SCÈNE VI
Amortir la douleur, enivrer en tuant !
Je l’ai donc ce poison par qui le sang se glace ;
Qui ne fait point souffrir, ne laisse aucune trace ;
Dont l’effet , au besoin , s’annule ou se suspend.
Bonne précaution : parfois on se repent.
Enfin , je vais la voir , et , cette fois , peut-être ,
Sans ce honteux ressort , je pourrai tout connaître. Peut-être , un mot loin d'elle écartant le danger ,
Sur mon rival , au moins , pourrai-je me venger.
Ciel , témoin des combats que mon âme se livre ,
Fais qu’il tombe en mes mains, pour qu’elle puisse vivre! Mais respirons d’abord ; j’ai besoin de sang-froid ;
Gonflé de tant fiel , mon cœur bat à l’étroit.
Il est trop tôt d’ailleurs , sa porte m’est fermée.
Au moment do sortir, il rencontre Mila, qui entre un bouquet à la main et recule effrayée à sa vue.