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L CHAPITRE II D

Sauter du train, débarquer dans une # station perdue, être salué du chef de gare + et de l’homme d'équipe, aller à sa voiture ” et s'entendre appeler de son petit nom par son cocher, être reconnu par les bêtes et les flatter de la main, s'inquiéter de leur santé, apprendre que la jument a boité quelques jours, s’abandonner au trot vigoureux des chevaux qui s’apaise au milieu de la côte, et découvrir soudain un immense paysage, qu’on s'étonne presque 240

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de retrouver là et qu’on est surpris plus encore de reconnaître jusqu’en ses moindres détails, traverser un village, attirer les enfants curieux du bruit qui passe, stationner une minute à la porte du bou-

langer pour faire la provision de pain

frais, dépasser les carrioles, entraîner derrière soi quelque boutrique emballée,

sentir venir le soir, s’envelopper dans son

manteau, dire au cocher : « Pierre; il fraîchit » et s'informer s’il y aura de la

chasse, arracher à la charrette de foin que l'on croise une poignée d'herbe entore

humide, rencontrer des métayers et rire

de leurs exclamations étonnées qui vous

suivent longtemps, apercevoir un instant au sommet d'une côte le toit de son logis puis le perdre de vue, sentir les chevaux

fatigués ralentir leur allure et tout à coup |

la précipiter car ils ont reniflé l’écurie,

Fe entrer sur son propre domaine, rouler à : entre des bois et des champs qui sont à. ne vous, prendre un brusque tournant que | LENS les bêtes connaissent, abandonner la route, pénétrer dans l'allée, arriver dans | la cour, toutes ces impressions, je les avais éprouvées bien des fois depuis le.

à temps où, petit collégien, je venais au

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enser que j ‘étais i ici le maître, se HA Seed & ce moment, je savais s pe |

"van

plaisir à se gâter par des récriminations

fastidieuses son bonheur de me revoir.

Aujourd'hui qu’elle avait contre moi trop de raisons de plaintes, je ne doutai pas qu’elle n’entamât sans délai une discussion violente, à laquelle dans le loisir du voyage je m'étais soigneusement préparé.

Je descendis à la salle à manger. Ma”

mère ne s'y trouvait pas encore; et déjà, dans cette pièce où rien n'avait bougé

depuis les jours lointains où je m'y .asseyais sous son regard sévère, je me

sentis moins à l’aise.

Pendant tout le diner, la présence du domestique nous empêcha de causer librement. Nous abordions vingt sujets qui en tout autre moment auraient pu nous intéresser, mais nous avions l'esprit ailleurs et la conversation tombait vite. J'étais stu-

LA MAITRESSE SERVANTE Ha © a

péfait de son silence sur la seule question

qui nous préoccupât l’un et l’autre; je En souffrais de ne pouvoir me défendre sel ‘3 contre ses muettes accusations; je m'en | À.

sentais humilié; j'attendais, vous le dirai- 1 2588) je? j'espérais presque ses reproches. Peut- Rte

… être elle-même désirait-elle que je misse la ” conversation sur l’objet qui nous divisait,

et dont notre esprit à tous les deux ne se * a 0e ve détachait pas un moment. ! à Quand le repas fut fini et que le domes- TRS

tique nous eut quittés, je pensais qu’elle 1 énfin me dire tout ce qu’elle avait sur le cœur. À mon extrême surprise, elle se mit à me parier de la mort de Léomard et de ses malversations. On avait » trouvé dans son coffre plus d'argent qu'on aurait pu le penser, même en CONSI= , dérant sa parcimonie qui était grande ; et bien qu'il fût hors de doute que nous eus-

sions perdu sans lui des sommes beaucoup | plus importantes, ces quelques misérables centaines de francs, dont les gages qu'il | avait reçus, pendant quarante ans de … bons services, ne pouvaient rendre ie compte, irritaient autant ma mère que 4

l'eût fait une moisson grélée, le feu dans

un de ses bois, une épidémie sur son … bétail. « Eh! quoi, pensais-je, voilà un …

homme qui, pendant plus de quarante ans,

s'est usé à notre service. Il ne Ci pas £ chez nous la moitié de ce qu'un autre |

homme, et pour faire moins de hein ; |

aurait exigé à sa place. La belle affaire qu'il ait volé, par-ci par-là, quelques à écus! » Je ne voyais pas qu’en s'indignant … contre lui avec trop d’âpreté peut-être, ma mère faisait preuve à son endroit d’une affection autrement noble et profonde que … celle que je lui témoignais avec mes.

ls regrets et mes airs désintéressés!

doute, elle ne décolérait pas de ir qu'on l'avait volée, mais plus que

gent dérobé elle regrettait cette tache à À M onneur du vieux Léonard. C'est qu'elle

erdait encore avec lui une de ses illuns : la croyance en l'honnêteté absolue homme. Et rien ne lui était plus ble el + éternel RnB qu “elle

54 La lampe qu’ on y avait doués

mit dû longtemps filer, car une fine ë

ne fit que passer dans la maison. Il y a ainsi de ces gens qui sont liés pour toujours à quelque événement de notre vie et qui disparaissent tout à coup sans laisser d'autre trace que leur souvenir d'un ; moment. Je le revois encore, ce François, tremblant comme la feuiile sous les coups de cet orage qui crevait sur ses épaules et qui m'était destiné. Et moi, poursuivant toujours mon monologueintérieur : « Une BE: lampe qui fume, me disais-je pendant ‘4 . qu'on ouvrait les fenêtres et qu'on bros- ; SA sait les meubles, irrite à ce point ma mère que l’arrivée de ma maîtresse ne peut l'ir- 08 riter davantage. » Je ne vis plus dans son ù chagrin que la contrariété sénile d’une femme qui avait pris l'habitude de mettre sur le même plan tous les événements 3 adverses, ‘et qui avait dressé son esprit à ne plus considérer dans les choses que cé

en ÿ ; *

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