I. Minutes de M* Emile Delapalme
Elle ne se divisa qu'après la vente par la famille d'Esparbès à M. etM'"^ Neveux
Les détails dans lesquels je viens d'entrer achèvent de démontrer qu'il n'y a pas de confusion possible entre la maison double, n°s 42 et 44, qui est venue du procureur Genest, et la maison n» 40, ancienne propriété Baudelet, où mourut Molière.
VU
Un fait vraiment curieux et qui n'aura pas échappé à l'attention du lecteur, c'est que la maison n° 40 n'a été vendue qu'une seule fois depuis son origine.
Les Baudelet, qui la construisirent en 1658, ne s'en défirent qu'en 1765, l'ayant gardée cent sept ans, et depuis 1765, c'est-à-dire depuis cent quinze ans, elle est conservée par hérédité dans la descendance de M. et M"^e Le Roy. On ne touve guère dans Paris d'autres exemples d'une possession aussi stable^.
1. Dans un relevé puisé, je ne sais d'ailleurs à quelle source, par M. Lefeuve, on attribue à M. et M"" Neveu, sous la date de 1784, trois maisons contiguës, qui ne pourraient être que les n°' 42, 44 et 46 d'aujourd'hui [Anciennes maisons de Paris, t. V.). Ce relevé n'est pas, d'ailleurs, exempt d'erreurs.
2. On me cite cependant le comte de Lescalopier, ancien conservateur de l'Arsenal, qui, au moment de sa mort, vers 1860, possédait encore l'hôtel bâti par son aïeul, le président de Lescalopier, à la place Royale. (Note de M. Cousin, bibliothécaire de la Ville de Paris.)
Que reste-t-il de la maison construite par René Baudelet? Rien que le terrain et les anciens vestiges.
Rappelons les états des lieux fournis par les baux de 1672, 1673, 1679, et par l'acte de partage de 1704 :
Au moins cinq caves dans le sous -sol, soutenu, du côté du jardin, par le mur de clôture du Palais- Royal ;
Au rez-de-chaussée, une salle, une cuisine, une écurie, une remise de carrosses ; cour, puits et cabinet d'aisances;
Un entresol;
Trois étages surmontés d'un grand grenier;
Chaque étage se composant de cinq pièces à balcons regardant, les unes la rue Richelieu, les autres le jardin du Palais-Royal.
La maison fermait par une porte cochére sur la rue Richelieu, et ne comportait pas de boutiques au temps de Molière. C'était une maison habitée bourgeoisement, ou plutôt un hôtel.
L'un des actes précités (bail du 21 mai 1679) renferme'la désignation suivante : « cinq chambres en entresol, dont trois sur la rue et deux sur l'aile. »
Ces renseignements, si précieux qu'on les trouve, sont assez incomplets. On parle d'une aile du côté du jardin; n'y en avait-il qu'une seule, et, en ce cas, faut -il la chercher à droite ou à gauche, du côté sud, c'est-à-dire joignant le n° 38, ou du côté nord, joignant le n° 42 ? Nulle indication sur les communications intérieures et extérieures.
Ces différentes lacunes se trouvent en partie comblées par la sentence de licitation du 19 juillet 1766, qui manque aux archives de MM. Cretté de Palluel,
mais dont j'ai retrouvé l'original aux Archives K Je publie aux Pièces justificatives ce document capital, qui nous donne enfin un état de lieux complet de la maison Baudelet, telle que Molière l'avait habitée, sauf quelques légers changements dans la destination des pièces du rez-de-chaussée, déjà modifiée par le bail consenti à M. de la Marck en 1673.
J'analyse ici, en les classant méthodiquement, les renseignements épars dans la sentence du Châtelet, et je les accompagne de plans linéaires, que j'ai tracés à l'échelle d'environ 4 millimètres par mètre.
La maison tient de droite à M. de Ravanne (n° 38 d'aujourd'hui), de gauche à M. d'Aubeterre (n^^ 42 et 44, en ce temps-là d'un seul tenant); par derrière au jardin du Palais-Royal, par devant à la rue Richelieu.
Il y a des caves, distribuées en plusieurs berceaux, sous toute l'étendue de la construction.
La maison consiste en un corps de logis double en profondeur sur la rue Richelieu, avec deux ailes en retour du côté du jardin du Palais-Royal; elle est élevée d'un rez-de-chaussée, d'un entresol, de trois étages carrés avec grenier au-dessus, sous un comble à la française, couvert de tuiles, avec chenaux et godets de plomb sur la rue, et égoûts sur la cour dont partie en chenaux de plomb.
l.Rei-de-chaussée. — Une cour ayant vue sur le jardin du Palais-Royal, fermée par un mur à hauteur d'appui, comprise entre les deux ailes.
Au rez-de-chaussée de l'aile droite est un passage qui communique au jardin du Palais-Royal, dans lequel