VIII. - P olygamie et longévité
C’est surtout peut-être quand on est vieux que le corps affaibli, languissant, ressent le besoin de se réchauffer, de se raviver dans les flots d’une atmosphère chaleureuse, remplie des émanations exhalées des corps jeunes et pleins de vigueur. On pouvait en conclure a priori que le contact de plusieurs femmes et leurs inhalations, c’est-à-dire l’absorption des principes vitaux qui en émanent, devaient prolonger la vie et que, s’il voulait — espoir naturel — passer sur cette terre maudite, à laquelle il a pourtant la faiblesse de tenir, de nombreuses années, l’homme devait s’entourer de plusieurs épouses, vivre dans leur ambiance, absorber leur souffle régénérateur, s’imprégner de leur fluide et de leurs effluves.
Quelques faits d’expérience sont venus vérifier l’efficacité de ces principes : au rapport de Galien, les médecins grecs, pour traiter diverses maladies de consomption ou de dépérissement, faisaient habiter le malade avec des nourrices jeunes et saines et leur ordonnaient d’en téter le lait chaud et crémeux, suave, embaumé et vivificateur. D’après un médecin italien, un jeune homme gravement neurasthénique fut guéri en suivant cette ordonnance non prévue au Codex : passer ses jours et ses nuits auprès d’une nourrice de vingt ans. Bonne et excellente recette à la portée de tous. Un autre médecin arracha à la
mort le fils d’un grand prince italien, atteint, lui aussi, de consomption, en le faisant coucher entre deux jeunes filles fortes et d’une santé robuste.
Le Dr P. J. G. Cabanis (1) rapporte ces faits dans son chapitre Sur la sympathie , de son traité « des Rapports du physique et du moral (2), et en recommande lui-même la pratique.
Bayle cite le cas de Robert d’Arbrissel qui, dans un but à peu près semblable, se livrait au sommeil entre deux religieuses, autant pour lutter avec raffinement contre les tentations de la chair, que pour guérir son corps et son esprit par les émanations des fluides de ces religieuses. Que si vous objectez que Bayle est sujet à caution dans son Dictionnaire historique , par sa haine du monde religieux, nous vous citerons une vieille connaissance déjà rencontrée : le bon médecin Nicolas Venette qui, dans son fameux ouvrage : « De la génération de V homme » (Amsterdam 1732), affirme que les vieillards se ressentent encore plus avantageusement que les jeunes gens de l’influence vitale qu’exerce sur eux le contact immédiat de la chair humaine fraîche. « Etant donné, dit-il, mes expériences en amour physiologique, le corps d9une jeune fille de quinze ans est d’une efficacité suprême, quand nous l’appliquons au nôtre dans la vieillesse; car il nous communique sa chaleur qui est de la même espèce, mais plus vivifiante que celle que nous avons; l’expérience de David nous fait bien voir qu’il n’y a point au monde de meilleur remède que celui-là . »
(1) P. J. G. Cabanis vécut de 1757 à 1808. Tl était le maître de l’Ecole sensualiste, matérialiste et athée, médecin de Mirabeau, ami et beau-frère de Condorcet.
(2) Edition de 1843, chez Fortin. Masson et G!\ 1, rue de PEcole-de-Médecine, page 475.
C*était, en effet, le remède qui fut administré au prince des rois. Pour se réchauffer et se redonner un peu de force, David couchait avec la belle et jeune sunamite Abisag, de la tribu d’Issachar.
C’était une fille d’une grande beauté; elle dormait avec le Roi, le servait; mais Lui n’y touchait pas, au sens biblique du mot : il la laissa toujours vierge.
Et cependant David n’était pas encore très vieux: il n’avait guère que soixante-dix ans, mais cependant ne parvenait plus à se réchauffer (Rois III. 1-4.)
Vingt-six siècles plus tard, Boërhave appliquait avec succès le même remède à un vieux bourgmestre d’Amsterdam. Seulement, comme son client était plus refroidi que le roi David — affaire de climat et peut-être d’âge — le médecin avait cru bon de doubler la dose de chaleur. Son ordonnance spécifiait que le malade devait coucher entre deux jeunes Néerlandaises.
C’est encore le Dr Cabanis qui rapporte le fait.
Dans son « Art de prolonger la vie », (Paris 1832) Haller dit sur le même sujet : « La cohabitation habituelle des jeunes femmes avec les vieillards amenant assez généralement V altération de la fraîcheur des jeunes femmes , on en conclut que le vieillard absorbe à son profit les esprits vitaux de la jeunesse ; qu’en conséquence, il g aurait, pour le vieillard, tout à gagner, s’il couchait avec des jeunes filles surtout non déflorées, en pleine sève vitale alors, parce que vierges encore . »
C’est poussé par cette croyance que Frédéric Barberousse et d’autres souverains du moyen âge faisaient place, dans leur couche, à de jolies filles qui devaient les ragaillardir.
Mais il y a des dangers et des pièges à loups redoutables dans le lit de ceux qui cherchent à se rajeunir ainsi. C’est Chamfort qui l’explique avec sa malice coutumière : « L’amour n’étant que le contact de
deux épidermes, l’application de la théorie longévitale de la chair fraîche par contact doit, infailliblement, chez les jeunes, presque infailliblement chez les vieux, amener la phosphorescence sexuelle de l’un des deux épidermes en contact, sinon des deux à la fois, et alors, le « tout juste ce quil faut en prendre » devient impossible à prendre. » Il n’en est pourtant pas de même pour celui qui se lie par les lois et coutumes de la polygamie, car s’il jouit sexuellement de ses épouses pour sa santé et la leur, il en a acquis le droit, et les droits des autres seraient sauvegardés.
Nous avons d’ailleurs un contact plus étliéré, un autre moyen, moins dangereux, moins phosphorescent et plus à la portée de la masse : c’est l’imprégnation vitale par inhalation. Il faut respirer l’oxygène vitalisé des haleines j eunes et pures. Un vieux marbre romain, trouvé dans des fouilles, portait cette inscription « Clodius Hermippus, qui se livrait à l’éducation des jeunes filles, vécut jusqu’à 115 ans, puellarum anhelitu, c’est-à-dire, par « l’haleine de ses pensionnaires. »
Le docteur Cohausen cite un grand nombre de personnes qui, ayant vécu dans la compagnie de la jeunesse, ont atteint un âge très avancé. Il attribue cette longévité à cette atmosphère juvénile.
Chez les anciens, Gorgias, le professeur d’Isocrate, passa cent huit ans de sa vie à enseigner à la jeunesse; il donnait encore des leçons dans ses derniers jours avec toute la lucidité d’un jeune homme.
Parmi les modernes, l’aïeul de l’helléniste Platerus, qui enseigna toute sa vie au milieu des jeunes gens, épousa à cent ans une jeune veuve de trente printemps, et malgré les glaces supposées de son âge, il ne se refroidit pas au contact de ce corps
• jeune et se comporta maritalement avec élégance et chaleur quelques années encore.
Le maréchal de Schomberg se plaisait à répéter :
« Dans ma jeunesse, j’ai recherché les vieillards pour acquérir près d’eux la maturité qui me manquait ; dans ma vieilesse, je recherche la compagnie des jeunes des deux sexes, afin d’obtenir à leur contact la chaleur de vie qui me quitte. »
Le célèbre vénitien Cornaro, mort à 105 ans, et qui a tracé la voie à suivre pour devenir vieux, y ajoute son exemple : « Je me rajeunissais par l’ entourage de mes onze petits fils, dont l’éducation était la plus chère de mes occupations, et j’ai inhalé, aspiré d’eux une juvénilité telle qu’elle m’a rendu, ma voix de jeune homme, au point que je chantais avec une voix plus claire et plus harmonieuse qu’elle ne l’avait été dans ma jeunesse. »
Mais si la seule fréquentation des jeunes gens donne une insufflation de vitalité, combien cette insufflation est plus active pour l’homme quand elle provient de jeunes filles. Le docteur Cohausen cite un seigneur français qui usait de ce procédé et qui s’en trouvait fort bien. Il avait recueilli dix ou douze jeunes filles pauvres et vivait sans cesse avec elles, ce qui lui donnait gaîté, bonheure et santé. Une vieille dévote s’introduisit un jour dans son « harem de houris » et lui persuada que c’était le diable qui l’inspirait. Le pauvre gentilhomme renvoya ses « anges gardiens vivificateurs », comme il appelait ses jeunes vierges, ses petites protégées: le fluide cessa d’agir, il tomba dans la froideur et le marasme et en mourut. Il n’avait que quatre-vingt-dix ans.
Un fameux professeur de jeunes filles en Angleterre vivait plein de santé, de vigueur, de bon sens, 11 allait, grâce à ses élèves, dépasser sa centième
année : il quitte ses fillettes, en contracte de la langueur et meurt.
Le grand musicien Auber attribuait sa vitalité à l’air assaini, embaumé et sans cesse renouvelé par le souffle frais et vigoureux des jeunes filles qui l’entouraient. Il aimait penser, lui aussi* qu'il approchait de son centenaire et croyait y parvenir, grâce à son fréquent contact de la chair fraîche, au milieu des rieuses escouades de jeunes filles qui venaient chaque jour lui demander leur admission au collège de la rue Poissonnière et qui lui faisaient comme une couronne de fleurs, sans cesse renouvelées.
Le soir où l’on représenta, pour la première fois, au Gymnase « Les vieux garçons » de Victorien Sardou, le vieil Auber, comme si la comédie nouvelle ne le concernait pas, se fit un plaisir d’assister à cette représentation, dans une avant-scène, entouré de belles jeunes filles, et jamais on ne le vit plus finement sourire aux traits décochés contre les vieux garçons, toujours jeune qu’il était, lui, et toujours gai, de cette gaîté qui tient l’âme en un épanouissement sans cesse renaissant. A l’exemple du poète épicurien Anacréon, le célèbre compositeur était toujours couronné de fleurs, mais de fleurs animées.
Et voilà pourquoi la mort oubliait ce malin réfractaire, coquettement caché dans un bouquet dont il était rimmorteL.de.
La fermeture de l’Opéra, ordonnée par la Commune, enleva à Auber son bouquet de fleurs et il en mourut.
Une insurrection politique avait aussi jadis avancé les jours d’Anacréon, cinq siècles avant notre ère. Il fut forcé de quitter l’atmosphère amoureuse où s’écoulait délicatement sa poétique vieillesse, et à laquelle nous devons ses admirables « Odes » ; il
mourut plus de la privation de l’air vital de ses jeunes filles, à quatre-vingts ans, que du pépin de raisin qui s’arrêta dans son gosier.
Un poète anglais, Waller, écrivait, à quatre-vingts ans, que « son plus grand bonheur était de pouvoir se réchauffer aux rayons de la jeunesse et de la beauté. »
Une dernière considération physiologique doit venir à l’appui de cette thèse.
La science contemporaine a eu l’immense mérite de marquer l’extraordinaire influence du moral sur le physique et de montrer par exemple que les aliments mangés avec goût étaient mieux digérés que ceux qui étaient avalés sans plaisir parce que les premiers provoquaient, par l’agréable sensation produite à leur vue, à leur odorat ou à leur dégustation, une sécrétion de salive et de suc gastrique supplémentaires. Ce n’est point métaphoriquement qu’on dit, en parlant d’une pêche succulente à la peau rose et veloutée : « L’eau en vient à la bouche. »
Il en va de même des fonctions génitales.
Le même homme sera épuisé par une seule éjaculation sans grand plaisir avec une femme dont il est las et avec qui il accomplit un geste mécanique, et il fournira au contraire sans fatigue deux ou trois courses, soit avec une femme qui a pour lui l'attrait de la nouveauté, soit avec deux ou trois femmes différentes dans un temps relativement court.
La polygamie offrant l’avantage au mari d’avoir à la disposition de son caprice les charmes de plusieurs corps, il est donc évident — physiologiquement parlant — que sa santé s’en trouvera aussi bien que son plaisir, et que, partant, sa vie sera à la fois et plus agréable et par là-même prolongée.
iiumaine et le Laras kumam
(d’après le Professeur Charles Richet et le Dr Binet-Sangle)
L’homme ne doit pins être, dans l’avenir,
. « le fils du hasard qui lança
Un spermatozoïde aveugle dans V ovaire. »
Jean Richepin ( Les Blasphèmes )
Ce chapitre aborde la plus grave question qui soit pour l’avenir et le bonheur de l’humanité et dont la polygamie, seule , permet la solution rationnelle ; et c’est pourquoi, on va le voir, il devait avoir sa place ici.
Ce problème, qui a préoccupé les penseurs depuis toujours, n’a vraiment été abordé dans toute son ampleur que depuis la guerre par le Dr Binei-Sanglé, professeur à l’école de psychologie,, qui a publié Le haras humain (1) en 1917, je crois, et ie professeur Charles Richet, qui a publié La sélection humaine (2) en 1919.
Je veux surtout résumer ici l’esprit de ces ouvrages, que tout homme conscient devrait avoir lus.
(1) Albin Michel, éditeur,
(2) Félix Alcan, éditeur.
Tous deux reposent sur ce solide syllogisme :
a) La science, seule pourra procurer aux hommes le bonheur ;
b) Or la science humaine ne pourra progresser qu’avec le progrès de l’intelligence humaine ;
c) Donc il faut pratiquer la sélection humaine pour pouvoir faire progresser la machine mentale humaine.
Tous deux déplorent que tant de cris d’alarme aient été vains.
Au cours de sa curieuse étude sur la mégaJanthropogénésie, le docteur Robert Le Jeune rappelle que, dans le cinquième livre de sa République, Platon dit à Glaucon :
« Vous nourrissez chez vous beaucoup de chiens, de chevaux, mais cherchez-vous à avoir des petits des uns et des autres indifféremment, et n'avez-vous pas grand soin de n'avoir de la race que des meilleurs et des plus excellents, de peur que la race de vos chiens ne s'abâtardisse ? » Et 544 ans avant J. -G., le célèbre poète employait cette comparaison, car il disait : « Quand nous voulons avoir des chiens , des chevaux , les ânes, nous cherchons les meilleures races, et quand il s'agit de choisir une femme ou un mari, on prend tout ce qu'il y a de plus mauvais , pourvu qu'il y ait argent ou situation. »
En l’on 550 avant notre ère, le grec Théognis écrivait :
« Quand il s'agit des porcs et des chevaux, ô Kurnos, nous appliquons des règles raisonnables , nous cherchons à nous procurer à tout prix une race pure, sans vice ni défaut, qui nous donne des produits sains et vigoureux. Dans le mariage que nous voyons tous les jours, il en est tout autrement : les hommes se marient pour de l'argent. Le manant ou le brigand qui a su s'enrichir peut marier ses enfants dans les plus nobles familles. Ne t'étonne donc plus, mon ami, que la race humaine dégénère de
plus en plus au point de vue de la forme , de Vesprit et des mœurs . »
Deux millénaires et demi après Théognis, Frosper Lucas, Charles Darwin, de Sinety, Max Nordau tiennent le même langage :
« Dans l’état des mœurs de nos jours, écrit Prosper Lucas (1), un grand nombre des mariés est placé, quant aux circonstances et aux dispositions les plus essentielles de racle, sous l’influence des plus mauvaises conditions où ils puissent l’être pour la santé, Vesprit, la beauté, ces présents du ciel et de la vie qui engendrent l'amour et qui naissent de lui ».
« L'homme étudie avec la plus scrupuleuse attention, écrit Darwin (2) le caractère et la généalogie de ses chevaux, de son bétail et de ses chiens avant de les accoupler : précautions qu’il ne prend que rarement ou jamais peut-être quand il s’agit de son propre mariage. Il est fortement sollicité par la fortune et par le rang. La sélection lui permettrait cependant de faire quelque chose de favorable non seulement pour la constitution physique de ses enfants, mais pour leurs qualités intellectuelles et morales. Tous ceux qui peuvent contribuer à amener cette sélection rendent service à l'humanité. »
« On fait pour l’espèce humaine, écrit de Sinety (3), ce qu'aucun éleveur ne tenterait pour d’autres espèces animales, sans être taxé de folie... Ces unions fatales sont une plaie pour la famille et la société . »
« En se mariant, écrit Max Nordau (4), on songe à tout : au salon et à la cuisine, à la promenade et aux bains de mer, à la salle de bal et à la salle à manger ; il n’y a qu’une chose à laquelle on ne songe pas, la seule essentiel : la chambre à coucher, ce sanctuaire d’où
(1) Prosper Lucas. Traité philosophique et physiologique de V hérédité naturelle . Paris, Baillière, 1847.
(2) Charles Darwin. La descendance de Vhomme. Paris, Reinwald. 1891.
(3) De Sinety. De la stérilité chez la femme . Palis, Rueff, édit., 1892.
(4) Max Nordau. Les mensonges conventionnels de notre civilisation. Paris, Alcan, édit., 1908.
doit sortir l’avenir de la famille, du peuple, de l’humanité, La décadence et la ruine ne doivent-elles pas être le lot des peuples dans les mariages desquels triomphe l’égoïsme des époux et où l’enfant est un hasard non désiré, au meilleur cas indifférent, une conséquence difficile à éviter, mais complètement accessoire ? »
M. le professeur Pinard, de l’Académie de Médecine, que Paris vient d’avoir rintelliger.ee d'envoyer également siéger à la Chambre des Députés, s’indigne éloquemment de cette scandaleuse anomalie :
« Jusqu’à présent l’acte procréateur n’a été qu’un acte instinctif, tel qu’il existait à l’âge des cavernes. C’est le seul de nos instincts n’ayant pas été civilisé. L’acte le plus grand, le plus élevé, que puisse commettre l’homme pendant son existence, celui dont dépendent la conservation et l’amélioration de l’espèce, est accompli à l’aurore du vingtième siècle comme il l’était à l’âge de pierre. Alors qu’ aujourd’hui les éleveurs, les horticulteurs, ont des congrès de génétique où sont étudiées et discutées les questions les plus intéressantes concernant la reproduction des animaux et des végétaux, la race humaine, seule, se reproduit uniquement par le fait du hasard, »
Même cri d’alarme poussé par le successeur de Claude Bernard à la chaire de médecine expérimentale, le savant docteur Charrin, professeur au Collège de France :
« Bien que, parmi les préoccupations humaines, les problèmes concernant la génération et la reproduction de l’espèce doivent se trouver au premier rang, bien que les résoudre, ce soii, dans une large mesure, faire progresser la question du bonheur, il n’est hélas 1 nullement paradoxal de soutenir que peu de sujets demeurent aussi ignorés et aussi délaissés. L’étude théorique et pratique — d’ailleurs fort louable — de la reproduction des chevaux prend plus de temps que celle qui a trait à notre propre espèce, »
Le grand philosophe moraliste Herbert Spencer
abonde dans le même sens, qui n’est au surplus que le bon sens, précisément appelé le sens commun :
« N’est-il pas étrange que, pendant que l’élevage des taureaux de choix et que leur accouplement avec de belles vaches dans des conditions favorables sont une affaire à laquelle des hommes instruits consacrent beaucoup de temps et dp réflexion, le même soin pour l’espèce humaine en soit une qu’ils aient tacitement déclarée indigna de leur attention ? »
Le fait est qu’il est inimaginable et incroyable, quand on y songe, qu’on améliore les races de poules, de canards, de pigeons, de chevaux, de vaches, de cochons, de moutons, voire même les races de choux, de fraises et de violettes, qu’en un mot l’homme améliore et perfectionne tout, excepté l’homme lui-même, alors qu’il le pourrait aussi facilement et aussi sûrement que le reste, grâce aux lois immuables de l’hérédité, qui le régissent également.
Il ne s’agit en effet, dit Charles Richet, ni de fantaisies, ni de rêves, ni de chimères, mais d’un fait positif qui domine toute la vie terrestre : l’hérédité. Les lois de l’hérédité sont connues. On sait que les parents transmettent aux descendants leurs qualités, bonnes ou mauvaises. On soit que, de génération en génération, les mêmes qualités, bonnes ou mauvaises, s’intensifient de plus en plus, si se continue la sélection. On sait que la matière vivante est plastique, comme l’argile entre les mains du potier et qu’on peut façonner des races ; atténuer, amplifier, voire même créer ou détruire certaines fonctions selon le choix des générateurs. On l’a fait pour les plantes, on l’a fait pour les animaux : on n’a pas osé le faire pour l’homme ; et cependant, pour l’avenir de l’homme, on peut tout espérer de la sélection, on ne peut rien espérer sans elle.
Il y a progrès moral, progrès social, progrès humain, quand une génération d’hommes coniie à la génération suivante une destinée matérielle moins pénible, et permet <T entrevoir, pour un temps moins éloigné, une humanité définitivement affranchie et prospère.
Les sociétés humaines ont jusqu’à présent bien mal compris le rôle prépondérant de la science dans l’évolution vers le progrès et le bonheur. Il est de toute évidence que notre devoir moral, impérieux, est de donner à la science, espoir des hommes à venir, une part digne d’elle. Mais les sociétés humaines, belliqueuses, agissent toujours comme si leur sainte et essentielle mission était de lutter l’une contre l’autre. Le militarisme a été et est encore le primordial souci de chaque nation. Or la science a un objet tout différent : l’union au lieu de la lutte, la paix au lieu de la guerre, le concours à une même œuvre au lieu du déchirement intérieur.
Il nous faut, écrit Binet-Sanglé, des hommes beaux, vigoureux, raisonnables, intelligents. Nous ne les bbtiendrons ni par l’impôt des célibataires ni en décorant les mères fécondes. Nous les obtiendrons en aidant à la sélection naturelle par la recherche et le groupement des élites, et par l’institution du haras humain.
Dans son ouvrage sur « L’hérédité psychologique » (1), Théodule Rihot rapporte qu’après Clémence Royer, Johann Spurzheïm estimait qu’on pouvait « créer des races d’hommes de talent en employant les mêmes moyens qu’on a adoptés pour produire différentes espèces d’animaux. »
(1) Paris, Alcan, édit., 1882.
« Nous pouvons, écrit Haycraft (1), perfectionner notre race en adoptant une méthode, la seule efficace : celle de la reproduire exclusivement à l’aide des meilleures et des plus précieuses lignées. »
« On devrait toujours, écrit Cornevin (2), avoir présente à l’esprit la puissance de l’hérédité, dans l’édiction des lois sociales, de façon à favoriser la reproduction des eugéniques moraux et physiques et d’entraver celle des aneugéniques. »
II faudrait cependant un temps relativement court — à peine quelques générations — pour enregistrer des résultats très encourageants, concluants, et d’avance certains. L’aviculteur John Sebright pouvait, en trois ans, obtenir, chez un oiseau, une plume donnée, et en six ans, telle ou telle forme de la tête ou du bec. Ce qui faisait écrire au professeur Broca que « la sélection sexuelle pourrait devenir l’agent le plus puissant du perfectionnement de la race, puisque de la conjonction des êtres bien doués naissent des êtres bien doués eux-mêmes » (3). Et c’est pourquoi, là comme ailleurs, il faut provoquer « une sélection rationnelle », écrivait récemment (4) l’éminent docteur Toulouse, qui a publié tant de volumes et tant d’articles justement remarqués sur la question sexuelle.
Cette erreur sociale paraît à Charles Richet d’autant plus grave que la civilisation, loin de fortifier la race, la dégrade, de sorte que nous allons à l’encontre de la loi qui régit tous les êtres animés. Dans la
fl) Darwinisme and race progress. London, Sonnenschein,
(2) Traité de Zootechnie générale. Paris, Baillière, 1898.
(3) Broca. Les Sélections (Bevue d’anthropologie, 1872.)
(4) Le Progrès Civique (6 décembre 1919).
vie sauvage, la sélection est la conséquence nécessaire de la lutte acharnée qui s’engage entre tous les êtres et où les faibles sont écrasés, donc éliminés. L’impitoyable nature ne prend pas souci des infirmes et condamne les impuissants. L’individu n’est rien et l’espèce est tout. Les médiocres, les inférieurs, les vaincus, n’ont qu’à disparaître. L'humanité fait Vopposé. En effet le fait naturel, c’est l’écrasement des faibles ; le fait social, c’est leur protection. (J1 y a des assistances publiques et privées pour 1' débiles, les rachitiques, les scrofuleux, les tuberculeux, les idiots, les aveugles, les sourdsmuets, etc...) Donc par l’état social se trouve viciée et faussée la grande loi de sélection crui se traduit essentiellement par la survivance des forts. Bien plus, la société actuelle y ajoute cette aggravation que, dans la nature, les combattants n’ont que leurs armes naturelles, tandis qu’au contraire, dans les conflits sociaux, certains d’entre eux (qui ne sont nécessairement ni les plus forts ni les plus beaux) reçoivent à la naissance des avantages et des privilèges qui contribuent encore à fausser davantage les résultats de la concurrence vitale. Quantité de jeunes filles, laides ou difformes, de vieux hommes, mal faits et fatigués, ne tro.uvent à se marier que grâce à leur fortune ou à leur situation, et c’est tant pis pour la race !
D’ailleurs c’est dans tous les domaines et de toutes les façons que la civilisation (qui arme à tort les faibles pour la concurrence vitale et dote d’avantages factives de médiocres individualités qui feront de mauvais reproducteurs), empêche l’union et la sélection sexuelles de s’exercer librement. Aussi son résultat logique est qu’ayant tout fait pour le progrès de l’individu (qui ne devrait pas compter).
elle n’aboutit qu’à la dégradation de l’espèce (qui, seule, importe;. Il faut ajouter en effet l’entassement malsain dans les villes, le manque d’air et d’hygiène, la contamination de plaisirs frelatés, faciles et tentateurs. En sorte que nous sommes menacés non seulement de stagnation, mais de dépérissement, de dégénérescence et d’abâtardissement. Aussi le professeur Richet s’indigne justement — et on le pourrait à moins — de ce que pas une voix ne s’élève pour en prendre souci et avertir du danger.
Ajoutons à cela le fléau de l’ignorance sexuelle, qui fait qu’avant comme après le mariage, la procréation est abandonnée à des hasards aveugles et souvent néfastes à une bonne reproduction (repas copieux, ivresse du mari, mauvaise disposition de l’un des conjoints — cas dans lesquels la femme devrait nettement avoir recours aux procédés très simples de prophylaxie anticonceptionnelle).
Cependant il est indiscutable que les caractères physiques : taille, beauté, santé, vigueur, fécondité, se transmettent par l’hérédité, ainsi que la longévité, la résistance à la contagion ou l’aptitude contraire à la tuberculose. Mais l’hérédité des caractères physiques entraîne naturellement celle des caractères intellectuels ; le système nerveux ne fait pas exception à la loi d’hérédité et l’intelligence se transmet comme toutes les autres fonctions organiques. Ainsi chaque race de chien a son intelligence spéciale.
Pendant deux mille ans, l’humanité a erré à la dérive sans gouvernail ni boussole : les unions ont été livrées à tous les hasards ; il s’est fait des mélanges de toutes les races ; les barbares se sont mêlés aux civilisés ; les criminels et les imbéciles n’ont pas été écartés. Une effroyable anarchie a
dirigé les procréations eties accouplements se sont faits sans guide ni loi.
Si pourtant la civilisation, comme nous l’avons vu, contrarie la sélection naturelle, il ne faut pas retourner à la barbarie, mais faire alors une sélection sociale plus rapide et plus efficace que la sélection naturelle. De même que l’homme a pu perfectionner des espèces animales, de même il pourra — et il le doit — perfectionner sa propre espèce.
Pour le strict maintien de l’espèce et la suppression des causes qui affaiblissent la race, Charles Richet préconise :
a) L’interdiction pure èt simple de la vente de l’alcool dans les débits ;
b) L’isolement, dans les îles, des tuberculeux, syphilitiques, etc...
c) La destruction, pendant la période aquatique de leur existence, des moustiques de la malaria.
Mais, dit-il lui-même, nous voulons mieux :
Une sélection méthodique pour l’amélioration de l’espèce.
Pour cela, d’abord interdiction absolue à la race blanche (supérieure) d’alliance ou mariage avec les races inférieures (noire et jaune).
Puis, comme il est impossible de ne former qu’une aristocratie, apparaît la nécessité de développer la collectivité. II faut arriver à exiger à la fois la santé physique et la santé morale, et, sans sensiblerie, rejeter impitoyablement les anormaux, les débiles, les contrefaits, les maniaques, les dégénérés, les criminels, les crétins, les rachitiques, etc...
Pourquoi nous obstiner à prolonger des existences que la nature veut supprimer ? C’est à force d’être pitoyables que nous devenons des barbares. Que l’Etat ne prenne plus soin des créatures condamnées,
Qu’il s’attache autant à la qualité qu’à la quantité de nos enfants. Un être anormal n’est pas seulement un fléau pour lui-même, une angoisse pour les siens ; c’est encore, s’il est apte à la génération, une menace pour l’intégrité de la race.
« Ecartons donc à la naissance les enfants anormaux avant qu’ils n’aient de conscience, et n’aient, en devenant des êtres pensants, acquis des droits. »
Mais ce n’est pas encore assez que d’écarter de la collectivité humaine ceux qui sont atteints d’une tare organique congénitale : il faut en outre interdire la génération aux malades incurables. La société a le droit strict (et même le devoir) d’arrêter le cours d’une descendance viciée et vicieuse, sinon par la stérilisation, du moins par l’interdiction absolue du mariage. (Il est de même hors de doute que l’humanité de l’avenir adoptera la castration.) Actuellement il est scandaleux qu’on permette le mariage à tous les infirmes, malades ou idiots que le Conseil de révision juge incapables de faire l’exercice ou de balayer une chambrée Le mariage et ses conséquences sont cependant d’une autre importance, puisque le mal d’une descendance chétive est irréparable. C’est pourquoi le droit de se marier devrait être refusé à qui ne peut avoir que de misérables enfants. Il faut en effet bien proclamer et répéter que le mariage n’est pas un droit, mais une protection, un ensemble d’avantages que la société est libre d’accorder ou de refuser.
De son côté, le D* Binet-Sanglé reconnaît que le sarclage, l’épuration de l’espèce humaine s’imposent, mais il propose surtout la création d’un ministère et d’une école de l’anthropogénétique dont nous parlerons plus loin.
Dans le domaine de la sélection humaine qui a
pourtant — on le voit — une importance primordiale, ce n’est point la France, comme je le constatais dans une chronique (1), qui aura eu l’honneur d’être le flambeau de l’humanité.
Dans son remarquable ouvrage « Le Crime et la société » (2), J. Maxwell, qui proclame hautement, comme Wylm, dans « La Morale sexuelle » (3), que la liberté absolue de la reproduction est une erreur et qu’on ne peut avoir le droit de faire des enfants quand on n’est pas apte à en faire de sains de corps et d’esprit, rapporte que, déjà, le système de la castration a été réalisé dans l’Etat d’ïndiana, par la loi du 9 mars 1907, dont le chapitre 215 est ainsi conçu :
« Considérant que Yhèrêditê joue un rôle très important dans la transmission de la criminalité , le Congrès a décidé qu’il sera obligatoirement enjoint aux Etablissements de VEtat chargés de la garde des criminels incorrigibles , des imbéciles , des aliénés , <jY adjoindre à leur administration , outre le médecin de rétablissement , deux chirurgiens expérimentés, au cas où les experts et le Conseil jugeraient qu’il ne convient pas aux individus examinés de procréer, et s’il n’existe aucune probabilité en faveur de Y amélioration mentale de ces individus, les chirurgiens seront autorisés à pratiquer , pour rendre inféconds ces divers individus, telle opération qu’ils estimeront la plus sûre et la plus effective. »
Et, dès 1908, trois cents castrations furent exécutées sans hésitation.
La Suisse a discuté semblable loi, et, la même année, quatre pensionnaires de l’asile cantonal de Wiîl furent castrés, d’ailleurs avec leur consentement (2 hommes et 2 femmes).
(1) La Rafale. Février 1920.
(2) Bibliothèque de Philosophie Scientifique dirigée par le Docteur Lebon, Flammarion, éditeur»
(3) Idem ,
La Roumanie est sur le point d’interdire le mariage aux épileptiques, aux tuberculeux, aux syphilitiques en période virulente.
Les Etats de Minnasota, Wisconsin, Alabama, Tennessee, Géorgie, Colorado, Michigan, prohibent, d’une manière plus ou moins complète, le mariage des épileptiques, des idiots, des imbéciles, des fous, des vénériens non guéris.
L’Etat de Dakota a promulgué une loi obligeant les personnes voulant contracter mariage à se soumettre à l’examen d’un jury médical.
La loi danoise du 30 mars 1906 étend aux relations conjugales l’article 181 du code pénal danois qui punit d’emprisonnement ou de correction le fait d’avoir sciemment ou par imprudence, communiqué à autrui, par un acte sexuel, une maladie vénérienne.
Au Connecticut, l’union légale est interdite aux déments, arriérés et épileptiques, sous peine de trois ans de prison pour le taré et de mille dollars d’amende pour les intermédiaires.
En Pensylvanie, même interdiction matrimoniale aux alcooliques, blennorragiques, syphilitiques, tuberculeux et épileptiques.
La licence de mariage va être désormais exigée dans l’Etat d’Orégon et elle ne sera délivrée qu’après examen médical attestant à la fois un état mental suffisant et l’absence de maladies contagieuses.
En France enfin, je constate avec plaisir dans le n° 1 (d’avril 1923) de la revue Le liseré vert (1), que le club du même nom, fondé sur une heureuse suggestion de Clément Vautel, a décidé d’obliger les candidats au mariage à se soumettre à un examen
(1) 47, rus du Commerce, Paris XV*,
médical. « Où le législateur n’a pas réussi, dit le présent-fondateur M. Charles Fontaine, l’initiative privée doit intervenir efficacement. » Cette obligation, qui fait l’objet de l’article 4 des statuts, a été votée à l’unanimité, moins la voix de M. Le Gentil, qui fut seul à déclarer cette visite contraire à l’esprit français. Les protestations que souleva son objection sont un signe des temps...
Les auteurs, de leur côté, se sont occupés de la question.
Ammon propose (1) de détruire les mauvais générateurs ou dysgéniques en des villes sacrifiées où l’alcool, la prostitution et le jeu les feraient disparaître.
L’américain Gregory, allant plus loin (2), a déposé au parlement de l’Iowa un projet de loi demandant la suppression des incurables notoires et dangereux.
Paul Robin espère (3) qu’on « stérilisera d’office ceux qui ne pourraient s’empêcher d’encombrer l’humanité de dégénérés sans espoir de bonheur pour eux-mêmes et même dangereux pour les autres. »
L’américain Stanley voudrait que nul ne pût contracter mariage avant d’avoir subi un examen physique rigoureux.
En France d’ailleurs, jusqu’au xviii* siècle, il était interdit aux sourds-muets de se marier.
Chez les Grecs, une loi crétoise imposait le mariage
(1) Die aristocratie des Geistes als Lasung der sozialen F rage. Leipziz, Friedrich, 1894.
(2) J. Laumonnier : U eugénétique , Gazette des hôpitaux,
(3) Klotz-Forest : La procréation volontaire . Paris» Aibiu Miche, 1896,
aux jeunes gens les plus remarquables par la beauté des formes.
C’est vraisemblablement ce souvenir qui hantait l’esprit de mon spirituel confrère Clément Vautel quand il déplorait que le champion de boxe Carpentier, qui n’était pas encore marié, fût alors célibataire.
ün Jolloff africain expliquait ffue les membres de sa tribu étaient bien faits, parce qu’ils avaient l’habitude de vendre leurs plus laides esclaves.
Les filles Cafres, avant de se fiancer, examinent le prétendant sous toutes ses faces et lui font, dit Darwin, « exhiber ses allures. »
Les haras d’esclaves créés par les Négriers dans l’Amérique du Sud contribuèrent à la constitution de la superbe race nègre créole. (1)
Le docteur Binet-Sanglé, dont je regrette de ne pouvoir signaler et commenter toutes les idées neuves et hardies, mais toujours justes, préconise le perfectionnement scientifique de l’humanité par :
1° La répression des mauvaises générations (avortement provoqué, infanticide) et destruction des mauvais générateurs (internement — castration — interdiction du mariage — isolement dans des villes sacrifiées) ;
2“ La recherche de bons générateurs des deux sexes;
3° Leur accouplement dans des conditions propices;
4° La surveillance rigoureuse de la gestation ;
5° L’élevage gratuit des enfants d’élite.
Et le Dr Binet-Sanglé en arrive logiquement à cette idée, a priori audacieuse, du haras humain. Et pourtant souvenous-nous de la pensée de Rémy de Gourmont que j’ai citée en tête du chapitre sur la polygamie chez les animaux.
(1) Vacher de Lapouge : Les sélections sociales, Paris, Thorin, 1896.
Pour l’homme, dit le Dr Binet-Sanglé, nous n’en sommes encore qu’à la première phase des haras particuliers, représentés par des agences matrimoniales qui ne sont d’ailleurs que des cabinets d’affaires. Voici le prospectus typique d’un agent matrimonial, sans un mot de la constitution, de la santé, du caractère, de l’intelligence et de la moralité des candidats au mariage : « 18e année, Ancienne maison X , 17, rue... Spécialité. M. de X., négociateur en mariages. Dirige habilement et occultement les mariages les plus difficultueux, tant en France qu'à l'étranger, possède un riche répertoire de messieurs, dames et demoiselles , ayant dots et fortunes jusqu'à plusieurs millions, fortunes liquides et bien assises dont, à l'avance, on pourra faire contrôler les titres par son notaire ; enfin donne des conseils sur la forme et la rédaction des contrats de mariage. » C’est avec un tel système de mariage qu’on vérifie la justesse de l’apostrophe d’Etienne Rey : « Il y a un amour que Von appelle vénal, pour laisser croire que l'autre ne se vend pas. »
Je renvoie le lecteur désireux de connaître les idées détaillées du D1 Binet-Sanglé sur le recrutement et le fonctionnement de son haras à la lecture de son livre, dont je citerai simplement ce résumé, par quoi en verra que la création de ce haras implique l’établissement légal de la polygamie en France:
Sur un million d’hommes, cinq cents environ sortent de la moyenne, cinquante sont vraiment remarquables, un est tout à fait supérieur. La population de la France étant d’environ quarante millions d’habitants, on peut prévoir que le haras contiendra, en comptant les membres étrangers, cinquante pensionnaires, soit, étant donné la différence des sexes au point de vue de l’intelligence et de l’énergie, 45
hommes et 5 femmes, soit encore 10 couples et 40 célibataires mâles. Ces quarante célibataires devront féconder, à raison de 3 par décades ou de 108 par an, les femmes célibataires appartenant aux élites nationales et provinciales : 4.320 femmes d’élite seront ainsi annuellement engrossées.
Le mâle de chaque couple pourra féconder non seulement sa femme, mais les femmes des élites admises momentanément au haras, et la même licence sera accordée au mari dans les couples libres. Autrement dit, le délit d’adultère disparaîtra du Code pénal.
Rien que pour cette dernière phrase, que le Dr Binet-S'angié soit loué !
Il appartenait à un médecin, fixé sur la valeur de la fidélité, de revendiquer, au nom de la nature et du progrès, le droit imprescriptible de l’homme au changement de femme rationnel, méthodique et organisé, c’est-à-dire à la polygamie légale, naturelle et scientifique.
Ajoutons enfin, pour être aussi complet que possible, que le curieux bulletin bibliographique de l’éditeur Georges Grès « Vient de paraître » m’annonce, au moment de mettre sous presse, que M. José Germain prépare Le roi des coqs, où il soutiendra « une thèse très osée sur la régénération d’une race par le haras humain ».
X. — Rapports sexuels du polygame et de ses femmes ou moyen pour 1 komme de satisfaire plusieurs femmes.
La science des caresses et 1 art d aimer.
« S'il y a quelque personne impudique qui lise ce que fai écrit des plaisirs de l'amour dans le mariage , qu'elle accuse plutôt sa propre turpitude que les paroles dont fai été obligé de me servir pour expliquer ma pensée sur la génération des hommes. »
(Saint-Augustin.)
« Jouir, voilà la sagesse ; vertu. *
faire jouir, voilà la (Proverbe arabe.)
Car c’est contre la polygamie Je gros argument — l’autre étant la jalousie des femmes. Ces dames craignent d’en être réduites, si j’ose dire, à la portion congrue !
J’ai déjà indiqué, au cours des chapitres précédents :
1°) que la femme normale — celle qui est le plus près de l’instinct, toujours faussé par la prétendue civilisation - — ne devrait souhaiter et rechercher de rapports qu’un peu avant ou immédiatement après
ses époques, parce qu’elle a alors des ovules dont la fraîcheur fait de plus beaux enfants ;
2°) que la polygamie est moins fatigante pour Phoinme que la monogamie, en raison des considérations physiologiques que j’ai développées au chapitre de la longévité.
Je voudrais maintenant indiquer comment le mari et ses femmes devront se comporter. Non pas que j’aie la prétention d’apprendre à mes lecteurs ce que leur enseignent si bien le Kama-Soutra ou mieux encore les Parais ch^nels qu Br XagpL qui reconnaît lui-même que, sur les cent trente-six positions qu’il décrit, il en est une vingtaine de réservées aux acrobates, pas plus que je ne voudrais aller sur les brisées de mon aimable confrère Pierre Bonardi, qui a eu bien tort de penser que l’enchantement de la Sirène pourrait seul nous initier à son délicieux Rituel de la volupté .
Mais je déplore, avec le Dr Jules Guyot (op. cit .) qu’on ait « jusqu’ici négligé , comme de parti pris, la question la plus importante de la façon d’être dans le mariage, qui domine si bien toutes les autres qu’il semble qu’elle soit devenue maîtresse de toutes . »
Je songe au chapitre précédent sur la sélection sexuelle, condition indispensable et première du progrès humain, et je pense, avec le docteur Edouard Toulouse (1), que le choix de la maternité a une conséquence fatale immédiate pour la race :
« Du moment que la femme ne subit plus aveuglément V instinct de la reproduction et qu'elle cherche le moment et les circonstances les plus opportunes pour elle , il est évident que les résultats doivent être supérieurs en qualité . »
(1) Les conflits intersexuels et sociaux . Paris, Fasquelle,
Et surtout je ne voudrais point, pour une question ridicule de pruderie imbécile, paraître esquiver la discussion d’une objection fréquente à la polygamie.
Je dirai donc d’abord que ce choix de la maternité, ne devant se faire qu’autour du moment des règles, n’est par conséquent possible qu’une semaine sur quatre. J’entends bien que nous sommes assez dépravés pour être capables de rechercher dans l’acte sexuel autre chose que ses fins naturelles. Mais alors je ferai valoir les considérations suivantes :
1°) Le Dr Bourgas, qui combat la polygamie avec un argument d’ailleurs faux, admet cependant qu’elle est un correctif nécessaire à l’abstention de rapports imposée à l’homme avec sa femme, pendant et après sa grossesse. Pendant de longs mois, cette femme-là ne fatiguera pas son mari, qui pourra faire bénéficier ses autres épouses de ce qu’il ne dépensera pas avec elle.
2°) Une éducation sexuelle complète et appropriée pourrait faire comprendre aux femmes que, de même que les humains doivent se partager les récoltes et les fruits de la nature, les femmes doivent se partager équitablement les hommes, moins nombreux qu’elles. Il suffirait de les faire méditer, avec Rémy de Gourmont, sur la polygamie chez les animaux, notamment sur le sort des pauvres femelles cousins qui sont dix pour un seul mâle, et de leur faire comprendre, dans une déclaration solennelle des droits et devoirs de la femme et de la citoyenne, que chacune d’elles ayant droit à une part de gâteau, aucune n’a le droit d’être trop gourmande, au point de priver ses soeurs.
3#) Enfin et surtout elles accepteraient leur sort
avec joie si — et ici j’appelle toute l’attention des hommes, mes frères — leur mari savait remplacer la quantité par la qualité. Il est si peu d’époux qui sachent satisfaire leur femme, et il en est tant au contraire qui sont immondes d’égoïsme, d’ignorance ou de brutalité. Il me faudrait citer cent auteurs qui ont crié la désespérance de la femme, qui se sont fait l’écho de ses doléances, qui ont dénoncé son droit non seulement à l’amour, mais au plaisir. Le sort d’un ménage, a dit Balzac, dépend de la première nuit. Michelet l’a confirmé. Le Dr Seraine a parlé du « viol légal », de l’effroi, du dégoût et de l’aversion de la femme pour son mari. Et Alexandre Dumas fils a repris le mot en le précisant : « Oui, le viol légal est consacré, mais le viol, aussi repoussant dans sa forme que celui que la loi condamne. » On a cité d’innombrables cas de veuves ou de divorcées qui, après dix ans de mariage, ne connaissaient pas encore la jouissance sexuelle...
Eh bien ! pour ne paraître ni outrecuidant ni pornographe en une matière qui est, paraît-il, délicate, — car je partage l’avis précité de Montaigne, je me bornerai à rappeler le conseil purement médical de l’immortel Ambroise Paré, le père de la chirurgie française, conseiller successif de quatre rois, aussi remarquable par sa sagesse que par sa religion, et qui, comme le dit le Dr Jules Guyot, n’a pas cru souiller sa vénérable plume en écrivant un chapitre sur « La manière d’habiter et de faire génération » . Voici comment il s’exprime dans son traité intitulé « De la génération de V homme », publié en 1573 :
« L’homme estant couché avee sa compagne et espouse, la doit mignarder, chatouiller, caresser et esmouvoir, s’il trouvait qu’elle fût dure à l’éperon, et
le cultivateur Centrera dans le champ de la nature îuimaine à l’estourdy, sans que premièrement n’ait fait ses approches, afin qu’elle soit esguillonnée et titillée, tant qu’elle soit esprise du désir du masle, et que l’eau lui en vienne à la bouche, afin qu’elle prenne volonté et appétit d’habiter et faire une petite créature de Dieu, et que les deux semences se puissent rencontrer ensemble, car aucunes femmes ne sont pas si promptes à ce jeu que les hommes, s
On ne saurait, en ce vingtième siècle, mieux parler qu’au seizième, et Pierre Bonardi lui-même n’aura pas inventé « la conjonction des liqueurs . »
Mais je m’en voudrais de ne point citer le commentaire qu’inspire au bon Dr Guyot ( op . cit .) le conseil d’Ambroise Paré :
« C’est parce que le mâle ne se préoccupe habituellement que de son plaisir personnel que la théologie autorise l’épouse, proh pudor 1 — plutôt, il est vrai, en vue de la conception que de la satisfaction des sens — à compléter elle-même la fonction, c’est-à-dire à se donner le spasme génésique.
« N’est-il pas étrange que nous ayons des chefs de cuisine, des parfumeurs émérites, des professeurs d’optique, des maîtres de musique, que nous étudiions, suivant des lois mathématiques, ou sur des principes scientifiques, tout ce qui concerne les muscles, le goût, l’odorat, la vue et l’ouïe, et que nous abandonnions l’exercice du sens dominateur de l’existence humaine, dans sa création, dans son cours et dans sa dernière fin, aux seuls instincts égarés par les lazzis, les chansons, les comédies, les romans, les images obscènes et la tradition des courtisanes et des débauchés ? »
Dans son intéressante plaquette, déjà citée, André Lorulot paraphrase en quelque sorte Ambroise Paré et, après avoir posé comme indispensable la « science des caresses », il précise cette utile discrimination entre les sexualités de l’homme et de la femme :
<? Si la sexualité de V homme est exigeante , impérieuse, ardente , celle de la femme demande à être éveillée progressivement et avec délicatesse . Fût-elle très amoureuse, la femme ne se précipite pas à lf union sexuelle auss4 goulûment que son partenaire ..c C'est d'une façon graduée que s'enflamment ses sens et qu'elle parvient, minute divine , au summum de la volupté . Les préliminaires de V amour ne sont donc pas une vaine invention de la perversité , mais un stade indispensable de l'art d'aimer. Combien de maris ont déjà terminé leur rapprochement, alors que la femme commence à peine {et pas toujours) à s'émouvoir dans sa chair. Aussitôt calmé, le mâle cesse de courtiser ou de caresser sa compagne, et il la laisse à son « insatisfaction ». Source de souffrances et même de troubles organiques et nerveux chez la femme . « Science des caresses » ne signifie pas dévergondage ou perversion »
En conclusion de ce chapitre, je crois que si mes maris polygames sont de savants amoureux et donnent à chacune de leurs femmes un repas substantiel, elles en préféreront un seul, plus rare, à dix plus fréquents qui leur laisseraient ou l’impression d’être à jeun ou cette impression plus cruelle encore de s’être approchées de la table d’amour, d’en avoir eu, comme nous disions à un chapitre précédent, l’eau à la bouche, sans avoir pu elles-mêmes se restaurer autrement qu’en ayant recours à cette lamentable fraude que tolère si complaisamment, nous venons de le voir, la théologie.
Et ainsi ils feront mentir Michelet, pour qui un sérail n’est qu’un amour de chenille traînant de rose en rose et gâtant le bord de la feuille sans atteindre le calice. Car ils auront, eux, atteint le calice de chaque fleur, comme la nature, en le permettant, a montré qu’elle le voulait...