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qu'elles pouvaient présenter de défavo-. |
rable ou d’hostile. Il me parut inutile de
provoquer une explication qui viendrait
toujours trop tôt. Je prétextai la- fatigue du voyage et lui souhaitai bonine nuit.
— Oh! moi, mon enfant, me dit-elle, je ne dors plus depuis des mois.
Ce fut là son seul reproche.
Elle me tendit ses joues à baiser. Pour
elle, elle ne m'embrassa point, non qu'elle voulût précisément me témoigner par là son amertume, mais, hormis les moments de l’arrivée et du départ, elle ne m'embrassait jamais.
| At TR PAU sitôt levé, j je me rendis Je : maison qu'avait habitée l'oepdants, à
Le prés. On fanait. C'était un dimanche, mais le foin ne sait pas attendre : une horée, une pluie d’une heure, c'en est assez pour Jle pourrir, Je voyais, au-dessous de moi, - es fémmes retourner avec des fourches & les longues lignes d’herbes abattues, les js hommes charger les charrettes, les enfants ch : bousculer en: les meules, tandis qu
* É de paysage, quin me frappeit LAN Ke =. 4 ne j* ’en éme de RÉTR m eh de La
on y voyait, accrochés sur les murailles, des têtes de loups, des brocards et des hures de sangliers. Au-dessous de chaque trophée, un petit carton jauni racontait l’odyssée de la bête, où la meute l'avait lancée, le trajet qu'elle avait suivi, les chiens qui l’avaient mise à mal, le chas-
seur qui l'avait servie. Tout cela sale, -
vermimeux, caduc, de cette tristesse spéciale du poil qui a perdu son brillant.
Le long séjour de Léonard n'avait pas peu contribué à enlaidir ce logis. Je ne pouvais pourtant m'engager dans des réparations coûteuses : quelques cheminées à refaire, des papiers à remplacer, des fenêtres à assujettir, et surtout un grand nettoyage, c'était à quoi se bornait ce que je voulais entreprendre. Le maçon et le charpentier étant, eux aussi, dans les prés, il fallut attendre
huit jours avant qu'ils se missent à la besogne; et je crois bien que ma mère finit par s’imaginer que j'avais renoncé au
projet de faire venir ma maîtresse. Cet .
espoir fit naître entre nous quelque agré-
ment et de la douceur. Mais un matin,
elle m'aperçut qui traversais le petit bois
en compagnie du charpentier. Elle nous eut bien vite rejoints, et dès que cet
homme m'’eut quitté :
— Tu la fais donc venir? me dit-elle en se contenant encore.
— Écoute, répliquai-je avec cet accent
froid et poli qui me semblait le signe de ma supériorité, expliquons-nous nette-
ment. Je déteste le mensonge.
— Je le déteste autant que toi, reprit-
elle.
— En ce cas nous serons vite d'accord.
La tranquillité que j'affectais acheva de
ne
84 LA MAITRESSE SERVANTE 1e
l’exaspérer. Elle ne put se maîtriser plus 3 4 longtemps; elle éclata en reproches pas- DR : A a Sat d'à 1 * sionnés. Moi, je ne pensais qu’à oppose.
1 s »] P on PP p,
le plus grand calme à ce déchaînement de fureur, Je l'écoutais avec cette déférence que l'on a pour quelqu'un qui vous
raconte un malheur auquel vous ne pou- = | vez rie; j'admirais son énergie, la force ‘ de ses expressions, son aisance à retourner
| ‘7e même argument sous vingt formes;
: Feb de la pitié pour elle, mais je n'étais pas ému.
A partir de cé moment, la trêve qui
s'était établie entre nous se trouva sus-
AE pendue. Nous ne nous adressâmes plus le.
parole que pour régler des questions inté= ge +
ressant le domaine. #4
Ce domaïne se composait de métairies dispersées, fort éloignées les unes des autres, et réunies dâns notre famille par le hasard des héritages. J’allais de l’une à l'autre à cheval ; je renouais connaissance avec mes métayers et mes terres; je me faisais montrer les bornages, indiquer le nom des pièces; j'étais étonné du plaisir que je prenais à ces occupations nouvelles, où l'agrément du pittoresque se joignait à des soucis d'intérêt.
Charmantes matinées! On part à la
pointe du jour, on n’y voit pas à trois mètres; mais des bruits de faux vous annoncent que cà et là, autour de vous, les gens sont à la besogpne, et quand le soleil se lève, on reste tout interdit de voir tant de monde dans les champs. Sur les pentes et dans le fond des vallées, les faucheurs, à petits pas, s’avancent, les jambes écartées, avec une régularité parfaite mais qui n'a rien de mécanique.
. Devant eux, indifférémment, la bonne et
la mauvaise herbe tout humide de rosée
se couche sur le pré ras tondu. Parfois
une lame rencontre, en décrivant sa courbe, quelque taupinière qui l'arrête, un juron s'échappe dans l’air, et puis le bruit de l'acier recommence, toujours
pareil à lui-même comme le chant de l'oi- |
seau.
Je m'arrêtais pour parler à mes gens,
échanger avec eux ces plaisanteries traditionnelles que je connaissais depuis l’enfance, car ce n’est pas en un jour qu'on
apprend à parler avec un paysan. Il faut
connaître son-badinage, répondre par d’autres badinages, deviner la pensée qui
se cache sous je ne sais quel air de ne rien
prendre au sérieux, quel scepticisme villageois. D’une métairie à une autre, l'esprit, le caractère changent. Il n’y a pas jusqu’à la langue, au patois qui ne varie. Rien
pourtant dans la nature ne paraît s'être
modifié : là, peut-être un peu plus de bruyère; ici, plus de châtaigneraie. Mais l'âme est sans doute sensible à des
influences secrètes qui n’atteignent pas les
autres productions de ce sol un peu rude, Aujourd'hui, je me rends compte de ce
qu'il entrait de vanité dans le plaisir que j'éprouvais alors à me livrer à cette vie
naturelle. Je me croyais au-dessus de cet étroit univers; je le dominais, je le jugenis ; je goñtais en citadin un charme, une grâce
dans le reste de l’année. Avec le temps j'ai 5h bien changé. J’en suis arrivé, je crois, à # aimer la campagne comme peut l'aimer un
étonner d’une belle matinée ; nous paraissons insensibles, nous n'entendons plus
dans le bois; mais si la caille ne chantait plus ou si le ramier se taisait, vous nous
4 été, maintenant non. »
champêtre qui n’est jamais plus éclatante |
paysan. Le ciel, la terre, les gens, les bêtes nous jettent dans des préoccupations sans L fin; toute poésie semble nous être étrangère, et l’idée ne nous vient pas de nous
la caille qui chante dans notre blé, nile mâle de la tourterelle qui appelle sa femelle
entendniez dire : « Autrefois il y avaitun
Le soir, quand la journée finie ma
LA MAITRESSE SHRVANTE 89 | mère remontait dans sa chambre, j'allais‘, 04 ne m'asseoir à la cuisine et te m'y peer AVE un moment. NE ne Cette cuisine, sans cesse animée par lé":
__ passage des paysans venus rendre des comptes ou apporter des denrées, étaitle seul endroit vivant de notre grandemaison. Toutes les rumeurs de la contrée y fe baibet: en un instant, 'et, à quelque à “heure qu'on y entrât, on y trouvait des | gens attablés. On voyait là ma nour- — rice; le euré, Éloi l’idiot qui amusait nos servantes, notre — Ferdinand, nn ee
à l’heure où l’on mangeait la soupe.
Si je m'’arrête complaisamment à sa romanesque figure, c’est qu'elle est à mes
yeux l’image de notre noblesse terrienne
qui s’effrite et va disparaître. Elle appartenait le plus authentiquement du monde à l’une de nos grandes familles, et pour ne pas apporter une précision indiscrète, je vous laisse à choisir entre les Mortemart,
les Noailles et les Ségur. On s'en aperce-
vait du reste, encore qu'elle fût illettrée,
à l’arrogance de son langage et au grand
air de ses façons. Nos domestiques ne l’ai-
maient guère, mais cela lui était indiffé-
rent, car elle se sentait plus près de nous que d’eux. Sa manie était de croire qu’on
l'avait dépouillée injustement de ses biens,
et qu'il lui était possible de rentrer en possession d’un héritage imaginaire. Jamais
.. on ne la rencontrait sans un vieux livre de
messe qu'elle ne savait pas lire, et où elle tenait enfermée une feuille de papier timbré, intacte et jaunie par les années. Dès que j'entrais dans la cuisine, elle venait me demander, pour la millième fois peut-être, d'écrire sur cette feuille magique l’objet de ses réclamations. L'an dernier, on l’a
- trouvée morte dans un fossé du chemin, son livre de messe auprès d'elle, mais la feuille de papier timbré lui avait été volée.
- Ah! Monsieur, revenez chez nous!
Venez voir les dernières flammes d’une
cuisine en Limousin. Hâtez-vous. C’est une chose qui meurt et qu'on ne reverra
jamais plus. Sans doute, bien longtemps
encore, on verra se perpétuer dans nos
campagnes une vie assez pittoresque ; long- - temps encore, on entendra le claquement
des sabots sur les dalles, mais ce qui flot-
elle, je lui vantais ie beauté de la Qu
9à LA MAITRESSE SERVANTE tait dans nos cuisines d’intime et de familial s’en va chaque jour un Pa avec la fumée des toits.
La certitude que ma maîtresse allait bientôt m'apporter ce qui manquait à cette vie trop sévère, m'entretenait dans un parfait contentement de moi-même. Je me Des faisais une joie naïve à l’idée de me mon= trer à elle dans l’appareil de ma petite royauté rustique, et cette satisfaction de 54 puérile vanité se confondait dans mon SI | ne ne A de la revoir. ne
pagne, je lui donnais sur mes occupations à # Fes ces mêmes détails familiers dues
hier encore, m’'ennuyaient tant à lire dans les lettres de ma mère.
Elle me répondait par des lettres glacées et brûlantes, où les raisonnements les plus froids faisaient place tout à coup aux élans de la passion la plus vive. Dans la même page, elle acceptait et refusait de me rejoindre; elle me parlait de la maison que j'aménageais pour elle, et presque aussitôt de la manière dont elle pensait vivre à Paris; elle m’appelait de tous ses désirs, puis soudain redevenant clairvoyante et désolée, elle me montrait tous les obstacles qui s’opposaient à sa venue, et laissait voir une fierté sans emphase qui préférait l'abandon aux tristesses d’une lutte avec ma mère.
Ce débat de son âme passionnée et de son esprit raisonnable venait irriter mon désir de surmonter ses résistances; une
Er OUR A / QUES f” VE ET Led. © AL et du
# A "1 v. " A: ‘ À 9 5 | #1 DA Re à : «A / % g:
"a 9% LA MAITRESSE SERVANTE 5 “ vague jalousie contretout ce qui pouvait 4 Ja retenir à Paris lui donnait un nouveau 1 ER: prix à mes yeux; enfin, Monsieur, ses
ASS arrivaient à produire sur moi l'effet qu'une coquette eût pu attendre pi | plussavantes roueries. ; E Quand tout fut prêt dans sa aie à
luiécrivis pour lui dire is ‘elle m'annon-
la gare.
VE -çât son arrivée, et que ] ‘irais l’attendre à fc ; Fe 4
facteur qui desservait le Pradeau ait chez nous vers midi. Nous étions 8 à table. On remettait les lettres à àma mè ei elle gardait celles qui lui étaient Ne dressées ; et je savais d’avance que] avais ER A lettre de Mariette rien HR ‘au . de
sur te pre Hendiépre qu un. is Be t infaillible Jui avait fait, dès la Pre LOS | reconnaître. & à hi k
96 LA MAITRESSE SERVANTE Me.
À voir quatre pages serrées quand je .
— n’attendais qu'un mot, je devinai ce qu’un si 4 rapide coup d'œil me confirma tout de suite : - elle refusait décidément de venir. 4
. en éprouvai une irritation vis Le
tante de-Jumilhac qui m'atrachait autre fois Eugénie Grandet dans les mains. Ji l'avais toujours détestée. Je ne pouvais $ souffrir en elle une façon de tout rapporter à la aan et à la morale, ne. d’ ailleurs: |
rattachait à elle, jusqu'aux chiens, aux
chevaux de sa maison, qu’elle préférait à
ses domestiques parce qu'ils étaient plus
esclaves ; la vanité de paraître brillante, |
même dans une église de village, et un goût de l'importance qui faisait le contraste le plus irritant avec la simplicité de sentiment qu'elle affectait ; sä manie d’af- firmer à tout moment qu'elle était inca-
paeble d'admettre que les gens fussent où |
méchants ou menteurs où débauchés, et pourtant l'esprit le plus soupçonneux, le
plus méfiant, le plus inquiet, l'oreille la
plus attentive à surprendre les propos les plus innocents, la pensée la plus encline
demi, un geste sutpris à la dérobée; bref, uné de ces âmes demeutées en dehors du siècle, puissamment établies sur un petit nombre de principes, et chez qui une | 7
: à mal interpréter une phrase entenduë à
JE 3 PV ci ton Le
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