RUE D AMBOISE
Le sol de la Rue d'Amhohe occupe la portion méridionale de la maison Le Clerc ci-après.
Terrain au S' Eduin (avant 1661). — Reste de la maison précédente à M. Choblet de Monteville (1661-9).
— Jean Le Clerc (1669). — Hôtel Crozat, du Chatel et Choiseul. — Pierre Crozat, M^^ de Châtel et duchesse de Choiseul (1727- 88). — Ancienne compagnie d'assurances sur la vie (1788-95).— M. Ribeaumont de Rogemont (1795- 1846).— M. Privât (1846). — M. Mirés (1859). — Compagnie d'assurances générales sur la vie (1866-82).
Place à bâtir à M. Pierre Eduin (avant 1661). — P. F. Choblet s>^ de Monteville (1661-9). — M-^^ Le Clerc (1669-1714). — Maison à porte cochére à M. de Senozan (1714-1778). — M. Radix de S»«-Foix; le O" d'Estaing (1776).
— Mni«s de Talleyrand - Perigord et de Montmorency - Tingry, héritiers Senozan (i 778-1794). — Mme Leduc de Tourvoye et princesse de Palfïy-Kinski (1743-93). — M. et M™« Mouron Egerton (1794- ^799)- — M«Dourif, avoué (1799).
— Successions Dourif, Dumesnil et divers (1812- ), — MM. Privât, père et fils (18. . .) — M. Mirés (1859). — Compagnie d'assurances générales sur la vie (1866).
— Hôtel des Princes (avant 1793).
— Hôtel des Patriotes étrangers (1793). — Hôtel Dasseau (1797).
— Gervais, marchand de chevaux
NUMÉROS ,
NUMÉHOS NUMÉROS ^, ^es Sect *'"'*^'^°5
NUMÉROS du RUE DE RICHELIEU ''" "
TERRIER
actuels.
(Côté impair)
ROYAL
SECTION
delà
BIBUOTH.
de
•WATIN
(1807). — Hôtel des Colonies (1827-30). — Légation de Wurtemberg (iSié).
Maison à petite porte à Nicolas Wyet (1672). — Le procureur Gever (1705). — François Pajot de Marcheval et Charles-François Pajot (1747-1795). — M. etM">« Dangé de Bagneux (1779-84). — M. Lamante (1788). — Th. \V. Griffith 079S)- — M. et M'"^ Thiboust (1796). — Degosse, hôtel des Princes (^797-1807); Privât successeur (1810-59). — Hôtel de l'Europe (1802-6); Princes et Europe (1842). — Légation de Portugal (1847). — Passage Mirés (1859).
— Passage des Princes, à la Compagnie d'assurances générales sur la vie (1866-82).
Maison et jeu de boules à René d'Avoust (1705). — Le docteur François Terray de Rozières (1719-38). — M. de Launay de Saint -Valéry et famille de Launay (1738-1835). — M. et M"»' Lemarchand (1835-56). — M. Mirés et Caisse générale des chemins de fer (1856-66). — M. Châteaumont (1805-6). — Hôtel de l'Europe (1810-26); Nord et Europe (1827); des Princes (1827); Princes et Europe (1842); de Paris (1842-3).
— Lacretelle aîné (1807). — Meyerbeer (1850).
Deuxième lot du jeu de boules de René d'Avoust (1705). — Hôtel Terray. Le docteur François Terray de Rozières; l'abbé Terray; Pierre Terray ; Antoine-Jean Terray (1719-80). — Jacqueline de Flesselles, M-»» de |Blair (1784).
— Le maréchal comte de Vaux; l'abbé Barthélémy (1788). — M. de Puisieux (1794). — M. de Courval (1800), — Hôtel des Etrangers (1802-10); de Choiseul (1817); de Castille (1827-82).
NUMÉROS NUMÉROS NUMEROS jjUMÉROS
NUMÉROS , ■ RUE DE RICHELIEU ^esSect.
de ''" — de
actuels.
TERRIER
(Côté impair)
SECTION
delà
WATIN
Terrains de la Grange-Batelière à M. Eduin (av. 1660). — Le notaire Robert de Vaux (i6éo). — Famille Huet, héritiers Huet et famille Bigot (1703-84). —M. et M-»* Lallemand (1784). — Le chevalier Lambert (1787-8). — V«sse d'Estrées, M's de Montendre , C*^^'' de Whyt (1788). — Barrére de Vieuzac (1793). — Boissonnade (1799).
— Legrand et Nicolas, merciers, d la Petite Nannette (1805-6). — Hôtel et café Dangest (1798) ; café Richelieu (1827-30); café du Cardinal (1830-82).
(Les numéros qui commencent chaque note sont ceux des maisons de la rue de Richelieu en 1882.)
COTÉ DROIT (Numéros pairs).
2 à 8. — Le 2 et le 4 n'existent que nominalement, le café de la Comédie-Française, à l'encoignure droite de la rue, étant numéroté en continuation de la galerie du Théâtre- Français, qui longe la rue Saint-Hjnoré. La rue Richelieu se prolongeait, antérieurement à 1863, jusqu'à la rue Saint- Honoré, en alignement avec la façade du Palais-Royal.
Des constructions particulières, enclavées dans le Palais- Cardinal et dans le Palais-Royal, occupèrent jusqu'en 1863 l'espace compris entre la rue Saint-Honoré et la Comédie- Française. De 1684 à 1705, il se trouvait là huit petites maisons, dont les sept premières appartenaient, en 1684, ainsi que plusieurs autres de la rue Saint-Honoré, aux créanciers du sieur Brisacier.
Les Brisacier étaitnt une famille d'origine militaire; au xvi« siècle, Jean de Brisacier, seigneur de Collégien, avait été l'un des gentilshommes de la chambre du roi François II ; il eut un fils, Roland, qui devint trésorier général de France à Bourges, maître d'hôtel du roi, et conseiller d'État en 1622 ; de Roland, naquit Guillaume Brisacier, sieur de Montriche, qui fut commis du comte de Brienne, ministre des affaires étrangères, ensuite maître des comptes ; commis pendant dix ans auprès du duc de la Viefville,
surintendant général des finances, il fut pourvu, après le remplacement de celui-ci par MM. Servien et Fouquet, d'une des quatre charges d'intendant créées par les nouveaux contrôleurs généraux; ces charges rapportèrent 800.000 livres, avec quoi Mazarin entretint l'armée qui tenait tête aux Espagnols. La commission de Guillaume Brisacier est du 12 juillet i654;'il devint conseiller d'État le 12 juin 1659, secrétaire des commandements de la reine Marie- Thérèse le 3 février 1661, et sa faveur survécut à la disgrâce de Fouquet, puisqu'on le retrouve, en 1669, trésorier général de la reine. Il avait été marié, le 6 août 1640, à Magdeleine de Gastelan, dont il eut Mathieu, qui était, en 1669, secrétaire ordinaire de la reine, en même temps que son neveu René, fils de son frère Charles, conseiller d'État depuis 1648, occupait auprès de Marie-Thérèse la charge de maître des requêtes.
Un autre de ses neveux, René-Mathias , était trésorier général à Bourges, et deux autres de ses frères méritent qu'on les nomme. Le plus âgé était Laurent Brisacier, docteur en théologie, protonotaire du Saint-Siège, conseiller d'Etat en 1649, aumônier ordinaire de Louis XIV, dont il avait été le précepteur pendant quatre mois en suppléance de M. de Péréfixe, évêque de Rodez ; il mourut le 1 5 février 1690, à quatre-vingts ans. Le plus jeune, Nicolas Brisacier, maréchal de camp et colonel du régiment étranger, grand bailli d'Allemagne, gouverneur de Sirck et de Vaudrevange, prit une part glorieuse aux campagnes de Jean Sobieski, qui le créa comte de Hombourg, et le reconnut solennellement comme son parent, par une patente royale du 6 mars 1676. (Cabinet des titres.)
On voit que la famille Brisacier était considérable à tous égards. Elle disparaît cependant vers les dernières années du xviie siècle;
La succession d'où dépendaient les maisons de la rue Richelieu paraît être celle de François Brisacier, un traitant dont l'existence est constatée par le rôle de la Chambre de justice du 19 décembre 1716, qui taxa sa veuve à 8,000 livres.
L'occupant de la première des maisons Brisacier, qui
faisait l'encoignure des rues Richelieu et Saint-Honoré, et dont la principale entrée était sur la rue Saint-Honoré, en face de l'hospice et église des Quinze- Vingts, était le notaire Claude Ogier (4 avril 1664), auquel succédèrent M" Billeheu (29 mai 171 1) et Le Pot d'Auteuil (18 mars 1759). Ce fut seulement en 1763 que Me Le Pot d'Auteuil se transporta dans une autre maison de la rue Saint-Honoré, en face de l'hôtel de Noailles. La vieille étude Ogier avait donc occupé le même domicile pendant quatre-vingt-dix-neuf ans sans interruption ^ .
Les Ogier étaient une famille de robe assez ancienne. Leur auteur commun paraît avoir été Pierre Ogier, simple procureur au Parlement en 1600, père de trois fils : l'un, qui fut le président Ogier et qui construisit l'hôtel de l'île Saint- Louis connu plus tard sous le nom de Lauzun, habité aujourd'hui par le savant bibliophile baron Pichon ; et les deux frères, Charles, né en 1595, avocat au Parlement, et François, dit le Prieur, qui accompagnèrent le comte d'Avaux (Claude de Mesmes) en Pologne, en Suède et en Danemark: le premier en qualité de secrétaire, le second en celle d'aumônier* Leur sœur Catherine épousa Roland Bignon, le célèbre avocat.
Il y eut trois notaires du nom d'Ogier; le plus ancien (François), qui entra en charge le 22 février 1622, eut pour successeur, le 14 mai 1632, un fils du même nom, et celui-ci fut le .père des Ogier qui subsistent encore sous le nom de comtes d'ivry. Il y eut d'abord Jean-Nicolas, auditeur des Comptes (167 1), dont le fils Pierre-François, seigneur d'Henouville, fut receveur général des finances de la généralité de Montauban (1702), trésorier général du clergé (17 10), grand audiencier de France (1711), et mourut en 1735, à soixante-dix ans. Il avait été taxé à 167,700 livres par la
I. Le successeur actuel de Claude Ogier est M» Martin Deslandes. Il ne faut pas confondre le notaire Claude Ogier avec ses deux homonymes, dont le prénom était François. Les deux François Ogier, le père et le fils, furent notaires du 22 février 1622 au 25 janvier 1681 ; ils habitaient la rue Saint- Honoré, au coin de la rue Croix-des-Petits-Champs. Leurs minutes, qui renferment un grand nombre d'actes intéressants en tout genre, mais surtout pour l'histoire du quartier du Palais- Royal, sont conservées par leur très aimable et obligeant successeur M» Carré.
Chambre de justice, le 28 novembre 1716. Son fils, nommé Jean -François, conseiller, puis président de la deuxième Chambre des requêtes du Palais (1722-1729^ devint ensuite ambassadeur en Danemark, et put s'entendre appeler, comme le secrétaire du comte d'Avaux, a Ogier le Danois ». Le président Ogier, nommé conseiller d'Éiat en 1766, mourut le 23 février 1775-
L'une de ses sœurs, Marguerite-Hermine, épousa François de Salaberry, président en la Chambre des comptes.
Les Ogier étaient devenus propriétaires du comté d'Ivry; un de leurs descendants, le comte Ogier d'Ivry, est mort il y a deux ans (1880), conseiller-maître à la Cour des comptes. Nous retrouverons plus loin (no 14) une de leurs filles mariée au conseiller d'Hariagues.
Le grand audiencier Pierre-François, malgré ses grandes charges et son cordon de Saint-Michel, n'échappa pas plus que les Brisacier aux rigueurs de la Chambre de justice, qui le taxa à 105,000 livres dans le rôle du 7 novembre 1716. Ces taxes, à vrai dire, n'étaient qu'une sorte d'impôt forcé sur les riches ; on s'en rapportait, à peu près, à leur propre déclaration.
La huitième maison, qui séparait celle des Brisacier du Palais-Royal, appartenait en 1684 à Jean-Baptiste Brunet, garde du trésor royal en 1692, puis président à la Cour des comptes, qui subit le même sort que ses voisins. Il fut taxé à 213,000 livres au rôle du 12 décembre 1716; son fils, Gilles Brunet, seigneur d'Évry, n'en fut pas moins maître des requêtes, intendant d'Aus'ergne, puis intendant de Moulins en 1727.
Le rez-de-chaussée de la maison d'encoignure était occupé très anciennement par un établissement nommé le Café du Roy, qui ouvrait sur la rue Saint-Honoré. C'était, avant la Révolution, le rendez-vous des artistes, et surtout des musiciens attirés par le voisinage de l'Opéra. C'est grâce à la peimanence de ce café que j'ai pu connaître le premier numéro sectionnaire de la rue Richelieu. UAlmanach des Spectacles pour 1785 donne l'adresse de M. Lancez, premier violon de l'Opéra, au Café du Roy, rue de Richelieu; j'ai suivi cette piste en amont et en aval; j'ai appris ainsi que le violoniste Lancez, d'humeur
quelque peu vagabonde, après avoir occupé et quitté rapidement divers domiciles, entre autres rue du Champ-Fleuri et rue Saint-Thomas-du -Louvre, donnait son adresse, en 1784, au coin des rues Richelieu et Saint-Honoré; en 1785, cette adresse devint simplement le Café du Roy, et cela se continue jusqu'à la Révolution. Enfin, en 1794, le domicile de Lancez nous est donné oc rue de la Loi, no 988 ». Le no 988 du numérotage sectionnaire s'identifie ainsi avec l'ancien no 2 de la rue Richelieu. Je ne conclus pas de cette stabilité inusitée que le violoniste Lancez eût perdu l'habitude de déménager, mais, au contraire, qu'il n'avait plus de domicile décent, et qu'il se faisait adresser ses lettres au Café du Roy. Le procédé n'est pas perdu chez tous nos contemporains, mais on ne le retrouverait pas chez les chefs de pupitres de l'Opéra d'aujourd'hui, qui sont de respectables bourgeois a3'ant pignon sur rue, et jouissant, ce qui vaut mieux, d'une considération que les pauvres racleurs du xviiie siècle n'obtenaient guère plus souvent qu'ils ne la méritaient. Comment s'appela le Café du Roy sous la République? Il est difficile de le savoir, car l'agent de police qui le signalait, en 1799, comme donnant à jouer la roulette (Arch. Nat., F? 6179, no 2 112), l'appelle « le café au « coin de la rue de la Loi ?>, ce qui n'est pas compromettant. Un petit ouvrage daté de 1828 dit que « les habitués du « théâtre de la rue de Chartres se réfugient souvent au Café ce du Roi, rue Saint-Honoré ; un coin de ce dernier café est « occupé presque exclusivement le matin par des hommes « de lettres, et le soir par des gardes du corps de Sa « Majesté. Épées et plumes servent la même cause. » Mais le même narrateur ajoute sur-le-champ : « En changeant de ce propriétaire, le Café du Roy a perdu son titre, et par suite oc ses anciens habitués ^ » L'ancien propriétaire s'appelait M. Désiré, et avait appartenu à la domesticité du château. Si j'en crois un opuscule spécial *, le successeur de Désiré n'aurait été autre que Constant, l'ancien valet de chambre de Napoléon 1er. Rien d'étonnant que les royalistes se fussent
1. Nouveaux tableaux de Paris. Pillet aîné, 1828, t. I", pp. 60 et 61 (par Joseph Pain et C. de Beauregard).