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La maison mortuaire de Moliere, d'apres des documents inédits; avec plans et dessins

OUT le monde sait que Molière mourut à Paris, rue Richelieu, le 17 février 1673, vers dix heures du soir.

Dans quelle maison ? C'est ici que 'incertitude commence. Avant de la dissiper pour toujours, on me permettra de retracer les antécédents de la question. Je ne la rouvre que pour la fermer définitivement.

I. J'écris Molière sans accent, comme il l'écrivait lui-même et comme on le prononçait ; tout le monde sait que les contemporains prononçaient plus souvent Molier et Molière que Molière.

L'acte mortuaire de Molière porte qu'il demeurait rue Richelieu « proche l'Académie des Peintres. »

Le plus ancien de ses biographes, qui fut le comédien La Grange, son ami, ne dit rien, pas même qu'il demeurât rue Richelieu.

Grimarest constate seulement que M. de Molière, quand il mourut, « logeoit rue RicheHeu ».

Enfin, le mémoire sur la vie et les ouvrages de Molière, par La Serre, placé en tête de l'édition de 1734 ^ fournit un renseignement nouveau, que tout le monde copiera servilement : la maison de la rue de Richelieu où logeait Molière était située « vis-à-vis la Fontaine, du côté qui donne sur le Jardin du Palais- Royal. »

« Proche l'Académie des peintres » et « vis-à-vis la Fontaine », telles sont les uniques indications qu'on ait possédées depuis 1673 jusqu'à nos jours. Le malheur est qu'on ne saurait les concilier.

L'Académie des peintres, établie dans le palais Brion, vers la partie inférieure de la rue Richelieu, occupait un emplacement que représente approximativement celui de la Comédie-Française.

Quant à la Fontaine, il s'agit, bien entendu, non pas de la Fontaine actuelle, appelée Fontaine-MoHere, inaugurée en 1844, mais de l'ancienne Fontaine-Richelieu, construite à l'angle, alors très prolongé et très aigu, que formait au xvii« siècle la rencontre de la rue Richelieu avec la rue Traversine (plus tard rue Traversière, puis rue Fontaine-Molière, aujourd'hui rue Molière).

I. Paris, chez Joly. Six volumes in-4'', avec les dessins de Boucher, Blondel et Oppenord, gravés par Cars et Joullain.

C'était une des quinze fontaines nouvelles ordonnées par l'arrêt du Conseil du 22 avril 1671 ^; je ne suis pas bien sûr qu'elle fût construite à la date où Molière mourut. Quoi qu'il en soit, la Fontaine-Richelieu dépassait de neuf mètres le débouché de la rue du Hasard, qu'elle séparait ainsi de la rue Richelieu, et elle s'avançait à mi-chemin de la rue Villedo. Or, de l'ancienne Fontaine-Richelieu jusqu'à l'Académie des peintres, on compte sur le terrain environ 182 mètres (96 toises), qui, d'après le morcellement moyen, ne représentent pas moins de quinze à seize maisons. Il fallait donc opter entre le voisinage de l'Académie des peintres et le voisinage de la Fontaine. Beffara, à qui ses recherches originales sur Molière avaient valu une autorité aussi décisive que méritée, se prononça pour la Fontaine, et son instinct de chercheur le dirigea du bon côté. Seulement, il prit trop à la lettre cette expression « devant la Fontaine », et il désigna la maison n° 34 (celle du passage Hulot), parce qu'elle était positivement située devant l'ancienne Fontaine (c'est-à-dire à neuf mètres en avant de la fontaine actuelle), sans contrôler cet à priori par aucune recherche sur la maison elle-même.

On n'en fit pas davantage pour accepter la désignation de Beffara, et voici ce qu'il en advint. (Ai-je besoin de déclarer que je rappelle ces précédents sans nulle intention de déprécier les travaux d'hommes érudits et laborieux qui ont tant fait pour la mémoire de MoHere ?

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