‹ La maîtresse servanteChapitre 21 sur 41 · LEARN · texte numérisé non relu

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le moyen le plus sûr de me détacher de cette femme c'était de l’humilier sous mes yeux. Mais par quel oubli d'ellemême Mariette avait-elle donné dans un piège aussi grossier? Une voix profonde me criait qu'elle n’avait pu obéir à quelque sentiment vil; j'entrevoyais, je devinais des raisons à sa conduite. Mais sous l'effort de la colère je ne. voulais y reconnaître qu'un effort pour échapper à l'ennui, un instinct de servilité qui me soulevait contre elle d’un insurmontable dégoût.

Il pouvait être einq heures du so.

C’est déjà la nuit en hiver. Je n’apercevais plus qu'indistinctement les deux femmes.

On leur apporta une lampe, elles se retirèrent de la fenêtre. Je pensai que Mariette allait sortir, et quittant aussitôt la grange, j'allai me poster, pour l’attendre, dans

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l'allée du petit bois qui conduit chez Léonard. k

Je m'y revois encore, j'étais comme à l'affût, guettant son arrivée. Je l’entendis venir. Lorsqu'elle fut à ma hauteur, je lui barrai le chemin; et brutalement, sans préambule, je lui demandai d'où elle

venait et ce qu'elle faisait chez ma mère.

Un homme qui hausse la voix entre les

quatre murs d'une chambre, c'est déja

bien ridicule, mais dans le silence de ce bois c'était tout à fait misérable.

.— Je te répondrai, mon ami, quand tu seras en état de m'entendre, dit-elle d'une voix altérée,

Ces mots portèrent à son comble l’irritation où j'étais. Je l’accablai de paroles méprisantes; je lui témoignai tout mon dégoût qu’elle pût trouver quelque plaisir à .travailler chez ma mère comme une

ouvrière à la journée. Je l’avais saisie par le bras, je l’entraînais avec violence dans

le sentier défoncé par les pluies et les

ornières des charrettes. Où était le temps où je cherchais la mousse pour qu’elle y posât ses pas? ; -Nous étions sortis du bois. Ce flot tumultueux de paroles avait refroidi ma colère. J’attendais maintenant d’elle un mot d'explication ou d’excuse. Elle s’obstina dans son silence, et je compris à son

attitude qu'elle ne parlerait pas.

Nous franchîmes sans plus rien dire l'espace qui nous séparait de la maison.

Sur le seuil je m'arrêtai. Elle s'arrêta comme moi. J’attendis un moment encore.

Quoi? je ne le savais trop moi-même, Et me détournant soudain : +52)

— Et puis, adieu, lui dis-je.

Et je repris le chemin du Pradeau.

1 r t. 458 HE MAÏTRESSE SERVANTE

Je n'avais pas fait vingt pas que je PE mn arrêtai de nouveau. La : maison de . Léonard se détachait en plus sombre sue le bleu foncé du ciel. Je la considéra quelque temps. C'était triste, abandonné, __ perdu! J’eus envie de revenir chez Ma- :

riette, de la prendre dans mes bras, de

lui dire : « Oublie... pardonne... » Par malheur, à ce moment, j'aperçus une 1 lumière dans sa chambre; le charme TR nr: rompu, V irritation me reprit, et ] “ajournai . de m'expliquer avec elle.

Ce soirelà, ma mère et moi, nous écha | geâmes les propen accoutumés. J'étais sur “pris de n’éprouver contre elle aucun Rae de colère, ms RUE de la Fe $

“ no si aise dans ses pensées! Elle EAN 2350 Le

rop D spip d être sans prise à

à 2 LA MAITRESSE SERVANTE 453

sur cette fomme qui demeurait à sa porte, Ke

pour ne pas saisir l’occasion qui s’offrait

. d'agir sur elle. Avec une rouerie qu'il

m'est pas rare de rencontrer dans notre

avait encouragé ma maîtresse dans la voie | oùsoninstinetl’ engageait. L'intérêt qu 'elle 2 voyait au résultat lui faisait surmonter ses | d A NDASA EF profondes ; et renouvelant à : sa manière le geste de mon aïeule, elle recevait sous son toit cette étrangère pus comme autrefois ma en

entourait de son bras nu le cou d'un rustre insolent.

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fimes selon notre habitude quelques pas dans le salon, puis j'approchai de son uteuil 3 table de jeu et les cartes, je restai encore un instant inoceupé, distrait,

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pes je me retirai après l'avoir subrassée,

monde resté si profondément paysan, elle ÿ

LL Lorsque le repas eut pris fin, nous Si

sans qu’elle me dit une parole ni qu'elle levât les yeux sur moi.

Comme chaque soir, je pris le chemin qui conduisait chez Léonard. Au lieu de le suivre jusqu’au bout, je tournai délibérément dans le premier sentier qui s’offrit.

Était-ce l'absurde désir de donner à Mariette une leçon? Était-ce au contraire la gêne de reparaître devant eile, après lui avoir prêté des sentiments si grossiers?

ou la peur d’une explication survenant à l'instant le plus défavorable? Je ne pensai à rien de tout cela. J'étais affranchi de tout lien, détaché de toutes choses et de moi-même, uniquement sensible au bonheur de respirer librement. La nuit était claire et froide; aucun vent ne la troublait. Ni amertume ni rancune ne venaient gâter le plaisir que j'avais en ce moment à marcher sur la terre durcie, à faire voler

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en éclats, sous les clous de mes souliers, les petits miroirs de glace qui brillaient dans les ornières.

J'aurais ainsi marché jusqu’au jour, si l'humidité de la vailée où j'étais descendu ? °, x . 3 .

ne m avait tout à coup transi. Je revins au Pradeau sans rencontrer personne; je

montai dans ma chambre, qui était tou-

jours faite comme si je devais y passer toutes les nuits; je me couchai et m’en-

dormis aussitôt.

À mon réveil, ma décision était prise.

J'étais à l’une de ces minutes où l’en voit clair dans sa vie; je me sentais tout le calme nécessaire pour mettre fin sans vio- * Jence à une situation désormais intolérabie, et faire comprendre à Mariette qu'il fallait nous séparer.

En chemin, des journaliers m'’arrêtèrent pour me demander de leur montrer quelques arbres que je voulais faire abattre. Je les accompagnai jusqu’au bois,

heureux de retarder encore une explica- 156 ; ’

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Éticn pénible. Il était plus de dix héürés - quand j'arrivai chez ma maîtresse.

La Rs que me | guéttait sur la “ À

ÜRe: Lis à mon LS sur un " euble de la chambre, dissipa mes der- Er doutes :

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d’elle-même, cela me parut une injure, un défi, un mépris de tous mes droits. Je fis atteler sur-le-champ, et je me lançai à sa poursuite dans les sentiments d’un chasseur derrière une bête blessée.

On était en plein mois de février, il faisait un froid glacial; j'avais peine à

tenir les guides, tant mes doigts étaient engourdis. Des sentiments de tendresse

luttaient Avec ma colère; je ne savais si à

j'aimais ou si je haïssais ma maîtresse.

Pourtant à l'imaginer seule, à pied, dans

cette campagne glacée, j'étais pris de pitié

pour elle, et mes yeux la cherchaient déjà avec avidité sur la route.

Je l’aperçus de loin comme un point

noir, au milieu d’une montée, entre les bois

dépouillés. Au bruit de ma voiture, elle se retourna plusieurs fois, teut en continuant

son chemin, puis je la vis qui s’arrêtait.

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Je ne tardai pas à la rejoindre, et dès que j'eus calmé mon cheval tout excité ‘par la course et l’air froid, je sautai à terre pour la prendre. Elle reculait devant moi et me suppliait avec des larmes de ne pas

Ja retenir. Mon cheval dansait sur la

chaussée et me donnait de l'inquiétude.

Je ne pensais plus qu’à ma bête qui pou-

- vait nous planter là. Je saisis Mariette à

pe bras-le-corps et la jetai dans la voiture.

Nous refimes au grand trot, et sans

nous dire une parole, les trois lieues

qu’elle venait de faire à pied. Je conduïsais d’une main et la soutenais de l’autre, car elle était si brisée par la fatigue qu’elle

serait tombée, je crois bien, au moindre

cahot de la route. Je dus la monter dans sa chambre et la porter sur son lit. Elle était brûlante et glacée. Tout de suite elle commença de m'adresser des propos in-

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cohérents, tantôt réclamant ma noürrice, & #4 et tantôt appelant ma ère. Elle prenait mes mains, me remerciait, im’attirait avec s F tendresse, et pus elle me repoussait ét de m'adjurait de m'en aller. 24 Gette crise dura jusqu'au soir, Ge fut d N 4 seulement quand je la vis de ta que | je songeai à lire la lettre qu ‘elle m avait

laissée le matin : "4

mon renvoi ! Je pesais ‘dbhe ao … dans ta viel J’ essayais pourtant, mon ärni. de ne pas être trop lourde! J'espérais l’être moins encoré, Mais non, tu né l'as us voülu. Adieu, oublie-moi. Mon sou< venir te gêherait plus que ma présence. »

C’étaient les premiers cris de son âmi

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