‹ La maîtresse servanteChapitre 38 sur 41 · CR · texte numérisé non relu

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j'étais bien loin d'avoir, pour donner

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quelque force à mes paroles. Des PE Fe de la colère même, tout aurait mieux valu pour elle. Rien ne pouvait l'offenser à davantage que ce calme concerté, Pou- 4 vait-elle y voir autre chose qu’une froide A

imdifférence à ses sentunents, à son chagrm? Une prétention excrbitante d’excuser ce qui était inexcusable à ses yeux?

— Vous l’aimez! me répétait-elle sans cesse. Vous ne vous en êtes pas séparé.

Qui me dit qu ‘a l'instant même vous n'arrivez pas de chez elle? Votre mère le sait, vous encourage. Je l’ai bien senti tout à l'heure! Dans quelle famille suis-je tombée!

Je m’exaspérai, à mon tour, de la sentir si rebelle à mes raisons, si insensible aux malheurs de ma maîtresse — comme si moi-même j'en avais été touché, au temps où jy pouvais quelque chose!

Son désespoir redoubla. Je compris qu’à cette minute je n’avais qu'une satisfaction à lui offrir : me retourner contre ma mère. Ce que je fis sur-le-champ.

J’allai la trouver dans sa chambre.

Elle était à sa toilette, en train de faire

ses papillotes- Elle bin bee dans son

miroir; et avant même que j'eusse ouvert la bouche :

— Cette petite sotte, me dit-elle, ee ne connaît rien à la vie, s’en vient main-

tenant me reprocher ce que j'ai fait pour -

elle! Où serait-elle, je te le demande, si

] ‘avais agi autrement?

Je répondis que je n’incriminais per- |

sonne d’une faute qui ne venait que de - moi, mais que ma ferme avait l'intention de quitter ce soir le Pradeau, et que je ne

pouvais me dispenser de l'accompagner chez son père.

A défaut de reproches plus directs,

la sécheresse de mes paroles et le ton ‘glacé de ma voix lui faisaient assez en-

tendre pour qui je prenais parti. Elle le

TEE

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LA MAITRESSE SERVANTE -9253 sentit cruellement et me dit d'un ton résigné :

— Je ne te retiens pas, mon enfant.

| Il y avait tant de tristesse, et, quand j'y songe aujourd'hui, tant de pressenti-

ments dans ces mots’ que je restai inter-

dit et silencieux. J’éprouvais tout à la fois,

envers elle, des sentiments de tendresse

et d’amertume. La tendresse enfin l’emporta : je m'exCusai auprès d’elle des vio-

lences de ma femme et la quittai avec plus

de douceur que je n'avais fait depuis

et m'en souviens. Ils furent si rares dans

longtemps, comme si j'avais voulu lui demander d’avance pardon de ce qu’elle allait encore supporter.

Ces pauvres baisers un peu tendres

que j'ai donnés à ma mère, je les compte

ma vie les moments où s’exprima par un

geste cette affection secrète, presque

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ignorée de moi-même, qui m'attachait à elle, et dont je n'ai connu toute la profondeur qu’au jour où elle n'était plus là pour en recevoir les témoi-

gnages!

Vous vous en doutez, Monsieur : ma femme en voulait plus à ma mère d’avoir toléré ma maîtresse sous son toit, qu’à moi de l'y avoir amenée. Dans son amour ingénu, à peine pouvait-elle concevoir les sentiments qu'elle incriminait dans ma conduite. Je n’eus pas de peine à la convaincre de renoncer à son départ.

Le lendemain, sans autre explication, ma mère lui remit toutes ses clefs, et à partir de ce moment tout fut changé dans ses manières. Elle parut se désintéresser

tout à fait de ce qui se passait à la maison. Elle y vivait en étrangère, ne s'occupait plus de rien, et même affectait envers sa bru une courtoisie parfaite. Mais l’injustice de cette petite fille (ainsi qu’elle appelait ma femme), qui ne pouvait rien soupçonner de ce qu’elle avait enduré, eut un effet surprenant. Désormais, chaque fois qu'elle allait à Nontron, où s’approvision-

nait le Pradeau et où vivait toujours mon ancienne maîtresse, elle ne manquait pas

de se rendre chez elle. Sa rancune contre

sa bru semblait lavoir attachée à celle qui

avait été sa servante mieux que dix nou-

velles années de servitude n’auraient pu le faire. Elle passait des heures avec elle:

à lui raconter ses griefs, à l’entretenir de

moi, de ma femme, du Pradeau, de tout ce qui la passionnait encore. Par un raffinement diabolique, elle prenait soin que

al

nous fussions avertis de ses visites; et,

tout comme autrefois mon oncle Frédéric faisait attendre ses poneys devant la … maison de sa maîtresse, c'était à la porte de - Mariette qu'elle donnait, après ses

courses, rendez-vous à sa voiture.

Ce fut là pour ma femme un insupportable affront. Elle pleurait, se lamentait,

me suppliait d'intervenir. Ma mère voyait mon embarras, et paraissait y trouver du

plaisir et comme une obscure revanche.

sais. Après avoir été si longtemps obligée de plier devant moi, elle reprenait toute

J'étais surpris de son attitude, mais elle

avait uu prestige une force que je subis-

sa raideur. | Elle parut ainsi se complaire à nous

berner quelque temps. Enfin, quand elle

eut estimé que cette comédie avait assez

duré, et qu’elle avait suffisamment fait

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