‹ La maîtresse servanteChapitre 36 sur 41 · DR · texte numérisé non relu

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linge, les clefs, les réparations, que sais-je? tout devint, entre elle et ma femme, une matière à querelle. L'objet le plus insignifiant, la raison la plus mesquine soule-

vaient à tout moment des orages. Qui n’a

pas vécu dans cette atmosphère de dispute

ne peut imaginer à quel degré d’ intempérance et de sottise, l’inimitié-et la vie

- commune peuvent amener des personnes

naturellement bonnes etmodérées, — que dis-je? des personnes en tout semblables, car ce que ma mère appelait les défauts de sa belle-fille, c’étaient ses propres qua-

Jités, mais qu’elle détestait chez une autre.

Dieu me garde de vous ennuyer de ces Ale petitesses ! Voici pourtant un trait,

. un mot qui les dépasse infiniment :

Il y a chez nous une chapelle où l’on

at quelquefois la messe, et sous laquelle

est enterrée presque toute ma famille. Ma

ge ne nn vous rendre Faro révèlent

mère y était sans cesse; ma femme, tous. #

les matins, venait y faire sa prière. LES . Un jour, le plancher pourri céda sous

la chaisé de ma femme, qui faillit de ‘dans le caveau. Elle ne se fit aucun mal,

mais sa frayeur fut extrême. Elle poussa

des cris affreux; un domestique accourut “di ER

et la dégagea sans peine; mais tout le reste Fe du jour elle demeura fiévreuse, apeurée et. tremblante. |

— - Eh! mon Dieu, lui ct ma mèr

aviez-vous peur, je vous le De un peu? Tous ces morts, je les ai connus.

C’étaient de fort braves gens. dé De tels mots, vous le comprenez, dont :

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entre ces deux femmes. Pouvait-il en être “#È autrement? Pendant des mois et des mois, | tous les efforts de ma mère avaient été

4 de son fils. Son affection s était doublée d une pe et active jalousie contre la

pour me donner à une autre, et cette fois 4 sans retour. <

Etil y avait bien en effet un abîme | | dirigés vers cet unique but : la reprise

= m D be à ma ta elle avait con- cie | senti à tout, jusqu’à la recevoir sous son toit. Elle. m'avait enfin ressaisi — mais

ot ae ma mère ne le PE |

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Que pouvais-je à ces disputes dont les échos me parvenaient sans cesse, sinon les écouter avec résignation? Elles n'étaient pourtant pas sans assombrir une vie que

tout s’accordait, par ailleurs, à rendre

heureuse. J'aimais ma femme, j'en étais

aimé. Nos goûts, nos humeurs s’accordaient. Tout un passé gênant se trouvait

aboli. Je le croyais du moins. Mais on arrange le passé, on ne l'abolit pas. Il nous enchaîne, il nous lie; ôn s’en croit libre, et c’est lui qui nous commande. Il a créé derrière nous des secrets et des mys-

tères dont nous sommes prisonniers, et

c'est lui qui dirige encore nos actes dans cette existence nouvelle où nous croyons toujours pénétrer.

Ma femme continuait di ignorer mon

ancienne liaison. Mais l'harmonie qui régnait entre nous se trouvait à la merci

id ptit

dé l’indiscrétion d’un domestique où d’un

emportement de ma mère. Je n’aurais pu

conjurer le en de quelque révélation brutale qu'en prenant moi-même les devants par un effort de franchise, que la

— confiance de ma femme, son affection,

pour ainsi dire accrue de toute l’animosité

qu’elle rencontrait chez sa belle-mère, me

- rendaient de plus en plus difficile. J'ap-

__ préhendais de rendre irréparable l'ini-

. mitié, déjà si vive, qui la séparait de ma

“mère, en lui révélant son rôle et la sorte

de complicité qu'elle avait dans mon

aventure. Aussi, Monsieur, arriva-t-il ce

qui devait, un jour ou l’autre, nécessaire-

ment arriver.

N'attendez pas que je vous décrive, d'après ce que m'en ont raconté deux femmes en colère, comment survint entre -

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