‹ La maison mortuaire de Moliere, d'apres des documents inédits; avec plans et dessinsChapitre 12 sur 56 · Bulletin des Lois, n° 140 di la VI II" série, n · texte numérisé non relu

Bulletin des Lois, n° 140 di la VI II" série, n

C'est à leur obligeance que je dois la bonne fortune d'avoir pu éclaircir un problème si intéressant pour la biographie de Molière. Ils m'ont ouvert leurs archives privées avec une courtoisie et une confiance dont je suis profondément touché, et dont je tiens à leur exprimer publiquement ma reconnaissance.

Peu s'en fallut que ces précieuses archives ne fussent anéanties en 1870, pendant le siège de Paris par les Prussiens. Elles étaient déposées dans la maison de Dugny, dont je parlais tout à l'heure. Dugn}^, le Bourget, Pont-Iblon, lieux funèbres auxquels se rattachent les noms de tant de braves qui versèrent leur sang généreux dans une défense stérile! Placé à la limite mobile où se heurtaient incessamment les avantpostes des défenseurs de Paris et ceux de l'armée allemande, Dugny fut tour à tour occupé et abandonné par les belligérants. Lorsque MM. de Palluel purent rentrer dans leur maison après l'armistice, ils reconnurent avec consternation que les archives n'étaient plus à leur place. Heureusement la perte ne fut pas aussi grande qu'on aurait pu le craindre. On retrouva les dossiers et les titres jetés pêle-mêle dans le jardin et dispersés au gré du vent.

Un petit nombre de pièces avait disparu, d'autres étaient tachées d'eau ou de boue, mais enfin les titres de propriété de la baronnie de Survilliers, du fief et de la baronnie de Palluel et de la maison Baudelet furent réunis sans trop de lacunes. A peine remarque-t-on quelques traces de mouillure sur l'acte de partage de la succession Baudelet, que je reproduis par extrait aux Pièces justificatives.

J'ai pu établir sans interruption la propriété de la maison Baudelet, depuis le temps où ce n'était qu'un morceau de terre dans les Petits-Champs de la Villel'Évêque, jusqu'à la présente année 1880. Quoique cette filiation ininterrompue ne laisse aucune place au doute, je ne crois pas inutile d'ajouter un complément, fut-il surabondant, à ma démonstration, en donnant un éclaircissement non moins décisif sur la maison n° 42, à laquelle je retire le bénéfice de l'hypothèse suggérée par M. Edouard Fournier.

Cette sorte de contre-épreuve ne m'a pas coûté beaucoup de peine. Mon ami M. Charles Nuitter, qui avait commencé des recherches sur les origines du n° 42, a bien voulu me communiquer ses notes et m'autoriser à les employer. Ce procédé confraternel n'étonnera pas ceux qui connaissent l'aimable et savant archiviste de l'Opéra.

On a vu plus haut qu'au Terrier de 1705, la maison située immédiatement après celle des Baudelet, en allant vers la rue Neuve-des-Petits-Champs, appartenait à un procureur nommé Genest. Ce Genest était le doyen des procureurs à la Cour des comptes; l'almanach royal de 17 14 libelle ainsi son adresse : « rue Richelieu, devant la rue Vildo. »

Les actes dont M. Charles Nuitter m'a communiqué

le sommaire remontent directement de nos jours jusqu'au procureur Genest.

La propriété actuelle du n^ 42 procède d'une vente faite devant M^ Preau, notaire, le 25 fructidor an IX (12 septembre 1801), parM. Pierre Dupratà M. Joseph Dufilho, pharmacien, d'une maison située alors rue de la Loin° 1258. En me reportant à l'acte original conservé dans l'étude de M^ Masson qui a bien voulu me le communiquer, j'y ai vu que la maison n°42 (ancien 1258) y est qualifiée d'indivise et décrite comme tenant d'un côté à l'hôtel de Chartres (c'est l'ancienne maison Baudelet, comme je l'expliquerai plus loin), de l'autre à l'acquéreur, c'est-à-dire à M. Dufilho lui-même, déjà propriétaire du n° 44, c'est-à-dire de l'autre moitié indivise, où était étabUe sa pharmacie. Les choses, à cet égard, n'ont pas changé. C'est toujours un pharmacien qui occupe le n° 44 et je me suis donné le plaisir de constater, au moyen des almanachs nationaux et du commerce, que, depuis M. Dufilho, c'est-à-dire depuis soixante-dix-neuf ans au moins, la boutique du n9 44 est restée consacrée à son utile destination.

Un autre Duprat, qui portait le nom de Dominique (peut-être est-ce le même que Pierre) avait acquis la même maison ou portion de maison de Michel Nepveu, architecte^ et de Marie-Geneviève Rousseau, sa femme, par acte passé devant M^ Laroche, le 4 août 1787 ^.

M. et M™^ Nepveu en étaient propriétaires en vertu de

1. Sans doute le père de M. Nepveu, qui fut l'architecte du roi Louis-Philippe et du palais de Versailles, et sur qui je connais de piquantes anecdotes racontées avec tout le sel possible par M. Alfred Arago, ancien directeur des Beaux-Arts.

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