No 56.) N (Encoignure de la rue Neuve-des
Petits-Champs.)
Au point de vufe féodal, la rue Richelieu relevait, avant 1789, des fiefs suivants :
10 Du côté gauche, depuis la rue Saint-Honoré jusqu'au no 19 actuel inclus moins 6 pieds 12 1/2 pouces; et du côté droit, depuis la rue Saint-Honoré jusqu'à peu près la moitié du no 14 actuel, de la censive de l'archevêché de Paris;
20 Du côté gauche, depuis le no 21 actuel, plus 6 pieds 12 1/2 pouces sur le no 19, jusqu'au mur mitoyen des nos 65 et 65 actuels, et du côté droit, depuis la moitié septentrionale du n" 14 jusqu'à la rue Neuve-des-Petits-Champs,
en touchant l'angle sud-ouest de la Bibliothèque nationale, de la censive du fief Popin ;
30 Du côté gauche, depuis la maison no 6$ jusqu'à la rue Neuve-Saint-Augustin, de la censive de l'abbaye de Saint- Victor ;
40 Du côté droit, à partir du coin nord-ouest de la rue Neuve-des-Petits-Champs jusque et y compris l'arcade Colbert, de la censive royale, depuis que Jean Law, acquéreur de l'ancien hôtel de Nevers, avait acheté en même temps cette partie de la seigneurie directe du fief de la Grange-Batelière;
50 Du côté gauche, depuis le coin nord-est de la rue Neuve-Saint-Augustin jusqu'au débouché sur le boulevard actuel des Italiens, et, du côté droit, depuis le no 60 actuel, attenant à l'ancien hôtel de Nevers, jusqu'au débouché sur le boulevard Montmartre, du fief de la Grange-Batelière.
J'ai dit, dans la première partie de cet ouvrage, ce que je sais des seigneurs du fief Popin ^ Ceux de la Grange-Batelière furent, dans les temps les plus anciens, le chapitre de Sainte- Opportune, Guy de Laval au xiv« siècle, Jean de Malestroit, évêque de Nantes , chancelier de Bretagne , et Robert de Bailleul, curé d'Heudicourt, grand chantre de Saint- Méry (1473); puis Jean de Bourbon, comte de Vendôme, trisaïeul d'Henri IV.
Au milieu du xvie siècle, le fief de la Grange-Batelière devint la propriété de René Vivien , notaire et secrétaire du roi, mort avant 1573 ; et, après lui, de ses nombreux enfants, parmi lesquels Marie Vivien, qui épousa en premières noces Daniel Bourgoin, receveur des tailles à Lizieux; d'où plusieurs enfants, parmi lesquels Henriette qui épousa Louis Pinon de Quincy, conseiller au Parlement de Paris, et Geneviève qui épousa André-François-Paul Lefebvre d'Ormesson.
Une des petites-filles de René Vivien, nommée Louise, épousa Claude Feydeau, seigneur d'Erouville, correcteur des comptes; sa sœur Catherine fut mariée, par contrat du
I. Le dernier seigneur du fief Popin fut M. Velut de la Crosnière Je Popin (v. ci-dessus, p. 28}, qui était en 1790 conseiller honoraire à la Cour des Aides, et qui avait formé dans son hôtel, rue Porte-Foin, une collection d'histoire naturelle et de pièces de mécanique que les Guides de ce temps là sgnalent aux curieux.
29 avril 1625, à Pierre Feydeau, chevalier, seigneur de Vaugien, Malmouze, etc. Le père de Mmes Feydeau était Louis Vivien, seigneur de Saint-Marc, qui a laissé ses noms à la rue Saint-Marc et à la rue Vivienne. Le fils de Pierre Feydeau et de Catherine Vivien , qui fut Denis Feydeau , correcteur des comptes, épousa Catherine Forest, qui se remaria en secondes noces à Bruno Riquetty, seigneur de Mirabeau, capitaine aux gardes. Denis Feydeau eut une fille, Louise- Madeleine, mariée en octobre 1683 à Nicolas Bertin, maître des requêtes, seigneur de Vaugien par sa femme \
Il résulta de ces diverses alliances que le fief de la Grange- Batelière appartenait, en 1737, aux familles Pinon, Lefebvre d'Ormesson, Bertin, etc.
Le président Pinon, président à la grand Chambre du Parlement avant 1789, fut le dernier seigneur, mais non le dernier propriétaire de son nom de la Grange-Batelière. C'est en 1850 seulement que la rue Pinon, qui passait devant le manoir de la Grange-Batelière , devenu la mairie du IJe arrondissement et démoli pour le prolongement de la rue Drouot, a reçu le nom de rue Rossini^
Au point de vue municipal, la rue Richelieu a subi divers classements.
En 1684, alors que Paris se divisait en seize quartiers, la rue Richelieu relevait du quartier du Palais-Royal des deux côtés, depuis la rue Saint-Honoré jusqu'à la rue des Petits - Champs, et du quartier Saint-Eustache, également des deux côtés, depuis la rue Neuve-des-Petits-Champs jusqu'à la porte Richelieu, attenante aux nos 79-81 et 76-78 d'aujourd'hui; au delà de la porte Richelieu commençait le faubourg , que VÉtat et Partition relève à titre de dépendance du quartier Saint-Eustache.
Dans la seconde moitié du xviie siècle, la portion suburbaine de la rue Richelieu consistait en une ruelle à peine tracée à travers les marais ; on l'appelait alors le chemin de
1. Sauf certains droits de fief adjugés au sieur de l'Espiue, moyennant 2,420 livres, le 23 janvier 1676 (Arch. nat., Q.', 1158-9).
2. Voir mon Étude sur la Grange-Batelière publiée en 185 1 dans le journal la Pairie et réimprimée dans Ombres et vieux murs ; Paris, Charpentier, 1876.
la Grange-Batelière. Lorsque les terrains se lotirent et se bâtirent, on agrandit la ruelle et on la pava. Elle porta successivement les noms de grande rue de la Grange-Batelière, de faubourg Richelieu, de rue du Faubourg -Richelieu, de grande rue du Faubourg-Richelieu. Après la démolition de la porte, ce fut la rue Neuve-Richelieu, puis la rue Richelieu tout court. Notons encore que, lorsque le prolongement de la rue RicheHeu au delà du cours ou boulevard jusqu'à la rencontre du mur de clôture de l'hôtel de la Grange-Batelière eut été ordonné et exécuté, ce prolongement prit pendant quelque temps, jusqu'à la rue des Marais, aujourd'hui rue Rossini, le nom de faubourg RicheHeu. Cette portion de rue devint ensuite le terminus de la rue de la Grange- Batelière, qui commençait alors au faubourg Montmartre. Elle forme aujourd'hui la première section de la rue Drouot.
L'extension de la rue Richelieu jusqu'au Cours, en même temps que le développement du quartier Gaillon, amena, en 1702, la division de la ville en vingt quartiers ^
Le quartier Saint-Eustache , qui s'étendait depuis la rue de la Tonnellerie jusqu'à la porte Gaillon, fut morcelé ; sa partie occidentale et septentrionale, comprise, depuis l'extrémité des faubourgs, entre la rue et le faubourg Poissonnière, la rue Neuve- des-Petits-Champs au sud et le marais des Porcherons à l'ouest, devint un nouveau quartier, appelé le quartier Montmartre, dans lequel la partie nord de la rue Richelieu fut inscrite, depuis la rue Neuve-des-Petits- Champs jusqu'au Cours.
A la Révolution, les anciens quartiers furent remplacés par des sections autonomes, qui découpèrent Paris en quarante-
I. Un arrêt du Conseil du 4 décembre 1720, qui ordonnait la création d'un vingt et unième quartier sous le nom de quartier Gaillon, ne paraît pas avoir été exécuté. Un fait singulier, qui n'a été remarqué ni expliqué par aucun historien de Paris, c'est que, malgré l'augmentation du nombre des quartiers, le nombre des quartiniers resta, jusqu'à 1789, fixé à seize, soit un par quartier; le nombre des cinquanteniers à soixante-quatre, soit quatre par quartier, et celui des dizeniers à deux cent cinquante-six, soit seize par quartier, et tous ces nombres prouvent qu'on ne raisonnait pour la nomination de ces officiers que sur l'ancienne division par seize quartiers.
huit municipalités à peu près indépendantes. La partie de la rue Richelieu située entre les rues Saint-Honoré et la rue Neuve-des-Petits-Champs , fut attribuée à la section du Palais-Royal, dont les assemblées avaient lieu dans l'église Saint-Roch, tandis que la partie septentrionale, comprise entre la rue des Petits-Champs et le boulevard, fit partie de la section de la Bibliothèque qui s'assemblait dans l'église des Filles-Saint-Thomas.
En 1793 et 1794, la section du Palais-Royal devint la section de la Butte-des-Moulins , puis de la Montagne, tandis que la section de la BibHothèque se décorait des titres non moins significatifs de section de 1792 et de section Le Pelletier.
Je n'ai pas à m'occuper ici du rôle politique des sections révolutionnaires, rôle très mobile d'ailleurs, puisque quelques-unes d'entre elles finirent par se faire mitrailler pour la cause de la monarchie sur les marches de l'égHse Saint- Roch. Mais il entre dans mon sujet de rappeler qu'elles se sont marqué une place à part dans notre histoire municipale par une des inventions les plus singulières qu'on pût trouver pour faire sentir au peuple parisien la saveur de l'anarchie en l'introduisant jusque dans les menus détails de la vie quotidienne.
Avant 1789, il n'existait, à cela près de quelques tentatives locales et sans suite, aucun numérotage pour les maisons, exc-epté dans les faubourgs bâtis en dehors des anciennes limites et successivement annexés.
Un Almanach de Farts, publié dans les premières années du règne de Louis XVI (Quillau, imprimeur-libraire, etVe Mangot, à l'hôtel de Toulouse), accolle un numéro très trompeur aux maisons des principales rues. Voici l'expUcaiion qu'il en donne : « Les chiffres qui suivent certaines adresses œ sont, ou celui des lanternes les plus proches de la personne a dénommée, ou celui de l'hôtel qu'elle habite, lorsque ces « demeures se trouvent dans un des faubourgs où les maï- « sons sont numérotées. Il seroit à souhaiter qu'elles le fussent V toutes, ainsi que les hôtels, à l'instar de la nouvelle halle. » Le numérotage par lanterne pouvait aider à trouver les maisons, mais il offre bien peu de ressource à l'archéologue, au-
jourd'hui que les lanternes sont détruites. VAlmanach de Paris n'attribue, par exemple, à la rue Richelieu que dixhuit lanternes, portant les nos 579 à 584 et 728 à 739; et chacun de ces numéros de lanterne est commun à une douzaine ou à une quinzaine de maisons, c'est-à-dire à six ou sept maisons de chaque côté de la rue.
Cependant, dès 1774, le sieur Lesclapart, éditeur d'un autre Almanach de Paris, avait inventé un système beaucoup plus logique : il donnait les adresses des particuliers notables et des commerçants, en attribuant un numéro aux maisons pour un certain nombre de rues, parmi lesquelles se trouve comprise la rue Richelieu. Ce numérotage est établi par portes; il commence au bas et à droite de la rue Richelieu par le no i, correspondant à l'encoignure de la rue Saint-Honoré, continue jusqu'au boulevard Montmartre dont l'encoignure porte le n» 87, traverse la rue Richelieu en inscrivant à l'encoignure du boulevard des Italiens le no 88, et redescend jusqu'à la rue Saint-Honoré où il s'arrête avec le no 183. Ce système fut repris et généralisé par quelques faiseurs d'almanachs, dont le plus connu est le libraire Watin, peintre, doreur, vernisseur, commissionnaire en tous genres et annoncier, qui publia en 1788, sous le titre d'Élat actuel de Paris, un guide curieux, rédigé par l'ingénieur-géographe Moithey'-
Le numérotage par portes , qui reposait sur une base évidemment trop variable, n'en fut pas moins accepté par le public parce qu'il répondait à un besoin réel ; il entra rapidement dans les habitudes, et le ci-devant Almanach royal, devenu national, ne dédaigna pas de s'en servir. Il aurait suffi de corriger "le système de Lesclapart , de Watin et de Moithey pour arriver à un résultat excellent.
Malheureusement, en 1792, les sections s'en mêlèrent, et, abandonnant l'idée apparemment trop simple du numérotage par rue, elles entreprirent le numérotage de la ville, les unes par îlot, les autres par séries tournantes , dont le point de départ est aussi difficile à déterminer que le point d'arrivée.
t. Quatre vol. in-32, ^ec cinq cartes très précieuses.
gô APPENDICE.
Si l'on veut se faire une idée de l'indescriptible confusion où tombèrent les adresses de la ville de Paris, il faut lire la très vive et très spirituelle critique qu'en fit un écrivain humoriste, Joseph Lavallée', qui ne méritait pas l'oubli dans lequel il est tombé.
La Société de l'Histoire de Paris exprimait , dans l'un de ses derniers bulletins (juin 1880), le souhait que l'on pût rétablir la concordance entre le numérotage sectionnaire et le numérotage actuel, afin de dissiper l'obscurité fâcheuse où le premier de ces systèmes a plongé l'archéologie parisienne. Cost précisément ce que je me suis efforcé de réaliser pour la rue Richelieu. J'ai rétabli le numéro sectionnaire d'un assez grand nombre de maisons.
Quant au système, j'en vais donner une idée sommaire.
Je prends le côté droit de la rue Richeheu et je constate qu'il commençait par les nos c)88 à 994 , entre la rue Saint- Honoré et la rue Montpensier. Au delà de la rue Montpensier, nous trouvons une seconde série dont le premier terme est le no 1223, et qui se continue régulièrement, sauf quelques soubresauts, jusqu'au no 1270, au coin sud de la rue Neuve-des-Petits-Champs. Au delà de celle-ci, le numérotage reprend par une apparence de série rétrograde, du no 280 au no 276, de la rue Neuve-des-Petits-Champs à la rue des Filles-Saint-Thomas. Vaste lacune jusqu'à la rue Feydeau; où nous retrouvons, se touchant presque, les nos 297, 323, 203 et 151, sur lequel la rue finit à la rencontre du boulevard Montmartre.
Si l'on cherche l'explication^, on peut essayer sinon de démêler complètement l'écheveau, du moins d'y saisir quelques bouts de fil conducteur. On aperçoit, par exemple, ou
1. Semaines critiques ou Gestes de l'an V, 3 vol. in-8«, xvie semaine. Voir sur Joseph Lavallée, une intéressante notice dans la Biographie Michaud (2cédit.).
2. On croit, dans les bureaux de la Ville de Paris, que le numérotage sectionnaire attribuait aux maisons autant de numéros qu'elles avaient de co-propriêtaires; j'ignore sur quels faits s'appuie cette hypothèse, que je m'abstiens également de contredire et d'accepter.
l'on croit apercevoir que le numérotage initial, nos ^88 à 994, venait de la rue Saint-Honoré, longeait le Théâtre-Français, et se dérobait ensuite en suivant les murs du Palais-Royal sur le côté droit de la rue Montpensier, alors rue de Quiberon; tandis que la seconde série, nos 1223 à 1270, arrivait par le côté gauche de cette même rue, et suivait le côté droit de la rue Richelieu pour s'enfuir à droite dans la rue Neuvedes-Petits-Champs.
Quant à la dernière série, dont l'incohérence touche au délire, je crois en avoir saisi la marche serpentine. Elle provenait sans doute du côté gauche de la rue Montmartre, s'avançait jusqu'au boulevard, tournait, toujours à gauche jusqu'à la rencontre de la rue Richelieu, déposait sur la première maison de cette rue, la maison qui devint Frascati, le no 151, continuait jusqu'au coin nord de la rue Saint-Marc, y pénétrait par le côté gauche sur le no 160 ou approchant, se repliait sur elle-même par le côté droit de la même rue, rentrait dans la rue Richelieu avec un numéro supérieur à 193, faisait ensuite le tour de la rue Feydeau avec des numéros compris entre 223 et 247 ou au delà, et revenait à la rue Richelieu en imposant le no 276 à la maison de l'angle sud de la rue des Filles-Saint-Thomas, pour mourir, avec le no 280, sur la Bibliothèque nationale, au coin nord de la rue Neuve-des-Petits-Champs .
Je crois superflu de répéter ce genre de démonstration sur le côté gauche de la rue ; il présente, d'ailleurs, moins de difficultés, car du coin nord de la rue Neuve-des-Petits- Champs (no 55 actuel) jusqu'à la rencontre du boulevard des Italiens (no 103 actuel), le numérotage sectionnaire se suivait d'une seule venue, à partir du no 291 jusqu'au
On pourrait, si l'on y tenait, compléter ces données rudimentaires ; c'est une vérification à faire qui n'exigerait que du temps et de la patience, mais, en ce moment, elle m'aurait entraîné trop loin.
N'insistons pas: Joseph Lavallée déclarait, en l'an v, qu'on ne pouvait pas s'y reconnaître; il faut bien avouer qu'il exagérait de peu.
Le décret du 7 février 180$ mit fin à cette scandaleuse
inintelligibilité des adresses parisiennes, en établissant le numérotage actuel par rue et par séries paires et impaires, partant du cours de la Seine ou le suivant'. Les almanachs de 1806 attribuent aux maisons le numérotage nouveau, et c'est par une comparaison attentive entre les adresses de 1805 et celles de 1806 qu'on arrive à en saisir la concordance.
Chose essentielle à noter : le numérotage de 180$ est demeuré intact pour la section de la rue Richelieu comprise entre la rue Saint-Honoré et la rue des Petits-Champs du côté droit, et n'a que peu varié du côté gauche jusqu'à la rue Traversière. On s'en assure par la comparaison des documents, et notamment par l'étude du plan parcellaire de Vasserot et Bellanger, commencé en 1825, et du plan numéroté de Jacoubet qui porte la date de 1836. L'édilité moderne, en remaniant la première partie de la rue, comprise entre la nouvelle place du Palais-Royal et le débouché en retour d'équerre de la rue Montpensier, s'est arrangée de manière à respecter l'ancien numérotage depuis le no 8 (ancien café Minerve), qui fait le coin nord de la rue Montpensier, jusqu'à la rencontre de la rue Neu ve-d es-Petits-Champs ; la reconstruction de l'ancien no 28 ayant donné deux portes au lieu d'une à cette vaste propriété, l'une de ces deux portes a reçu le no 28 his, pour ne pas déranger l'ordre numéral des maisons suivantes.
On s'est efforcé d'obtenir un résultat analogue pour le côté gauche de la rue, entre la place du Théâtre-Français et l'angle de la rue Molière. L'établissement de la place du Théâtre-Français, en absorbant les rues du Rempart, des Boucheries, la cour Saint-Guillaume et sa dérivée l'impasse
I. Il est à regretter que, sous l'administration de M. le comte de Rambuteau, la Ville ait supprimé l'ingénieuse distinction des plaques rouges et noires, qui montrait au premier coup d'œil que la rue était parallèle ou perpendiculaire à la Seine. Cette indication ne manquait pas d'utilité. Par exemple, le boulevard Haussmann et la rue Lafayette, à leur point d'intersection avec la Chaussée d'A,ntin, semblent parallèles ; rependant le premier est classé comme perpendiculaire à la Seine et la seconde comme parallèle au fleuve ; d'où il suit que les numéros du boulevard Haussmann vont en sens inverse de ceux de la rue Lafayette. La couleur des numéros, telle que la prescrivait le décret de 1805, prévenait toute méprise.
de la Brasserie, a fait disparaître les anciens nos i à 13 de la rue Richelieu, que remplacent deux maisons seulement, numérotées i et 3 ; on n'a pas comblé la lacune, en sorte que le n» 15 ancien succède immédiatement au n^ 3 nouveau ; les anciens numéros continuent ensuite à partir du no 15, ce qui laisse la série ancienne presque intacte jusqu'à la fontaine.
Ici se présente une complication bizarre que je signale aux curieux.
Dans le système de 1805, la première section gauche de la rue Richelieu était numérotée, de la rue Saint -Honoré jusqu'à la fontaine, i à 43. La série continuait, entre le coin nord de la rue Villedo et le coin sud-ouest de la rue Neuvedes-Petits-Champs, de 4$ à 55. L'angle aigu que formait l'ancienne fontaine Richelieu barrait la rue du Hasard et les deux maisons qui séparent celle-ci du coin sud de la rue Villedo; or, ces deux maisons, qui comptaient dans la rue Traversière, y portaient les nos 45 et 47, exactement comme les deux suivantes, au delà de la rue Villedo, comptées dans la rue Richelieu.
La fontaine Richelieu étant abattue (0043), les deux maisons intermédiaires entre les rues du Hasard et Villedo se trouvèrent à découvert pour les passants de la rue Richelieu, qui lisaient ainsi la série : nos i à 41, 45, 47, 45, 47, 49 à 55. On y remédia d'abord en incorporant les anciens nos 45 et 47 de la rue Traversière à la rue Richelieu, sur laquelle ils prirent d'abord les nos 45 et 45 Us, puis 43 et 45 ; l'ancien 45 de la rue Richelieu devint 47 et l'ancien 47 fut le 47 Us.
Mais, vers 1850, l'édilité, considérant que l'ancienne maison de Mignard ne formait qu'un seul tenant, lui supprima l'un des deux numéros qu'elle portait (23 et 2$) en la numérotant 23 et 23 Us; en conséquence, le 27 ancien devint le 25 et ainsi de suite jusqu'à la nouvelle fontaine, qui de no 41 devint no 39. Enfin, la reconstruction des vieilles maisons nos 31 et 33 en une seule, sous le no 29, fit encore rétrograder la série jusqu'au point où nous la voyons, la fontaine ne portant plus que le no 37. Pour comprendre la confusion née de ces changements, on n'a qu'à regarder le petit tableau que voici :
RUE
RUE
RUE