Histoire des cafés de Paris. 1857. In-i
retirés. Quoi qu'il en soit, le Café du Roy disparut en cette même année 1828, à la suite de la reconstruction totale, par le duc d'Orléans, de la maison qui portait le no 2 sur la rue Richelieu et le no 218 sur la rue Saiût-Honoré \
En 170$, après la construction de la galerie neuve du Palais-Royal, les anciennes maisons Brisacier ne figurent plus sur le plan du Terrier que pour une parcelle unique, cotée I, composée d'une maison et quatre boutiques; sur le plan de Beaurain (1737), la parcelle unique se trouve subdivisée en trois maisons, cotées 9, 10 et 10 (sic), et cette division nouvelle a subsisté, sous les nos 2, 4, 6 du numérotage actuel, jusqu'à la reconstruction de la place du Théâtre Français en 1863; ces trois maisons, qui figurent d'un seul bloc au nom du citoyen Sarron, sur un plan de la Comédie-Française et des maisons adjacentes vers 1799 (Arch. Nat., nie classe, Seine, no $02), appartinrent, de 1814 à 1848, au duc d'Orléans (Louis -Philippe h'^}. Elles étaient séparées du no 6 biSy que portait alors la Comédie -Française, par le passage noir dont il sera parlé ci-après, qui succédait au passage de service laissé entre la rue Richelieu et les cours intérieures dans la construction de l'hôtel Richelieu.
Au moment de sa démolition en 1863, le pâté de maisons enclavées dans le Palais-Royal, par lequel commençait la rue Richelieu, n'avait pas changé d'étendue; il figure sur les plans antérieurs à 1784 pour une façade d'environ 20 toises, et pour 22 toises à partir de 1784, l'architecte Louis ayant avancé de deux toises les façades sur la rue Saint- Honoré, afin de les redresser et d'effacer la ligne oblique qu'elles décrivaient dans la direction du nord-ouest.
Du no 6 à la rencontre du no 10, le terrain compris entre ces deux points a subi, entre les années 1629 et 1792. des changements considérables, que je vais retracer succinctement.
On sait déjà (voir page 23) que l'angle inférieur de la rue Richelieu actuelle était tronqué, avant 1629, par les remparts
I. Le nouveau guide des dîneurs (Paris, Bréauté, in-ia) donne au café du Roi le n° 196 sur la rue Saint-Honoré, c'est une faute d'impression. En 1828 comme aujourd'hui, le n° 196 s'appliquait au café de Danemark, tout contre la rue des Bons-Enfants.
et fossés de la Ville, qui coupaient diagonalement, du sud-ouest au nord-est, l'emplacement actuel de la Comédie-Française et du jardin du Palais-Royal dans la direction de la rue Baillif.La suppression de l'enceinte de Charles V et le nivellement des terrains annexés permirent au cardinal de Richelieu d'étendre les dépendances de son palais jusqu'à la rue nouvelle qui conserve son nom. Je ne sais pourquoi le cardinal laissa en dehors de ses acquisitions le pâté de maisons occupant l'encoignure des rues Saint-Honoré et Richelieu, qui formaient enclave dans son palais et dont je viens de parler.
Le cardinal se réserva les terrains en bordure sur la rue Richelieu, à la suite des huit petites maisons Brisacier et Brunet; mais il revendit ultérieurement la parcelle qui s'étendait depuis et y compris le no 10 actuel jusqu'à la rue Neuve-des-Petits- Champs. L'espace compris entre le no 10 et les huit petites maisons, occupé aujourd'hui par les bâtiments du Théâtre-Français, par le débouché de la rue Montpensier et, au delà de celle-ci, par la maison no 8, mesurait 36 toises de façade. Le cardinal ne le fit pas entrer dans le plan général de son palais, dont la façade occidentale conserva l'alignement qu'indique l'aile gauche sur la rue Saint-Honoré, et qui s'arrêta à 33 toises de la rue Richelieu ; mais l'aile gauche de la seconde cour (démolie en 1784 pour élargir la cour royale) présentait un reirait d'environ 9 pieds sur l'aile du devant, ce qui donnait aux terrains réservés en façade du côté de la rue Richelieu une profondeur de 34 toises et demie; la façade étant de 36 toises, la superficie se mesurait par 1,232 toises carrées (4,680 mètres carrés).
Cette surface fut destmée par le cardinal à la construction d'un hôtel dit de Richelieu, qui devait servir de logement à M. de Richelieu, son neveu et son héritier, qui, en cette qualité, fut investi par lui du titre héréditaire de concierge du Palais-Cardinal. Un passage, appelé d'abord du Palais-Royal, puis passage Richelieu, sépara l'hôtel des huit anciennes petites maisons, et permit d'accéder par la rue Richelieu aux cours intérieures du palais. Le tracé de ce passage a subsisté en partie jusqu'aux reconstructions de 1863; il hmitait alors, du côté du midi, les bâtiments de la Comédie-Française.
A la suite de ce passage et parallèlement, s'élevait une galerie de 34 mètres de longueur, qui, partant de la rue Richelieu, où elle occupait 6 à 7 toises de façade, allait s'appuyer sur l'aile gauche de la seconde cour du palais. Cette galerie, où l'on installa la bibliothèque du cardinal, fut à peu près tout ce qu'il put construire de l'hôtel projeté. Le plan de Beaurain, retraçant l'état des lieux tel qu'il était à la mort du cardinal, indique, à la suite de la bibliothèque, un appentis de 17 toises de façade sur la rue, fermant la grande cour de l'hôtel. Venaient ensuite. un potager et des écuries, comprises entre la rue Richelieu et le jardin, et enfin un petit pavillon occupé par le sieur De la Contré (5/c). Ce pavillon était séparé de la rue par un terrain non bâci, qui correspond à la maison no 8 d'aujourd'hui, et qui se trouvait mitoyen avec la maison no 10; celle-ci forme la limite nord des anciennes dépendances du Palais-Royal.
Ce palais devint la propriété de la famille royale à la mort du cardinal, par suite de la donation entre vifs qu'il en avait faite au roi Louis XIII, le i" juin 1639. On n'acheva pas l'hôtel Richelieu, et sur le reste de l'emplacement s'éleva le palais Brion, « petit corps de logis que le duc « d'An ville a fait bâtir, par ordre de Sa Majesté, vis-à-vis le « mail du Palais- Cardinal, et désigné par Elle pour ses (' divertissements particuliers et vaquer aux desseins de ses « fortifications et autres études de mathématiques. Ledit « palais ainsi appelé du premier nom que portoit ce duc ». Ainsi s'exprime la Galette de France du 9 septembre 165 1.
François-Christophe de Levis-Ventadour, comte de Brion, né vers 1603, premier écuyer de Gaston, duc d'Orléans, disgracié et chassé de la cour en 1639, y reparut après la mort du cardinal et du roi Louis XIII, fut gouverneur du Limousin, gouverneur du palais de Fontainebleau, vice-roi d'Amérique, etc. Il releva le titre de duc de Damville (16 janvier 1644), qui avait appartenu à son oncle maternel, Henri II, duc de Montmorency (décapité en 1632), et le duché de Damville fut érigé pour lui en duché-pairie au mois de novembre 1648.
Veuf, depuis 165 1, d'Anne Le Camus de Jambeville, qui était elle-même veuve de Claude Pinart, vicomte de Comblisy,
fille unique d'Antoine Le Camus, seigneur de Jambeville, président au Parlement, et de Marie Le Clerc de Lesseville, le duc de Damville devint amoureux de M^e de Menneville, fille d'honneur de la reine Anne, lui fit une promesse de mariage par écrit, que les deux familles contresignèrent, emprunta de l'argent à sa future, et mourut, le 19 septembre 1661, à cinquante-huit ans, sans avoir acquitté ni sa dette de cœur ni sa dette d'honneur ^.
Le duc de Damville ayant changé de nom en 1648, la construction du palais Brion est nécessairement antérieure à cette date, ce qui circonscrit l'époque de sa construction entre 1648 et 1643, puisqu'elle ne put être entreprise qu'après la mort du cardinal de Richelieu^ en décembre 1642.
J'ignore à quel titre le comte de Brion, premier écuyer de Monsieur, fut chargé de construire un pavillon pour l'usage personnel du jeune roi. Ce pavillon, d'après ce que je puis conjecturer, occupait l'emplacement de la maison qui porte aujourd'hui le no 8 sur la rue Richelieu et s'étendait en façade sur le jardin, qu'il regardait par des fenêtres ouvertes au nord, absorbant ainsi le potager du Palais-Cardinal et le pavillon autrefois occupé par le S^ de La Contré ou de La Contrie. Comme il se reliait par les appentis en façade sur la rue avec la galerie de la bibliothèque, l'ensemble paraissait assez imposant pour qu on lui décernât le nom de palais.
Je trouve le palais Brion, nommé pour la première fois dans la Gaielte rimée de Loret, sous la date du 1$ janvier 165 1, dans le récit d'une anecdote curieuse à plus d'un titre. Le jeune roi aimait beaucoup les travaux de fortifications ; le jardin du Palais -Royal était à chaque instant bouleversé par l'étabhssement de bastions et de demi-lunes en miniature. Or, voici ce que raconte Loret, en rapportant le fait au jeudi 12 janvier 165 1 :
Je vys jeudi faire la guerre
Au fort construit dans le parterre
Du jardin du Palais-Royal
Où le Roy ne fit point trop mal.
I. M. Chéruel, dans ses Mémoires de Fouquet, a donné tous les détails de cette piquante et véridique histoire.
Je vis Monsieur en sentinelle Avec sa voix de demoiselle, Crier vivement : Qui va là?...
Le mesme soir le Roy, dit-on.
Etant au palais de Brion,
Aperceut en une fenestre
Une jeune beauté parestre,
Fille d'un voisin avocat.
Reluisante comme un ducat ;
Du moins elle paroissoit telle
A la lueur de la chandelle.
Nôtre petit galant de Roy
La lorgnoit de bon cœur, ma foy !
Mais le pète de la mignonne,
Ombrageuse et sotte personne,
La fit tout soudain retirer.
Ce qui fit le Roy soupirer,
Et demeurer longtemps encore
Pour revoir cette aimable Aurore.
Mais ces soins furent superflus,
Car la belle ne parut plus :
Dont le Roy, se fâchant dit : Briche,
}e crois qu'on me veut faire niche !
Si je ne craignois le caquet.
Je ferois venir mon mousquet
Pour faire bruire le salpêtre
Et tirer à cette fenêtre.
Mais Monseigneur de Vileroy
Essaya d'a^.aiser le Roy,
Q.ui fit dès lors penser et dire
Qu'il deviendroit un maître sire.
Louis XIV n'avait que douze ans et demi lorsqu'il commençait à lorgner les fillettes du voisinage.
Le 12 juin suivant, le roi dansa, à la lueur des flambeaux, sur un théâtre élevé dans le jardin, un ballet improvisé. (( Dans le fond de cet appartement champêtre, le palais « Brion, éclairé d'une infinité de lanternes de toutes cou- « leurs, aux armes de Sa Majesté, formoit une très agréable « perspective.» (Gaiette du 17 juin 165 1.) Ce dernier détail prouve que la façade principale du palais Brion donnait sur le jardin, dont il formait l'angle sud-ouest, dans la direction approximative de la galerie d'Orléans, mais un peu en arrière de celle-ci du côté sud. On illumina encore le palais Brion à l'occasion de la cavalcade qui eut lieu le 7 septembre,
pour célébrer la majorité du roi, qui commençait en ce jour-là sa quatorzième année. (Gaiette du 9 septembre.)
Après que la cour eut définitivement abandonné le Palais- Royal pour se fixer au Louvre, le nom de palais Brion désigna communément l'ensemble des constructions comprises entre le passay;e qui s'ouvrait contre le guichet de droite, où la Comédie-Française délivre aujourd'hui ses billets, et le mur mitoyen de la maison no 10. On y logea, vers 1672, les Académies de peinture et d'architecture. Une salle, voisine de celle où s'assemblaient les académiciens architectes, contenait les modèles de quelques bâtiments remarquables, existants ou projetés.
L'Académie de peinture et de sculpture occupait une place plus étendue. La salle des séances était remplie de tableaux peints par les académiciens, y compris leur chef-d'œuvre de réception et les morceaux couronnés aux concours annuels, de copies en plâtre des antiques les plus célèbres, entre autres l'Hercule Farnèse, la Flore, les Lutteurs, etc. ; on y voyait aussi les portraits et les bustes des personnages qui avaient rendu quelque service à l'Académie.
On conservait dans une galerie basse les statues et bustes antiques que le roi avait fait venir d'Italie, et qui forment aujourd'hui le fonds principal de la galerie des Antiques au Louvre. Il s'y trouvait aussi un modèle en plâtre de la colonne Trajane, moulée à grands frais par ordre du roi. Germain Brice rapporte à ce propos^ une pariicularité fort curieuse. Il paraît que François Ie«- avait fait exécuter le même travail dans l'intention d'élever à Fontainebleau une reproduction de la colonne Trajane; mais la mort l'ayant empêché d'accomplir ce dessein, les creux furent si négligés qu'on s'en servit pour bâtir une écurie. Il était réservé au vainqueur d'Austerlitz de réaliser avec le bronze pris à l'ennemi la pensée artistique de François 1er et de Louis XIV.
Au milieu de la cour, on avait placé sur un piédestal un cheval de bronze un peu plus grand que nature, que le roi avait fait venir de Nancy, en attendant qu'on le pût exposer aux regards du public. Cette figure de bronze, dont