ERNEST, IM'^^'^ DARBEL
M""^ DARBEL
Ainsi , vous êtes bien de'cidé?...
J'aurais voulu vous le cacher.
jjme DARBEL.
Quelle délicatesse !... et c^est de votre propre volonté' ?
ERNEST
Mon père a désiré...
j^jme DARBEL.
Ah! votre père.... Je vous trouve aujourd'hui bien soumis.
ERNEST
Je l'ai dû... Mon âge , nia position... les convenances... '
M™« DARBEL
Vous n'aimck, donc pas cette jeune personne ? {Hésitation d'Ernest. ) ( Impérieusement. ) Parlez !
ERNEST , faisant une fausse sortie.
Permettez que je vous conduise an jartHn. Cet endroit n'est pas convenable pour une explication...
M™s DARBEL.
Pourquoi? Craignez-vous qu'on ne m'entende? Quel ménagement me demandez-vous ?... quand vous n'en avez eu aucun pour moi... Je reste ici.
ERNEST, avec dépit.
En vérité!... Parlez donc , je vous écoule.
m^^ DAHBEL, avec une ironie amère.
Du dépit!... de ^impatience ! Oh! que cela voas sied Lien avec moi'... avec une femme que vous avez cruellement blessée , et qui tient en son pouvoir votre destinée tonte entière J... {Appuyant.) Mais vous vous flattez peutêtre de nie f.ilre dévier de ma résolution. Vous vous trompez... je vous ai demandé si vous aimiez Mademoiselle de Tercy... L'airaez-vous ?
ERNEST, vivement el avec force.
Eli bien! puisqi^e vous exigez si impérieusement une réponse , que je ne puis plus vous refuser... Celle dont les peri'eclious ne souffrent aucune comparaison , ne vous sera pas sacrifiée par une indigne condescendance... Oui ! j'aime Mademoiselle de Tercy!
■^me d'arbel, après un temps.
Bien , bien ! . . j'en suis enchantée 5 car elle ne sera pas à vous. Dans mon malheur, il me restera du moins le plaisir de la vengeance.
ERNEST
Vous venger ! . . . et de qui , de quel droit?
^me DARBEL.
De quel droit?. . . De celui que vous m'avez donné.
ERNEST
Moi!
M™® DARBEL
Vous!... {Avec douleur.) Il y eût aussi dans ma vie un moment d'espérance et de consolation, où une position honorable allait ra'étre rendue. . . Un jour de mariage dût aussi briller pour moi. De quel prix ne devait-il pas être aux yeux d^une infortunée qui n'avait plus le droit d'y prétendre?. . . Ce lien solennel qui devait me réconcilier avec moi-même et m'absoudre aux yeux du monde, vous en avez exigé le sacrifice j je l'ai fait!
Je n'ai rien exigé.
M™® DARBEL, douloureusement.
C'est vrai. . . vous n'avez fait que me menacer de votre mort. . . Lisez 1
( Elle lui piéscnic une leHre. )
ERNEST
Sophie !..
M"^' DARBEr, le tenant par la main et lui lisant la lettre en. sanglottant.
K J'apprends que vous allez vous marier. . . Vous con- » naissez toute la violence de ma passion. . . » S'interrompant. ) Six mois à peine sont e'couie's... ( Continuant.) « Toute la violence de ma passion. . . Je n'ai pas le droit » d'empêcher ce mariage; mais le jour oii il sera célèbre', » songez-y bien , Sophie , co n'est point une vaine menace, » ce jour sera le dernier de ma vie! » {Elle s'attendrit en lisant , et se couvre U visage de son mouchoir.)
ERNEST , attendri , et froissant dans sa main la lettre que ISIadame Darbel y a laissée.
Ahl malheureux ! , , . Sophie! . . .
M"^ DARBEL, avec sensibilité.
Ernest! mon ami! vous vous attendrissez !
ERNEST
Sophie! ah! quel souvenir!. . . Ce que vous me demandez est impossible! . . . Jamais ! jamais!
M'^e DARBEL, accablée.
Jamais!. . . Il n'est donc plus d'espoir! ( Avec colère. ) Ah ! je suis bien heureuse du moins , que le dernier te'moignage de mon amour ait mis son honneur dans ma de'pendance ! . . .
ERNEST
Mon honneur?... que vonlez-vous dire?... Ah! je crois comprendre. . . Eh bien! vous vous trompez , ce fatal bienfait que vous pensiez m^avoir imposé, n'a pas été' reçu. Poliveau est chargé de tout vous rendre. M™^ DARBEL , avec dépit.
Quoi !
ERNEST
Dans ma position , j'aurais préféré tout avouer à mon père, à ma nouvelle famille.
M°^ DARBEL, exaspérée.
Et il m'ose tenir un pareil langage ! ... à moi ! . . . Vous ne savez donc pas ce que vous avez à craindre d'une femme au désespoir?
ERNEST
Et que pouvez-vous faire de plus que de venir... ici... dans un pareil moment ? . . .
Ai"^ DAREEL, avec force.
Ce que je puis? ( Ella tire un papier. ) Tenez, votre nouvel amour est si pur, il doit être de'sinte'ressë. ( Déchirant le papier. ) Prouvez-le malnlenaot.
ERNEST, vivement.
Ce papier , ce serait? . . .
M™^ DARBEL, en jetant les morceaux avec force. La fortune de votre Henriette.
ERNEST, hors de lui.
Henriette?. . . malheurenx !. . . {A Madame Darbel. ) Ah! j'ai bien mérite' ce qui m'arrive!. . . Soyez donc satisfaite; cette menace que ma main avait tracée , il ne me reste qu'à l'accomplir. . . Ah 1 maudit, maudit soit le jour où j'ai eu le malheur de vous connaître !
( Il sort dans Le plus grand iioublc , et rentre dans le cabinet de Siin'al. )
M™^ DARBEL , après un moment de silence , et pouvant à
peine se soutenir.
Ernest!... Qu'a-t-il dit?... qu'ai-je fait?... Ahl mallieureuse !
( Elle tombe dans un fauteuli , paie , eJJ'rajéc de ce quelle vient de Jaire, )