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« Prosper, c’est mon frère, appuyait Beaudarmon, il revient d'Amérique ».
Il interrogeait de l'œil M®=*° Philibert. La rougeur de la veuve fonçait encore.
« Et puis, monsieur Jacques n’est pas de trop, reprenait le tenancier. Venez donc, monsieur Jacques, on va prendre un verre ensemble, et puis on va vous dire la chose. Autant que vous soyez au courant, vous l’apprendrez toujours tôt ou tard, puis vous êtes un ami. Moi je trouve que vous devez être un des premiers informés, n'est-ce pas madame Véronique ?
— À votre convenance, soupirait la bossue. » Sa voix agonisait.
Nous étions engagés dans le petit escalier tournant qui conduit au buffet ; la descente en est raide et j’aidais la bossue de marches en marches... Un grand gaillard d’une quarantaine d'années était atta-
blé devant une pile de soucoupes. Notre entrée le faisait se lever.
« Hé là-bas! Ernest! et l’homme hélait notre groupe.
— Ah! le voilà! Prosper Beaudarmon, mon frère, et le tenancier nous présentait. Qu'est-ce que vous prenez, madame Véronique?
— Ce que vous voudrez, monsieur Beaudarmon, mais je n'y tiens guère, j'aime autant pas.
— Si, si; il faut vous remonter, vous soutenir, nous ne serons pas à Aubry avant neuf heures. Prenez un punch. Garçon! un punch, trois punchs, ça nous réchauffera ».
Et quand les trois verres furent servis :
« Alors, comme ça on peut lui dire, hein! madame Véronique? »
Et le tenancier posait familièrement sa main sur le genoux de la veuve.
« Il faut bien!
— Eh! bien, voilà; ça va peut-être vous étonner sans vous étonner, monsieur Jacques, mais nous allons nous remarier : M" Philibert va devenir M=°Prosper Beaudarmon. Un bel homme, comme vous voyez, mais c'est pas pour la chose. On vivra comme frère et sœur, c’est convenu, mais il fallait que madame se remarie. |
— Ouil fallait vendre, soupirait faiblement la veuve.
— Et c'était la ruine des enfants. La maison ne prospère pas, depuis bientôt cinq mois, et Prosper Beaudarmon va la faire prospérer. Avec ce nom-là!... »
Et comme la veuve cachait sa pauvre face congestionnée dans son mouchoir :
« Voyons, faut se faire une raison, madame Véronique. On sait bien que c’est pour vos enfants, mais Philibert serait là qu’il vous le conseillerait lui-même, le cher homme. C'est l'avenir des gosses que vous assurez là, ils sont pas déjà assez malheureux d’'avoir perdu leur père, vous n'allez pas les mettre sur
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la paille! Puisque la loi est comme cela, et puis, avec Prosper vous pouvez être tranquille. Vous ne pouviez pas tomber mieux. Il est revenu des choses de l'amour, celui-là... Cinq ans d'Amérique!
— Oh! pour çal »
Et le nouveau venu, avec un claquement de langue, passait sa main au ras de son verre avec un geste de faucheur.
« Voyons, monsieur Jacques, chapitrez un peu madame! Puisqu'’elle ne peut pas diriger seule la maison, on sait bien que c’est pas pour la bagatelle qu'elle se remarie. Faut que les petites aient des dots, vous ne voulez pas en faire des patronnes!
— Oh! ça, non.
J'intervenais à mon tour : « Voyons, madame Véronique, écoutez M. Beaudarmon, il a raison ».
À quoi la pauvre femme levant vers moi son pauvre visage torturé :
« Oui, je sais, je sais, je le dois à nos enfants. Philibert serait là qu'il me le conseillerait, — et, avecçun soupir qui soulevait toute sa poitrine étroite, — il faut vivre ».
CHAPITRE I. Les Rancunes de Philibert.................. À — II. Un Métier qui se perd..... Miss aes este 9 — III. L'Œil du Mattre............................ 18 — IV. Un homme heureux ........................ 29 — V: En Famille... moe umdoe 38 — NT. Braves Gens. .:..:.,.:.:..1: 0e unures 48 — VII. Les Ecrevisses ............,................ 58 — VIII. Les Superstitions de Maître Isidore Ledru... 66 — IX. Les Clients partis .................,........ 76 — X. Philibert a des ennuis...................... 87 — XI. Le Marseillais.............................. 98 — XII. Une Exécution.......... .................. 110 — XIII. Le Môme l’Affreux..............,........... 120 — XIV. Les Rendez-vous de noble Compagnie....... 132 — XV. Unes Femme!l............. Li octets 143 — XVI. Un Coup du Môme ......................... 154 — XVII. Une Puissance ............................. 163 — XVIII. La Traite des Blancs ....................... 172 — XIX. Les deux Zidores........................... 180 Pa XX. Le Moulin natal............................ 191 = XXI. Madame Adèle............................ 201 — XXII. Souvenirs de passage....................... 210 — XXIII. Ludine de Neurfise ........................ 220 ==" ‘XXIV.: Un Engayage su neude see 229 — XX V. Une Idyle sin iase ds tiens 239 — XXVI. Le Bal des Vaches.......................... 247 — XXVII Une Maison qui tombe ..................... 258 — XXVIII En lisant le Journal........ ann ete 272 — XXIX. Le Point d'honneur ........................ 287 — XXX. Madame Véronique......................... 302 — XXXI. Il faut vivre...................o..ssocs 316
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