‹ La Maladie de Bowen des Muqueuses et sa CancerisationChapitre 8 sur 21 · DU MÊME AUTEUR · texte numérisé non relu

DU MÊME AUTEUR

— Epithélioma basocellulaige kystique de la face ( en collaboration avec MM. Hudelo et Cailliau). Bulletin de la Société Française de Dermatologie et de Syphiligraphie, novembre 1922.

— Erythro-Kératodermice en nappes symétriques, non congénitale et non familiale (en collaboration avec MM. Hudelo et Cailliau). Bulletin de la Société Française de Dermatologie et de Syphiligraphie, décembre 1922.

— Deux cas mortels d'Erythrodermie à la suite de traitements par l’Eparséno (en collaboration avec MM. Rabut et Bouteillier). Bulletin de la Société Française de Dermatologie et de Syphiligraphie, décembre 1922.

— Lymphodermie à formations angioplastiques (sarcome angioplastique du tissu lymphoide ?) (En collaboration avec MM. Hudelo et Cailliau). Bulletin de la Scciété Française de Dermatologie et de Syphiligraphie, janvier 1923. |

— Stomatite bismuthique avec Erythrodermie cutanée. (En collaboration avec MM. Hudelo et Clément Simon. Bulletin de la Société Française de Dermatologie et de Syphiligraphie, février 1923.

— Trichophytie du cuir chevelu (Trichophyton violaceum) chez une Israélite russe de 55 ans (en collaboration avec MM. Hudelo et Sabouraud). Bulletin de la Société Française de Dermatologie et de Syphiligraphhie, février 1923.

2 Richom

| Liwedo des membres à tendance atrophique. (rapports AD NES 1 Dr possibles avec la poikilodermie) (en collaboration avec Se à MM. Rabut et Cailliau). Bulletin de la Société F ram: RER gaise de Dermatologie et de Syphiligraphie, mai 1923. 8

— Peons tuberculeuses multiples cutanées et re (en collaboration avec MM. Hudelo et Cailliau). Bulletin RS de la Société Française. de rate et js S yphi- RS digraphie, mai 1923. 5 « NS

— Pachydermie vorticellée Bartielle du cuir: chevelu (en colla- ae l boration avec M. Hudelo). Bulletin de la Société $ "1 Française de ARR et de a Ci LS juin AA 1928 JV LES ne 1 2 Rapport sur différents traitements essayés sur 5 5 lépreux (en collaboration avec M. Hudelo). Congrès de la lèpre Strasbourg, juillet 1923.

— Tumeurs cutanées à type histologique de « lymphocytome atypique » (mycosis fongoide à tumeurs d'emblée ou 64 lymphocytome ?) (En collaboration avec MM. Hudelo et Cailliau). Bulletin de la Société Française de Dermatologie et de Syphiligraphie, décembre 1023.° «

PL # f Ei

En mai 1912, l'Américain J.-F. Bowen, de Boston, ( Journal

of Cutaneous and Venereal diseases « Precanierous derma-

toses » : +2 study of two cases of chronic atypical épithéliat

prolifération) apporte le premier une description clinique et histologique de deux cas d’une affection cutanée nouvelle. qui.

depuis porte son nom. et js il ApReene se la ne de Paget.

I] s'agit là d’une dermatose précancéreuse dont ïl avait prévu la transformation maligne possible bien que, dans ses deux premiers cas, elle ne fut pas encore réalisée. °

En août-septembre 1914 (Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie) Darier rapporte trois cas nouveaux de cette curieuse maladie, dont l’un dû à Danel de Lille, et propose l'appellation de maladie de Bowen, du nom de l’auteur qui l’a décrite le premier, où encore de dyskératose lenticulaire et en disques pour rappeler à la fois ses caractères cliniques et histologiques. : | | |

Dans ces trois cas, celui dé Danel, décrit à nouveau par l'auteur même (Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie août-septemibre 1923) avait évolué en cancer comme l'avait prévu Bowen. Ce derniex, d’ailleurs, (Journal of cutaneous

dieases, décembre 1915) rapporte un nouveau cas de Bowen

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cutané où une tâche dyskératosique était en pleine épithélio-

rmatisation.

Dans la suite, en 1920, Darier fait connaître une nouvelle

observation de cancer de Bowen cette fois. (Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, février 1920) et dans le Bulletin de l'Académie de Médecine de la même année, relate l'existence de trois observations personnelles inédites. D'autres ont été décrites depuis, tant par les auteurs étrangers (Heimann, Hissig, Martinotti.. etc.) que français (Pau-

trier, Louste, Thibaut, Ferrand et Rabeau). Ste

Mais dans toutes les observations de maladie de Bowem

observées jusqu'à maintenant, il s'est toujours agi de lésions cutanées, à point de départ sur le tégument externe et dont les ures avaient évolué en cancer et d’autres avaient été opérées avant toute transformation maligne.

Mais aucun cas, jusqu’à ce jour, n’a été signalé, siégeant sur une muqueuse.

.Darier, lui-même, dans l'édition nouvelle de son Précis de Dermatologie (1923) à l'article Maladie de Bowen. n’écrit-il pas à

« La maladie de Bowen débute en n'importe quelle région des téguments; jusqu'ici, toutefois, on ne l’a pas observé sur les extrémités ni sur les muqueuses. »

Or, cependant, déjà le 6 avril 1922, à la Société de Dermatologie et de Syphiligraphie, notre maïtre, M. Hudelo, présentait en collaboration avec M. Cailliau, le premier cas de dyskérotose érythroplasiforme de la muqueuse vulvaire, étudié dans le service, cliniquement et histologiquement par biopsie simple et M. Hudelo concluait

« Nous croyons que notre cas à localisation exclusivement

EN de * ET

Ho rentre dans Les dyskératoses brécontereises et plus

particulièrement dans la maladie de Bowen. dont il constitue

5 rait une forme Aie nouvelle plutôt Fine dans l'Erythro-

plasie de Queyrat. AN , | … Depuis cette époque, il nous a été donné due Es coupes

après exérèse, de ce cas princeps et d'observer deux autres cas

<e Bowen des muqueuses vulvovaginales, qui eux ont subi

d’une. façon très nette, cliniquement et histologiquement la ‘

cancérisation.

. Nous ne proposons donc d'établir, ici, l’existence nette de

PS localisation nouvelle sur les demi muqueuses et les mu»

queuses, de la maladie de Bowen, dont l'honneur de la.

première description clinique et histologique revient indubita-

blement à notre maître M. Hudelo et à M. Cailliau.

Avon tee

Description Clinique et Histologique

Premier cas. — Maladie de Bowen des Muqueuses A. — DESCRIPTION CLINIQUE

La malade qui fait l’objet de notre première observation a été étudiée par nous dans le service de notre maître, le Docteur Hudelo, et présentée par lui à la Société Française de Dermatologie et de Syphiligraphie, dans la séance du 6 avril 1022.

Mme L.., 5$ ans, nous consulte le 15 mars 1922, pour des lésions des grandes lèvres, remontant, pour leur premier début, sur la muqueuse de la grande lèvre droite, à 1907. Elles étaient légèrement prurigineuses et cuisantes. Le premier* placard lentement extensif fut, en 1916, biopsié et traité à l'Hôpital Saint-Joseph, par un curettage à la suite duquel la malade résta guérie deux ans. ù

En 1918, réapparition in situ d’un nouveau placard qui gagne peu à peu toute la face muqueuse de la lèvre droite.

Enfin, depuis 3 mois, apparition de nouvelles lésions ana- . logues sur la face muqueuse ‘de la moitié inférieure de la grande lèvre gauche:

Objectivement, le placard droit, de teinte rougeâtre uniforme, à contours bien limités, un peu cycliques, est à peine

saillant, lisse, sec, sauf vers l'entrée du vagin, où l’on note

CABREL ARE

peut-être un+peu d’exulcération avec suintement séreux. Aucune infiltration même papyracée à la palpation. La lésion se continue en haut vers le capuchon clitoridien, où elle déborde un peu sur le tégument cutané.

La lèvre gauche, qui présente, à sa moitié supérieure, les caractères de l’atrophie sénile, offre, à considérer dans sa moitié inférieure, un placard rouge, ovalaire, lisse et également non infiltré.

Toutes ces lésions se continuent insensiblement avec la muqueuse saine en arrière. Le col et le corps utérins sont normaux. Il n'y a pas d’adénopathie, ni aucune autre lésion constatable sur la peau du reste du corps.

Cette malade, mère de 5 enfants bien portants, toujours bien réglée jusqu’à 44 ans, est dans un excellent état de santé. On ne relève absolument rien dans ses antécédents. tant personnels qu'héréditaires.

Elle ne présente aucun stigmate de spécificité (en particulier pas de leucoplasie buccale) et la réaction de Wassermann et celle de Hecht, faites dans le service, sont toutes deux négatives.

L'examen viscéral reste silencieux.

Les urines sont normales, sans sucre ni albumine.

B) DESCRIPTION HISTOLOGIQUE (planche A)

Sur une biopsie faité sur la grande lèvre droite, de même qu’à l'examen de la pièce après exérèse, on est de suite frappé. à un petit grossissement (voir planche A figurer) et, au niveau de la lésion, par une hyperplasie des plus nettes de l’épiderme, épiderme dont les bourgeons interpapillaires sont allongés en acanthose, tantôt formant de longues digitations, tantôt cons-

tituant une acanthose massive où les bourgeons sont soudés

Fours à 1. — = Remarquer : San < f. f REVUE LA TA

— à limitation vraiment ou de. la lésio FAN at figure) ; È QD RE UE rh épaississement de da couche cornée à ns a : (kératine de la muqueuse cutisée);

— = Phyperphsie Free de l'épiderme.

L FIGURE CHE à = Remarer : mA sx

/ De AA AS bu à 2 Ÿ

rimLe

— Ja ue cornée épaissie avec ne ce de. cellules dys- = A kératosiques (corps ronds) ; ñ re

2e" stratum Branu us NPROUr PAR REA RS USE PE AT < = lé corps muqueux. avec #41, es CUT sn DRE . des cellules. dyskératosiques, MU TR TR ENS NRA LR LS RDS à - - noyaux pycnotiques ou caryorexhiques et va “ SA \ ‘euolisation périnucléaire. SNS RDA ë . des cellules atypiques à noyaux monsiraeur, SRE Et SRE une cellule à manteau, BR ACER — la caryolyse et les mitoses (régulières et asymnétriques) ; 5 | — le derme infiltrés à SRE PAIE RS TES à PAUL EE 0 8 EU TE à ; i ne - P 3 | n L € à AR:

PLANSTE A

LAN e LAUTe

[x les uns aux autres, tandis que les papilles dermiques sont plus où moins écrasées.

On remarque également de suite, comme 1 fait ta voir la partie gauche de la figure I (planche À), un arrêt brusque de

la lésion ; l’épiderme malade passant sans transition aucune à ii épiderme normal, et la zone superficielle de la muqueuse, ici en particulier, marquant une modification brusque d'épaisseur et aussi de Joue, comme nous allons le voir à un plus fort grossissement.

En zône atteinte, d’ailleurs, cette partie la plus Lcrfrielte de la muqueuse est, par places, cutisée (couche de kératine recouvrant une couche granuleuse) tandis qu’en d’autres points, le stratum granulosum manque, et la kératine est remplacée par une couche de parakératose. :

Un plus fort grossissement (figure IT planche A, où nous avons choisi comme exemple, à dessein, un endroit en bordure de la lésion) nous montre d’abord en surface de la muqueuse, dans une zône, épaissie kératinisée, des corpuscules ronds ou -ovalaires, avec ou sans noyaux, (corps ronds ou gfaiæs) éléments que l’on rencontre en d'autres points semblables kératinisés de la muqueuse; au dessous, dans’ ces mêmes régions, on voit un stratum granulosum, puis un corps muqueux de malpighi dont les cellules arrondies ont souvent conservé l'aspect dentelé avec intégrité de l'appareil exoplastique d’une part (voir planche Ar de la même malade) et d'autre part sont inégales avec noyaux disparates.

En effet, parmi les cellules de ce dernier, un certain nombre se différencient avec la plus BEAnde netteté et c’est ainsi que l’on rencontre

D'une part des cellules rondes ou ovalaires avec membrane

” PLANCHE Al Remarquer : l'intégrité de l’appareil exoplastique

à double contour (comme si ces cellules étaient logées dans une vacuole du corps muqueux) cellules à noyau simple, déformé le plus souvent et d’aspect foncé pycnotique, cellules dont le protoplasma a subi une vacuolisation périnucléaire ou bien se trouve chargé de grains de kératohyaline; ce sont là des cellules malpighiennes dyskératosiques.

D'autre part, en abondance moyenne, on note des cellules atypiques, à noyaux énormes bourgeonnants, parfois granuleux, au sein d’une vacuole protoplasmique; souvent même la liquéfaction du protoplasme est totale et le noyau atypique est inclus dans une grosse vacuole; ces cellules, d’ailleurs, sont trois ou quatre fois plus volumineuses qu’une cellule malpi-

ghienne normale et parfois leurs noyaux sont multiples.

Lo E js En très grande abondance, on voit des cellules à novaux

pycnotiques où les éléments sont tantôt pourvus d’une

membrane à simple contour et d’un protoplasma homogène.

tantôt ont une membrane à double contour et présentent une vacuolisation périnucléaire du protoplasme. Exceptionnellement dans nos coupes, il nous a été donné de voir l'aspect décrit sous le nom de cellules à manteau, comme il en existe une sur la figure II de la planche A.

Nous signalons aussi la présence de cellules dont les noyaux sont en caryolyse et d’autres, nombreuses, en état de division mitosique, mitoses soit régulières, soit irrégulières et asymètriques, pluripolaires. Toutes ces cellules métatypiques donnent l'impression d’éléments en voie d'évolution néoplasique. On ne trouue d'ailleurs, dans le derme. aucune cellule ayant émigré en dehors de la couche épithéliale matricielle.

L'examen du derme comporte dans les zônes papillaire et sous-papillaire, des infiltrats cellulaires nodulaires ou diffus, riches en polynucléaires et surtout en -plasmazellen. Les vaisseaux sont assez ectasiés et l’on constate la présence de néovaisseaux à parois embryonnaires, sans division cellulaire.

Les glandes et le tissu conjonctivo-élastique sont normaux.

Nous ne ferons que rappeler que sur la lèvre gauche, il nous a été donné de voir le même ordre de lésions, mais moins avancées. L'évolution cellulaire dyskératosique y est seulement ébauchée. |

Tout ce que nous venons de décrire est donc ce qui se passe histologiquement dans les cas de maladie. de Bowen des

muqueuses n'ayant pas subi l’évolution cancéreuse.

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Deuxième cas. — Maladie de Bowen ayant subi | l'évolution cancéreuse

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