‹ La maison John Bull & cie. [microforme]Chapitre 3 sur 54 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

anglais de s’assurer sans payer autre chose que la prime ordinaire des bourgeois les plus paisibles.

» Mais à quoi sert-il de gagner l’univers, ‘i l’on vient à perdre son âme? disent les Ecritures. C’est

bien ce à quoi John Bull a pensé; aussi s'est-il adjugé, dans l’autre monde, le royaume des cieux, qui est pour lui une possession britannique tou aussi incontestable que les Indes, le Canada, le C&; ou l'Australie. »

Voilà, à part quelques omissions plus ou moins importantes, l'actif de LA MAISON JOHN BULL ET ci, dont nous allons étudier les succursales.

chose que la 1 LA paisibles.

nivers, ‘i l’on MAISON JOHN BULL & is

critures. C’est

aussi s'est-il me des cieux, tannique tou :

anada, le Ca M

lus ou moins NN BULL ET Cie,

a France est le premier pays du monde. — Les étrangers et ce les.

que l'on entend par là. — Le monde britannique. —- Les © Anglais chez eux et les Allemands chez les autres. — Les succursales de la maison John Bull et Compagnie.

PR AR Te CT ET a # Mas ii ns

“ La France est le premier pays du monde. C'est * Jà un fait qu’il serait puéril de chercher à prouver, puisque les Français sont les premiers à le reconpaitre.

Se + Heureux dans leur pays qui les nourrit, les Français sont, de tous les peuples qui habitent la terre, ceux qui s'inquiètent le moins de ce qui se passe à Fétranger, et leur ignorance du monde, chez la Masse du peuple, est tout simplement crasse.

{ L’Anglais- méprise l'étranger; le Suisse l'aime Æomme le chasseur aime le gibicr; l'Allemand le regarde comme un envoyé du ciel qui lui permet de

= RASE TE TS VE SAN EE M ET RP EN se LIRE ERNEST ;

eme

2 LA MAISON JOHN BULL ET Cie

gagner tranquillement sa vie loin de sa patrie trans-

formée en caserne immense. Le Français a, vis-à-vis M de l’étranger, des sentiments tout différents : il ne À le déteste ni ne le méprise; il le plaint et le trouve *

fort amusant. Le Français croit même, en son bon

intérieur, que l'étranger a été créé et mis au monde #

pour le divertir. Le Belge est bon enfant, l'Italien braillard, l'Allemand Jlourdaud, l'Américain fou, l'Anglais excentrique et du dernier comique. Et tout cela réjouit son cœur.

J'ai vu des Français rire à chaudes Jarmes en m'entendant leur dire que les Anglais prenaient le champagne au dîner et le bordeaux au dessert.

Eh! mon Dieu, c'est encore bien un peu là ma

manière de voir et de penser. Que voulez-vous, on ##

n'est pas né Français pour rien.

Cependant, huit années de voyages incessants à travers le monde ont dù rogner mes angles de pro-

vincialisme français, et je crois être devenu assez @ cosmopolite pour que les impressions (je dis impressions et non point renseignements), contenues dans 4

ce petit volume puissent être acceptées par le lecteur comme assez impartiales.

En tout cas, ce dont je suis bien convaincu, c’est que les nations ue sont ni meilleures ni pires que es autres, mais tout simplement différentes. Telle est la conviction profonde que l’on acquiert en voyageant.

Pour bien des gens, le mot étranger signifie or- 4

og 0 ot tr ln rer À

LA MAISON JOHN BULL ET cie 3

sa patrie transçais a, vis-à-vis # ifférents : il ne # int et le trouve 4 ne, en son bon t mis au monde

ginal, barbare mème. Pour le voyageur, un étranger est un brave homme qui en vaut un autre et qui appartient à un pays qui a ses qualités comme le 2 nôtre. Après tout, on ne naît pas étranger, on 4 appartient à quelqu'un, n'est-il pas vrai?

| Je me rappelle un bon Américain qui, un jour. enfant, l'Italien Æcntra en conversation en me lançant, comme pré- Américain fou, M liminaire, l’interrogation suivante :

r comique. Et © — Étranger, eh?

— Je le serai, lui dis-je, quand j'aurai mis le pied udes larmes en Mure sol de votre pays.

ais prenaient le À Nous étions alors sur le paquebot entre Liverpool ‘au dessert. et New-York.

n un peu là ma 4 Si tout le monde voyageait, la paix du monde voulez-vous, ON crait assurée.

M Voyager, a dit madame de Staël, est un triste plaisir. C'est, je trouve, moi, une occupation fort intéressante, et puis, enfin, c’est aussi jusqu’à pré- #ent le seul moyen qui ait été inventé de voir et de æonnaitre un peu le monde. L'humanité m'intéresse “artout, qu'elle soit blanche on noire, civilisée ou L: uvagé, voilà pourquoi je voyage.

* Mais, dans ce volume, il ne s’agit pas du monde convaincu, c'est en général, il s’agit du monde britannique dont es ni pires UC Angleterre ne peut donner qu’une idée très faible. différentes. Telle Pour voir l’Anglais, — le Briton plutôt, -- dans on acquiert en Goute sa gloire, il faut le voir dans ces pays où il ses coudées franches, où rien ne le gêne et où il pu librement développer ses traits caractéristiques.

ges incessants à L

s angles de pro-

re devenu assez | ;

ns (je dis èmpr'escontenues dans ptées par le lec-

ger signifie or1-

j°4 2 ha imch ”

TE Th rm D

a SEE

M nd eee 2 Po om mn

nn mn ri

4 LA MAISON JOHN BULL ET Ci°

C’est dans ce but que, pendant deux ans, par tous les climats imaginables, depuis quarante degrés de froid jusqu'à quarante degrés de chaleur (de vrais bains turcs), je suis allé fouiller tous les coins des États-Unis et du Canada ; j'ai visité les îles du Pacifique, l'Australie, la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande, du nord au midi, de l’est à l’ouest, sans laisser passer le moindre kraal ou le plus petit trou de ville; j'ai parcouru dans tous les sens l'Afrique du Sud, la colonie du Cap de Bonne-Espérance, le Natal, les républiques, aujourd’hui i dépendantes, du Transvaal et de l’État libre d'Orange; en un mot, tous ces mondes que l’activité anglaise a fait surgir, comme par enchantement, au milieu des océans les plus lointains.

Une autre conviction que j'ai acquise en voyageant, c’est que les peuples sont comme les individus : quand ils réussissent, c’est qu’ils possèdent des qualités qui expliquent leurs succès. Et j'espère que le lecteur pourra s'expliquer, après avoir fini ces pages, comment les Anglais sont arrivés à fonder l'Empire britannique.

J'ai gardé l'Inde pour un autre voyage.

L'Inde n’est pas une colonie dans le sens propre du mot, c’est une possession à l'actif de la maison

John Bull et Ci*; les colonies que j'ai visitées sont à

les grandes succursales de ladite maison. La différence est bien tranchée.

ie ans, par tous nte degrés de leur (de vrais les coins des îles du Paciivelle-Zélande, , sans laisser petit trou de s l'Afrique du Espérance, le dépendantes, range ; en un anglaise a fait iu milieu des

uise en VOyame les indiils possèdent ès. Et j'espère près avoir fini rrivés à fonder

ge.

le sens propre f de la maison i visitées sont À ison. La difté-

Aux Indes, vous voyez John Bull Pacha, un grand seigneur suivi de serviteurs aux costumes bariolés qui lui font des salamalecs jusqu'à terre. C'est le maître au milieu d’un peuple conquis. Dans les colonies le peuple conquis a disparu. Au Canada, vous voyez John Bull chez lui, actif, gros et gras, le nez légèrement piqué, la tête couverte d'un bonnet de fourrure. C’est John Bull pelotonné. C’est le phoque. in Australie, vous le voyez long et maigre, nonchalant, insouciant, la figure brülée, la tête couronnée d’un chapeau de feutre léger à larges bords, marchant à pas lents, les jambes démesurées, les bras pendants. C’est John Bull allongé. Cest le kangourou.

Mais c’est bien encore John Bull, John Bull jcune, associé de la grande maison, mangeant le matin sa bouillie d'avoine, et vivant toujours comme s'il était toujours dans sa vieille île, de rosbif aux pommes de terre et de plum-pudding, le tout arrosé de thé ou de whisky. On ne nous l’a pas trop changé.

Deux longues années, sans un instant d'arrêt, quel voyage! deux années sans pouvoir parler ou entendre autre chose que de l'anglais ! Pas un pauvre petit mot de français — excepté au Canada — quelle humiliation pour un concitoyen de Jacques Cartier! Dieu merci, ce qui m'a remonté le moral, c'est que partout je me suis fait cirer mes bottes ct servir à table par des Allemands. Je ne parle ni ne

“donnees ennree On RS nenRner vante Poterie op to td 0 mir mn net Fe Le da + RER 2 3 * E ut j RTS REC ER RME.

; à De:

Tr to mg

TL ; à Lars " :

Page 1