CAVES
sous le vestibule.
Escalier.
Puits. (
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No 57.
Rue Montpensier.
Cette espèce de sous-sol est, comme on le voit, divisé en cinq pièces correspondant aux cinq chambres de la
façade supérieure. La première à gauche, mitoyenne avec Tancienne maison des frères Marsy, est le passage par où Molière descendait au Jardin du Palais-Royal; elle sert aujourd'hui de magasin à un tapissier, qui dispose également de la pièce suivante, ouvrant sur le trottoir de la rue Montpensier par une porte à deux vantaux. La troisième pièce, fermée par une grille de fer, constitue le passage actuel ; en y entrant par la rue Montpensier, on y trouve à droite une pompe alimentée par le puits, et au fond la porte de l'escalier de cave qui ramène au vestibule de la maison du côté de la rue Richelieu. La quatrième et la cinquième pièce sont occupées par un marchand de vins.
Le puits que l'architecte de Baudelet et des frères Marsy avait fait foncer en 1658 pour l'usage de la parcelle déterre achetée en commun parles acquéreurs de la compagnie Flacourt, voilà donc tout ce qui reste de la maison où mourut Molière. Encore ne le voit-on plus, ce bon vieux puits, dont l'orifice était sans doute dégagé par une arcade à jour, pratiquée dans le mur sans épaisseur qui séparait à peine les deux maisons.
D'après les indications qui m'ont été fournies sur le lieu même, tant par le concierge de M. de Palluel que par les employés, des Glacières de Paris, dont le dépôt est adossé à l'ancien passage, le puits se trouve au-dessous du sol, à environ deux mètres en dedans des deux maisons, à partir du trottoir de la rue Beaujolais.
A moins d'une restitution pieuse, que je rêve sans oser la suggérer, la lumière du jour parisien n'éclairera plus jamais le puits obscur et enseveli devant lequel Molière a passé chaque jour pendant les cinq derniers mois de sa vie, soit qu'il descendît sous les ombrages
pour respirer Tair matinal, soit qu'il" se rendît à son théâtre pour préparer ce funeste Malade imaginaire, dont les répétitions, mêlées de musique et de danse, durèrent prés de trois mois, et dont la quatrième représentation le tua.
C'est par là qu'il sortait, vêtu communément de drap noir, sur lequel tranchait la blancheur des dentelles, marchant grave, noble et pensif, vers ce tréteau glorieux auquel il avait depuis trente ans dévoué sa vie, et qui la lui prit dans la soirée du 17 février 1673.
Vaines évocations ! Décevantes recherches du passé ! La maison natale de MoHere fut détruite au commencement de ce siècle; l'emplacement de celles qu'il habita aux PiUers des Halles, au quai de l'École et rue Saint-Thomas du Louvre, se confond aujourd'hui dans le sol de nos places publiques ou bien se trouve inclus dans les vastes maisons du Paris nouveau, et nous en sommes réduits à deviner les lignes de sa maison mortuaire sous les pierres entassées par Perrard de Montreuil.
Et cependant je ressens comme une joie mélancolique en fixant mes yeux avec certitude sur la place à jamais vénérable où expira celui que Boileau désignait à Louis XIV étonné comme « le plus grand écrivain » de son règne. C'est là que
Plaute et Térence et Molière sont morts.
C'est là que l'auteur de l'Ecole des femmes, de Tartufe et du Misantrope rendit son âme avec des flots de sang.
purpuream vomens animant, a dit Virgile. Et c'était bien la pourpre du génie français qui coula dans la soirée du 17 février 1673 avec le sang et la vie de Molière. Nous n'en pouvons rien ressaisir; mais, enfin, dissiper le doute qui déconcertait les admirations ferventes et leur dire : « Arrêtez-vous, c'est là ! » n'est-ce pas avoir recouvré quelque chose de lui ?
LA RUE RICHELIEU