La mal de vivre [microforme]
Deux hommes Dromenaient en Causant, se frayant'difiiciieisent un passage à travers la cohue brillante et s'ar.
rétant souvent pour fouiller de l'œil les groupes, rencontrer où pour essayer de dévisager les couples de danseurs,
Du même âge à peu près, une trentaine d'années, ils étaient absolument différents comme type et comme allure.
au ministere
L'un, srand, élancé, très beau garçon avait Le trgits réguliers, les yeux et les che aoirs, le teint mat ; l'autre, un Peu au .essous de la moyenne, maigre, chetif, dan blond terre. les tempes dégarni figurerassrée de tous ceux qui # de l’oxis'ence, qui font ce qu'à as un Ceriäin monde la tête,
— | wu'ils soient venus ? de-
manda : * coup ce dernier !
—J en s
# aussi certain que toi : M.
de Labatiès… en su qualité d'ancien capitaine de ite ét de père qui veut marier sa # è manque point une réception
—Alors, tu es vraiment mon pauvre Yveling ?
lveling répondit Par un sine de té.
te affirimatif,
— Amoureux au point. d'aller jus.
qu'au mariage ? reprit son compagnon.
—Oui, répliqua-t.il d'une voix brève tandis que ses sourcils puissamment erqués, se rapprochaient dns unc contraction brusque.
Un rapide sourire éclai ra | nomie sceptique de son ami, une expression d’ironie yeux d’un bleu incertain peu fuyant,
Yveling dit :
—Vois-tu, Henri. tu n'anrais jama is dû me présenter dans cetie maison.
—Ah !'ça, c'est plus fort n'est-ce pas toi qui as réclamé cette présenta.
tion dès ce jour de l'été dernier, où Nous nous soinmes rencontrés au Salon avec Mmes de Labatière ? Sois franc, mon cher * al.
—CL'est vai,
Là s'arrêta le dialague,
:aul Yveling, suivi de H: 1ri de Ja Roche, continua à fendre le flot des invités.
Repoussés au moment où ils se dis.
posaient à franchir une porte aui donnait accès à autre salon a1cculés dans un coin les deux jeunes gens jetérent en
aïnoureux,
a physio.
tandis qu’.
traversait ses » AU regard un
même temps la même exclamation :
—Les voilà !
Et toujours l'un suivant l'autre, mais retournant sur leurs pas, ils se frayèrent un chemin à travers la foule, de plr: en plus envahissante, des femmes et des hom:.es en habit noir ou en brillant uniforme,
Ils avaient éié vus par Mme et Mlle de Labatière, qui arrivaient de ‘sur cô- 6, et qu'ils accostaient au bout d'une tminute,
L'ancien marin un instant séparé de sa femme et de sa fille les rejoignit, et ion échangen quelque: paroles amicas
es.
Dix minutes plus tard, Paul Yveling entrainait duas une valse Mlle de Labatière.
Ils fire seulement quelques tours bousculés jar les uns bousculant les autres,
—Il'est impossible de danser, dit la première la jeunc fille je n'ai jamais vu, je crois, autant de monce.
—En effet, la soirée est particulièrement animée, répondit Paul
Et glissant sous le sien le bras de Mille de Labatière :
—Si nous nous promenions un peu ?
— Mais oui, si vous voulez.
Ils sortirent du cercle compact et mouvementé qui les enserrait gt passèrent dans le second salon, où la circulation était plus facile.
Ces jeunes gens, au bras l’un de l'autre, formaient un des plus jolis couples du bal.
Paul Yveling, avec sa figure mâle et fière, sa prestance, sa distinction innée semblait le seul homme digne de cette belle fille souple au visage expres sif et des roses, nimbé de l'or pâle des cheveux, dont les crèpuscures légères donnaient aux traits quelque chose de de” d’idéal.
Île était tout habillée de gaze d’un bleu de myosotis, comme le bleu de ses yeux ; la jupe garnie de boutons de roses pâles, comime les roses de son teint.
Le décolleté du corsage dégageait un peu les épaules, délicates, mais d'un pur modelé ; deux fleurs ouvertes, piquées à la naissance de la gorge, étalaient sur la chair leurs pétales odo rants
Régine de Labatière était de celles qui sont capables d'éveiller la passion sincère et vibrante, capables de retenir pour jamais le cœur qu’elles ont conquis.
Bégine venait d'atteindre ses vingi ans ; depuis deux ans on la conduisait dans le monde ; sa grâce simple autant que le charme \ personne avaient attiré autor. x nombre d'admirateurs,
Cependant aucun precendant, sinon | très furtuné, du moins ayant à offrir à une femme une position assez sérieuse pour lui assurer l’aisance, ne :'était présenté,
C'est ce que Mile de Labatière n'aait point de dot-
Et par cette fin de siècle, où tout sentiment se tait devant la question d'argent, les jeunes filles n'ont guère de chance, à moins @un hasard exceptiounel, de se voir épouser pour leur beauté...
Certes à l'âge de Régine, il n’y v“vait point de temps perdu.
Maïs un père et une mère éprouvent tant plus de hâte à caser leur pro- ‘ture, qu'ils craignent de ne pou-
voir le faire comme ils le voudraient.
L’ex-capitaine de frégate était vieux; il ne restait après lui, à sa femme et à son enfant, qu’une modique pension qui les forcerait à vivre à peu près en dehors du monde,
Et Kégine, son itole, sa fille, connaitrait les tristesses du célibat forcé, l'ennui des longues jouruées de solitude, et aussi tous ces vagues, tous ces indétinissables malaises qui, chez la femme faite pour aïmer et pour créer, se montrent, et s’exacerbent parfois jusqu’à devenir un supplice.
La fleur s’étiolerait, se fanerait sans que le vent doux qui caresseet fécon-
Cd
de ait passé sur elle ; lu rose se détacherait de sa tige sans qu'un rayon de soleil l'eut fait s'épanouir et vivre
M. et Mme de Labatière avaient euivi des yeux aussi longtemps que possible, Régine et son danseur,
Et dans leur regard on limit sans peine leur pensée,
Henri de lu Roche, resté auprès d'eux, la saisisaait toute entière cette pensée,
Les questions que le pére et la mère üi avaient posées auf sujet de Paul
veling sf ar du reste leurs se.
ere. desir ; sous-chef de bureau au ministère de là marine ave trois cent mille francs de fortune et des es pérances : l'héritage d’un oncle resté vieux garçon, — ce dernier était pour Mlle de Le batiôre un parti plus que convenable,
Un sourire bizatre, comme celui qui plissait ses lèvres au cours de son dialogue avee Paul, à leur arrivée dans le bal, y passa encore, furtif.
Le jeune homme quitta M, et Mme de Labatière pour se diriger vers le sulon où Pau! et Régie s'étaient engagés
Car lui ne les avait pas perdus de vue.
Il les aperçut, tout au bout, mar chant vers la sortie opposée.
Ils cherchaient évidemment quelque endroit moins envahi ; peut-être espéraient.ils la solitude du tête-à-tôte.
— L'affaire est dans le sac, marmotta-t-il ; il dit vrai. il ira jusqu'au mariage... Les hommes sont de fieffés
coquins.
ulement vers les trois heures du matin, les deux amis se retrouvaient au vestiaire,
En descendant le grand escalier ils échangèrent quelques paroles.
— Eh bien interrogea Henri de la Roche.
—Eh bien ! répondit Yveling, je suis décidé.
—Comment vas-tu te... débarrasser.
— Mon oncle m'aidera.
Ce fut tout.
Dehors, une rangée de voitures #alignait, les cochers aux trois quarts en
dormis suy leurs sieges {! serrérent la main, et pendant 4: Henri de la Hoche L
tière d'un fiacre, Paul Y veling
lait à pied, le col de fourrure de son
pardessus roievé jusqu'à ses oreilles, ie instants plus tard, la fa.
mille de Labatière montait duns un
landeuu de remise, qui attendait de
vant le ministère
Régine, tandis que la voiture rou lait, laixait aller sa tête en urriére, comme si elle allait céder au sommeil.
Elle ne s'endormit point pourtant,
Ni son regard restait fixe entre ses AU pICrex mi-closes, SA petite bouche avait de temps en temps un frémissement qui ressemblait à un sourire.
Elle révait tout éveillée,
Et c'était un rêve d'amour qui sait dans cette jeune tête.
Cétaitun rêve d'amour qui faisait palpiter ce cœur, sous la guze légère du corsage,
Et elle le voyait, ce rêve fait depuis longtemps déjà, depuis des moix, levenir une réalité,
Elle aimait, et elle était aimée, d'un profond, d'un ardent amour,
Elle ne doutait point qu'elle r'ap- Partint à Paul un jour, qu'elle ne devint sa femme,
Sa femme : Quel horizon de bonheur ce mot ouvrait devant ses yeux ravis !
Jamais Régine n'avait trouvé lu vie si belle que ce soir, où là voiture l'emportait, entre son père et sa mere, avec l'image du bien-aimé dans la pensée et à ses oreilles le murmure encore des paroles douces, des paroles brûlantes qu'il lui disait tout à l'heure, dans le bal, pendant qu’elles appuyait à son bras
Quinze jours après le bal du ministé.
rc de la marine, vers la fin de janvier, un homme d’une soixantaine d'années gros, court, à la figure apoplectique. arrivait essoufflé au quatrième étage d’ine maison de la rue Boissy.d’ Anglas.
Il reprit haleire am moins pendant
pPas-
deux ou trois minutes, levant à plusieur reprises la main vers le bouton de cuivre placé sur le côté de la porte devant laquelle il venait de s'arrêter, puis brusquement, comme quelqu'un qui prend un parti, il sonna,
Une jeune bonne ouvrit.
—Akh! monsieur Yveling ?
--Madame est chez elle ?
—Oui, monsieur,
—Et son père!
—Tous deux sent au salon.
La bonne se disposait à introdurre inmédiatement le visiteur.
Celui-ci l’arrêta du geste.
—-Pas si vite que je me débarrasse.
Il s’apprêtait à enlever son pardessus ; mais il se ravisa, accrocha seulement son chapeau à une des patères de l’antichambre, un couloir tout garni de chinoïiseries, et ouvrit lui-même Ja porte du salon.
— Quelle figure il a aujourd’hui !
murmurait la bonne, en voyant cette porte se refermer sur luir
Dans la pièce coquette, avec des plantes vertes à chaque coin, une jeune femme en robe d'intérieur bleu clair, garnie de gipure crème, travaillait, assise devant une.table au milieu de laquelle brülait une lampe à abat-jour de tentelle piqué de nœuds de rubans.
Elle releva la tête, une jolie tête brune, expressive et intelligente, un peu trop énergique peut-être, mais dont les yeux noirs, des yeux de velours, attiraient,
—L'oncle Yveling ? Quelle bonne surprise !
Elle s'était levée, et, souriante, allant à lui, l'embrassait sur jes deux joues.
— Vous dînerez avec nous ?
Non.. ce n’est pas mon jour.
— Qu'importe, puisque vous êtes À Paris. . Quelle circonstance a pu vous faire quitter Asnières un samedi, et par un froid pareil ?
—J’avais affaire. .... Je voulais vous parler.
— Nous parler ? A mon père ?