‹ La maîtresse servanteChapitre 17 sur 41 · PRET · texte numérisé non relu

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branches, ces prés qui disparaissent si

mystérieusément dans les bois, ces vil-

lages de granit, ces landes, ces rochers, ces eaux partout répandues vous communiquent leur tristesse et vous enlèvent à la vôtre. Mais elles revinrent, les pensées maussades, quand je débarquai à la station où‘m'atténdait ma voiture.

J'ai honte, Monsieur, de vous l'avouer.

Dans cetté pauvre gare de campagne, je me souviens d'avoir épié l'effet que produi- - sait ma maîtresse sur le chef de la station, sur un paysan qui était là, et jusque sur.

notre vieux cocher, qui se tenait debout

devant ses bêtes, toujours gêné dans sa

livrée et le chapeau à la main. C’est un trait de mon caractère, je me flatte de prendre toutes mes résolutions sans me

soucier de personne, et quand je les

exécute, je suis sottement sensible à l'avis

de tout le monde. Pour excuser ma har- diesse, j'aurais voulu présenter à la contrée une beauté éclatante. Dans ce plein A € air, Mariette me semblait sans éclat, déjà fanée. Mon imagination, échauffée par quelques semaines de solitude, l'avait niaisement embellie. Maintenant il me , semblait qu’il n’y avait aucune mesure entre ce qu’elle pouvait me donner et ce

13e Lee je compromettais pour elle.

C'était le soir de la Saint-Jean. Des

feux brillaient çà et là, dans la campagne. , Le vent nous apportait l'odeur des pins es ï et des genévriers dont on forme ls à bûchers. Les cloches, que le bedeau met en branle à l’heure où l’on allume te: 1!

ire se répondaient de village en. village | Net donnaient à ce crépuscule quelque chose de funèbre. Le frisson qui court le

soir au fond des vallées limousines pas-

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sait sur nos épaules et nous rendait silencieux. Je n’éprouvais rien du plaisir que j'avais eu de mon premier retour. A peine ressentais-je le froid contentement d’avoir fait ce que j'avais résolu, et je me demande aujourd'hui si déjà je ne le regrettais pas.

Les attentions qui se marquaient dans la manière dont j'avais arrangé son logis et le plaisir de se sentir chez elle ranimèrent un peu Mariette, sans dissiper son malaise. Après diner, elle me demanda si je n'irais pas au Pradeau souhaiter le bonsoir à ma mère. J'y pensais à l'instant même, mais par un absurde besoin de prouver mon indépendance, sitôt qu’elle m'en eut parlé, j'abandonnai cette idée.

Nous allâmes nous asseoir sur un petit banc rustique, placé du côté de la maison

qui régarde ia vallée. Les grillons, les

rossignols, les crapauds et les grenouilles faisaient un vacarme assourdissant. Un 1 | lointain feu de j joie he: encore quelques Re flammes et finit Fe s' ner tristement.” 0

| passai cette première nuit à à essuyer. es Te larmes et à la rassurer.

Et pourtant, les jours qui suivirent cette pénible arrivée comptent parmi les plus heureux que j'ai Miss avec Mariette.

Toute la campagne, à ses yeux, c'était un coin de l'Ile-de-France où elle avait passé sa jeunesse. Pour nous autres, Limousins, ce n’est point là vraiment la campagne. C’est trop civilisé, c'est trop riche, La campagne, c’est pour nous un pays pauvre et difficile, de tristes villages, de grandes étendues désertes, propres à

la chasse, des étangs poissonneux et que 113 8

hantent les oiseaux sauvages, de solitaires fumées dans les bois, des routes dures et délaissées, des près mouillés, remplis

SR d’ajoncs, et des rivières rougeâtres où h quelque misérable moulin plonge sa roue “ édentée. .

M, Mille souvenirs de mon enfance me

revenaient à la mémoire. Je vérifiais com- 4 bien les choses auxquelles nous sommes __ secrètement attachés, mais dont l'habitude nous blase, retrouvent une nouvelle fraicheur quand nous les faisons admirer à - quelqu'un que nous aimons. Je redevenais gai, tendre, insouciant, et Mariette pouvait croire alors que ce contentement venait d'elle.

Dans ce pays solitaire, où se déployait en ce moment toute l’exubérauce de l'été, elle pouvait s’imaginer en n'importe quel endroit du monde, loin de ma mére, loin

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du Pradeau dont on n’apercevait que la girouette au-dessus de nos bois. L'inquiétude, qui n'avait point abandonné son esprit, semblait s'apaiser dans l’ivresse où nous jettent invinciblement ces premiers contacts avec la nature. Son visage toujours si grave s’animait d'une gaîté passagère, à peine visible pour tout autre mais qui ne m'échappait pas, et qui la transformait à mes yeux. L'amour même avait pris chez elle quelque chose de plus véhément, comme une fougue qui lui semblait étrangère. Elle paraissait se reposer, se détendre, oublier, ne plus songer qu’à la minute présente.

Cependant elle ne goûtait de véritable plaisir qu'à l'abri de tous les regards, entre les murs de notre logis ou bien dans le ravin profond que creuse la rivière au pied de notre Pradeau. Dès que nous

de chez elle. Elle se faisait humble, petite; on aurait dit qu’elle voulait s'effacer et

= dions, sitôt que la nuit était tombée, un

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