ERNEST , POLIVEAU
Petit temps. — Ernest se croise les bras , et regarde Poliueau qui parait interdit et confus.
M'expliqueras-lu ce que tout cela veut dire?
POLIVEAU-
Ce n'est pas difficile. . . tu fais de belles choses .. . je t'en félicite.
ERNEST
Quoi ! quel est cet argent que tu me donnes , et que Pon ne vent pas recevoir?
POLIVEATJ.
Regarde la lettre.
ERNEST , avec impatience.
Quelle lettre ?
POLIVEAU
Celle que tu tiens. . . celle qui est jointe à ces billets qui devaient te tirer d'affaire.
ERNEST , regardant la lettre.
Que vois-je ? . . . de Sophie ! . . . c'est elle ! . . .
POLIVEAU
Le moyen de refuser , quand on fait remettre à domicile.
ERNEST , î ivement.
Il fallait renvoyer. . .
POLIVEAU
Ça e'të ma première ide'ej mais la seconde, c'est que ça ne te tirait pas d'embarras.
Il fallait m*y laisser.
POLIVEAU
Ne semblerait-il pas qu'il n'y est plus. . . Je crois qu\\ cet e'gard-là tu n'as rien à regretter . . .
ERNEST
AIR : Un page aimait la jeune Adèle.
Faut-il que ton indifférence Ajoute encor aux tourniens d'un ami ?
Et n'est-ce pas assez d'une imprudence Qui , sans retour , va me perdre aujourd'hui... Pour me tirer d'un péril ordinaire, Dans un plus grand , devais-tu me plonger! On peut rougir encore aux yeux d'un père , Jamais aux yeux d'un étranger.
POLIVEAU
Ne va-t-il pas se plaindre ?. . . Nous te donnons tous de l'argent , et tu n'es pas content ?
ERNEST
Ahl si j'avais pu soupçonner. . .
POLIVEAU
Je ne t'ai pas pris en traître; je l'ai dit : vois ce que tu as à faire. . . 11 me semble que c'est parler clairement. ERNEST , rendant les billets.
Ah ! reporte ces billets sur-le-champ ... Je ne les accepte pas , je n'en veux pas.
POLIVEAU , prenant les billets.
Pauvre Sophie!. . quelle âme!... de la bonté, de la de'licatesse , et des billets de banque qu'on ne veut pas recevoir !... O Dieu! comme j'aurais re'pondu à la tendresse d'une femme comme celle-là... je n'aurais pas e'té ingrat, moi!
ERNEST
Allons , il va me faire son éloge , à présent , lui qui s'est chargé.;.
POLIVEAU
De la séparation ? à l'amiable , c'est vrai... mais je n'ai pas dit que ça ne me ferait pas de peine... C'est qu'elle t'aime... à m'arracher les yeux, quand il n'y aura plus moyen de lui cacher la catastrophe : ton mariage!... Au surplus, grâce à moi qui l'ai encore trompée pour ton compte , nous avons devant nous quinze grands jours...
( Ils vont pour sortir. — En ce moment Madame Darbel , ouvrant la porte du fond , paraît.)
La voilà !
EUel
ERNBST.
POLIVEAU