‹ La maîtresse servanteChapitre 4 sur 41 · NA · texte numérisé non relu

NA

$ Telles sont, Monsieur, quelques-unes z.

des histoires que tout le monde, ici, vous

É:. raconterait encore, si vous parliez de mon 4

- père. Elles me surprennent toujours, k.

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comme s'il s'agissait de quelqu'un que je à

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n'aurais pas connu. à

J'avais onze ans quand il mourut. ir 4

Ce fut d’une jovialité sinistre, sonen- terrement à lacampagne. La facétie, propre

x ’ # , s ns ES FL ne à l'esprit rustique, ne s'arrête pas à la #4 tombe. Chez nous, on met volontiers dans ; un cercueil une bouteille ou bien des

cartes, suivant que le trépassé était ivrogne at 14 ou bien joueur. Parfois même on pousse 4 la farce jusqu’à installer le défunt, pen; 14 dant le temps qu ‘on le veille, dans sa posi- | tion favorite, et il m'est arrivé, un jour, de me trouver devant un mort comiquement assis dans un fauteuil, les jambes

* croisées l’une sur l’autre et la cigarette aux lèvres. À Le | 2 Tout le pays était accouru aux funé e railles de mon père, hobereaux, notaires,

| paysans, et les curés du canton. Après la a Late.

cérémonie, il fallut nourrir tout ce monde.

Gant 4 Le. égrillar ds que nos gens campagne aiment donner à leurs curés. 44 Re pornonis tête. aux A et 5

nant un Hits et le maitre de la maison. . & $ S ïi sévère, si autoritaire qu'elle fat, ma

mère acceptait tout naturellement cette idée, héréditaire dans nos familles. Elle ne se considérait plus que comme la gardienne, la surveillante de mon bien; et quoique j'eusse pour elle l’affection la plus profonde, je m'habituai, dès ce tempslà, à penser qu'en toutes choses sa volonté dévait céder à la mienne.

Pourtant il fallut lui obéir, et he mon désespoir abandonner le Pradeau pour m’en aller au collège.

* Avoir couru dans nos bruyères, s'être ébroué dans nos prairies, au bord de nos

étangs brumeux, dans ce Limousin roman=

tique, rempli de mystère et de fées, qui a des voix si profondes pour des oreilles d'enfant, et se trouver, un beau matin, entre les murs d’un collège, comme un -ânon dans la crèche... Ah! monsieur, qu’'avaient-ils donc, les pédagogues, à

m’apprendre ? Il m'a fallu toute la vie pour oublier leurs leçons ét réentendre les voix qui m'avaient parlé dans l’en- fance.

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1% LA MAITRESSE SERVASTE

Voici seulement un petit fait, un de É }: ces événements minimes comme ceux qui "0 arrivent à cet âge, mais de je retiens entre cent autres, parce qu ‘on Y découvre a

déjà, sous l’émotion de l'enfant, le per- =! sonnage rétif que j'allais être demain.

NA. | ) À Vous connaissez le prestige qu'exerce sur des imaginations toutes neuves un 34

professeur encore jeune, s'il n'est pas PR *

racorni par son métier. Notre professeur : iX4 de troisième employait une heure, cha

jour, à nous faire une lecture qu ‘iln'em- AU h 14

pruntait ee aux classiques — ces clas- 17

siques qui nous semblent M PRE 4

Ye

58 c*i LA MAITRESSE SERVANTE 15

7% même ses one et par lui, la aBbiÈtà

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De {+ aujourd’ hui entrait en nous comme un s: De souffle orageux.

322 Une sœur de ma mère, qui me faisait à | sortir, me trouva ainsi, un dimanche, L Eugénie Grandet dans les mains. Surle

seul nom de Balzac, ce livre lui parut un :

poison. Elle me l’arracha, elle le lut et n'en fut que plus renforcée dans son idée 6 imbécile. Elle dénoncça au proviseur ur : maître aussi pernicieux, Je fus cause qu'il

/ fut blâmé et suspendit ces lectures où | j'accroche encore aujourd’hui le seul sou- # venir agréable de ces sinistres ännées. en fus humilié, outragé à un point À ù ne je ne saurais vous dire. J’en conçus contre ma tante un ressentiment qui; 520

vous le verrez, ne put jamais s’effacer ; et: non seulement anse ee mais contre æ de

mission aveugle à la tradition, à la règle, une aversion native por tout ce qui est esprit, imagination, pensée, mais aussi, Je dois bien le reconnaître, un vigoureux instinct de la vie, une conception du devoir qui, pour sembler souvent d’un autre âge, n'a pas été remplacée.

Ses sentiments étaient d’ailleurs ceux-

de toute ma famille. C’étaient les miens profondément. Mais je portais déjà dans mon cœur quelque chose d’insatisfait qui s'est toujours révolté contre eux. Cette intervention de ma tante me fit détester en bloc tout ce qui, de près ou de loin, pouvait la rappeler à mes yeux. Tout ce qu’elle disait, tout ce qu’elle pensait, provoquait instantanément chez moi un sentiment tôut contraire, Et c’est ainsi que de bonne heure je me trouvai en guerre ouverte avec ra nature profonde.

Mon pèré, qui croyait à la vértu dés grandes villes pour formér l'iñtelligénicé, — avait récotmatidé à ra mère dé m’eñvoyer à Paris buivre cés étüdés de dioit, qui sémblent à nôs farñillés lè Complément indispéñsablé d’üñe bonne éducatioñ. Par respect pour la volonté du mort, ais bien

. à contre-cœur, je Vous lé juré, tña mièré sé résighiä done à mé laisser pañftir là-bas.

. Quel malaise, quélle solitude dañs cétté existence nouvéllé, dañis cétte villé étranz.

gère, où l'on ést plus impréssionné pät là “A0 | 2

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médiocrité qui vous entoure que par un luxe, une beauté que l’on sait mal découvrir! Puis on se rend compte qu'on est libre, et comme nulle part au monde; tout excite, vous jette au visage des promesses de plaisirs, sans doute de qualité très diverse, mais si intimement mêlés

qu'ils: se pénètrent, se confondent et que

les plus raffinés font passer les plus grossiers. Enfin tout cela s’émousse; on

s’apaise, cette fièvre tombe; on se crée

autour de soi une province plus réduite et plus médiocre que la vraie, car elle est

tout artificielle, et le plus souvent on se.

limite, comme il m'arriva de le faire, au

cercle borné d’une liaison.

Je menai quelque temps à Paris l’exis-

tence la plus médiocre. Les amis que j'y fréquentais n'étaient guère différents de

ceux que la campagne eût pu n'offrir, En .

réalité c'étaient les mêmes, car je m'étais

lié presque uniquement avec des gens de 4 x ma province, et c’étaient eux que je re trouvais sans cesse au restaurant et au café. Triste café de ma jeunesse! Pas de filles, quelques faux ménages, des clients, toujours les mêmes, remplis d’absurdes manies, une ignoble familiarité avec des

| À en rue d’interminables peu a ps

“par d' affreux courants d’air, su le lieu Fe de mon enchantement. Mais la rumeur de 4 N Paris me donnait l'illusion de participer à È re supériorité de cette ville, et je me croyais n® De de bonne foi le plus parisien des hommes. | É D’ année en année, de vacance en vacance,

L je revenais au Pradeau toujours me

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moins de plaisir. L ‘appréhension des dif- 4 | ficu ultés qui m “attendaient dans ce petit

\ 20 LA MAÎTRESSE SERVANTE coin du mônde, l’idée qu'il faudrait m'ÿ enterrer quelqué jour, l'humeur chagriné dé ma thère m'en dégoñûtaient tôut à fait.

J'avais hâte de retourner à Paris, d'ÿ re:

trouver cette excitation, és bavardages dé café qüe je pretiais pour une äctivité intélligente. Là où j'aurais dû mé sentir chez moi, jé mé trouvais sëul ét dépaysé.

Ma poésie d'enfant était morte, sañs que je l'eusse au moins remplacée par une appréciation clairvoyante dé ce qui devait | im'initéressér; j'avais perdu envéfs moi-

ême toute sincérité véritable; à la place

dé cette générosité puérile, qui allait spontanément âutrefois aux êtres, aux objets

qui i’entouraient, je né découvrais plus

én moi.qu'une séntimentalité assez väguë, qui s’appliquait justement à cé qui ci'étäit le plus étrangér. Il semblait que les choses ne pussent avoir quélqué attrait

LA MAITRESSE SERVANTE ‘ai

à mes yeux que si elles étaient sans rapr

port avec ma vie. Une catastrophe lointaine, une injustice sociale, que je n'avais aucun moyen d'apprécier, m'intéressaient

- mille fois plus que le sort de mes métayers

ou la situation de ma mère. La consé- quence était qu'avec les idées les plus généreuses, je laissais mes paysans se dé-

battre contre la misère, et que, sentimens

tal et idéaliste à l’excès, j'abandonnais ma mère à tous les tracas d’un domaine qui, sans être bien considérable, ne laissait pas de peser lourdement sur ses épaules.

Ghaque semaine, elle m'expédiait dans une lettre toujours irritée l’horreur de sa vie campagnarde. C’est une pauvre destinée celle de ces lettres familiales qui tombent tous les matins du fond de la

province dans des chambres de garçons!

Elles y apportent deux choses dont les

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destinataires n’ont souci, des conseils et de la tendresse; et l'indifférence qui les | accueille n’a d’égale que la gravité avec laquelle elles sont écrites.

Je m'en remettais sur ma maîtresse du ‘à soin de lire ces quatre pages remplies de détails rustiques, qui me semblaient alors - fastidieux. La lettre enfermait-elle quelque événement inaccoutumé, Mariette me li-

sait le passage intéressant; n’y voyait-on que les tracas quotidiens, elle me disait :

:« Blanc partout », et je ne m'en occupais

pas davantage.

Elle, au contraire, tout l’amusait, tout

Jui était nouveau dans ces lettres. Elle

s’intéressait pour moi aux maladies des bœufs, aux accidents survenus aux mé-

SE tayers, à cétte vie mesquine et compliquée La d'un village groupé autour de notre mai-

sonet que dominait ma mère. Même, elle :

s'était prise de loin d’une sorte d'admi- À ration pour cette vieille femme qu'elle n'avait jamais vue, et qui exerçait autour d'elle une sorte de magistrature. Et moi, hobereau exilé dans cette ville étrangère, | je lui étais reconnaissant d'accueillir avec respect les bruits lointains de ma pro- | vince, d’aimer ce que je paraissais dédai- gner. | î Je l'avais Fr Hboate chez des amis.

à Rien ne m'avait frappé en elle. Elle était de ces êtres qui donnent d’abord l’impres- sion qu'on les connaît tout entiers el È 150 n'ont aucun mystère. Comme tous . ceux qui l’approchaient, j'éprouvais, à la voir et à causer avec elle, ce charme de

| caractère limpide, un esprit raisonnable, E si je cherche à préciser mes premiers | sentiments à son égard, je n'y découvre

CRT qu’inspirent naturellement un

2 LA MAIÎTRESSE SERVANTE

* qu’un peu d’étonnement, mêlé de quelque

dédain, pour l'affection qu'elle montrait alors envers un homme qui ne m'en sems blait pas digne,

Cet homme, un jour, l'abandonna après qu’elle eut quitté, pour lui être agréable, un de ces métiers avantageux où l’on voit

une ouvrière de Paris gagner plus largez

ment sa vie qu'un professeur ou qu'un

d'elle de la force de sou chagrin. Rien

‘magistrat. Nous fûmes surpris autour

n’annonçit dans son visage la véhémence

- dela passion, et la réserve qu'elle montrait

dans l'ordinaire de la vie ne laissait pas

soupçonuer qu'elle dût ressentir, avec une |

si grande violence, un sentiment dont l'ob-

jet valait si peu à nos yeux. C'était ne pas

considérer que la passion ne fait nulle part plus de ravage que chez les êtres sans car

price : leur raison même les dessert, et ils “{

apportent à souffrir la même volonté tenace et la même persévérance qu’on voit tous . les jours dans leur conduite.

Cette douleur imprévue me révéla ma maîtresse. Je cessai de considérer l'objet de ses regrets pour n’en plus voir que la véhémence; j'oubliai l’indignité de son choix pour ne plus retenir que sa puissance d'aimer, Tout ce qui chez elle m'avait semblé froideur, cette voix grave

et lente, cette douceur sérieuse dont elle

ne se départait pas, j'y découvrais maintenant l'expression d’une âme forte et çoutenue, la marque de cette noblesse hors de laquelle je ne saurais aimer.

Quand je me décidai à lui avouer un sentiment qu’elle avait depuis longtemps deviné, elle entrait dans cette paix bien-

faisante où, après les violentes crises du

cœur, on éprouve un indicible plaisir à

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retrouver de l'intérêt à quelque chose qui

ne soit pas de l'amour. Ses amis dont elle s'était détachée, les soins qu'elle avait aimés autrefois, et qu’elle avait népligés, reprenaient pour elle tout leur prix. Je venais troubler cette quiétude; je lui pro-

posais de renouveler une expérience qu’elle avait juré mille fois de ne plus recommencer. Notre liaison eut l’histoire

. de tant d’autres : elle s’édifia sur les * ‘1 . . LS : “TA ruines d'une passion mal éteinte et dans ) les appréhensions d’une rupture inévi- ‘4 j PR 4 table.

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