Inventaire, n
Froger, et que, des terrains abandonnés à Charles Froger, il y avait lieu de distraire les parties appartenant au cardinal de Richelieu, lesquelles, selon toute apparence, le premier ministre s'était fait donner pour achever le vaste dessein de son palais. Le cardinal se trouva ainsi en possession des superficies limitées aujourd'hui par le côté oriental de la rue Richelieu et le côté méridional de la rue Neuve-des-Petits-Champs.
Les terrains réunis par ces arrangements au corps principal de l'hôtel RicheUeu, au dehors de la vieille enceinte, étaient en culture maraîchère et faisaient partie de l'étendue connue sous le nom vague de Petits- Champs; ils relevaient de divers fiefs connus sous le nom de la Ville-l'Evêque, la Grange-BateHére, le Clos- Georgeot, lefief Popin, etc., mouvant eux-mêmes soit de l'archevêque de Paris, soit de l'abbé de Saint- Victor, comme seigneurs dominants. Le plan n° 2 joint au présent volume trace le périmètre du fief Popin.
Le cardinal, voulant sans doute se récupérer d'une partie de la dépense énorme qu'il avait assumée, et s'en couvrir, du moins en partie, par les bénéfices d'une spéculation immobilière, n'étpndit pas le jardin ou parc du Palais-Cardinal sur la totalité des terrains qu'il avait réunis en une seule tenure. Il réserva le long de la rue Richelieu et de la rue Neuve-des-Petits-Champs une marge de huit à neuf toises, profondeur sufiisante pour élever des maisons commodes et même spacieuses. Il voulut aussi que ces maisons ou pavillons , d*égale grandeur et de même symétrie, décorassent le périmètre de son jardin ^
I. C'est évidemment l'idée mère du plan exécuté en 1784 dans des proportions grandioses, quel qu'en fût le but mercantile, par le duc de Chartres.
Pour y parvenir, il fit faire un toisé du terrain qui lui appartenait et le divisa en quarante cinq places^ de six à sept toises de large ^, ayant façade et entrée sur les rues de Richelieu, Neuve-des-Petits-Champs et des Bons-Enfants. Elles devaient présenter, du côté du jardin, des ailes symétriques, enfermant une cour intérieure, et s'appuyaient sur le mur de clôture du jardin, mitoyen avec elles.
Une partie de ces places à bâtir fut rétrocédée par le cardinal à Louis Le Barbier, aux termes d'un contrat du i8 mars 1636, dont je n'ai pas à m'occuper ici. D'autres places, ou une portion de ces places furent reprises à Le Barbier, puis revendues, aux termes d'un contrat devant les notaires Levasseur et Pain, le 29 mai 1655, par le duc de Richelieu, héritier du cardinal, à une société composée de MM. Charles de Flacourt, Simon de l'Épine et Claude Gauldrée Boileau, qui devinrent également acquéreurs des rentes dues par Le Barbier pour le prix des terrains qu'il avait définitivement gardés.
La deuxième de ces places, qui était la plus étendue, puisqu'elle partait de la maison d'un sieur Le Roy, que je crois pouvoir identifier avec le n° 28 actuel de la rue Richelieu, se prolongeait jusqu'à la rue Neuve-des- Petits-Champs et continuait en retour d'équerre jusqu'à
1. Beaurain. Explications relatives au plan geométral du Palais- Cardinal, 4 p. in-4°, 1737. Cabinet des estampes.
2. Les Explications de Beaurain disent sept toises, mais la preuve que cette largeur n'était pas invariable, c'est que les deux parcelles vendues, comme on le verra plus loin, aux frères Marsy et au tailleur Baudelet, ne mesuraient chacune que six toises. Du reste, le plan de Beaurain suscite des observations qui trouveront leur place naturelle dans une étude sur la construction du Palais-Royal, dont j'ai réuni les matériaux.
la maison de M. Coiffier, qui est représentée aujourd'hui par le n° 15 de la rue Neuve-des-Petits-Champs, devant la Bibliothèque nationale.
Cet immense terrain, qui développait environ cent deux toises de façade sur les rues Richelieu et Neuve-des- Petits-Champs % fut successivement aUéné par la compagnie Flacourt et consorts, en diverses parcelles, sur l'une desquelles s'éleva la maison qui fait l'objet de la présente notice.
Il relevait, en grande partie, du fief Popin, l'un des plus anciens de Paris, car on en a connaissance dés l'an 1170, cent vingt-trois ans avant que le prévôt des marchands Jehan Popin eût illustré son nom en dotant la ville de son premier abreuvoir 2.
Le fief Popin paraît être sorti des mains de ses antiques possesseurs dans le courant du xiv*^ siècle, et devint, dit-on, la propriété du traître Etienne Marcel, l'indigne successeur de Jehan Popin à la prévôté parisienne. Il appartenait en 1414 à Jean de Motreux, bourgeois de Paris. On le retrouve, au commencement
1, J'ai contrôlé ce mesurage en l'appliquant successivement : 1° au plan du Terrier de 1705, dressé approximativement à l'échelle de i millimètre 21 par mètre ; 2° au plan du fief Popin, dressé en 1682-83, à l'échelle de i millimètre 246 par mètre; 3° au plan de Beaurain, dressé en 1737 à l'échelle de o millimètre 96,750 par mètre ; 4° au plan de Vasserot et Bellanger, dressé vers 1829 à l'échelle de i millimètre par mètre ; la conversion des toises en mètres étant faite sur la valeur exacte de la toise donnée par l'Annuaire des longitudes, c'est-à-dire !■" 94,90 par toise.
2. L'abreuvoir Popin a été démoli et comblé après 1854 pour la construction du théâtre du Châtelet et le prolongement jusqu'au quai de la Mégisserie de la rue des Lavandières-Sainte- Opportune, qui autrefois s'arrêtait au débouché actuel de la rue Saint- Germain-l'Auxerrois.
du xvii« siècle, en la possession de MM. Hellée et Voisina D'une certaine Anne Voisin, veuve d'un procureur au Châtelet appelé Louis Lecoincte, le fief passa à ses nièces Anne Ginoreau, femme de Jehan Legrand, clerc au greffe civil du Châtelet, et Claude Ginoreau, femme de Tristan Balthazar, huissier au Châtelet, qui en firent foi et hommage au cardinal de Retz, archevêque de Paris, le 17 août 1620^.
J'ignore comment le fief Popin tomba, trente ans plus tard, aux mains de Guillaume Le Père et de sa femme Marie de Hemant, dont les héritiers le possédèrent pendant un siècle et par delà. Le dernier acte que je connaisse à ce sujet est le dénombrement du fief Popin, vendu le 24 octobre 1744, devant Hazon et Girault, notaires, à monseigneur de Vintimille, archevêque de Paris, par Michel Velut de la Crosnière, conseiller du roi en la cour des aides de Paris 3, et par Françoise Jeanne Le Père de Popin, sa femme, demeurant rue Tiquetonne4, seule fille et héritière de Léonard Louis Le Père, écuyer secrétaire du roi, avocat au Parlement, et représentant tous les droits des autres descendants de Guillaume Le Père 5.
Lorsque Léonard Le Père, fils de Guillaume, rendit hommage au cardinal-archevêque de Paris, le 4 juillet 1657, devant Leroux et Lebeuf, notaires, les terrains
1. Jacques du Breul. Antig. de Paris. Paris, in-4'', 1612, p. 1081.