‹ La maîtresse servanteChapitre 16 sur 41 · À LE « FONT · texte numérisé non relu

À LE « FONT

Comme ils ne voulaient paraître à l’église qu'avec cet insigne de leur ordre, chacun ne venait à la messe qu'une fois les trois dimanches. Le curé appelait la bénédiction du ciel sur le Roi et sur les Princes, et puis sur les trois Gentilshommes ; et il demandait à Dieu de les maintenir en pauvreté, car de leur pauvreté dépendait la tranquillité de la paroisse.

Il n'y a pas longtemps encore, tout hobereau de chez nous qui se rendait à Paris descendait rue de Varenne, à l'hôtel de Jumilhac, y logeait comme à l'auberge, sans être autrement invité ni qu’il en coûtât autre chose qu’une visite au Marquis.

Cela ne se fait plus aujourd’hui. Le vieux marquis de Jumilhac s'étant un jour plaint à mon père, avec un peu d'amertume, que lors d’un séjour à Paris il ne fût pas allé l'y voir, et qu’il y a seulement vingt

ans céla ne serait point arrivé, mon père repartit tout de go : « Gest qu'il y a vingt ans, Marquis, je serais descendu chez toi! ”

Ma mère avait fort à cœur que je me rendisse avec elle en visite chez nos pa-

rents: Elle en espérait, je suppose, -

quelque changement dans mon humeur.

Comme nous passions sur la terrasse où l’on nous servait le café, elle me demanda de l'y conduire. Je répondis

‘qu'à mon grand regret j'étais obligé de

me rendre pour deux ou trois jours à Paris.

— C'est cette gueuse que tu vas chercher! s’écria-t-elle aussitôt.

— Appelle-la comme il te plaira, répliquai-je.

Elle se tut quelques instants, comme

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pour rassembler sa colère; puis quand

nous fûmes sur la terrasse, elle recommença ses violences.

La lumière d’un jour de juin tombait

sur le pré toujours humide qui dévale jus-

qu’à la rivière. Quel repos, quel apaise-

ment dans cette grande clarté et sur cette herbe mouillée! À côté de nous, dans - la cour, les portes des communs entre- = bâäillées faisaient des trous d’ombre dans

e: les murs; au milieu, un épicéa fourni jus-

qu’à la base abritait à cette heure la vo- x - aille qui se perchait dans ses branches et |

: ce vs doucement. Tout cela m'est $

| en dans la mémoire, car pendant que 3

ma mère me poursuivit de ses plaintes,

ces choses à tout ce qu'elle pouvait bien me dire, à tout ce que je pouvais y ré-= pondre. Je n'avais pour le moment qu'un

‘ï je sentais entrer en moi l'indifférence de

souci : subir patiemment ses reproches,

conserver à son égard une correction par-

faite, ne pas marquer plus de hâte à la quitter aujourd’hui que je n’en avais les autres Jours.

Lorsqu'elle fut à bout de paroles, je lui 2 ; donnai le bras pour faire, suivant notre habitude, les cent pas dans l'allée qu mène du portail à la ré dx le me

Que je ss aujourd’ hui la. promener encore, si légère, parfois si pesante , È quand le chagrin l’alourdissait à mon bras!

| Ace je voudrais pouvoir js; cette

| talon, m urhétes dans r allée pour lui Fa couper de ses mains, PO gantées de

noir et armées d'un sécateur, quelque géranium flétri ou bien une rose effeuillée!… Elle m'a dit une fois qu’elle avait été jolie. Il ne lui restait plus alors que la noblesse d’une taille que l’âge n'avait pas courbée.

L'habitude de commander, ou plutôt d'être obéie, donnait je ne sais quoi d’énergique à chacune des mille rides qui s’enchevêtraient sur son visage; mais la surdité, et sans doute aussi les chagrins que je lui causais depuis longtemps, avaient mis, à la fin de sa vie, sur ses traits et dans ses yeux, quelque chose de désolé que je ne puis me rappeler sans un mouvement d’amer, d’irréparable regret.

Nous nous promenâmes en silence dans l’ombrage des noyers. D'un côté du chemin, un mur croulant tout revêtu d'iris et de lilas d’Espagne; de l’autre, une lande escarpée où l’on voyait encore les

racines des arbres que l’on avait coupés pour payer quelques dettes que j'avais à - Paris; au bout, passait la route. Des gens . nous saluaient de loin, Ma mère, perdue dans ses pensées, ne leur répondait pas, ée et je rendais seul le bonjour. Si vous nous ;. aviez yus tous les deux, elle. appuyée à | mon bras, et moi réglant mon pas sur le | sien, vous eussiez trouvé sans doute que k nous augmentions la paix qui régnait k

autour de nous. À coup sr, vous n'eus- - siez pas soupçonné le drame silencieux

Ée ; qui se jouait, à cette minute, entre ce fils si déférent et cette vieille femme si con fante. | - É É ‘4 “1:14

Le lendemain, à cette même heure, pendant que ma mère faisait sous les arbres sa promenade accoutumée, j'étais à Paris, Monsieur, dans l’affreux encom- brement d'un départ précipité. J'emballais ce que je voulais emporter de mon appartement de garçon, je faisais enlever ce qui m'était inutile, et Mariette me regardait avec une sorte de stupeur, et sans y prêter la main, m'acharner à la - dispersion de ces choses qui avaient si

longtemps composé l'intimité de notre vie,

Elle cédait, elle acceptait de me suivre. Mon arrivée imprévue lui avait enlevé tout son courage. Pourtant mon assu- … rance ne la rassurait point. Elle sentait, ‘ei

je crois bien, dans ma conduite plus de … É RARE brutalité que de tendresse, et moins la

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fougue d’un amant que l'autorité d'un ( q < à EL | :

homme qui vient reprendre son bien.

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Après l'émotion du retour, et la première

ardeur passée, à peine si je m'occupais

d'elle. Je ne discutais plus ses scrupules,

je traitais d’enfantillages ses craintes,

ne répondais que par une gaîté fiévreuse 3)

à ses dernières objections. Je l'emportais,

je l’enlevais elle-même, à peu près comme

ces objets que j’enfouissais dans les caisses. ge d'u

Je.ne me déclarai satisfait que lorsque je me tronvai, le soir, au milieu d’un !

appartement vide, où il ne restait plus

qu’ un ht qu’ on devait emporter le Rae + LA main. La seule idée de demeurer vingtquatre heures encore à Paris me semblait intolérable. Cette ville où j'avais tant souhaité vivre n'avait maintenant rien d assez fort pour me e retenir une heure.

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” Mariette à demi APRES vers la mn Le voyage avait fatigué ses traits ; l’atten- 2 tion et peut-être le souci donnaient à son visage immobile une sévérité qui la viei — lissait sans doute, car je me rappelai t o à à coup qu’elle était de cinq ans mon aînée. Ce | our spot sans faire un Ne mr Fe

refermai les paupières, mais à tout moment mes yeux se rouvraient, contre mon gré, pour se reporter sur elle. Bientôt cet examen furtif et la crainte des réflexions que je sentais naître en moi me devinrent si insupportables que je m'y arrachaï brusquement et vins m'’asseoir auprès d'elle.

Devant nous se déroulait un pays vert et mouyant, silencieux et profond, coupé de haies épaisses, rempli d’ombres | puissantes et tout mouillé d'eaux vives.

: Point de fleuves, des rivières; point de lacs, des étangs; point de vallées, des vallons; une gravité touchante, Nous étions en Limousin.

Je l'ai éprouvé bien souvent : il ya, dans ce vieux pays usé, une profonde tristesse, mais cette tristesse est apaisante. Ces forêts de châtaigniers où le regard

s'en va librement sous le couvert des

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