricher les forêts du Bush; le jour où elle aura réussi à apprendre qu'il n’y a qu’un seul moyen de s'enrichir, qu'on soit individu ou nation, c’est par le travail et l’économie; le jour où elle ne cherchera plus à s'enrichir par des spéculations malsaines, l'Australie verra son crédit s’établir. Les disproportions disparaîtront, et partant la misère; la population augmentera, et la richesse du pays provenant du travail régulier deviendra stable.
C'est la stabilité des fortunes et la juste répartition des richesses qui font qu'un pays est réellement riche, et non pas quelques fortunes colossales amassées dans quelques poches. Les trois quarts du
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sol de l'Angleterre sont entre les mains d’une trentaine de familles. En France, aujourd'hui, plus de six millions d'individus possèdent la terre, et plus
de la moitié du peuple sont propriétaires des mai-
sons qu'ils habitent. Voilà pourquoi la France est la nation la plus riche du monde. C'est elle qui a le plus de patrons et d'ouvriers travaillant pour leur propre compte. C’est elle seule enfin qui, grâce à l'ordre et à l’économie qui règnent dans la petite bourgeoisie, la classe marchande et dans les campagnes, puisse passer à travers une crise commerciale et prêter de l'argent à un gouvernement étranger.
La terre n’a jamais été destinée à entretenir trois individus : un propriétaire, un locataire et un laboureur. Jacques Bonhomme fait valoir le petit coin de terre qui lui appartient : il est à la fois propriétaire, locataire et laboureur, voilà pourquoi il est prospère. Sa femme ne suit pas les modes et ne vous serre pas la main à hauteur de menton. Elle se lève à quatre ou cinq heures du matin, nourrit elle-même ses pourceaux, et voilà pourquoi les pourceaux ont si bonne mine.
Tous les pays, les nouveaux surtout, nous envient nos populations économes et laborieuses des campagnes. Ils n’ont pas tort, c’est Jacques Bonhomme et sa bonne Jacqueline qui sont la fortune de la France.
L'ouvrier maître souverain de l'Australie, — Son caractère. — L'artiste et le bousilleur. — Un faux démocrate. — Le gouvernement par l’ouvrieret pour l’ouvrier.—Orateurs publics. — Histoires d'ouvriers. — Dénoûment de l’histoire tragique d’un voyageur russe,
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Le souverain de l'Australie n’est ni la reine d'Angleterre, ni le gouverneur nommé par elle, ni les membres du parlement élus par le peuple, ni les | ministres choisis dans ce parlement; le souverain | maître de l’Australie, c’est l’ouvrier (en français prononcez l'ouverrier).
Si encore cet ouvrier était content de son sort et que le pays fût prospère entre ses mains, on n’y trouverait pas grand'chose à redire ; malheureusement il ne profite pas des ressources inépuisables que la nature a mises à sa disposition sur cet immense continent, et il prend bien garde que les
autres n’en profitent pas.
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L'ouvrier australien, encore pire que son confrère et cousin d'Angleterre, est un paresseux, un ivrogne, un fêteur de Saint-Lundi, un panier percé qui ne songe qu'au plaisir ct qui ne s'intéresse nullement au développement de son pays. Il lâchera la besogne la plus lucrative pour aller voir une course de chevaux à cent kilomètres de sa demeure. Son travail est purement mercenaire, une besogne exécutée à la grosse. Il n’a fait aucun apprentissage sérieux et n’a reçu aucune instruction technique. Il se fait tour à tour menuisier, serrurier, maçon, horticulteur, viticulteur, charretier, tondeur de moutons, et, au besoin, maitre d'école. Il se met en grève non pas pour essayer de gagner davantage et, avec ses économies, de s'établir commerçant ou fermier. Non, il songe à gagner davantage pour dépenser davantage. Il n’est point jaloux de son travail, fier encore moins. Il reçoit de gros salaires qu’il dépense en frivolités et, au bout de l’année, il se trouve Gros- Jean comme devant. Un jardinier français est botaniste, un ébéniste français est artiste. L'ouvrier anglo-saxon est un bousilleur sans aucun instinct artistique. Comment pourrait-il en en être autrement ? Dans la semaine il n’a point à sa disposition d'écoles d'arts et métiers, et le dimanche les musées sont fermés. Les Pecksniffs, les Podsnaps, les Chadbands et toute la tartuferie de son pays l’empêchent de faire connaissance avec les œuvres d'art qui pourraient le civiliser ; il ne connaît que les plaisirs
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