‹ La maison mortuaire de Moliere, d'apres des documents inédits; avec plans et dessinsChapitre 27 sur 56 · IV. Passage Beaujolais, au no · texte numérisé non relu

IV. Passage Beaujolais, au no

Ces quatre passages sont modernes, et se sont ouverts successivement dans l'espace du dernier demi-siècle écoulé. En compensation, il en existait d'autres, qui se sont fermés à mesure qu'on en a créé de nouveaux. Voici l'histoire asse;^ précise de ces variations.

En 18 12, La Tynna enregistre les quatre passages suivants :

L De la Comédie, au no 6; il aboutissait en équerre au n* 216 de la rue Saint-Honoré; il a disparu en 1863 dans la formation de la place du Théâtre-Français et la reconstruction de la Comédie ;

IL Passage du Prix-fixe, au no 10; il tenait sa désignalion d'un magasin à prix fixe qu'il traversait, et d'un autre auquel il aboutissait sous les galeries de pierre. Il n'a disparu qu'assez récemment, lorsqu'on a reconstruit la maison qui porte le no 10, et traversait de part en part la boutique du hquoriste qui se trouve au no 7 de la rue Montpensier.

III. Passage BeauviUiers, au no 26; c'est laque le célèbre restaurateur de ce nom avait établi ses fourneaux. C'est aujourd'hui le passage Potier.

IV. Passage du café de Foix, au n» 46 . La communication avec la rue de Montpensier a été fermée au public après 1850.

Les Guides et Almanachs de 1817 font connaître l'ouverture d'un nouveau passage^ nommé par abréviation le passage Breton, pour le passage de l'hôtel Breton ; cet hôtel occupa, depuis l'année 1803 jusqu'à l'année 1806, le no 38, c'est-à-dire l'ancienne maison des frères Marsy; il n'y reste plus aucune trace d'escalier, mais on pourrait croire que le passage, dit de l'hôtel Breton, traversait la maison voisine, c'est-à-dire le n» 36, où un escalier de treize marches, d'apparence ancienne, met en communication la brasserie Mûller avec le sol de la rue Montpensier. Le passage Breton semble avoir disparu à peu près à l'époque où le passage Hulot est nommé par les Indicateurs parisiens, c'est-à-dire vers 1829; peut-être est-ce le même.

De la même époque, date l'ouverture du passage Beaujolais, indiqué sur le plan de Bellanger et Vasserot comme « passage sans nom », et dont l'existence est signalée pour la première fois sous son appellation actuelle dans un ouvrage daté de 1825, avec cette remarque : «ouvert depuis trois ans ^ . »

De ces variations successives dans les passages qui s'ouvrent de la rue Richelieu à la rue Montpensier, je ne retiens que ce fait : c'est que, depuis la fin du siècle dernier jusqu'aux premières années du règne de Louis-Philippe, la maison qui porte le no 46 fut traversée par un passage qu'on appelait le Passage du Café Foy. Les guides et les ouvrages spéciaux prétendent qu'il portait ce nom parce qu'il conduisait au café Foy, situé sous les arcades de la galerie Montpensier. L'expHcation me paraît médiocre. Le café Foy a occupé plus ou moins d'arcades, suivant les convenances de ses propriétaires ou les fluctuations de sa prospérité ; mais dans sa plus grande extension, il n'a jamais dépassé l'emplacement circonscrit par les arcades 55 à 60^, lesquelles

1. Dkl. hist. de Paris, par AiUony Bcraud et P. Diifey. 2 vol iii-8° ; 1825.

2. Gireault de Saiut-Fargeau. M. Lefcuve parle cependant de sept arcades. La fameuse hirondelle de Carie Vernet orne encore le plafond de l'arcade 57, occupée par un bijoutier.

correspondent aux maisons numérotées 38 et 40 sur la rue Richelieu. Le passage ouvert au n« 46, et au bas duquel on rencontre le Théâtre du Palais-Royal et ses dépendances, ne conduit pas directement au café Foy ; le passage Hulot serait une traverse beaucoup plus directe et plus courte.

Mais si nous admettons, l'adresse du procureur Genest et du peintre Tournières étant donnée en termes identiques par l'Almanach royal « en face la rue Viledot », que Tournières ait habité la maison Genest et Henault, qui se numérote aujourd'hui 42 et 44, il se serait trouvé, comme dit l'Almanach, « joignant » le café Foix, qui aurait occupé le 46 actuel. Par conséquent l'ancien Passage du café Foix aurait tiré son nom du café Foy lui-même, ce qui paraît très naturel, et ce qui est, en effet, la vérité.

On trouvera aux notes détaillées qui terminent ce travail, l'extrait des actes authentiques qui prouvent que le café Foix a occupé, depuis sa fondation sous Louis XIV, l'une des boutiques du no 46, et qu'il y est lesté jusqu'à sa translation aux galeries de pierre.

Il n'était certainement pas indispensable de retrouver l'emplacement du café Foix sur la rue Richelieu , mais, lorsque l'on se sent aux prises avec de pareilles incertitudes pour déterminer des vétilles, on arrive à mesurer, avec un peu d'effroi philosophique, l'énorme labeur que suppose l'éclaircissement des grands faits de l'histoire.

Les d Kuments se référant aux quatre-vingts années qui suivirent la confection du Terrier royal ne sont pas très abondants. J'y ai suppléé par une recherche fort laborieuse dans les dépôts privés. Je dois consigner ici l'expression de ma reconnaissance pour les messieurs les notaires de Paris, qui, à l'exemple de leur vénérable doyen M. Thomas, qui

achève heureusement sa cinquante-unième année de notariat, ont bien voulu favoriser, avec une intelligence toute littéraire, un travail dont ils apprécient hautement l'intérêt et l'utilité. J'ai rencontré également le concours le plus obligeant chez le conservateur des hypothèques, M. Laurans, et chez ses employés de tous grades. Le nom de Molière me servait d'introducteur et de garant.

En dehors de ces investigations toutes personnelles, j'avais primitivement à ma disposition :

1° La Table de la censive de l'archevêché (Arch. nat. S. 1293), qui m'a fait connaître qu'en 1748 les trois premières maisons joignant le Palais -Royal appartenaient, la première à M. Bergeret, fermier général; la seconde, aux héritiers Gagnât ; la troisième, à la présidente d'Hariagues ;

20 Une copie du plan du fief Popin de 1683, conservée au Cabinet des estampes, et sur laquelle on a reporté les noms des propriétaires à une époque qui me paraît très voisine de 1780. Ce dénombrement n'y commence naturellement qu'avec le fief Popin, c'est-à-dire au n» 14 actuel; mais d'autres sources indiquent que les deux premières maisons joignant le Palais-Royal (nos 10 et 12 actuels) appartenaient alors, la première à M. de Maussion, la seconde à la baronne de Nieuwerkerque, demeurant au Louvre et aux Tuileries.

Voici maintenant le recensement fourni par le plan du Cabinet des Estampes, éclairci par quelques désignations puisées ailleurs :

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