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a trainte ]} jusqu'à ma dixième année, et mes
à CA © plaisirs ont été ceux de tous les gamins du : 3
2 village. Au printemps, j'ai fait des sifflets en en tapant à petits coups avec le manche
de saule ou de peuplier ; j'ai suivi les % … processions à fravers les sainfoins et les Diiernes, ER bras chargés de entlandess
porté ne His de vin aux a mn nos gens de journée; quand arrivait la
u; ; j'ai gaulé les noix, ‘en automne, et nassé les champignons sous la feuiile; 1 “hiver, j'ai guetté le loup derrière les
. de mon couteau sur des branches de lilas,
x LA MAITRESSE SERVANTE ñ
| Etre = "8 haies, avec les bergères, et j'ai tendu dans
la neige des pièges pour les oiseaux ; le soir, j'écoutais bouillir dans le pot la chätaigne si savoureuse et si douce, et je crois encore respirer le parfum des coings sous la cendre.
Enfin, Monsieur, que “vous dirai-je?
J'étais alors sensible et tendre. Tout me parlait, et moi-même je parlais à toutes choses. Peut-être est-ce là une illusion, comme je m'en suis fait bien souvent, mais il me semble qu’à cet âge il y avait en moi quelque chose de poétique et de charmant qui s’est à jamais perdu, et, si je n'avais pas la crainte de vous paraître ridicule, une sorte de génie sauvage.
Tout le monde a connu cela. C’est une lueur brève et folle qui brille sur un
. moment de la vie. Bien vite cet éclat s’ef- . face, l’âme se ternit et se dessèche; ces
réserves de tendresse, que l’on croyait inépuisables, ne sont pas longues à tarir; plus de confiance, plus d'abandon, plus d'émotion devant les choses ; on s’éloigne Po à pas de géant du monde vibrant et coloré e qui vous avait enchanté jusque là, pour * pénétrer dans ces domaines de la platitude “ . et de l'ennui que l’on ne quittera jamais : plus. 4 | "2 ‘21460 On m'avait confié pour m'instruire au ; curé de notre village. Je nous revois encore tous les deux, au bord de quelque étang dansles brandes, acharnés à ramener x + sur larive une de ces carpes monstrueuses, - comme on en trouve quelquefois dans |. nos eaux abandonnées. Quand après une longue lutte, nous l’avions doucement conduite à demi morte près du bord, mon euré entrait dans l'étang, cherchait la bête
avec les pieds, la soulevait sur ses orteils, lui glissait la main sur la tête, et lorsqu' 1 7 rencontrait les yeux, il y plongeait les deux doigts. !s a __ — Cet enfant ne fait rien, disait ma mère. | 4 \ — Laissez, laissez, disait mon père; il We aura bien le temps de se dégoûter de la campagne. \ |
plu, quoique sa vie s’y fût passée tout entière. Indifférent à son domaine, 4 errait, les mains dans les poches, l'esprit occupé à poursuivre Je ne sais quelles :
rêveries — ce qui, longtemps plus tard,
faisait dire à mère sur un ton indefinis-
sable : « Ton père, je n'ai jamais vu ses mains. » | x
LÉ 54 A tout le pays, au contraire, il a laissé a la mémoire d'un homme original et enjoué.
ai Fee encore souvent chez nous de ses
| + Llére ct prévenait garçons et filles qu’on
lanternes; on tendait entre deux arbres à : un corde où l’on avait enfilé une barrique,
sur. la route, éont mes bavardages, pui toup à coup, comme s’il m'eût oublié :
«Tu es là, petit? » disait-il. Et cela m ’ef- — frayait toujours.
ms suivait toutes les chasses avec une te RE sous qui lui tenait lieu de
danserait, le soir, au Pradeau. Le soir, s villages arrivaient; on allumait des
mon iii en là-haut, à RENE
démenant des pieds et soufflant dans sa flûte de deux sous, faisait danser tout ce monde.
ne - Il avait encore l'habitude, quand il A revenait de la chasse, de clouer sur le por- # tail une patte ou une oreille de la bête qu'il avait forcée. Les paysans qui passaient là disaient en voyant la dépouille :
« Monsieur le comte a tué du loup... Monsieur le comte a tué du renard... » Un beau jour ils s'arrêtèrent et dirent non
ae :
sans étonnement : « Monsieur le comte a tué du Chrétien! » Et de fait, deux oreilles , d'homme étaient clouées sur le portail.
Le curé se présenta, en habits sacerdotaux, pour décrocher les oreilles et les porter au cimetière. |
— Eh! mon Dieu, lui dit mon père, avec la familiarité que nous avions autre-
fois envers les ecclésiastiques, que viens-
tu faire, Curé, à cette heure, avec de si
= beaux habits?
— On m'a dit que vous aviez du Chré- - tien sur le portail!
— Du Chrétien! qui t'a dit ça? Malheureux ! c’est du Musulman!
Voilà ce qui s'était passé :
Le fils d’un de nos métayers étant parti en Afrique sous les ordres de Bugeaud, mon père lui avait fait promettre de lui “envoyer la poire à poudre, les bottes et les deux oreilles du premier Bédouin qu'il tuerait. Notre gars n'y manqua point. Le premier Bédouin qui s’offrit, il lui coupa les deux oreilles, les fourra dans une des bottes, glissa la poire à poudre dans l’autre, et envoya le tout au Pradeau.
Cependant le curé tint bon : on décloua les deux oreilles et on les mit en terre
bénite.
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