CHAPITRE III
fl n’est pas rare, Monsieur, de rencontrer dans nos: campagnes de singulières maisons nobles : une partie est demeurée féodale avec ses créneaux et sa tour, l’autre est plate, démantelée, sotte comme la maison d’un bourgeois. N’accusez pas lé temps. Deux frères, deux ménages, deux familles se sont partagé ce logis. Bientôt ils n'ont pu s'entendre; l’un détruit, l’autre conserve; et la dis-.
parité des humeurs s’est pour ainsi dire
marquée sur la façade de la maison.
Mais si vous n'apercevez point dans nos bâtisses romanesques ces traces de dissentiment, n'allez pas en conclure trop vite que l'accord a toujours régné entre les
gens qui ont ‘habité là côte à côte. A la
campagne, plus encore que dans les villes, la vie commune crée mille raisons, mille occasions de querelles entre les êtres d'âge différent, ou de caractère mal assorti, qu’elle rapproche et qu’elle heurte sans cesse. L'existence n’est plus qu’un conflit permanent auquel chacun s’accou-
tume, et qui souvent finit par devenir
l'unique ressource contre l'ennui. |
Ma mère ne pouvait se résigner à ne | plus être la maîtresse dans une maison où, depuis quarante ans, on n'avait pas
posé un clou, pas changé une habitude,
sans qu'elle fût intervenue, Les lessives, le