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choses, que le Paget, avec son acantholyse qui détruit la cohérence cellulaire, se reéconnaîtra du Bowen où, l'appareil filamenteux persistant, la cohérence est conservée et cette différence est prise en considération par certains auteurs qui admettent, grâce à l’acantholyse du Paget, la possibilité chez celui-ci de mobilisation des cellules et, par suite, sa comparaison aux nœvocarcinomes, comparaison que ces mêmes auteurs s'expliquent moins dans le Bowen.
Quoi qu’il en soit, pour Darier, dans les trois affections suscitées, la cancérisation relèverait de Îa segrégation cellulaire, mais, comme l’auteur le dit lui-même, il reste tout de même à découvrir le pourquoi de la transformation cancéreuse qui survient à une date variable.
Envisageons un instant, maintenant, la théorie des épithélioses des virus filtrants, appliquée au Bowen; nous savons déjà que dans le molluscum contagiosum de l'homme et dans celui des oiseaux ainsi que dans la tumeur sarcomateuse de Payton - Rouss, toutes affections contagieuses, les virus filtrants indubitablement en jeu dans chaque cas, s’äpparentent manifestement selon Borrel; or on pourrait supposer que dans les dyskératoses de Bowen il puisse peut-être en être de même que dans la première affection suscitée où des lésions dyskératosiques, voisines de celles de Bowen, constituent l’histologie des corpuscules.
Envisageons la théorie des mitoses multipolaires qui admet que le cancer se développe à la suite de divisions, de caryokinèses multipolaizes.
Une seule cellule (par exemple si division tripolaire) donnerait naissance à trois cellules non semblables. Il y aurait
donc, en somme, dans cette conception, interruption du
er
mécanisme de régularité des mitoses. Ce mécanisme, comme les auteurs l'ont montré, ne siégerait pas dans le protoplisme (lirritation parasitaire du protoplasme ne produit rien), mais au contraire la moindre irritation du noyau entrainerait des divisions multipolaires et, par suite, l’atypie des nouvelles cellules ainsi nées. Or, dans la dyskératose de Bowen on voit. bien quelques rares éléments vides de protoplasme et où le noyau siège dans une vacuole. On pourrait donc admettre jusqu’à un certain point que, ici aussi, lé noyau soit plus vulnérable, plus exposé aux divers agents causaux, qu'ils soient physiques, chimiques ou parasitaires et que ces éléments dès lors puissent subir la mitose multipolaire. Mais quelle valeur peut-on accorder à cette théorie ? ?
Si maintenant, enfin, nous envisageons la maladie de Bowen à sa phase précancéreuse, nous remagquons dans cette dyskératose des éléments cellulaires atypiques, bien avant la prolifération envahissante et désordonnée du cancer.
Il semble ainsi que, du point de vue général, l’on doive envisager dans le processus cancéreux deux phases principales : une première où les cellules normales subissent des modifications qui pourraient déjà être jusqu’à un certain point considérées comme du type cancéreux; une deuxième où il y a prolifération et constitution du nodule de la tumeur puis généralisation. \
Bref, cela revient à distinguer, comme l’a montré Borrel et, pour cet auteur, la cancérisation de la cellule d'abord, puis celle des tissus, donc de l'organisme ensuite.
C'est là une opinion reprise par Fridtjof-Bang de Copenhague qui a montré, après une série d’études, qu? la
cancérisation de la cellule ne suffit pas à provoquer le cancer.
Pour que le cancer se réälise, il faut nécessairement que les ceilules se divisent mais cette deuxième phase peut, parfois, être très tardive et les cellules cancéreuses rester à l'état isolé pendant un temps plus ou moins long. Fridtjof-Bang fait aussi justement remarquer que, dans la clinique, nombreux faits ne peuvent s'expliquer au’ainsi. : Comment envisager autrement plusieurs cas de cancer\des ramoneurs survenus 1 5 et 20 ans après l'action nocive de la suie, d’autres survenus dans les mêmes conditions chez les ouvriers travaillant dans les usines d’aniline. Enfin, ne peut-on pas s'expliquer ainsi de nombreux cas de cancers sur brûlures.
D'autres’ fois, la deuxième phase s’installe plus rapidement
après la première et le cancer est réalisé. - Cette succession en 2 étapes, celle des cellules atypiques, cancérisées, mais qui ne se divisent pas encore et celle qui lui fait suite où les cellules envahissent le tissu, nous la retrouvens dans le cancer expérimental du goudron, du braï ou de la päraffine. |
De nombreux auteurs se sont déjà livrés à ces expérimentations par badigeonnages répétés et prolongés de goudron sur l'animal, les uns sur la peau de la souris, d’autres sur l'oreille du lapin. (Il semble résulter des études de Ménétrier, Peyron et Surmont que l’expérimentatioh sur l’oreille du lapin soit plus avantageuse parce que se prêtant mieux aux bionsies et parce que les réactions lymphoconjonctives y sont moins accentuées que chez la souris où leur développement plus grand peut induire en erreur dans les interprétations).
De toute façon, quel que soit l'animal utilisé, les résultats sont sensiblement les mêmes et, comme le dit Ménétrier « on
assiste d'abord à l’atténuation puis à la disparition des carac-
2e GOT
tères et des organes de différenciation fonctionnelle (chute rapide des poils, atrophie des glandes sébacées). D'autre part, on note un épaississement du revêtement épidermique intéressé; en même temps, on observe par places une accentuation des prolongements interpapillaires. L'évolution se traduit ensuite par des processus différents : tantôt l’hyperplasie à type de folliculome, tantôt l’hyperplasie à type de papillome simple (ce qui, signalons-le en passant, confirme le fait avancé depuis longtemps par l’auteur, que le cancer se développe généralement aux dépens d’une hyperplasie).
Enfin, beaucoup plus tard, sur plusieurs points des téguments traités, simultanément se développe le cancer, un peu différemment suivant que le point de départ s'effectue aux dépens d’un folliculome ou d’un papillome. »
C’est en se livrant à des expérimentations semblables (mais sur la souris blanche) que Fridtjof-Bang a pu montrer que tout d’abord le cancer ne pouvait se développer que si les cellules de la couche génératrice de l’épiderme (les seules susceptibles de régénérer puissamment) étaient touchées par le goudron; que le goudron appliqué insuffisamment longtemps pouvait ne produire qu’une hyperplasie bénigne et le restant (papillome bénin) mais que si l’on prolonge le temps d'application on voit survenir un moment où le tissu est « biologiquement malin » (le temps mis à obtenir ce résultat constituant. le temps préparatoire, celui de la cancérisation ceilulaire) qu'enfin 7, 8, 10 mois après la cessation de tout badigeonnage survient le cancer microscopique (ce deuxième laps de temps constituant le temps de latence), En somme, histologiquement nous retrouvons là les deux étapes de la
cancérisation; dans la première, l’alopécie simple se p:oduit
Es
d’abord par suite de l’irritation, puis les cellules de régénéra-
tion dédifférenciées apparaissent (folliculome, papillome) le
cancer n’est pas encore constitué, mais si on ajoute où non une
nouvelle irritation par le goudron, ces dernières cellules envahissent, le folliculome s’hyperplasie et le cancer s'ensuit.
Or, dans la maladie de Bowen (et aussi dans le Paget) les deux mêmes stades d'évolution nous apparaissent tout aussi bien marqués et, en tout cas, plus distinctement que dans tous les autres cancers. Ah
Comme l’a montré Darier, bien avant le commencement de la croissance envahissante, il est possible, justement dans le Bowen (a son stade précancéieux) de noter une atypie remarquable des cellules sans aucune division ou prolifération (cette dyskératose simple de Borden correspond à la phase de latence signalée plus haut dans le cancer du goudron) mais dans un deuxième stade lors de la diffusion en profondeur et dans toutes les directions, le cancer de Bowen est constitué, c'est la deuxième phase. te
Si maintenant nous envisageons plus particulièrement et plus intimement ce qui se passe dans le .cancer de Bowen, nous pouvons nous rendre compte qu'il peut permettre de bien saisir les processus endocellulaires qui s’y trouvent. là, nettement séparés (processus endocellulaires invoqués dans le théoie cytophysiologique, et retrouvés lorsque les éléments cellulaires sont soustraits aux phénomènes de régulation invoqués par cette théorie) on peut concevoir, en effet, combien la lésion endocellulaire des dyskératoses va entrainer de perturbations dans l'équilibre cellulaire, combien celui-ci sera donc troublé. De plus, nous pouvons remarquer justement que
dans le Bowen 1°) des éléments atypiques (du stade précan-
Ho We
céreux) sont situés dans une vacuole; 2°) que dans le Bowen on rencontre assez souvent ces cellules bizarres à double contour semblant résulter d'une inclusion cellulaire (celiules palléales, cellules à manteau de Darier).
On conçoit donc qu’il puisse y avoir là un isolement
physiologique (ou segrégation) de certaines cellules, des autres cellules, mais cette fois isolement d’une cellule non déplacée, fixe, séparée de ses voisines dans une vacuole ou même dans un manteau et secondairement son atypie. En présence d’un semblable fait, on ne peut également que songer à l’analogie qui parait résulter avec les cellules des tissus vivants normaux, transportés à l'étuve (en culture) dans les expériences de Champy et Carrel et qui, ainsi isolées du reste de leur milieu, perdent leurs caractères de différenciation et prennent un aspect atypique.
Ainsi donc, soustraite à leur milieu, à leur habitat normal, les cellules isolées dans leur vacuole seraient également soustraites aux phénomènes de régulation des tissus grâce auxquels les tissus gardent, vis à vis les uns des autres, des proportions normales. Dès lors, l'équilibre intracellulaire est rompu. L’inhibition de croissance serait temporairement suspendue et, libérées de leur frein régulateur, les cellules seraient rendues capables de déployer leur pouvoir de multiplication illimitée, véritable révolte des cellules contre l'organisme qui les a engendrées, véritable € anarchie cellulaire », véritable « sélection cellulaire pathologique » selon les auteurs.
Ainsi la liberté de pulluler sans limites serait assurée à ces cellules de l'organisme par la destruction de leur harmonie
morphologique et physiologique, dans l’état précancéreux et >
ceci sous l'impulsion d’influences pathologiques multiples et non spécifiques, que l’on invoque les irritations chroniques complexes (irritants externes où internes, poisons endogènes ou exogènes) ou l’hétérotopie cellulaire, ou l’action parasitaire bactérienne où autre, (action directe ou par le moyen des produits de secrétion cellulaires ou parasitaires) bref, selon l'agent présumé du cancer, et l'on pourrait s'expliquer ainsi le passage de l'état précancéreux à l’état néoplasique.
La cause intime du cancer reste toujours à trouver. L’influence de substances cancérigènes particulières et inconnues cricore serait donc nécessaire mais non pas suffisante à elle seule, car n’y aurait-il pas encore à invoquer une prédisposition, un état spécial du tissu, bref, un terrain.
Dans tout l’exposé que nous venons de faire en ce chapitre, nous ferons remarquer encore, avant de finir, que nous avons simplement voulu montrer que le cancer de Bowen f<-a-d celui des dyskératoses) se prête bien à certaine interprétation e*, partant, peut être amené à être d’une grande utilité dans les déductions qui se feront jour sur l'histogenèse du cancer
en général.
Êi à = à Û $ : ARE Conclusions DE pr
PE PME : : é je
1° La dyskératose du type Bowen, considérée jusqu'ici É
ie n # . are 2 Û {
comme exclusivement limitée au tégument externe, est suscep-
tible de se retrouver sur les muqueuses à l’état de pureté, c’est-à-dire au stade précancéreux. AVR OA - : fa Û
291 Ea dyskératose des muqueuses du type de Bowen peut
ergendrer sur celles-ci comme sur la peau un processus
d’évolution cancéreuse.
2 851 dyskératose pure des muqueuses présente de grandes . analogies objectives cliniques avec les états décrits sous Île nom d’érythroplasie et leur différenciation objective est à peu
près impossible.
__ 4°) Mais histologiquement elle s’en différencie par
La limitation particulièrement nette des lésions épidermi- HA \ ; SÉRIE
ques. | | Qi 2 L'existence de nombreuses cellules dyskératosiques en plein EPA corps muqueux et jusque dans la couche cornée. Rs
Surtout par l’atypie et l'irrégularité des noyaux de ces ï cellules, qui sont inégaux, disparates et monstrueux, parfois
nn. en pycnose ou en caryolyse.
| Enfin, plus secondairement, par les inégalités cellulaires
(cellules monstrueuses).
5°) Le cancer de Bowen des muqueuses semble se présenter sous deux types cliniques. |
a) un stade relativement jeune, c’est le cas de l'observation N° II sous l’aspect d’une plaque érythroplasique avec infil-
tration et induration.
b) Un stade cancéreux banal, étendu, infiltré et bour-
geonnant.
6°) Quel que soit l'aspect objectif, le cancer: de Bowen des muqueuses se caractérise histologiquement par l’association de lésions dyskératosiques épidermiques et d’atypie cellulaire (modifications cellulaires du type cancéreux) à une infiltration
ef une invasion épidermo-dermique (cancérisation tissulaire),
; : + 7°) Le tiuitement de la maladie de Bowen des muqueuses semble être l’exérèse large ou la curiethérapie. La préférence
de l’une ou de l’autre méthode restant encore à discuter.
8°) La maladie de Bowen et les affections dyskératosiques posent le problème complexe du cancer, font évoquer à leur sujet certaines théories sur la nature de la cellule cancéreuse en général (théorie dysembryonnaire, théorie des épithélioses et des virus filtrants, théorie des mitoses multipolaires) mais surtout la distinction précise en deux stades, précancéreux et cancéreux, dans ces affections et leur interprétation cytophy-
siologique permettent peut-être d'y saisir, mieux que dans
a" PNG,
cu le Dove st A 7 s. Vu, le Président, 4 | ROGER. CORRE E CMENÉTRIER. 0