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430 LA MAITRESSE SENVANTE
tage, par la simplicité qui était dans sa taäture et que la monotonie de nos vies | 5: faisait encore ressortir, elle finissait pat m’apparaître dépourvue de tout agré- #0 "4 ment. Il y avait des idées, des sentis Fu ments, des préjugés qui m'étaient com= | müs avec cette société rustiqué où je # vivais nas et se que je ” estis
“ LKR de ne pas pe retrouver pe Mariette. Je lui en voulais de m'avoir Suivi, comme si ce n'était pas moi qui l’ 4 aväis contrainte; j'oubliais ses résistances | | passées pour ne plus considérer que notre
situation d'aujourd'hui; j'étais satisfait qu’elle ne me fit pas de scène, et blessé en même temps de sa résignation comme
finir avec une Situation que je mettais un point d'honneur à ne pas rompre moi:
même. Il m’eût semblé tout naturel qu’elle me dit «je pars » et que je ne fisse rien pouf la retenir.
Ces pensées venaient surtout m'assaillir lorsqu'abäandonnant tes amis jé reévénais au Pradeau. La campagne si triste en hiver avec ses prés sous la neige, ses bois noirs et silencieux, n'était pas faite pour égayer cés retours. La division des terres, la diversité des cultures qui distrait le voyageur sur la route, tout s'efface et disparait. Un silence désolé semble se lever des choses et puis retomber sur elles. Le soir ajoüte encore à cette désolation. Par ces fins de novembre, les pies criardes luttent contre le vent pour gagner leurs juchoirs nocturnes; des colonnes proforides ét serrées d'étourneaux, qui
émigrent vers d’autres climats, passent pendant des heures avec un bruissement d'ailes étouffé; à peine le soleil est-il tombé que le pays tout entier s’enveloppe d'une ombre qui devient vite la nuit. Je m'admirais et me plaignais à la fois d’être par les chemins à cette heure, tandis que mes amis continuaient de bavarder, de jouer et de boire ensemble. Et j'étais alors obligé de faire appel à toute ma vanité pour me convaincre que mon embarras et mes scrupules à ne pas me défaire de ma maitresse étaient la preuve de la générosité de mon cœur. Je formais des plans habiles, j'imaginais des entretiens par lesquels je la conduisais doucement à l’idée de nous séparer. Mais jamais je n’ai pu prendre un parti autrement que dans la violence et par un mouvement passionné. Un froid débat, un entretien paisible, une
causerie de notaire me révolte et m’humile. Cette rupture avec Mariette, que
J'étais prêt à accomplir dans une minute
d'emportement, je ne pouvais m'y résoudre à la suite d’une explication glacée.
Un soir que je rentrais chez elle après deux jours de randonnée, je fus frappé de la tristesse répandue sur son visage. J’en ressentis une irritation d'autant plus vive
que pour revenir près d'elle j'avais sus-
pendu un plaisir. Je ne lui cachais pas mon dépit; je le laissai même paraître avec une brutalité qui ne m'était pas habituelle, jusqu’à lui donner à comprendre
__ que, si la campagne l’ennuyait, je ne me
reconnaissais pas le droit de l'y retenir
contre son gré.
La pauvre fille ne se contint plus.
— Ah! je vois bien, s’écria-t-elle, que
tu t’entendais avec ta mére, et qu'en 4 revenant ici, tu espérais né plus ut trouver.
Jé lui démiandai de S’expliquer. Elle Fe fit avéc dés larmes. Ma mèré, profitant de ; We. -mon absence, lui avait fait offrir, HSE à à l'intermédiaire de ina nourrice, une assez RIT La somrie d'argent si elle acceptait de 2? +3
s'éloigner. Elle voulait partir sure hub abändônner ün pays où tout le D È monde lui était hostile, où elle voyait dE qu elle était pour moi plüs une charge ® ONE es ‘ui done Je M CRE avec. ne
occasion: Je juräi que le léndethätn : ; en. 4
| lèverais à à ma mère toute envie de récom— | mencer üne tentative de celte sorte. Ell NE me supplia dé n’en rieñ faire. Je pre
testai de plus belle et montrai une indignation qui venait moins de son chagrin que de mon amour-propre blessé. Mais le lendemain, je gardai surcette affaire le silence, par dégoût de renouveler une discussion pénible et de compromettre mon
repos.
I] y a déjà longtemps, Monsieur, que j'aurais dû vous parler de ma nourrice, car dans ce petit drame obscur — tout comme dans un chant d'Homère ou une tragédie antique — elle joue son rôle de confidente.
Eile tenait dans notre Pradeau la même place que Léonard avait autrefois sur nos terres. Tout le monde, jusqu'à la guenon qui vivait dans la cuisine attachée à un chenet, l’entourait d'un respect moqueur,
parce qu’en dépit d’une expérience de
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plus de soixante années, l'excellente vieille conservait une ingénuité sans bornes. Sa cervelle était un étonnant répertoire de toutes les imaginations paysannes, et comme on dit chez nous des vieilles gens, si la campagne avait parlé, elle aurait parlé comme elle. Jamais elle ne m'a rien dit qui ne m'ait fait rêver un moment, ou qui n’ait éveillé en moi une enfantine gaité. C’était un monde, un petit monde clos où chaque chose était bien à sa place.
Culture, civilisation, noblesse, ma nourrice qui ne savait pas lire m'a plus éclairé sur le sens de ces grands mots confus que tous les livres du monde. Elle était parfai- ‘ tement cultivée, d’une haute civilisation, d’une parfaite noblesse, si l’on entend par là une expression humaine de toutes les vertus d’une terre. Il me semble qu’en moi mille choses, mille façons de sentir et
| 444 LA MAITRESSE SERYANTE de penser sont liées PAF des fils viable comme je m'amusais à l'appeler parfois.
Que me reste-t-il aujourd’hui de tout ce beau trésor d'ignorance et de poésie? Ce :
que j'en retiens clairement n ‘erphrait pas pe k main. k Est-il besoin de vous dire qu ‘elle avait | pris violemment le parti de ma mère 7108 contre à intruse que je leur avais amenée |
ü STE a Faites res une idée M n'avait résisté chez ma nourrice au plus “1108 simple mouvement du cœur. Le refus de ma maîtresse d'accepter l'argent que ma mèreluiavaitfaitoffrirparelle, l'avaitd'un coup retournée. Sa bonté, son humeur
LA MAITRESSE SERVANTE PT Ne
nes et l irrésistible penchant uit en traïnait à des sentiments tendres pour qui- 7 conque pouvait m'aimer, l'eurent bientôt 2 jetée vers Mariette avec autant d’impétuo- sité qu’elle l'avait d’abord détestée. Ellela £ visitait en pere lui rendait les menus | services qu'on peut se rendre à la cam- F | pagne; et dans ce vieux cœur Simple s s'ac-
mère et son affection pour ma maîtressé, son désir de me voir considéré, richement
par üne femme qui éependant s’opposait Ve | tout cela. ee 4 +.
Je voyais aux jours ‘de Pnau le linge ne.
Le: qui avait séché sur les buissons et dans le C4
arriver chez rie et ce Ds a de
vieille robe de soie noire, que j'ai connue
de tout temps à ma mère, et qu'elle faisait
refaire tous les quatre ou cinq ans, moins pour la remettre à la mode que pour en chanpger les plis et en égaliser l'usure.
Pourquoi, dès que j'en eus connaissance, ce commerce familier me remplit-il
d'une contrariété dont je m'étonnai moi-… même? Ma nourrice n'avait jamais été une
domestique à mes yeux, et dans l’affreuse solitude où j'abandonnais ma maîtresse, j'aurais dû me réjouir de cette amitié
“naïve, au lieu d’en être irrité. C’est que
derrière cette innocente, j'avais pressenti ma mère.
Vous jugez, Monsieur, de ma surprise 0
£ quand, revenant un jour au Pradeau plus g tôt que je n’y étais attendu, j'aperçus ma
maîtresse installée dans la lingerie de ma
mère, aux côtés de ma nourrice. Mon
44 sang, comme on dit, ne fit qu’un tour. Je >:
ne sais ce qui me retint de monter cher- È
cher Mariette, de la prendre par le bras, f 1
dela ramener chez elle. En même temps 4
Ho j'avais envie de rejoindre ma mère au
salon, où je pensais la trouver, pour la o
prier de m'expliquer cette présence inso- 4
lite. Mais je sentais le ridicule de la situa-
tion où j'étais, et que par un renverse St, Ls . ® + v M ,
ment imprévu, ce fût moi qui dusse lui #4 “NES
demander pourquoi elle recevait ma mai- 1
tresse.
La porte de la grange était irrettels je m'y jetai afin de n'être pas vu. De là, no ’observai tout à mon aise les deux femmes qui travaillaient à la fenêtre, dont les ridéaux étaient levés pour laisser entrer #E ë te; jour.
. . Le calme de ce tableau familier m° irrie 4 fa tait comme un défi. Je me sentais joué, | humilié, plein de rancune contre Mariette et contre ma mère à la fois. Si ma mai- | tresse était ici, c’est que ma mère l'avait f
voulu. Cela, je ne pouvais en douter. Et Elle connaissait ma vanité, elle avai | qu ‘aucun sentiment ne résistait jamais à % à f chez moi al Dr RE de bléssé, et que .
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