‹ La maitresse légitimeChapitre 16 sur 58 · DE LA FEMME · texte numérisé non relu

DE LA FEMME

u Presque tous ceux de nos écrivains qui ont « professé »» sur l’amour ont tenu principalement à montrer qu’ils n’étaient pas dupes de la femme . Ils sont pessimistes , libertins , un peu fats ... *

(Jules Lemaître.)

« Quand vous voulez écrire sur la femme », disait Diderot, trempez votre plume dans V arc-en-ciel et semez sur le papier de la poussière d'ailes de papillon ! a

« Honorez les femmes », s’écria Schiller. « Elles tissent tes roses du ciel dans la oie terrestre ; elles tressent le lien heureux de l’amour, et sous le voile pudique de la grâce, elles nourrissent, vigilantes et d’une main sainte, l'éternelle flamme des beaux sentiments. »

Mais pour deux ou trois écrivains qui chantèrent et exaltèrent la femme, combien d’autres et combien de textes sacrés la méprisent !

Le Grec Hésiode prétendait que la femme n’est qu’une « calamité donnée à l’homme par Jupiter pour se venger de Promèthée. »

Plaute déclarait : « Inutile de choisir entre les femmes, la meilleure ne vaut rien ! »

On lit dans l’Ecclésiaste : « J’ai trouvé quelque chose de plus amer que la mort : la femme ! »

Les livres du Brahmanisme ne sont pas plus tendres : « Par qui a été fabriqué ce dédale d’incertitude, ce temple d’impudicité, ce champ semé de mille caprices, ce recueil d’erreurs, cette barrière des portes du ciel, cette bouche de la cité infernale, cette corbeille pleine d’artifices, ce poison qui ressemble à l’ambroisie, cette corde qui attache les mortels à ce bas-monde : la femme, en un mot ? » Saint-Bonaventure donnait la même note : « Quand vous voyez une femme, figurez-vous avoir devant vous, non pas un être humain, pas même une bête féroce, mais le diable en personne : sa voix est le sifflet du serpent. »

Saint-Bernard a dit : « La femme, c’est l'organe du diable » ; Saint-Augustin : « La femme est l’augmentatrice du péché » ; Saint-Jean Chrysostome : « De toutes les bêtes féroces, il n’en est pas de plus dangereuse que la femme » ; Saint-Cyprien : « La

femme est une glue envenimée » ; Saint-Paulin :

« Il n’y a pas de femme bonne ».

Pour le révérend père Achille de Barbantane : « La femme, c’est le grand empire qui tyrannise la nature ». Le père Joly, capucin, déclare : « Avec la femme, le plus sage devient fou ».

S’il me fallait choisir entre l’éloge dithyrambique et l’outrage, je crois que je répondrais que les femmes ne méritent....

Ni cet excès d’honneur, ni cette indignité .

Ceux qui, à mon sens, ont le plus sagement apprécié la femme sont :

Schopenhauer, qui a simplement dit : « Les femmes ne sont que des êtres inférieurs et séduisants, dont la mission est de conspirer aux fins de la nature en assurant, peu * l’attrait qu’elles exercent sur l’homme, la perpétuité de l’espèce » ;

Balzac, qui a résumé toute une philosophie en deux lignes : « Les nations disparues, la Grèce, Rome et l’Orient ont toujours séquestré la femme : la femme qui aime devrait se séquestrer d’elle-même » ;

Mirabeau enfin, qui a convenu : « C’est nous qui faisons les femmes telles qu’elles sont : c’est pourquoi elles ne valent rien ! »

Retenons bien ces trois avis, comme des théorèmes dont nous pourrons tirer des corollaires, et constatons immédiatement leur parfaite compatibilité avec la polygamie, et surtout la polygynie.

La première de ces pensées assigne en effet à la femme d’abord son seul rôle naturel de pondeuse, et pose le principe évident de son infériorité intellectuelle, sinon morale. Il est manifeste que, comme tout bateau a besoin d’un commandant, ou au moins d’un pilote, il faut, dans toute union, dans tout

ménage, un chef : ce chef ne peut être que l’homme, chargé d’assurer par son travail la vie de sa femme, puis de ses enfants, comme à la femme incombe le soin primordial d’être une bonne nourrice, une bonne mère de famille, puis une bonne maîtresse de maison. Me basant sur les desseins évidents de la nature, je n’hésite pas, quant à moi, à proclamer que le féminisme contemporain se fourvoie, en ouvrant aux femmes des carrières et des professions qui ne sont point faites pour elles et qui leur feront déserter la tâche que leur a assignée la nature, dont les lois sont impérieuses, car on ne les enfreint jamais sans préjudice pour l’espèce. Je pense, avec Rémy de Gourmont, que « les iravaux masculins diminuent la féminité de la femme, comme les Iravaux féminins féminisent le mâle. Or le devoir d'un être est de persévérer dans son être et même d’augmenter les caractères qui le spécialisent. »

La seconde pensée — celle de Balzac — indignera et révoltera bien des esprits. Et cependant ! la femme — j’entends la femme mariée : on verra plus loin que je laisse tous les droits à la femme libre — la femme mariée, dis-je donc, est-elle capable de jouir sagement de la liberté ? On peut se poser la question quand on voit chaque jour le nombre de bêtises que font même des mères de famille. Qui sait si, en dernière analyse, la femme, qui est une faible et une mineure, n’aimerait pas être sévèrement protégée contre des entraînements d’une heure aux conséquences durables et irréparables ? C’est tellement dans le caractère de la femme d’aimer fïeureter (1) et c’est un penchant si dangereusement

(1) Qu’on me permette de repren4r« aux Anglais les jolis mois de notre vieux français! î

m. tr-S

glissant ! Rappelez-vous ce délicieux sonnet oublié

de Sarrasin :

Faite pour lui d’une main immortelle.

Lorsque Adam vit celte jeune beauté S’il l’aima fort, elle, de son côté,

(Dont bien nous prend) ne lui fut pas cruelle.

Cher Charleval, alors, en vérité.

Je crois qu’il fut une femme fidèle.

Mais comme quoi ne l’aurait-elle été ?

Elle n’avait qu’un seul homme avec elle t

Or, en cela, nous nous trompons tous deux Car, bien qu’Adam fût jeune et vigoureux,

Bien fait de corps et d’aspect agréable,

Elle aima mieux, pour s’en faire conter,

Prêter l’oreille aux fleurettes du diable Que d’être femme et ne pas coqueter /

Alors» évidemment, la solution de la séquestration est au moins radicale. Balzac d’ailleurs l’adoucit seillant à la femme qui aime qu’une auto-séquessingulièrement et en tempère la rigueur en ne contration bénévole. Il lui dit en quelque sorte : « Tu sais que tu n’auras pas, petit garnement, la force de résister à la tentation ; ne va pas ouvrir le placard aux fruits verts, puisqu’après tu auras la colique et regretteras d’en avoir mangé ! » Décidément, ce Balzac connaissait bigrement bien les femmes...

La troisième pensée, enfin, celle de Mirabeau est d’une indiscutable vérité. Je me propose, au cours même de cette méditation, de dire quelques mots de la jalousie, qui est certainement le défaut le plus insupportable des femmes. Qui en est responsable ? L’homme ! Si l’amant ne jurait point à sa maîtresse une passion éternelle et exclusive de toute autre, étant en cela, comme dit je ne sais plus quel auteur,

aussi fou que celui qui garantirait du beau temps pour une année entière, si a,u contraire il disait loyalement à sa compagne : « N’txige jamais de moi ce mensonge de la fidélité dont l'homme est, plus que toi, incapable, soumis qu’il est aux caprices de ce que le socialiste Fourier appelait si joliment « la papillonne » ; mais sois persuadée que les fleurs cueillies en passant, comme des rafraîchissements pris dans quelque brasserie pour calmer la soif, ne sont destinées qu’à décorer l’autel dont tu es l’idole » ; si, en un mot, l’homme, plus franc, plus loyal, éduquait autrement sa fille et sa femme, cette dernière trouverait tout naturel ce qui, en effet, est naturel, car je démontrerai plus loin que c’est la monogamie qui est sans conteste antinaturelle. Mirabeau avait donc raison de dire que si les femmes sont insupportables, c’est notre hypocrisie qui les rend telles. Et ce principe était opportun à poser dès maintenant et -à retenir.

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