‹ La maladie de DarierChapitre 2 sur 41 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Historique.

Il est bien évident que l’affection que nous étudions existait dans le monde avant les premiers travaux de Darier. Elle est même assez caractéristique pour que l’on puisse difficilement supposer qu’elle ait passé complètement inaperçue des dermatologistes antérieurs. On a voulu, à tort ou à raison, admettre que l’ancienne acné cornée, celle de Hardy en particulier, répondait ou pouvait répondre à la maladie de Darier. D’autre part, on a essayé d’en retrouver le tableau en des descriptions antérieures d’ichthyose sébacée, etc. Enfin, on a même voulu considérer l’observation de Lutz recueillie dans le service de Bazin comme un exemple certain; mais tous ces diagnostics

rétrospectifs sont périlleux. En effet, même après la publication des travaux de Darier, il s’est produit, à ce sujet, plus d’une confusion, ou, pour appeler les choses par leur nom, plus d’une erreur de diagnostic. Il faut donc admettre l’inutilité de faire de semblables exhumations. Nous pouvons ajouter qu’elles n’auraient d’ailleurs aucun intérêt. Par un hasard tout à fait singulier, la définition de- la maladie de Darier a été faite au début, d’après des caractères purement microscopiques, que la Clinique est ensuite venue étendre et confirmer.

Dans une série de communications, d’articles, et dans la thèse d’ailleurs un peu écourtée de Thibault, Darier a fait connaître ses premières conclusions. Examinant les produits croûteux provenant de deux malades, jusqu’alors considérés comme singuliers, il y trouva des formations spéciales dites grains et corps ronds. Il considéra que ces corps étaient des psorospermies. Les deux malades étudiés par Darier, l’un dans le service'de Fournier, l’autre dans celui de Besnier, étaient, le premier surtout, connu depuis longtemps des médecins de Saint-Louis. 11 paraissait fort singulier, et l’on fut très heureux de pouvoir unir à leur description clinique un caractère microscopique aussi frappant dans son apparence et d’une signification si inattendue. Tout de suite, après les publications de Darier, White , en Amérique, décrivit sous le nom de

kératosis follicularis un cas type de maladie de Darier; mais c’est seulement à propos d’une seconde malade, semblable au premier, dont elle était d’ailleurs la fille, que White, aidé de Bowen, reconnurent qu’il s’agissait de ce que l’on appelait alors psorospermose folliculaire végétante. Toutefois, Bowen était frappé d’un caractère histologique très simple qui l’amena, dès lors, à révoquer en doute la nature psorospermique des corps décrits par Darier : le fait que ces corps contenaient de l’éléidine. A peu près à la même époque, parut le premier travail de César Bœck, qu’il étendit et compléta peu de temps après. Le premier malade de Bœck avait déjà été vu par son prédécesseur Bidenkap, qui avait cru devoir le confondre avec un lichen. Pour trois autres malades observés par Bœck, il s’agissait d’un père et de ses deux fils. Les examens microscopiques de Bœck concordaient morphologiquement avec ceux de Darier et de Bowen ; comme Bowen, il niait la nature psorospermique des corps en se basant sur l’existence de l’éléidine à leur intérieur. Enfin, il donnait une description plus nette des lésions intimes de l’épiderme. Depuis ce temps, c’est à peine si l’étude générale de la maladie de Darier a fait de grands progrès. En effet, les recherches histologiques se multiplièrent, principalement en Allemagne, d’abord sur le mémoire de Buzzi et Miethke, celui de Mourek, celui de Petersen, celui de Fabry, etc. A cette

époque, la préoccupation générale était de bien montrer, qu’en réalité, les corps ronds de Darier n’étaient point des psorospermies et qu’ils représentaient tout simplement un mode de dégénérescence des cellules de l’épiderme. A ce point de vue là, tous ces travaux enfonçaient une porte ouverte depuis le moment où Bowen y avait vu de l’éléidine. Néanmoins, ils avaient l’avantage de préciser un peu les détails anatomiques sans y ajouter rien de bien important.

Depuis cette époque, et conformément à la prédiction de Besnier et Doyon dans la belle note ajoutée à la deuxième édition française de Kaposi, les observations de psorospermose folliculaire végétante, de maladie de Darier, de kératosis follicularis, se sont multipliées d’une façon extraordinaire. On trouvera, plus loin, le texte résumé ou l’indication des observations que nous avons pu recueillir à ce sujet. Depuis la thèse de Thibault, il n’a paru, à notre connaissance, qu’un travail d’ensemble sur le sujet : la thèse de Geissler, faite à Strasbourg, sous l’influence de Wolf, en 1901. Geissler connaissait vingt-six observations qu’il reproduisait, et, dès ce moment, de ces vingt-six observations, il éliminait plusieurs cas qui, à juste titre, lui paraissaient étrangers à la maladie de Darier. Dans une communication toute récente, M. Renault disait : on ne compte que trente cas publiés. En réalité, nous en avons trouvé une soixantaine au moins, aux-

quels il faut ajouter ceux qui nous ont échappé. Enfin, il en est un certain nombre d’inédits. M. Thibault conserve présentement, dans son service, à Angers, une malade dont l’observation n’a pas été publiée. Il est très juste de dire que, parmi la soixantaine de cas dont nous parlons, quelques-uns doivent être exclus; et d’autres ne valent pas grand’chose, limités qu’ils sont à quelques lignes de présentation plus ou moins écourtées dans des sociétés ou à des congrès. Toutefois, il apparaît que la maladie de Darier ne doit pas être considérée comme une haute rareté.

Avant de finir ce court historique, nous rappellerons que M. Darier a résumé les caractères généraux de la psorospermose folliculaire végétante dans un article de la Pratique dermatologique. Le point de départ de ce travail a été l’observation recueillie à la Clinique de Toulouse par MM. Audry et Dalous.

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