SO
La même.
Maison du S' Aulic.
D"« Bonnegarde.
Maison de S"^ Charpentier.
Maison Juard.
Maison du S' Monnerot.
Maison Boulanger.
Maison du procureur Genest.
42. 19. Maison de l'abbé Baudelet. Maison des Sieur et D» Baudelait («c].
Ainsi, le numérotage moderne conduirait à adopter le n° 42 pour la maison Baudelet, puisque que le n° 42 est la huitième maison en partant de la rue Neuve-des- Petits-Champs. Mais cette induction n'est valable qu'à une condition, c'est que la division de la propriété n'ait pas changé depuis 1705.
C'est ce que je vérifiai sur le plan qui accompagne le Terrier royal et dont je donne ici le fac-similé, habilement exécuté par M. Rolot. Or, une chose saute aux yeux, c'est que la maison Baudelet, la huitième à partir de la rue Neuve-des-Petits-Champs (parcelle 19 du plan), est située un peu au-dessous de la rue Villedo, qui la percerait de part en part, si l'on prolongeait son axe; c'est le n° 40 d'aujourd'hui, tandis que le 42 correspondrait au n° 20 du Terrier, qui n'est plus que la septième maison depuis la rue Neuve-des-Petits- Champs. Sur cette remarque, j'ai procédé à un mesurage qui m'a donné, sur le plan du Terrier, 42 toises depuis le coin nord-est de la rue Neuve-des-Petits- Champs jusqu'à la limite septentrionale de la parcelle
n° 19 du Terrier. Ce même toisage, re^rté sur le plan géométral de Vasserot et. Bellanger, conduit au mur septentrional de la maison qui porte aujourd'hui le n° 40.
D'où provient cette différence entre le comptage par maisons et le toisé sur le terrain? D'un fait bien simple : c'est que la maison mitoyenne, au nord de la maison Baudelet, c'est-à-dire la parcelle n° 20 du Terrier, a été dédoublée; elle compte aujourd'hui pour les n°s 44 et 42, tandis que, dans le système du plan de 1705, elle correspondrait uniquement au n° 44, et alors la maison Baudelet correspondrait réellement au n° 42. Outre que le dédoublement de la parcelle n° 20 est facile à constater sur place, la légende du Terrier fournit un élément positif pour cette vérification. En effet, les maisons 44 et 42 ne contiennent aujourd'hui chacune qu'une boutique, celle d'un pharmacien (n° 44) et celle d'un culottier (n° 42), tandis que le Terrier décrit ainsi la parcelle n» 20 (44 et 42 actuels) « porte cochére et deux boutiques». Une dernière et surabondante preuve. J'ai dit qu'on mesurait 42 toises pour les sept maisons qui, en 1705 comme en 1684, séparaient la maison Baudelet de la rue Neuve-des-Petits- Champs; les 42 toises reproduisent avec une rigueur mathématique le lotissement originairement imposé par le cardinal Richelieu. On verra, plus loin, comment et quand la parcelle n» 20 fut dédoublée.
La maison numéro 40 répond ainsi aux données multiples du problème : elle couvre exactement la parcelle n» 19 sur laquelle le plan du Terrier construit la maison Baudelet ; elle se trouve à la même distance que la maison Baudelet du coin nord-est de la rue Neuve-
des-Petits-Champs ; enfin, elle fait face à l'emplacement de l'ancien hôtel de Crussol, devant lequel les prêtres de Saint-Eustache prirent le corps de Molière.
L'erreur accréditée par M. Edouard Fournier provient donc de deux causes : la première, c'est qu'il a placé l'hôtel de Crussol au coin nord de la rue Villedo au lieu du coin sud; la seconde, c'est qu'il n'a pas reconnu la division, relativement moderne, de la parcelle n» 20 du Terrier.
Ces démonstrations topographiques suffisaient à ma conviction personnelle. Mais, pressentant qu'elles laisseraient un certain doute parmi le gros des lecteurs, j'en ai voulu poursuivre la vérification intégrale en telle sorte qu'elles me conduisissent à des justifications indiscutables, et me permissent de dire ce que j'appelle le dernier mot.
J'y ai pleinement réussi.
Ce fut avec une entière certitude que je me fis annoncer chez M. le baron Albert Cretté de Palluel, l'un des propriétaires de la maison n*' 40. J'y reçus l'accueil non seulement le plus courtois, mais aussi le plus intelligemment sympathique à l'objet de ma recherche. A peine l'avais-je exposé, que M. de Palluel, souriant de ma joie, plaçait sous mes yeux une pièce du plus haut intérêt, l'acte de compte et partage de la succession des héritiers Baudelet, en date du 15 juillet 1704, où je lus avec un ravissement et une émotion faciles à comprendre, les lignes que voici :
« Il sera fait compte de la somme de 812 livres 10 « sols, faisant moitié de celle de 1625 livres pour cinq « termes du loyer des lieux occupez en ladite maison, ce rue de Richelieu, par les sieur et damoiselle Molière,
« eschus depuis le premier juillet 1677 jusques à k « Saint-Remy 1678, à raison de treize cents livres par « an^.. »
Plus de doute : j'avais frappé juste à la porte de la maison demeurée introuvable pour mes devanciers.
Ma satisfaction fut plus complète encore que je n'aurais jamais osé l'espérer. Les archives de MM. de Palluel ont ce triple avantage d'être très complètes, très bien classées et d'être connues à fond de leurs heureux possesseurs.
Peut-être M. le baron Albert de Palluel, qui avait laissé se produire en public, sans les contredire jamais, tant d'assertions hasardées, se réservait-il de mettre en œuvre les documents dont il appréciait toute la valeur. Je ne jurerais pas qu'il n'ait éprouvé comme un regret intime de ne m'avoir pas devancé; l'empressement et la cordialité avec lesquels il les a mis et s'est mis lui-même à ma disposition, ne m'en sont que plus précieux et lui vaudront certainement la gratitude du monde lettré.
Muni d'un grand nombre d'actes authentiques ou privés, qui me fournissaient les éléments suivis d'une démonstration sans répHque, je les ai facilement complétés sur quelques points par des recherches personnelles.
J'en vais maintenant exposer le résultat.
I. C'est le solde des loyers du bail de Molière, qui avait été fait pour six ans, du i" octobre 1672 au i" octobre 1678. Molière et M"' Molière étaient morts lorsque fut dressé l'acte de compte et partage des successions Baudelet, et M""» Molière avait cédé son bail dès le 26 juillet 1673 ; mais, suivant l'usage du temps, on ne nomme ici que les débiteurs d'origine sans faire état de leurs cessionnaires.
Lorsque le cardinal duc de Richelieu commença, l'an 1624, la construction de son hôtel de la rue Saint- Honoré, qui, à la suite d'agrandissements successifs, prit enfin le nom de Palais-Cardinal, les propriétés acquises par lui entre la rue des Bons-Enfants, la rue Saint-Honoré et la porte du même nom, formaient un îlot triangulaire dont la partie septentrionale était bordée en biais, du sud-ouest au nord-est, par le rempart et les fossés de l'enceinte de Charles V, depuis la porte Samt-Honoré (emplacement approximatif de l'angle sud-ouest de la place actuelle du Théâtre -Français) jusqu'à la porte Montmartre, située à peu prés à la moitié de la rue Montmartre d'aujourd'hui, à la hauteur de la rue d'Aboukir. Ce tracé se reconstitue par une ligne oblique S. -O.-N.-E. qui, partant de la rue Richelieu, coupe à angle droit, du sud au nord, la salle du Théâtre-Français et le jardin du Palais-Royal , ressort sur la rue de Valois entre les nos II et 13, et aboutit rue des Bons-Enfants entre les n°s 3 1 et 3 3 , s'identifiant, à partir de ces deux dernières maisons, avec l'ancien tracé de la rue Baillifre, aujourd'hui rue Baillif^ Mais, le 23 novembre 1633, l'agran-
ï. Le mur mitoyen des maisons n° 16 et n° 18 de la rue de Valois suit encore la direction de l'ancien rempart et forme un angle très ouvert avec le tracé rectiligne de la rue de Valois. Le nom de la rue vient de Mathieu Baillifre, musicien de la chambre du roi (1629).
dissement de la ville à l'ouest et au nord, au moyen de l'adjonction du faubourg Saint-Honoré et de la Ville- Neuve (quartier Bonne-Nouvelle), fut décidé par lettres -patentes enregistrées au Parlement le 5 juillet I634^ L'entreprise en fut donnée à Charles Froger, secrétaire ordinaire de la chambre du roi, à la charge d'abattre l'ancienne fortification depuis le Louvre jusqu'à la porte Saint-Denis, et de construire la nouvelle enceinte partant de la nouvelle porte Saint-Honoré (à la jonction de la rue Royale d'aujourd'hui) jusqu'à la porte Saint-Denis. Ce plan comprenait,- entre autres parties, l'ouverture d'une rue nouvelle depuis la rue (Croix) des Petits-Champs jusqu'au nouveau rempart vers l'ouest, dans la direction de la Ville-l'Évêque : ce fut la rue (Neuve) des Petits -Champs; l'autre, depuis la rue (Neuve) des Petits-Champs jusqu'à la rue Saint-Honoré devant les Quinze-Vingts : ce fut la rue Richelieu. En récompense, le roi accordait à Charles Froger la propriété du sol des remparts, fossés, contrescarpes, depuis la grande galerie du Louvre (à peu prés au pavillon Lesdiguiéres) jusqu'à la porte Saint-Denis, les places et démolitidns des portes Saint-Honoré et Montmartre, etc. 2. Telles sont les dispositions officielles que je viens d'analyser sommairement d'après l'arrêt homologatit du Parlement. Mais à la même date que les lettres patentes du 29 novembre 1633, i^ intervenait des stipulations particulières révélées par les archives de l'Hôtel Dieu 3, desquelles il résulte que Louis Le Barbier, maître d'hôtel du roi, était substitué au contrat de Charles