‹ La maladie de DarierChapitre 3 sur 41 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Observations, bibliographie.

Dans ce chapitre, nous donnerons : d’abord les observations que nous avons pu nous procurer; dans la plupart des cas, il s’agit de résumés ou de traductions faites sur les articles originaux. D’autres fois, nous avons dû nous contenter de reproduire les analyses fournies par les revues de dermatologie. Après les observations, nous avons donné le texte accompagnant les présentations faites à divers Congrès ou Sociétés. Enfin, nous avons été obligé d’y joindre une liste courte, d’ailleurs, d’indications bibliographiques qu’il ne nous a pas été possible de vérifier.

OBSERVATION PREMIÈRE (Résumée)

Observation clinique pour servir à l’histoire de la Psorospermose (Thèse Paris, 8 mai 1889, thèse de Thibault).

Femme de trente ans, atteinte d’une affection étendue à toute la surface du corps, mais surtout au cuir chevelu, aux tempes, à la ceinture, aux plis axillaires et inguinaux.

L’élément éruptif est constitué par une papule recouverte d’une croûte d’un brun noirâtre, de consistance dure et sèche, adhérente aux téguments. Ces éléments sont en certains points agglomérés en placards.

Au cuir chevelu, pas de point alopécique. Les cheveux, peu abondants, ne s’arrachent pas facilement. La peau est recouverte de masses croûteuses, épaisses, de couleur jaune sale.

La région temporale, la lèvre supérieure, le menton, sont le siège de placards croûteux, dont le*contenu donne à la face un aspect sale et repoussant.

Sur le front, on voit des éléments isolés qu'on pourrait prendre pour des taches de lentigo.

Au menton, la lésion est la même qu’au front.

Au niveau du frottement du corset se trouve un autre foyer de confluence, le plus apparent certainement.

L’état des mains mérite une mention spéciale. Sur leur facedorsale, la malade affirmeavoir eu des croûtes en tout semblables à celles du tronc ou de la face. Sur leur face palmaire, on constate l’existence d’une quan-

tité innombrable de petits points de couleur jaunâtre, gros comme une pointe d’épingle et tout à fait transparents.

La malade en question n’offre rien d’intéressant dans ses antécédents héréditaires. Mais, sa mère étant morte poitrinaire, elle paraît avoir hérité de la diathèse, qui s’est manifestée par toute une série d’accidents scrofuleux.

Enfin, des accidents vénériens, de nature diverse, vinrent compliquer ce tableau pathologique. En 1885, elle fut traitée d’une blennorrhagie et d’une syphilis récente.

Traitement par le savon vert et une pommade soufrée, et, dans le service de M. Besnier, par une pommade de savon mêlé d’onguent de Vigo.

La malade est restée trois mois dans le service de M. F ournier. Son moulage a été pris de la région temporale et du flanc, et déposé au musée à l’hôpital de Saint-Louis, sous le n° 1343.

OBSERVATION II (Résumée)

Darier — Thibault (Thèse de Thibault).

Homme de quarante-un ans; cuir chevelu, squames séborrhéiques abondantes et étendues à toute la surface.

Face. — Tout le nez est occupé par une masse confluente, saillante, d’éléments hypertrophiques.

Région dorsale. — Dans toute la hauteur du dos

et des lombes existe un vaste placard d’une coloration rouge un peu violacée.

Régio?i sternale et épigastrique. — Les éléments forment unebandelette étendue depuis la fourchette du sternum jusqu’à l’ombilic.

Ombilic et hypogastre. — A partir de l’ombilic, les éléments font une saillie de plus en plus accentuée.

Membres supérieurs. — La face antérieure des bras et des avant-bras présente beaucoup de tumeurs semblables; leur coloration est d’un rouge grisâtre.

Membres inférieurs. — Dans toute l’étendue des faces antérieures et postérieures, on retrouve de petites élevures papuleuses, mais encore moins marquées et plus disséminées.

Traitement :

Onguent de Vigo . i

Savon mou de potasse . ââ^ogr.

Soufre précipité . )

Acide salicylique . 10 gr.

Vaseline . 50 gr.

en application sur les membres.

Un moulage de la région latérale gauche a été pris en 1888 et se trouve au musée de l’hôpital Saint-Louis, sous le n° 879.

OBSERVATION III (Résumée)

Un cas de kéiatosis ichthyosis follicularis ( Journal of cutaneous and genito-urinary diseuses, 1889, p. 201).

Premier cas de James White.

A rhôpital de Massachussets, un malade avait la peau recouverte d’une éruption bizarre.

loute la surface, sauf la paume des mains et la plante des pieds, les parties génitales et quelques parties des bras, était recouverte d’une sorte de lésion pouvant se ramener à plusieurs formes :

i° De petits corps ronds de la dimension d’une tête d épingle, unis, solides et ne différant pas de la couleur de la peau environnante ;

20 De papules un peu plus grandes, de forme ronde, unies ou polies, d’aspect corné et variantde la couleur rouge sombre au pourpre. Quelques-unes de ces papules ont été arrachées par le grattage et sont couvertes de croûtes démorrhagiques.

Ces deux formes sont entourées par une peau normale en apparence.

1 outes ces lésions occupaient le tronc et les membres, à l’exception de quelques parties de la face interne des bras. Des papules plus minces sont distribuées sur les flancs et sur une partie de la surface des bras et des jambes. A l’extrémité des membres inférieurs ce sont d’épaisses plaques, entourant complètement le membre, séparées par de profondes fissures. Les lésions les plus apparentes sont situées sur le sternum et le pubis.

Des placards unis, aplatis, noirâtres, forment une couche continue sur le dos des pieds et ressemblent àl’ichthyose noire cornée.

Les ouvertures folliculaires, énormément dilatées, forment une élévation hémisphérique. Elles occupent presque toute la surface de la partie supérieure delà face.

Sur le cuir chevelu, il y a des élevures de dimension moyenne. La croissance des cheveux est normale. Les paumes des mains et la plante des pieds sont peu altérées. L'extrémité des ongles est échancrée. La peau est très sensible à la pression, sauf autour des ulcères des membres inférieurs. 11 y a presque partout du pus qui amène le malade à se gratter et par suite à enlever les productions cornées. Le malade répand une odeur intolérable, spécialement du côté des membres inférieurs, provenant de la décomposition de l’épithélium.

Etat. — Le malade est américain, âgé de qua-, rante-neuf ans. Ses parents sont en bonne santé. Il ne présentait rien sur la peau jusqu’à son entrée dans l’armée, en 1862. Au conseil de révision, on ne remarqua rien. La première manifestation fut une trace sur l’épaule après une longue marche. Pendant les deux ou trois ans qui suivirent, il en eut un grand nombre sur le tronc. Deux ou trois ans après, les membres commencèrent à en être couverts. A partir de ce moment, les lésions s’étendirent sur toute la surface du corps, changeant progressivement de caractère. Sa santé générale fut toujours bonne. Pendant les derniers temps, l’odeur infecte, émanant de la peau, le tint éloigné de ses camarades.

La maladie est évidemment une kératose ou primitivement une hypertrophie, ou une cornification modifiée des couches épithéliales. Cela paraît être une affection spéciale différente de l’ichthyose ordinaire, dans le caractère de ses lésions individuelles, aussi bien que dans l’évolution de la maladie. Aussi White propose-t-il l’appellation d’ichthyose folliculaire ou kératose folliculaire.

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