‹ La Maison mauditeChapitre 36 sur 36 · CHACUN SELON SES ŒUVRES · texte numérisé non relu

CHACUN SELON SES ŒUVRES

Il nous plairait de faire assister nos lecteurs aux premiers et délicieux épanchements d’Hector et de Mathilde au moment de leur réunion ; ce charmant tableau nous reposerait des sombres peintures qui dans le cours des derniers chapitres se sont offertes exclusivement à nos pinceaux... Mais l’impérieuse nécessité nous oblige à nous abstenir... — l’espace nous manque — le temps nous presse — le dénoûment nous sollicite. . . Nos lecteurs doivent comprendre combien étaient profonds le trouble et l’angoisse de monsieur d’Ilérouville à la pensée de sa prochaine entrevue avec sa femme. Le condamné à mort auquel on apporte, sinon sa grâce, du moins l’annonce d’un sursis, doit éprouver un soulagement à peu près semblable à celui que ressentit Tancrède en apprenant que la marquise, très-souffrante pendant la journée de la veille et pendant la nuit précédente, s’était enfermée depuis le matin dans son appartement, en exprimant l’intention de reposer, et en donnant l’ordre de ne venir troubler sa solitude sous aucun prétexte... Le prétexte mis en avant par la jeune femme, on le devine, était mensonger. Pauline ne songeait guère à dormir... — Elle écrivait les dernières pages du manuscrit commencé la veille, et dont les révélations

suprêmes ne devaient arriver à Tancrède que lorsqu’elle aurait cessé de vivre.

La journée tout entière s’écoula ainsi. — La nuit tombait au moment où la plume de madame d’Ilérouville cessa de courir sur le papier... La confession et le testament de l’innocente victimeétaient terminés !.. — Pauline mis sous enveloppe ces pages qui renfermaient sa vie tout entière, et sur cette enveloppe, qu’elle scella d’un triple cachet noir, elle écrivit en gros caractères :

« Pour monsieur le marquis d’Hérouville »

« Pour lui seul. »

La jeune femme savait que son mari était de retour. — Dans l’après-midi, au moment où elle appuyait son front brûlant contre les vitres froides, elle l’avait aperçu, arrivant à la grille du château en compagnie d’Hector de Rieux. »

— Je ne le reverrai plus! — s’était-elle dit alors — si je sentais l’étreinte de ses bras, et si j’entendais sa voix adorée, le courage me manquerait pour mourir!..

Elle attendit que la nuit fût tout à fait sombre ; — elle sortit de sa chambre par un escalier dérobé, après avoir placé bien en évidence sur un meuble l’enveloppe adressée à son mari, puis elle se mit à la recherche de scs enfants qu’elle trouva dans une pièce du rez-de-chaussée sous la garde de Brigitte et de Laurent. Elle pressa successivement contre sa poitrine bondissante les deux chérubins, et elle leur donna à cent reprises le baiser d’adieu, en murmurant d’une voix très-basse, étouffée par les larmes :

— Douces et tendres créatures qui êtes ma chair et qui êtes mon âme, vous ne reverrezpas votre mère ! — Ohlmes

amours, dès ce moment vous êtes orphelins ! — Qui donc vous aimera désormais comme votre mère vous aimait?

— Monsieur le marquis a donné l’ordre — dit alors Laurent — d’attendre pour servir le souper que madame la marquise ait quitté son appartement... — dois-je prévenir monsieur le marquis que madame est visible?..

— C’est inutile... — répliqua la jeune femme — dans un instant j’irai le retrouver moi- même...

Ayant ainsi parlé, Pauline se glissa hors du château, traversa la cour d’honneur et une partie du jardin sans rencontrer personne, ouvrit la petite porte placée à côté de la grille, franchit le seuil de cette porte qu’elle referma derrière elle, et se trouva sur la route et bientôt sur la berge. Les ténèbres étaient profondes ; — la Seine coulait silen-' cieuse et noire comme de l’encre entre ses rives escarpées. Madame d’Hérouville se laissa tomber à genoux.

— Mon Dieu, balbutia-t-elle en élevant ses mains vers le ciel — je vais désobéir à vos lois... je vais commettre un crime, mais, mon Dieu, dans votre justice infinie, pardonnez-moi ce crime comme je pardonne du fond de mon âme à celui qui m’a condamnée !

Après cette prière ardente la jeune femme se releva et bondit en avant par un mouvement désespéré... Le terrain manqua sous ses pieds.... Elle ne poussa pas un cri... — l’eau profonde jaillit sous son corps... — un instant de silence succéda au retentissement sourd de cette chute, puis un bruit d’avirons se fit entendre et se rapprocha rapidement.

— Mon instinct neme trompe jamais ! — dit une voix sur la rivière — je medoutaisde quelque chose !.. je prévoyais

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une catastrophe ! tu vois bien que j’avais raison !... Cette voix était celle de Lascars.

— Oui, capitaine... — répondit le lieutenant. — Ah ! c’est la vérité la plus vraie, vous avez du flair comme un chien de chasse !

Tancrède, Hector et Mathilde étaient réunis dans un petit salon éclairé par quelques bougies. Les deux jeunes gens, innocemment égoïstes comme le sont en général les amoureux, causaient tout bas sans s’inquiéter du silence de monsieur d’Hérouville et de son accablement profond...

Laurent vint annoncer que le souper était servi sur table. Tancrède tressaillit.

— J’avais enjoint d’attendre ! — dit-il — madame la marquise a-t-elle donné de ses nouvelles?..

— Je croyais trouver madame la marquise ici... — répliqua le vieux valet de chambre.

— Madame vous a parlé ? — demanda Tancrède.

— Oui, monsieur le marquis... il y a de cela une demiheure à peu près.

Et Laurent répéta les paroles de la jeune femme.

— Pauline sera sans doute remontée chez elle... — s’écria Mathilde — je vais la chercher et je vous la ramène avec moi...

Et la charmante enfant, gracieuse et légère comme une jeune nymphe, s’élança hors du petit salon. Son absence dura près d’une demi-heure. Quand elle reparut elle était seule et elle tenait au bout de ses doigts roses une enveloppe carrée très-épaisse.

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— Voilà qui me semble tout à fait extraordinaire ! ditelle en entrant j’ai parcouru le château du haut en bas... j’ai cherché partout... j’ai demandé Pauline à tous les échos. Ou elle est absente, ou elle se cache, car je ne l’ai trouvée nulle part et elle ne m’a pas répondu... — Mais voici une lettre à ton adresse, mon frère, qui te donnera peut-être le mot de l’énigme... cette lettre était sur un meuble dans la chambre à coucher de la marquise... l’adresse est de sa main...

Tancrède saisit fiévreusement l’enveloppe, la déchira et se mit à lire, ou plutôt à dévorer les pages écrites par la jeune femme et portant en cent endroit les traces de ses larmes brûlantes. Quelques minutes lui suffirent pour tout parcourir, pour tout comprendre, pour tout deviner...

— Oh ! malheureux ! malheureux que je suis ! — s’écria-t-il d’une voix qui n’avait plus rien d’humain. — Elle était innocente... et elle est morte !..

— Morte ? — répétèrent à la fois Hector et Mathilde avec une indicible épouvante — morte ?.. qui donc?..

— Pauline! — ma bien-aimée Pauline!.. — Venez, Hector... courons !.. hâtons-nous!.. — Peut-être sera -t-il temps encore delà retrouver !. . delà sauver ! . Elle parle d’un linseul humide... — c’est laSeine ! oh Pauline... Pauline... si tu as quitté ce monde, je ne te survivrai pas...

Et monsieur d’Hérouville éperdu, désespéré, à demi-fou, s’élança au dehors, suivi par monsieur de Rieux presqu’aussi troublé, presqu’aussi désolé que lui.

Nos lecteurs se souviennent-ils de celte soirée mémorable

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où le baron de Lascars s’était fait un ennemi mortel en la personne de Patte-Poule, l’un des ex-lieutenants, d’Huber, le capitaine des Lapins? Patte-Poule avait juré de se venger, et cette nature rancunière n’avait garde d’oublier un pareil serment, mais le bandit attendait l’occasion favorable ; — il ne se contentait point d’une dénonciation vulgaire ; — il voulait une vengeance raffinée.

Pendant tout l’hiver il épia le prétendu Joël Macquart ; — il découvrit ses relations intimes avec Sauvageon, ou plutôt Caillebotte, le propriétaire du Cabaret-Rouye, et lorsqu’il eût acqnis la certitude que Caillebotte connaissait les individualités multiples de Joël Macquart, il alla trouver le lieutenant-criminel auquel il acheta sa grâce en lui dévoilant les mystères du Moulin-Noir, en lui révélant le secret de l’association des Pirates de la Seine, et en lui livrant Caillebotte et Joël Macquart. Le lendemain de cette dénonciation, c’est-à-dire le jour même où se passent les faits que nous racontons, des agents de la police secrète, déguisés en bons bourgeois et awnés jusqu’aux dents, vinrent boire au Cabaret- Rouge. Ils trouvèrent le moyen d’éloigner la servante, — ils s’emparèrent de Sauvageon qu’aucun pressentiment n’avait mis sur ses gardes, et après l’avoir entraîné dans la cave de sa maison, ils le menacèrent de l’appliquer à la question préventive s’il ne faisait des aveux complets. Le malheureux Sauvageon était incapable de résister à une telle menace. Il répondit en tremblant, mais avec la plus complète franchise à toutes les questions qui lui furent adressées et il apprit aux limiers de la police que Joël Macquart, le baron Roland de Lascars et le vicomte de Cavaroc ne formaient qu’une

seule et même personne. Après cette confession d’une importance capitale, Sauvageon recouvra, sinon la liberté elle-même, du moins l’apparence de la liberté. Il reçut l’ordre de reprendre sa place dans la salle du rez-de-chaussée de son cabaret, et de servir comme de coutume les chalands qui se présenteraient, mais il fut prévenu qu’un des agents du lieutenant-criminel ne le perdrait pas de vue et lui brûlerait la cervelle sans autre forme de procès, à la première parole indiscrète ou au moindre geste compromettant qui lui échapperait. Le reste de la journée s’écoula. Des ordres avaient été portés dans toutes les directions par des messagers sûrs et prudents. Deux heures après la tombée de la nuit, des brigades de maréchaussée cantonnées dans un rayon de cinq à six lieues, arrivèrent l’une après l’autre au Bas-Prunet et firent halte aux alentours du Cabaret-Rouge. Les barques de pêche de Bougival et les canots de promenade amarrés à l’embarcadère de Caillebotte, avaient été mis en réquisition. D’après les renseignements donnés par Patte-Poule, il était convenu qu’on agirait à dix heures du soir. On espérait trouver les Pirates de la Seine endormis sans défiance dans leur repaire, s’emparer d’eux avant qu’ils aient eu le temps de se mettre en défense. Une circonstance inattendue fit échouer ce projet. Le pirate Landrinet (un ex-lapin comme Patte- Poule), revenait de Paris. En traversant les rues de Bougival il fut frappé de surprise et de défiance par la vue des nombreux uniformes qui donnaient au village l’aspect d’un camp. Il prêta l’oreille, et quelques mots entendus à la dérobée, lui firent comprendre, ou plutôt deviner, l’immense péril que les hôtes du Moulin-Noir allaient courir.

Il gagna la berge de la rivière, se mit à la nage, passa dans nie et donna l’alarme- Tous les bandits furent sur pied en un instant... — Eperdus de terreur, ils détachèrent les grandes chaloupes amarrées sous l’estacade et se disposèrent à prendre la fuite. Landrinet fit remarquer alors l’absence de Joël Maquart et de Liseron.

— Tant pis pour le capitaine et pour le lieutenant ! s’écrièrent d’une commune voix les Pirates, qu’ils s’arrangent ! — charité bien ordonnée commence par soi-même!.. — nous n’irons pas risquer de nous perdre pour les sauver !

Tous les hommes de la troupe s’entassèrent dans les chaloupes qui, protégées par l’obscurité, filèrent rapidement dans la direction de Saint-Germain. Les embarcations des fugitifs passaient à la hauteur du château de Port-Marly, juste au moment où le canot monté par Lascars et par Liseron s’approchait de la rive pour recueillir le corps inanimé de Pauline. Après avoir opéré le sauvetage, le capitaine et le lieutenant reprirent à force de rames le chemin du Moulin-Noir. A peine arrivé, Lascars saisit dans ses bras madame d’Hérouville évanouie et gravit les escaliers conduisant au vieil édifice. Sa stupeur fut profonde en trouvant la maison déserte. — Le désordre intérieur attestait qu’un brusque départ venait d’avoir lieu, et ce départ ressemblait à une fuite.

— Que veut dire ceci ? — se demanda le baron avec un commencement d’angoisse — que se passe-t-il donc ?

A peine achevait-il de se poser cette double question, lorsque le lieutenant le rejoignit tout effaré, et s’écria :

— Capitaine, il y a dans l’air une catastrophe... — les

chaloupes de l’estacade ont disparu et l’on entend des bruits étranges du côté de Bougival.

Lascars sortit vivement du Moulin-Noir et prêta l’oreille. De vagues murmures et de faibles cliquetis d’armes arrivèrent jusqu’à lui. — En même temps il vit briller çà et là, de l’autre côté de la Seine, des points faiblement lumineux. Il n’en fallait pas plus pour dévoiler la vérité tout entière à une intelligence aussi perspicace, à une imagination aussi vive que celle de Lascars.

— Tout va mal ! — murmura- 1 -il — nous sommes trahis 1 — avant un quart-d’heure on attaquera le Moulin- Noir ! — il faut fuir ! — Porte dans le canot le corps de madame d’Hérou ville... — en cas de malheur, cette femme nous servirait d’otage ! — viens me rejoindre ensuite... — Le coffre-fort contient une fortune... il s’agit de sauver le coffre-fort. !

Deux minutes suffirent au lieutenant pour exécuter la première partie de sa mission et pour se retrouver près du capitaine. Le coffre-fort était une grande caisse de bois de chêne, doublée et bardée de fer. Cette caisse renfermait une somme considérable, sa pesanteur était énorme et c’est à peine si les forces réunies de Lascars et de Liseron suffirent à la porter jusqu’au canot et à la faire passer pardessus le bordage.

— Maintenant — dit Roland d’une voix sourde — une hache et des fusils... et partons!., les gens de la police embarquent... — j’entends grincer là-bas les chaînes des bateaux!..

Liseron s’élança de nouveau dans le vieil édifice. — Son absence ne dura que quelques secondes. — Il tendit à

Lascars la hache et les fusils, sauta dans le canot et saisit les avirons...

— Il était temps ! — murmura le prétendu Joël Macquart.

Le canot fila. Une ou deux minutes s’écoulèrent.

— Capitaine — dit tout à coup Liseron.

— Eh bien?.:

— Nous n’avançons pas... — nous sommes trop chargés... — le moindre mouvement imprudent suffirait à nous faire chavirer... — l’eau de la rivière atteint presque le niveau de nos bordages...

— Rien ne nous presse... — répliqua Lascars — que risquons-nous au milieu des ténèbres qui nous entourent?

— Il est à peine dix heures du soir, on ne peut songer à nous poursuivre puisque nous sommes invisibles, et, quand paraîtra le jour, nous aurons fait dix lieues...

Tandis que le baron prononçait ces paroles, une lueur faible d’abord, mais qui grandit avec une rapidité électrique, éclaira le ciel derrière les fugitifs.

— Qu’est-ce que cela? — demanda Lascars saisi d’épouvante.

— Cela, capitaine, c’est le Moulin-Noir qui s’allume !

— Avant de partir, j’ai jeté sous les vieilles charpentes une botte de paille enflammée! — Les gens delà police ne trouveront que des cendres tout à l’heure... — l’idée était bonne, n’est-il pas vrai ?

— Malheureux !... — s'écria Roland avec une rage indicible — malheureux, tu nous as perdus ! !

— Perdus! répéta Liseron effaré — Pourquoi? comment ?

— Les ténèbres étaient notre unique sauvegarde ! — ces clartés fatales nous trahissent !.. — on va nous appuyer la chasse !... — Je te le répète, que nous sommes perdus!

En effet une immense colonne de flammes jaillissait des toitures croulantes du vieux moulin, et répandait sur la Seine et sur ses rives les torrents d’une lumière éblouissante. Toute une flottille de chaloupes traversait le fleuve à la hauteur de la machine de Marly, et déjà deux embarcations détachées de cette flottille et montées chacuue par quatre soldats de la maréchaussée, se mettaient à la poursuite des fugitifs.

— Nous n’avons qu’un espoir, murmura Lascars — c’est de les gagner de vitesse !... — force de rames !... — la vie en dépend !

— Impossible — répliqua Liseron — le poids écrasant de cette caisse paralyse mes efforts... — je vous l’ai dit, nous n’avançons pas...

— Alors, jetons la caisse à l’eau !

— Impossible encore ! — au premier mouvement nous allons sombrer... vous voyez bien que l’eau nous gagne...

Le baron fit un geste de désespoir... — il saisit la hache et se mit à frapper avec une violence convulsive le coffre-fort, espérant le briser et se débarrasser facilement ensuite de ses débris et de son contenu... — les ferrures résistèrent... — la hache se brisa.

— Cessez, capitaine, au nom du ciel!... — balbutia Liseron tremblant — nous faisons eau de toutes parts et je ne sais pas nager.

Le baron se tordait les mains. Les canots de la police se rapprochaient de plus en plus. Outre les soldats de la ma-

réchaussée, le drame auquel nous assistons avait deux témoins. Depuis le moment où il avait quitté le château de Port-Marly, Tancrède d’Hérouville et le comte de Rieux exploraient les rives de la Seines, s’efforçant de sonder du regard les ténèbres opaques, et répétant sans cesse le nom de Pauline avec des intonations suppliantes. Quand les gerbes de l’incendie éclatèrent dans le ciel sombre, ils crurent que Dieu lui-même venait d’allumer cette torche miraculeuse afin d’éclairer leurs recherches. Ils regardèrent avec un muet étonnement passer devant eux ce canot bizarre qui semblait près de couler bas et que montait deux hommes aux gestes insensés...

— Capitaine... répéta Liseron — capitaine, l’eau nous gagne!... — allégez l’embarcation, où c’en est fait de nous.

Lascars poussa une rauque clameur et promena ses yeux autour de lui avec désespoir.

— Ah ! murmura-t-il tout à coup — cette femme !... — cette femme !... — je n’y songeais plus,., c’est elle qui va nous sauver peut-être.

Et, saisissant le corps toujours inanimé de la marquise, il le lança dans le sillage du bateau. Un double cri d’une expression déchirante, répondit sur la berge à l’exclamation de Lascars. Tancrède et monsieur de Rieux venaient de reconnaître Pauline, et tous deux, sans même se débarrasser de leurs vêtements, bondissaient dans la Seine et nageaient vers l’infortunée. Tancrède arriva le premier.

A ce moment précis le canot du Moulin-Noir disparaissait, chaviré par le brusque mouvement de Lascars et en-

traîné au fond du gouffre par l’énorme poids du coffrefort.

L’infâme gentilhomme se débattit à la surface du fleuve pendant une ou deux secondes, blasphémant et maudissant Dieu, puis à son tour, il fut englouti. Liseron n’avait point reparu. Tout est bien, qui finit bien !... — c’est un proverbe qui le dit, et les proverbes ont toujours raison. Sauvageon finit mal ! l’influence néfaste de sa mauvaise étoile l’emporta d’une façon définitive sur les rayonnements de la bonne. Le pauvre diable fut pendu haut et court !

— La corde est, en ce bas monde, la seule chose qu’il n’ait pas volée!... — s’écria l’un des spectateurs de sa grimace suprême.

Hector de Rieux épousa Mathilde. — Nous aimons à croire qu’ils se rendirent mutuellement heureux, et nous sommes en mesure d’affirmer que le bonheur de Tancrède et de Pauline fut d’autant plus grand, d’autant plus complet, d’autant plus infini, que ces deux nobles cœurs avaient plus cruellement souffert.

Wassy. — Irup. Mougin-Dallemagne,

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