‹ La mal de vivre [microforme]Chapitre 37 sur 37 · PR UE · texte numérisé non relu

PR UE

Le à

Luis

Vite, vite, elle monta pour gagner l'appartement de celle-ci.

Paulin v'articula pas une syllabe, mais il monta derrière elle.

Et derrière elle, sans hésitation, il entra dans le boudoir.

Personne, dans le fauteuil place près du guéridon en marqueterie ou la lampe au large abat-jour brülait.

— Madame ! dit Simone en s'avançant à l'entrée de la chambre.

Point de réponse.

— Madame la comtessé, voici le costume, fit-elle en traversant la pièce et atteignant l'entrée du cabinet de toilette.

Et comme le silence régnait encore là, elie revin ses pas.

Alors, seulement, elle vit son mari debout au milieu du boudoir, et blanc comme un linge.

Elle eut peur.

— Quoi donc !.. Qu'as-tu /.. Il est irrivé quelque chose !

— Je n’en sais rien mais ça se pourrait bien.. prends la lumière.

Elle souleva la lampe pendant que Paulin passait le premier.

— Elle doit être chez son mari, disait celui-ci, mais ce n'est pas par le palier qu’elle y est allée, j'en suis sûr

Aussi pâles l’un que l'autre, ils entrèrent chez le comte par le chemin

qu'avait suivi Huguette.

En mème temps, il poussérent un cri.

La lumpe faillit s'échapper des main de Simone.

Paulin se baissa, souleva la forme bianche qui barrait la porte, lemporta dans ses bras robustes.

{1 l'étendit sur le lit.

La tête roulait sur l’épaule :; quand on soulevait le bras, il rstombnit iner-

— Elle est morte ! fitil.

Elle est morte ! répéta Simone.

+ tous deux s'affaissérent près du lit en poussant de tels sanglots, que le valet de chambre qui remontait chez

son maitre son diner fini, les entendit et entra.

Ce fut lui qui donna l'éveil dans l'hôtel.

On courut chercher le médecin, qui ne put que constater la triste vérité.

Cut le comte rentra chez lui, une heure du matin, il vit sur grand lit Henri Il, où elle avait souffert son long martyre, Huguette de la Roche, dans sa robe de mariée

Les mains pieuses de Simone venaient de la vêtir.

Sa maitresse n’avait-elle pas dit souvent qu’elle voulait être enterrée ainsi !

— Ah'fit-il

Et ce fut tout.

Il passa la nuit, puis le jour suivant et la nuit suivante, près ce cette couche où le frêle corps saus vie dans les cassures de l’étoffe soyeuse, attendait “u'on le posat dans la tombe,

Il suivit à pied, ayant l'air d'un cadavre qui marche, le char jusqu’au Péère-Laehaise.

Puis il revint cnezlui, et les amis partis, les condoléances entendues, écrasé abimé, se demandant s'il aurait l'énergie de gagner sa chambre pour tomber sur son lit, et dormir comme une brute qui ne pense plus il monta l'escalier en se tenant à la rampe.

Mais au seuil de l'appartement d'Hu guette il s’entendit appeler :

— Monsieur le comte !

C'était Paulin Pascot, qui était là, temant avec sa stature vigoureuse tout l’embrasure de la porte

— Si monsieur le comte voulait entrer !

La voix était péremptoire.

Henri de la Roche tressaillit ; wmais il obéit vaincu dans sa faiblesse physif que et morale par ce garçon qui venait, de pleurer comme pleure un enfant, mais qui conservait toute son energie toute sa force.

L'autre s’etfaça devant lui.

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Paulin marcha vers la chambre à concher.

Le comte le suivit.

1 ullait en automate, entrainé par cette furce d'une volonté supérieure à la sienne, suggestionné par cet homme qu'il regardait ordinnairement comme uu être n'ayant avec lui aucun point de contact, d'essence inférieure à la sienne.

[1 se retrouva dans la pièce, tendue croché d’un bleu très pâle, ou le grand lit Henri Il était vide.

Simone montée comme son mari aussitôt après le retour de l'enterrement, dans la chambre mortuaire, assise sur uno chaise, pleurait les coudes sur ses genoux, le visage dans ses mains.

Elle releva la tête, lorsque les deux hommes entrèrent.

Laulin s'arrêta à quelques pas du lit M. de la Roche également.

Le comte regarda le pâtre.

Lui blème® — fixait sur ce dernier 3 yeux aux paupières rougies flambosant comme des charbons ardents.

M. de la Roche se redressa, une lueur passa dans ses prunelles pâles.

[1 sentait l'attaque : c'était un ennemi qu'il avait devant lui.

Sa résistance ne fut qu'une velléité.

Lache enfac. forts, ilse mit à trembler, plus :, | n'avait encore irermblé.

La main de Paulin Pascot, on sap pecantissant sur son épaule. l'avait fait

ir.

LL obeit, en suivant du regard le geste celui-ci à son injonction :

__ Regerdez ce lit monsieur le comte regardez ! Elle n'y est plus.. À peine sur ledrap pouvez-vous vous apercevoir reverra l'ange que nous appelions la petite comtesse... Elle est morte, et c'est vons qui l'avez tuée...

Mousieur le comte, entendez-vous bien, vous aviez jnré que vous seriez, sur le Christ, devant notre maitre et devani vos aïeux.....

Je ne suis, moi quun pauvre pay san, je ne suis rien.... mais si je jurais

je tiendrais ma promesse, si difficile à tenir qu’elle soit. .

Eh bien j'en ‘ais un, de serment, en même temps que je vous fais une pré:

diction : personne, pour le moment, n'a le droit de vous punir pas même moi, qui vous ÉCraserals avec plaisir qu'ou 4 à écraser un insecte malfaisant, vous avez l'argent, sans avoir l'embarras de la femme : vous allez vivre libre, heureux.... Mais cela n'auri qu'un te:nps monsieur le comte, souven#z-volis de son serment à lui..le voilà : si un jour l'occasion se présente, COMME elle se présentera, quelque ehose me le dit d'aider le Destin, qui se charge bien de frapper les coupahles, je serais la moi, pour cela. ... Nous partons, nous ne voulons point rester une heure de plus dans cette maison on nous n'étions que pour mettre notre maitresse... Hélas!

il y a été inutile... Mais je ne vous dis pas adieu. . Nous nous reverrons plus tard. On se retrouve, dans IR vie... En attendant, demandez- Jui pardon à genoux, il celle qui est làhauts nus A genoux

Et la main rude du paysans serrant à le broyer le bras dn descendant des de la Roche. le torça à s'agenouller devant le lit au pied duquel il resta plusieurs minutes, livide hébété sans pen-

sce,

Quand il se leva une indimible rage contorsionnait sa figure.

Ses poinss se ser uent

Comme il allait faire jeter cetle var letaille à la porte

Mais il était seul.

Paulin et Simone avaler!

chambre.

Le comte sentit sa | ibiesse.

Puis il avait raison Île paysan : il n'était qu'un misérable.

Un ettroi le prit, au milieu de cette pièce vide, où tout parlait de la morte.

Il se réfugia dans sa chambre, claquant derrière Jui les portes

[ avait peur de l'ombre d'Hugue‘te.

A cette heure même, dans un hôtel plus iuxeux, plus grandiose

quitté la

voisin,

encore que celui du comte de la Roche, dans l'hôtel de l'avenue de l'Almua ap partenant au richissime patron des Grands-Magasins, un homme se mourait le propriétaire même de la colossale maison € « passaient chaque jour des miliers d'acheteurs,

La marche de la maladie avait été foudroyante chez M. Chaumel.

À peine avait-ilenu au lieu délire deux ou trois retours, son,

Pourtant, avant d'entrer en agonie, le moribond devait revenir pendant quelques instants à la lucité parfaite.

[1 demanda qu'on lui amenât sa tille, colla ser lèvres excoriées à la joue veloutée de l'enfant, puis, regardant sa femme, regardant son fils qui ne quittait pas l'hôtel depuis que l'heure fatale était prévue, il articula :

— Je, vous. pardonne.

[ls entendirent l'un et l'antre, se regardèrent en frissonnant.

Ce fut tout.

L’agonie commencait.

A neuf heures du soir avant Ja fer.

meture, on annoncait au personnel des Grands-Magasins, que M. Chaumel était mort,

de à la

son ral-

Une fois sur la piste, une fois cer tains 4e leur affaire, M. de Labatière et SOu neveu € demandatent comment agir.

Jacques éprouvait une hâte fébrile à dévoiler la femme qui s'était servie de sOn noi pour déplacer les soupçons, pour masquer sa culpabilité,

I lui fallait une satiefaction complète

sa réhabilitation entière aux yeux du monde.

Ce fut en mettant sa fille en avant, prononçant le nom de Régine, que M.

de Labatière arriva à apaiser le simpa tiences bien légitimes du jeune homme.

Régine aimait son muri.

Peut-être n’avait-elle plus pour lui l'ardente tendresse qui là portait à lé.

bouser, puis à se dévouer ensuite à son retablissement.

Mais Paul tenait encore la première place dans son cœur.

Il faudrait bien lui apprendre que cette plac , il ne Ja méritait point, qu'elle avait été trompée, Seulement pouvait-on le faire ainsi, brutalement ?

Nerveuse et impressionable, très pro fondément affectée déjà par la mort de la pauvre petite comtesse de la Roche en proie depuis quelque temps à une espèce de mélancolie sombre, elle avait le plus grand besoin de ménagements.

Jacques de Labatière esquissait un sourire atuer lorsque son oncle parlait de l’Amour de Régine pour son mari.

Etait-il done vrai qu'elle fut assez aveugle pour chérir cet homme ?

Un pressentiment ne l’avertissait il pas qu'elle n'était point payée de retour ?!

Puis le calme se faisait aussitôt dans l’âme du jeune homme.

Qu'attendait, en somme, M. et Mine de Labatitre ?

Le vieux marin le lui expliqua ainsi qu'à sa femme et à Georges Taverrier, un soir que Régine était restée chez elle, prise de migraine, que Paul, comme chaque jour a présent était parti, et cu'ils se trouvaient tous quatre dans le salon de Mme de Labatière,

[l avait arrêté son plan, froidement

Ce plan était cruel

C'était le seule plan à suivre, il pos sédait une fois entière en ses résultats.

Puisque au moment du drame d’As nières, la justice ne trouvait aucune preuve coutre cette maitresse d'Yve ling, dont à peine deux ou trois fois, et très vaguement, les journeux avaient trouverait plus à présent.

Eux-mêmes n'avait que des présomptions, et les présomptions n'ont guére de valeur aux yeux des magistrats.

Après trois années, il serait plus di:

ficile encore qu’au premier jour de découvrir d’une façon palpable la vérité-

Le comte de la Roche, pressentit de

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nouveau ne faisait que répéter ce qu'il disait au premier jour en aftirmant à présent qne Mme David était capable d'aucun des faits qui, en apparence, pouvaient l'accuser.

Alors qu'ils étaient moralement sûrs de ne pas se tromper, ils n’obtiendraient rien, ni satisfaction, ni réparation.

Ve cannaissaient-ils pas le caractere de cette femme qui, au lendemain du drame, s'introduisait chez M. et Mme de Labatière, y venait pendant plus d'une année pour leçons de musique, y était bientôt reçue en amie, ne craiguait pas de serrer la main de celle qni avait été victime.

V'avaient ils pas pu juger de l'auda ce qu’elle déploierait, à l'heure des ex plications, par celle qu’elle montrait, la première émotion dissipée, le soir du bal chez les Chaumel.

M. de Labatière avoua que c'était surtout cette considération qui l'enga geait a attendre.

Mais attendre quoi, encore une fois !

La mort du petit être qui se débattait contre l’étreinte d'un mal inexora ble.

Sur cadavre de son fils, Rosalie Da vid oserait-elle mentir ?

Le vieux marin était tenu jour par jour, par la concierge qu'il n'avait ur cela, au courant de la situation.

L'enfant ne passerait peut-être pas

urnée du lendemain.

Eu effet, M. de Labatière était an courant des événements.

L'enfant de Rosalie mourir.

Le dernier soir Mde David avait pris enveloppé dans des couvertures, son petit sur ses genoux.

Et, la tête inclinée. osant à peine respirer de crainte que sa respiration ne le dérangeît, elle le contemplait, dan: une accalmie imprévue, tellement complète, qu’elle croyait presque en un mieux qu'elle savait impossible-

Pauvre être : pauvre chérubin :

Faut-il que la souffrance atteigne ces innocents à peine nés, et les torture

David allait

| Le front de |

| Rempiie d'une svresse folle

et les tenaille, ces petits qui demandent pardon, — croyant peut-être nés Pour mourir.

Ce n'était grands yeux noirs, doux brillants, cheveux bouclés frôlant ses joues roses, au sourire intelligent.

Les paupière mi-clos, cachaient prunelles ternes, le vint était bleme

Sur le front bornbe, plus de boucle

plus le bel enfant, aux a“tuix

les

brunes : la mere les avait coupées un à une, croyant soulager cette tete qui souffrait, avant un espoir, chaque fois que les ciseaux craiaient, dans la soie épaisse des méche f1 iaées.

Oui, il semblait, ainsi, ne plus sont frir.

Et, ce même tol espoir entrait dans le cœur de Rosalie maigrie vieille les cheveux presque gris, — malgré ce qu'avait dit le grand médecin, tmeénin

gite tuberculeuse.

L'enfant resta dans son un souffle court entre les l'une heure.

Tout à coup les yeux du petit mi ilade s'ouvrirent très grands’

[ls redevenaient brillants, jours de santé, quand sa mere yait en face des siens.

Ce fut encore sur elle qu'ils se rent

Et les coins de la bouche tout exsangue, se releverent dans un sourire.

Et sa petite bouche mumura

— Maman.

imimobiité, lèvres, pres

comine ai

les vo

fixe

mignonne, Come

elle so

baissa pour Fembrasser an front | "enfant échappa au bai

ser de la mere.

| La tête, degarnie de ces eaux he | veux, se pencha sur elle.

| Rosalie jeta un cri strident,.

| A ce moment on sonnait à la porte

| de l'appartement.

La bonne, affolée, accourait, geant des veux.

Vite. dit sa maitresse, OUVrEZ | [l m'avait promis de reveuir. . C'est peut-être le docteur !

interro

Trois hommes entrèrent dans la chambre.

Rosalie les reconnut : mais leur vue la laissa indifférenie.

Ces trois hommes étaient : le commandant de Labatière, son neveu et le capitaine Georges Taverrier.

Mde David venait de se dresser, serrant plus fort son fils dans ses bras.

Elle arrivait près de la cheminée ou la lumière de la lampe dont l’abat- Jour, — très abaissé, tamisait assez la flaime pour que son éclat ne blessât les yeux du petit malade.

D'une main elle remonta cet abatjour, et la lumière crue tomba sur la petite tête qui roulait toujours, très blême, avec la bouche ouverte et les yeux vitreux.

— Mon enfant est mort !

— Vous voyez ... il est mortr

Coup sur coup, par trois fois, Rosalie baisa de nouveau la mignonne bouche froide.

Ensuite elle posa sur son lit le petit cadavre, entra, dans la pièce voisine qui était le salon.

Il y avait sur le piano deux bouquets de roses, que lui avait envoyés le matin même un élève qui savait qu’elle aimait les fleurs.

Elle les retira des vases, coupa les roses au défaut de leurs tigs, et vint

les semer sur le berceau.

1 régnait dans Ja chambre un grand silence que troublaient seuls sanglots de la bonne agenonillée dans un coin.

Quand toutes les roses furent tombées odorantes et légéres autour dr l'enfant mort, Rosalie David se retourna vers Ceux qui avaient osé en ce terrible moment franchir le seuil de sa demeure.

— Je sais, mesieurs, fit-elle, que l’un ou l’eutre ouvrit la bouche, pourquoi vous êtes ici.. Je vous éviterai une interrogation pénible pour vous et pour moi.... Simon fils eut j'aurais lutté, j'aurais menti.... Mon fils est mort rien pour moi n'existe à

avant

résent.. son âme appelle la mienn.

‘entraine là ou on ae pense plus.....

Je venx seulement vous dire que j'a beaucoup souffert, .....jene m'excu se pas...... maissi vous saviez pa quelles tortures morales j'ai passé peut être vous, le père.. .. vous-même M. Jacques de Labatière, vous mi plaindriez.. Vous voolez un aveu, vou voulez une preuve, je vais vous la don ner.

Elle passa encore dans le salon, où 1:

bonne avait laissé la bougie allumée pour aller ouvrir.

Par la porte, restée grande ouverte ils la virent s’assoir, devant la table di milieu, ou se trouvaient un buvard e:

un encrier.

Elle prit une feuille de papier et s mit à écrire.

Au bout de quelques minutes Rosa lis David revint vers eux, tendant :

l’ancien capitaine de frégate la feuill:

sur laquelle en datant paraphant d’un:

écriture ferme, elle avait tracé ce:

lignes :

‘“ je tiens avant de mourir, n’agis ‘sant sous aucune pressisn imais pa ‘“ ma seule volonté, à faire une déclara.

“tion, de tous points conforme à | vérité et dont je demande la divulga tion.

‘ C’est moi. la maitresse de Pau Y'veling, qui me suis introduite dan:

“ le chalet d'Asnières, et qui ai frappx au moment ou elle venait de se met tre au lit, Régine de Labatière d'u coup de couteau.

‘C’est moi qui ai éeri3 au juge d'in:

truction la lettre par laquelle soi cousin Jacques de Labatière s’accu sait d’une infamie qu'il n'avait pa:

‘ commise.

‘“ Une seule personne eût pu ni ‘trahir : l'oncle de Paul Yveling, «qui m'avait vue sortir du chalet aussitôt ‘* le meurtre accompli ; la paralysie iui “ a cloué la bouche.

“ J'avoue mon crime, J'avouema là ‘“ cheté,.

, mienn., Ha

que j'ai

m'excuviez par 1ssé peutus-même, vous me veu, vous s la don-

lon, où la allumée,

ouverte, table du ivard et

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“ J'ai désormais la conscience tran- “ quille, je pars contente.

“ Qu'on me mette, moi et mon en- “ fant dans le même cercueil.”

Le commandant de Labarière avait lu cela à voix haute, lendement, en scandant les mots, tout en regardant son gendre, qui s'était levé et qui reculait pasà pas, jusqu’à la muraille, les pupilles dilatées la bouche grande ouverte, sans qu’il en sortit aucun son.

A cet instant,oü elle considérait la mort come son seul refuge la malheureuse ne voyait qu'un inoyen d’en finir : celui qu’elle avait employé rue Boissy-d'Anglas. quand l’oncle Yveliog venait lui apprendre le mariage de Paul.

La sensation horrible du vide, l'éffroi de cette chute d’un quatrième etage sur le pavé ne lui revenaient pas en mémoire.

Elle s'était mauquée la premiere fois, elle ne se manquerait pas la seconde.

Elle allait rejoindre son petit.

Lorsque M. de Labatière son neveu et le capitaine Taverrier se retournèrent au cri de Paul, elle enjambait la barre d'appui.

Comme l'oncle Yveling ils ils n’arrivérent — les deux premiers du moins, car Taverrier s'était placé au devant de Paul pour l'empêcher de se livrer aussi à un acte de désespoir, — que pour voir Rosalie David s’abimer sur la dalle de la cour.

[1 s’écoula une minute avant qu'ils reprisssent leurs esprits.

Ulacés, les tempes en sueur, les james molles, ils se ”- “ardaient.

Les trois hor descendirent précipitamment.

1] y avait déjà au monde dans la cour.

Ce furent eux qui remontèrent le corps, pendant que d’autres couraient au médecin.

Un médecin était inutile.

Cette dernière fois, en effet, Rosalie ne s'était pas manquée..

Le crâne ouvert laissait filtrer la

cervelle ; la mort avait été instantanée.

Une heure après au moins lorsque les constatations faites par le commissaire de police le cadavre de l'enfant couché auprès du cadavre de la mère, le vieux marin Jacques de Labatière et Georges Taverrier quittèrent la sinistre chambre.

Deux jours plus tard on enterrait, couchés dans le même cercueil comme elle l'avait demandé, Rosalie David et son fils.

Quelques personnes habitant la maison suivaient le char, puis ne femme en grand deuil pleurait.

Cette femme s'appelait Jeanne Badolie cu plutôt Mme Chaumel la veave du propriétaire des Grands Magasins, mort quelques jours auparavant.

Les deux maguifiques couronnes O7nant le corbillard, une en violettes et scabieuses l’autre toute de boutons arroses blanches venaient d’elle.

Mme Chaumel resta longtemps au cimetière à genoux sur la terre fraiche, à penser à linfortumée que personne peut-être ne plaindrait, si ce n'était

Elle avait aimé dix ans de sa vie, cette pauvre jemme couchée sous cette terre avec l'être formé de sa chair formé de son âme et qui n’etait plus rien comme elle, — elle avait aimé un homme qui, un jour, un jour oubliant tout son dévouement ses sacrifices, sa ten dresse, était allé à une autre.

Une aberration alors l'avait prise elle avait voulu la vengeance sans prévoir que du jour ou elle serait vengée l'enfer serait daus son cœur le vrai supplice de sa vie commencerait.

Jeanne se leva.

O morte, tu ne soufres plus tu es délivrée.. Moi, il me faut vivre.. et souffrir.

Et Mme Chaumel, à pas lents, enveloppée dans ses voiles de veuve sortit du cimetière.

La pensée de Rosalie péu à peu, “é

j vanouit.

Elle songeait à son mari dont les dernières paroles la poursuivaient comme elles poursuivaient Francis :

Je vous pardonne.

Comme s’il attendait, caché derrière quelque pierre tumulaire que Jeanne se fûr éloignée du tertre où elle avait prié un homme débouchant brusquement d’un sentier frayé entre le tombes arrivait, aussitôt après son départ, sur celle de Rosalie David.

Il portait une brassée de fleurs, il ne les déposa point, ces fleurs, sur la terre fraiche.

Ses bras se desserrèrent brusquement et elles tombèrent, s’éparpillèrent ce chaque côté de lu tombe, comme si ue sous, des mains les repoussaient

Et venu là, pour y rester sans doute, pe fût-ce que quelques instr2ts, Henri de la Roche, pris de terreur, tibulant, eutendant à la fois la voix d’Huguette et la voix de Rosalie, s’en alla, se sau-

va, comme il s'était sauvé de la chambre ou était morte la première.

Huit jours après la fin tragique de Mme David, M. de Labatière, avisé par la Préfecture, allait reconnaître son gendre, arrêté sur la vnie publique, en plein accès de folie furieuse, et provisoirement conduit à l’infirmerie du Dé

ôt.

: Où avait-il vécu, pendant ces huit jours, qu’avait-il fait ?

Ses habits souillés, déchirés, sa figure hâve, disaient seuls qu'il avait dû errer,

sans nourriture ou à peu près, à travers Paris.

Au bout de quelques semaines “ d’ob:

servation ”, Mme Yveling devait faire entrer son mari dans une maison de santé.

Les plus gracds aliénistes consultés déclaraient cette fois le malheureux était incurable.

Régine, quoique profondément attristée, des événements surveuus, sans que rien ne les lui eût laissé prévoir avait pu supporter le choc avec plus de courage que ses parents ne l’eussent cru d’abord.

Si sa pitié pour Paul subsistait, son amour était éteint.

Elle ferait son devoir en vaillant à ce qu'il eût, dans l’asile où on l'avait en- “rt la vie aussi heureuse que possi-

le.

Mais son coeur ne volerait plus vers le malheureux prizé de raison comme il volait autrefois vers le mari qu’elle aimait et qu’elle espérait retrouver.

Veuve sans l’être, quelle serait, à elle son existence ?

La jeune femme ne se le demandait point encore.

Elle ne maudissait point, comme Jacques de Labatière, cette Fatalité qui l’empêchait de recouvrer sa liberté.

Peut-être cela viendrait-il un jour.

Peut-être se révolterait-elle comme il se révoltait, lui qui l’aimait absolument, contre cette réponse de la loi consultée

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