Les comte et vicomte Le Veneur et la comtesse d'Anlezy
Jean-Rémy Henault, fermier général des cinq grosses fermes, orreffier du conseil et secrétaire du roi^ était un
1. Faisait partie des minutes de M° Masson, qui furent incendiées en 1871 (c'était alors l'étude de M° Prestat).
2, Jean Rémy Henault, sieur de Guines, conseiller secrétaire du roi le 21 juin 1698, démissionnaire le 29 août 1700. Histoire de la Grande Chancellerie, t. II.
homme fort lettré, qui passe pour avoir été, très jeune, le collaborateur de Subligny dans ses critiques contre Racine, et qui avait approché Molière ^ Il mourut le 4 septembre 1737, âgé de quatre vingt-dix ans, laissant pour héritiers son fils, le président Henault, et les enfants de sa fille Marie-Françoise comtesse de Jonzac, prédécédée. Ce fut évidemment par un arrangement de famille, dont les clauses nous sont inconnues, les titres en ayant péri, que la maison de la rue Richelieu fat attribuée tout entière à l'une des petites filles de Jean- Rémy Henault, par son contrat de mariage, le 13 juillet 1738, avec son cousin le marquis d'Aubeterre.
Les Henault avaient probablement acheté la maison de la rue Richelieu comme placement^; mais ils ne l'habitèrent pas. M. Henault le père demeurait rue du Bouloir, que nous écrivons aujourd'hui Bouloi comme on l'a toujours prononcé. Quant à l'aimable président, il promena successivement sa muse et son cuisinier de la place Louis-le-Grand, à peine bâtie, au petit hôtel Mazarin rue Neuve-des-Petiis-Champs, et, de là, à l'ancien hètel d'Armenonville, rue Saint-Honoré en face des Jacobins, qu'il acheta le 25 juillet 1741 par-devant
1. La Folle Querelle , critique d'Andromaque , fut jouée au Palais-Royal, par la troupe de Molière, le 25 mai 1668, Le président Henault raconte dans ses Mémoires (Paris, 1855) que son père prêta à Molière la robe de chambre et le bonnet de nuit du conseiller d'État Foucault, son parent, pour représenter le Malade imaginaire. L'inventaire après la mort de Molière décrit cependant une petite robe de chambre et un bonnet de popeline qui semblent appartenir à Argan. La robe et le bonnet du conseiller Foucault n'auraient donc servi qu'une fois.
2. On a vu ci-dessus, page 17, que le président Henault possédait, de l'autre côté de la rue, une autre maison aujourd'hui confondue dans les constructions du n° 47.
Michelin, notaire, où il mourut le 24 novembre 1770, et qui devint après lui l'hôtel de Jon2ac^
L'acte de vente par les d'Aubeterre à M. et M'^^Nepveu, du 19 mai 1773, décrit ainsi la maison : « Deux « boutiques par le bas, salles et cabinets derrière, quatre c< étages de chambres et de greniers au-dessus, auxquels « on communique par deux escaliers différents. » Je copie l'établissement de propriété :
« .... Auquel feu seigneur Henault père ladite maice son appartenoit comme l'ayant acquise sous le nom « dudit seigneur président Henault, son fils, deM^ Geor- « ges Genêt, procureur en la Chambre des comptes, par (c contract passé devant ledit Dutartre et son confrère, « le 7 avril 1712, insinué le 2 may suivant, et ensaisiné ft le 30 du même mois, lequel sieur président Henault « en a passé déclaration au profit du seigneur son père ce par acte passé devant ledit Dutartre et son confrère « le même jour 7 avril 17 12, dont le brevet original est « annexé à la minute de l'inventaire après le décès dudit « seigneur Henault père par M*^ Bapteste, qui en a la « minutte, au commencement du dix-neuf (il faut lire ce le dix) décembre mil sept cent trente-sept ^. »
1. Ainsi enregistré par Watin (1788) : « N° 453. Hôtel de « Jonzac, occupé ci-devant par M. le pr. Henault, oncle mater- « nel de M. Desparbès de Lussan d'Aubeterre, comte de Jonzac. » L'hôtel de Jonzac, qui existait encore en 1830, portait les n°' 329 et 331 sur la rue Saint- Honoré, devant la rue du Marché. Cette vaste propriété, qui s'étendait jusqu'à la rue de Rivoli (voir le plan de Vasserot et Bellanger), fut traversée de part en part par la rue du Vingt-neuf Juillet. Le percement emporta la portion numérotée 339; le surplus, représentant l'ancien n° 331, porte aujourd'hui le n° 215.
2. Les minutes de Bapteste (1717-1744) appartiennent à l'étude de M* Emile Delapalme.
Voici ce que contient le brevet du 7 avril 17 12, annexé à l'inventaire du 10 décembre 1737 :
« Vente par M^ Georges Genêt, procureur en la Cham- « bre des comptes, tant en son nom que comme tuteur
« de autorisé à l'effet de ladite vente par autre acte
« de parents et amis desdits mineurs, homologué par « sentence dudit Chastelet du 24 (il faut lire 4) février « dernier.... deux maisons ou corps de logis attenans « Tun l'autre ^ . »
J'ai trouvé l'original de la sentence du Châtelet du 4 février 1712 aux Archives nationales (Y. 4222). Elle porte autorisation au procureur Georges Genest de vendre la maison de la rue RicheUeu, dans l'intérêt des mineurs dont il est le tuteur, « moyennant 50,000 livres « payables, sçavoir 14,000 livres lors de la passation « dudit contrat... et le surplus en argent, avec interests, « après le décret volontaire que l'acquéreur fera faire « sur luy desdites maisons; que ledict sieur Genest « père reçoive ledit surplus pour l'employer, sçavoir « jusqu'à deue concurrence au paiement des créanciers « desdicts sieurs et demoiselle Genest, tant privilégiés « sur ladicte maison qu'à tous autres hypothécaires... »
Le contexte des actes qui précédent explique clairement la division en deux maisons portant deux numéros distincts de l'ancienne propriété Genest. Elle se composa, dés l'origine, de deux corps de logis s 'entretenant, desservis par deux escaliers distincts. Tant qu'elle resta dans les mêmes mains, elle ne compta que pour une seule et même propriété, comme l'attestent V État et partition de 1684 et le Terrier royal de 1705.