‹ La maison John Bull & cie. [microforme]Chapitre 51 sur 54 · EE · texte numérisé non relu

EE

1. Montesquieu a dit : « Il n’y a que les Anglais qui aient du bon sens en ce monde. » Voltaire a dit à peu près la même chose,

ation, — | l'appui.

ons d’un S — EÆE

erre,

talents e, dont qu’une actère.

le plus ide. Il nd il a ’empêqualités

ui aient la même

LA MAISON JOHN BULL ET Ci 397 qui assurent le succès à ceux qui les possèdent. John Bull les possède toutes les trois : une audace qui lui fait tout entreprendre, une persévérance acharnée qui le fait aller jusqu’au bout, et une philosophie qui lui fait considérer les défaites qu'il a essuyées comme autant de victoires morales qu'il a remportées. Il ne se tient jamais pour battu; il ne met jamais en doute le succès de ses entreprises, et la bataille n'est-elle pas à moitié gagnée quand on est sûr de la victoire?

Maintenir l'empire britannique, un empire de plus de quatre cents millions d'individus éparpillés sur la surface de la terre, agrandir cet empire tous les jours par la diplomatie, par une discrétion qui semble n’y point toucher, sans fonctionnaires, avec une poignée de soldats et plus souvent de simples volontaires, voilà, certes, il faut le reconnaître, qui est merveilleux. Et, à l’heure qu'il est, je puis affirmer que pas une seule colonie ne cause à la Maison John Bull et Ci° la moindre appréhension.

Un inagistrat et une douzaine de policemen administrent et tiennent en respect des districts plus étenuus que cinq ou six départements français. La justice est faite aux naturels avec autant de partialité qu'aux colons. Point de Zynch law , comme en

4. Quand un nëgre, aux Etats-Unis, est accusé par la population d’avoir commis un meurtre ou un attentat à la pudeur, innocent ou coupable, il est saisi, et, séance tenante, conduit

38 LA MAISON JOHN BULL ET cie

Amérique. Le nègre, accusé du crime le plus atroce, passe en jugement, et c'est un jury qui décide s’il est innocent ou coupable,

Toutes ces jeunes nationalités du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l’Afrique du Sud jouissent de la liberté la plus coinpiète, liberté politique et liberté sociale. Les Anglais respectent leurs susceptibilités à ce point que, pendant la guerre du Transvaal, le parlement du Cap ayant décidé qu’il serait refusé à l’Angleterre de débarquer ses troupes à Cape-Town, le général Roberts et son armée furent obligés d’aller débarquer à Durban, dans la colonie du Natal, et arrivèrent trop tard pour sauver le général Colley, qui fut tué à Majuba et son armée qui y fut décimée. John Bull ne se considéra pas plus chez lui au Cap en cette occasion qu’un père ne se considérerait chez lui dans la maison de son gendre,

Pendant mon séjour en Afrique, une troupe d’artistes annonça un concert à Bloemfontein, capitale de la république des Boërs. Selon l'habitude anglaise, le programme devait se terminer par le God save the Queen.

C'éiait là, de la part des artistes, un manque de tact.

au supplice le plus horrible. On l’écorche, on le pend ensuite, puis on crible son corps de balles. La justice ferme les yeux et se croise les bras,

s atroce, cide s’il

L l’Ausdu Sud rté polint leurs 1erre du dé qu’il troupes e furent colonie uver le 1 armée as plus e ne se vendre,

be d’ar-

apitale iglaise, bd save

de tact.

ensuite, yeux et

LA MAISON JOHN BULL ET ci® 339

Les autorités ordonnèrent aux artistes d'enlever ce numéro du programme.

S'il prenait fantaisie à quelque artiste, en Angleterre, en Australie ou au Cap, de chanter Dieu protége le président de la république des Boërs, je garantis que personne n'y verrait d’objection et que personne n'y mettrait obstacle. Au contraire, les Anglais se diraient probablement : « Tiens, voilà une chanson que nous ne connaissons pas, allons donc l'entendre. »

Le premier magistrat, le chief justice, de la colonie de Victoria, en 1892, était un républicain, partisan de l'autonomie australienne. Il ne cachait ses opinions à personne ; mais ses talents comme jurisconsulte et sa réputation d'homme intègre étaient si connus et si appréciés, que John Bull n’hésita point un instant à le placer à la tête de la magistrature de la colonie.

Tous ces pays nouveaux, qui -sont autant de débouchés pour le commerce du monde, ne sont pas accaparés par les Anglais pour leur propre usage seulement. L'étranger peut y venir et sy installer sans avoir aucune formalité à remplir, aucune taxe à payer. Il peut continuer à y parler sa langue, y suivre sa religion et y jouir de tous les droits de citoyen. Et, s’il n’est ni trop entêté ni trop àgé pour apprendre, il pourra prendre de bonnes leçons dans ces pépinières de ‘a liberté.

RE RSR ER à ie EE eu cn + =

né ee ne .

RS

300 LA MAISON JOHN BULL ET Ci£

Si je n'ai pas réussi à prouver que, malgré leurs mille et un travers, les Anglo-Saxons sont les seuls peuples de la terre qui soient parfaitement libres, J'ai perdu mon lemps, et je vous ai fait perdre le vôtre, chers lecteurs.

Les habitants des colonies sont fiers aujourd'hui de s’appeler Australiens, Canadiens et Africains. L'esprit national s’accentue tous les jours, et c’est John Bull lui-même qui l’alimente. Tout Anglais qui va s'établir aux colonies cesse, après quelques années, d’être Anglais : il est Canadien, Australien ou Africain, et jure par sa nouvelle patrie. Ces Anglo-Saxons ont l'aptitude, la science gouvernementale innée en eux, et c'est par pure politesse envers la vieille Angleterre qu'ils acceptent des gouverneurs, et encore à la condition formelle qu’ils ne s’occuperont pas plus de politique que ne le font la reine et les membres de la famille royale. Si la reine d'Angleterre se permettait de dire en public qu'elle préfère les conservateurs aux libéraux, la monarchie anglaise n’aurait pas dix ans à vivre. Si le gouverneur de quelque colonie se permettait de parler en public autrement que par la bouche des

ministres élus par le peuple, la colonie proclame-.

rait son indépendance, la semaine suivante, et le gouverneur aurait à s’embarquer sur le premier paquebot en partance.

Si jamais aucune des colonies, mentionnées dans

mer cran

nalgré leurs ont les seuls ment libres, ait perdre le

aujourd'hui t Africains.

urs, et c’est ‘out Anglais rès quelques 1, Australien patrie. Ces 2e gouverneure politesse cceptent des rmelle qu'ils

que ne le Ile royale. Si ire en public libéraux, la s à vivre. Si permettait de

bouche des

ie proclame.

hivante, et le le premier

ionnées dans

LA MAISON JOHN BULL ET Cie 361

ce volume, proclame son indépendance, elle gagnera en prestige à ses propres yeux, mais elle ne secouera aucun joug, elle ne pourra être plus libre qu'elle ne l’est aujourd’hui. Ce sera une succursale assez forte pour faire ses affaires sans le secours de la maison-mère, qui l'avait guidée dans ses premiers pas sans jamais lui demander compte de ses actions.

Il y a beaucoup de gens en Angleterre qui s’imaginent que l'avenir réserve à l'empire britannique une confédération ayant son centre à Londres.

S'il est, dans tous les voyages que j'ai faits chez les Anglo-Saxons du monde entier, une conviction profonde que j'aie acquise, je dis une conviction et non pas une impression de voyage, c’est que les colonies n'accepteront jamais la réalisation de ce rêve auquel se livrent plusieurs chauvins anglais. D'abord, les colonies sont beaucoup trop jalouses les unes des autres pour accepter l’amalgamation. Chacune voudra conserver son individualité et sa nationalité. De plus, aucune d'elles n'a le moindre désir de se voir compromise dans les querelles que l'Angleterre peut avoir un jour avec quelque nation européenne. John Bull ferait bien de rayer les mots Confédération britannique de ses papiers. A l’exception du Canada, qui pourrait bien un jour faire partie des États-Unis, les colonies resteront succursales de la Maison John Bull et C*, ou elles

362 LA MAISON JOHN BULL ET Cit

seront indépendantes. Pour penser autrement, il faut ne pas avoir tâté le pouls de ces pays-là.

Un critique maussade et malveillant pourrait résumer ainsi son voyage dans tous ces pays d'hier :

« J'ai vu des montagnes sans arbres, des arbres sans ombrage, des plaines sans herbe, des rivières sans eau, des oiseaux sans ramage, des fleurs sans parfum, un soleil sans pitié, une poussière sans miséricorde, des hommes sans intérêt, des femmes sans fraîcheur, etc. »

Un critique plus aimable et plus juste répondrail à cette assertion :

« Il est vrai que les pays qui ont de l'avenir ne présentent pas au voyageur l'intérêt des pays qui ont un passé. L'Amérique et les colonies n’ont ni vieux châteaux, ni cathédrales en ruine. Les habitants de ces pays sont des gens entreprenants qui, en un demi-siècle, ont fondé des villes, je pourrais dire des nations, capables de concourir par leur importance commerciale, avec des villes et des nations, qui ont pris dix siècles à se déve-

| lopper.

| « J'ai vu aux colonies des ciels sans nuages, des hivers sans froid, de l'hospitalité sans calcul, une amabilité sans réserve, des millionnaires sans fierté, des pauvres sans tristesse, des oiseaux au plumage superbe. » On pourrait prolonger la liste à l'infini. Il y a deux sortes de critiques, ceux qui se

ET Cie

r autrement, il es pays-là.

veillant pourrait ces pays d'hier :

bres, des arbres rbe, des rivières , des fleurs sans e poussière sans srêt, des femmes

juste répondrail

nt de l’avenir ne rêt des pays qui s colonies n’ont es en ruine. Les ns entreprenan(s dé des villes, je les de concourir avec des villes siècles à se déve-

sans nuages, des sans calcul, une naires sans fierté, aux au plumage la liste à l'infini.

es, ceux qui se

art à RE —

LA MAISON JOHN BULLE ET Ci 363 plaignent que les roses aient des épines, et ceux qui sont reconnaissants que les épines aient des roses,

Les habitants des colonies possèdent toutes les qualités et tous les petits travers des Anglais, et si l'isolation a intensifié leurs travers, elle a aussi

accentué leurs vertus,

Pour tout homme jeune, sobre, travailleur et persévérant, aucun pays ne présente plus d'avantages et plus d'avenir que les colonies.

Ces colonies n'ont que faire de jeunes Européens blasés qui viennent leur offrir des restes.

Les colonies sont comme de belles jeunes filles qui ont la conscience de leur valeur, elles n'ont aucun désir quon les épouse pour faire une fin. Elles ont déjà trop de rebut. Ce qu’il leur faut, c'est de la jeunesse fraîche, ardente, des travailleurs de toutes sortes, des artisans intelligents, des viticulteurs, des agriculteurs, des gens sains de corps et d'esprit, intègres, pratiques et laborieux. A ceux-là elles promettent le succès et invariablement tiennent leur promesse.

Si j'avais vingt ans, j'irais peut-être m’établir en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Canada, ou en Afrique. Mais j'arrive à l’âge où l’on se cramponne au passé, où l’on ne saurait rester encore jeune qu’à l’aide de souvenirs et du même entourage. Je suis trop accoutumé à ma vicille Europe pour pouvoir aujourd'hui m'en passer.

364 LA MAISON JONN BULI ET cie

Après avoir été des années à voyager sans cesse à travers tous ces pays nouveaux, il me tarde d'aller revoir quelque ruine qui me rappelle que le monde ne date pas d'hier.

La veille de mon retour en Europe, sir Thomas Upington, l’aimable et spirituel magistrat de Cape- Town, me disait :

— Eh bien, après tous ces voyages, qu'allez-vous faire maintenant ?

— Ce que je vais faire ? lui dis-je, je vais maintenant rentrer en Europe et aller contempler un vieux mur couvert de lierre.

Page 1